CHAP. V. — HARANGUE DU PREMIER PRESIDENT
« rebelles, par la négligence des commandants. Daignez « vous souvenir que la plupart de ces places subsistent, « arrosées du sang de vos plus braves sujets et souvent « reprises à force de largesses. Le trésor royal s'est « épuisé à les retirer des mains des traîtres, et elles « sont toujours exposées à retomber entre les mains des « rebelles.
« Il y a qu'un remède aux maux qui nous affligent et « qui ne cesseront pas de nous affliger, si vous ne Tem- « ployez. C'est de raser toute les fortifications ennemies « qui s'élèvent dans le sein de nos provinces et qui sem-
< blent menacer le souverain ; c'est de démanteler toutes « ces villes, asiles de l'hérésie et de la rébellion unies en- € semble. Nous n'ignorons pas, Sire, que la liberté d'un « pareil langage déplaira aux gouverneurs des provinces « et aux courtisans, parce qu'il est peut-être de leur in- « térét que les murs des villes révoltées ne soient pas « détruits et que l'ennemi demeure en état de faire des « courses. Tout ce qu'ils s'imaginent perdre dans la paix « et la subordination, ils le gagnent par le désordre d'une « guerre civile. Leur autorité s'accroît des malheurs pu- « blics.
« Votre Parlement, Sire, ne se déshonorera point par
< un lâche silence qui serait un crime de lèse-majesté, « s'il ne déployait pas, à vos yeux, cette liberté respec- « tueuse et soumise qu'il tient de son auguste prédé- « cesseur et de votre Majesté. Il se rendrait complice de « ces hommes qui vendent la confiance des rois à leurs « intérêts particuliers, et pour qui les erreurs du prince « sont les appuis de leur faveur et de leur autorité. « Nous portons au pied de votre trône les vœux et
« les alarmes de votre peuple de Toulouse. Ordofinex « que toutes ces villes d'où le calvinisme nous insulte « cessent de nous bloquer. Vous n'avex qu'à vouloir : € elles tomberont, comme d'elles-mêmes, aux premiers € traits de votre juste courroux, quand ellesauront subi € la loi du souverain. Ne vous reposez de la démolition € de leurs murailles que sur le zèle et la fidélité des ma- « gistrats de votre Parlement. La noblesse, en général, « qui a les armes à la main, trouve dans la durée de la « guerre des ressources qui lui font reculer le retour de « la paix. *
Ainsi para le premier président, encore affaibli par la maladie, chancelant et à genoux, mais soutenu par son âme courageuse. Il termina, en conjurant Louis XIII de préserver de la mort sa personne sacrée et d'épargner ce malheur à ses sujets. Les seigneurs battirent des mains à ce discours ; le roi garda, un moment Je silence ; puis, s'adressant au premier président, il lui répondit, d'une voix émue, qu'il recevait avec bonheur les témoignagnes de zèle de son Parlement, et l'exhortait à se ressembler toujours à lui-même et à enregistrer, sans délai, divers édits destinés à pourvoir aux succès de l'armée catholique. Ces édits onéreux, et qui allaient devenir plus accablants par leur dure exécution, s'enregistrèrent sans opposition. Un seul rencontra des obstacles au Parlement, mais le roi n'en parut ni surpris, ni mécontent.
Au lendemain de ces arrêts, le 3 juillet de cette année 1622, les seigneurs et le roi assistèrent aux vêpres solennelles de la chapelle des pénitents bleus : princes, grand prieur, ducs et gentilhommes suivirent en habits