‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 4 sur 182 · CHAP. !•'. — PROCÈS D*ISABEAU DE ROMILLON I · texte numérisé non relu

CHAP. !•'. — PROCÈS D*ISABEAU DE ROMILLON I

Conseil du roi rendit un arrêt, portant que les procédures instruites contre Isabeau et sa fille seraient transportées au greffé du Conseil, avec inhibition au Parlement de passer outre. La peur du bûcher empêcha ces deux femmes de sortir de Paris, mais le président de Rességuier se hâta de regagner Toulouse et de reprendre, comme par le passé, la surintendance du couvent des religieuses de saint François. Il renvoya les religieux investis par le pape et le roi de la direction du couvent et les remplaça par des prêtres séculiers. Les religieux en appelèrent au Parlement.

Loin de se laisser abattre par ce procès, le prési^ dent repartit pour Paris, et en informa le premier président, par une lettre courte et sèche qui détermina la Cour à le suspendre de ses fonctions, pendant six mois, à enlever la direction du couvent aux prêtres séculiers et à les condamner à une amende, pour avoir désobéi à ses commandements. Quelques jours après, le président de Rességuier, attiré depuis longtemps vers la vie monastique, se démettait de sa charge, s'engageait dans les ordres sacrés et fondait une société de douze prêtres qui cherchaient à retracer, dans leurs règles, Timage austère de la primitive église. C'est l'aïeul du président François de Rességuier, im des plus vigoureux rameaux de cette famille. des Rességuier qu'un savant du dix-septième siècle, Graverol de Nîmes, comparait à un chêne toujours vert.

Les rumeurs de ce procès d'une visionnaire se perdirent dans le bruit plus prolongé d'un procès de fausse monnaie et de magie. Il semble qu'à ce réveil des intelligences amené par la Rénaissance et la Réforme, les évo- T. II. 2

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cations magiques, les incantations, le sabbat des sorcières et les redoutables apparitions des morts, des mauvais anges, des démons de Tabîme, se ranimèrent de lueurs plus vives, pareilles aux feux des foyers prêts à s'éteindre. A ces années où l'aube du dix-septième siècle avait un dernier reflet du moyen âge, des âmes éprises des sciences inconnues s'élançaient vers le merveilleux, et rejetant les croyances aux princes des airs et aux breuvages des sorcières, se plongeaient dans l'alchimie et l'astrologie où elles espéraient découvrir le pouvoir de dompter la nature, d'exploiter ses éléments par des moyens surnaturels et de rencontrer la fameuse pierre philosophale, au fond de ce monde invisible et enchanté.

Un vicaire de l'église Saint-Pierre-des-Cuisines, Jean Dusel, autrefois de l'ordre des jacobins, s'était souvent glissé, la nuit, au logis de Pierre Blanchard, d'une pauvre famille de Fangeaux, fabriquant des actes publics et de la fausse monnaie, à l'aide des mystérieuses pratiques dont le Parlement ne put pénétrer le secret ; il le condamna à mort pour crime de magie. Avant de monter sur l'échafaud, Blanchard révéla les noms de ses complices et aussitôt, je laisse parler le greffier Malenfant : € Jean Dusel mit plusieurs cahiers de magie écrits de € sa main et contenant d'exécrables choses, dans un sac, € avec un autre sac plein de sable, propre à mouler en € argent sur or ou autre métal fondu ; et comme Dieu € Taveuglait, en mettant ses cahiers dans le sac, il y mit € aussi plusieurs obédiences qu'il avait eues de ses su- € périeurs jacobins. »

C'était là signer son crime. Il prit les deux sacs et les

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alla cacher dans le creux de la vieille muraille d'un cime* tière, à quelques pas de Tenclos des chartreux dé Toulouse. Quelques jours après, des maçons, en démolissant la muraille» trouvèrent les sacs et en informèrent les pères chartreux. Le vicaire général de l'archevêque arriva sur les lieux, ouvrit les sacs et s'empara des cahiers de magie, du sable à mouler l'or et l'argent et des obédiences. Le même jour, le vicaire général faisait enfermer l'ancien jacobin aux prisons de l'Ecarlate et fouiller sa maison. On n'y découvrit qu'un vieux bréviaire, aux deiix premiers feuillets duquel étaient transcrites deux oraisons en forme de conjuration, pour guérir le mal aux yeux et le mal aux dents, que Jean Dusel avoua être copiées de sa main. D'un vieux missel, feuilleté par le vicaire général, s'échappa ime pièce de parchemin vierge, que Taccusé prétendit n'y avoir pas mise, et •deux reconnaissances d'argent prêté, qu'il avoua être de sa main. Il protestait énergiquement contre l'accusation d'avoir écrit les cahiers de magie, en disant que les obédiences mêlées à ces papiers lui avaient été dérobées et placées dans les sacs par un de ses ennemis conjuré à sa perte. Les experts lui donnèrent un démenti et déclarèrent que la main qui avait écrit les oraisons sur le bréviaire avait écrit aussi les cahiers de magie.

Sur cette affirmation des experts, Jean Dusel est maintenu aux prisons de l'Ecarlate, et son procès est poursuivi, aux diligences des juges ecclésiastiques de l'officialité.Le Parlement jaloux de son autorité, opposa, une fois de plus, une barrière aux empiétements de la' justice cléricale, lui enleva l' affaire et l'évoqua à sa barre.

Depuis que le chancelier de THôpital avait repoussé lissement de Tlnquisition et favorisé la justice laïque sur les délits de consciences, le Parlement de Toulouse, plus encore que les Parlements voisins d*Aix et de Bordeaux, ne laissait passer aucune occasion de f£dre sentir sa main à Toffîcialité. De son côté, Tofficialité froissée pressait la fin de la procédure, et rendait une sentence déclarant Paccusé déchu du privilège du titre clérical, le jour môme où le Parlement se saisissait du procès.

Au mépris de cette sentence, la grand*chambre et la Toumelle assemblées ordonnent une seconde enquête et soumettent de nouveau les cahiers de magie à ime autre expertise plus accablante, qui démontra que Jean Dusel employait, dans les incantations de sa magie, cette formule, en s* adressant au démon : € Ego^ Joannes « Dusel, fiUus Henricœ, adjuro aut prœcipio. Moi, Jean Dusel, € fils de Henriquette, j'adjure et j'ordonne. »

Pourquoi le nom de sa mère, au lieu du nom de son père ? Cette question parait avoir embarrassé la grand'chambre et la Toumelle qui savaient bien pourtant que, selon les croyances populaires, la puissance diabolique se transmettait* par les femmes. Au moment où Jean Dusel se livrait à la magie, il se croyait sans doute le fils d'une sorcière et évoquait ainsi le souvenir de celle dont il recueillait le mystérieux héritage.

Jean Dusel, convaincu des crimes d'hérésie, de sortilège et de magie, fut condamné, par arrêt du 24 octobre 1614, à être livré au bourreau pour être promené, sur un tombereau, la hart au col, par les rues et carrefours, à faire amende honorable en la place Saint-

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