‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 32 sur 182 · CHAP. V. -^ SOUMISSION DL8 PLACES REBELLES IO · texte numérisé non relu

CHAP. V. -^ SOUMISSION DL8 PLACES REBELLES IO

de pénitents, la procession de cette confrérie à Téglise du Taur. Le roi, revêtu d'un froc, s'apprêtait à marcher en tête, quand le prince de Condé lui rappela sévèrement que la nation n avait vu, qu'à regret, Henri III aller ainsi aux processions, sous un sac de pénitent ; il enleva son froc et se contenta de voir passer le cortège, du haut d*un balcon.

Aucune ville n'environna Louis XIII de plus de respect et d'hommages. 11 en était touché et penchait à y prolonger son séjour. Le premier président ne se lassait pas de l'encourager à rester au milieu des Toulousains que ne rassuraient guère les faibles troupes qui assiégeaient les petites places calvinistes de la Garonne, mal commandées par Vendôme, les gouverneurs et les commandants qui continuaient de vivre en despotes, sans s'inquiéter ni de leurs défaites, ni de la prospérité publique. Le roi rejoignit l'armée et soumit les villes de Caraman, de Cuq et de Mas-Saintes-PueUes ; il rasa les murs des châteaux de la Traîne, de Carlus et de Ladiras, et poursuivît sa route vers Montpellier. Les trois conseillers d'Hautpoul, Bertrand! et Caumels se partageaient la mission de faire abattre les fortifications des villes prises par le roi.

Le jour de son entrée à Carcassonne, Louis XIII apprit que le pays de Foix était saccagé par les protestants et que, grâce à la maladresse du seigneur de Roquefort, de la maison de Mirepoix, les villes de Pamiers et de Sa Verdun s'étaient ravitaillées et repoussaient les catholiques. Roquefort, arrêté et conduit à Carcassonne, allait être livré au Parlement, qui l'aurait envoyé à l'échafaud, lorsque le prince de Condé, son parent, lui

sauva la vie, en déterminant le roi à évoquer ce procès et à dessaisir le procureur général.

Pendant que le roi prenait les villes et les châteaux et découronnait les donjons et les tourelles, Vendôme se laissait battre dans le Haut-Languedoc. Le maréchal de Thémines et le conseiller de Masnau coururent au camp de Briatexte, aux environs de Lavaur, et poussèrent Vendôme, qui se retirait en désordre, à assiéger un château sur son chemin. Humilié et découragé, le duc aban-^ donna le pays aux huguenots et rejoignit le roi. Telle fut la douleur du conseiller de Masnau qu*il en mourut.

Le roi continuait sa marche triomphante. Du camp de Lunel, il écrivit le 17 août, au Parlement, pour lui annoncer le succès de ses armes et la soumission des villes rebelles. Devant Montpellier, investi par l'armée royale, les deux partis perdirent leurs meilleures troupes ; les maladies et la disette survenant, le roi songea à conclure la paix et confirma aux protestants, par un nouvel édit, les clauses de TÉdit de Nantes. Toujours en défiance et tenus en haleine par le duc de Rohan,«les protestants chargèrent le conseiller d'Etat Despréaux d'apporter au Parlement la déclaration royale. Afin de ne donner prise à aucun soupçon d'opposition, le pre-» mier président, soucieux de la paix autant que Rohan, affecta d'envoyer, dans toutes les villes calvinistes du ressort, l'arrêt d'enregistrement pur et simple de l'édit, et à son tour, le roi commit le duc de Vendôme, le comte de Carmain et le président de Caminade, habile aux affaires d'Etat, à l'exécution, de concert avec le duc de Rohan, des articles du traité de paix dans le Haut<« Languedoc.

CHÂP. V. — OPPOSITION A LA CHAMBRE DE LEDIT lOQ

Les deux seules villes de la Rochelle et de Montauban restaient aux réformés comme places de sûreté. La part prise par la ville de Castres à la guerre religieuse ne lui attira pas les faveurs royales: elle regrettait la chambre de FEdit, dispersée depuis deux ans, et réclamait son rétablissement. Le duc de Rohan s'obstinait à soutenir les droits d'une ville, chère à la Réforme et hostile aux catholiques ; au mois d'avril 1628, le roi signa des lettres patentes qui rendaient à Castres la chambre de rÉdit. Ces lettres furent déchirées quelques jours après. Les députés des états de Languedoc se jetèrent aux pieds du trône, et dénoncèrent au souverain cette cité révoltée, comme coupable de nouveaux excès depuis le dernier traité de paix, et indigne de cet honneur. Ils ne cachèrent pas au roi que le juge banneret y avait présidé à la destruction de la cathédrale par une furieuse populace, dans le but de soustraire sa juridiction à la supériorité d'une Cour de justice. Par d'autres lettres du 20 du mois de mai suivant, la chambre de TEdit fut transférée à TIsle-en-AIbigeois, au refus des villes de Pamiers, de Revel et de Puylaurens, qui craignaient de déplaire au duc de Rohan.

Le président de Vignoles, de la religion protestante, reçut, de l'huissier du Parlement, signification de l'arrêt d'enregistrement de ces dernières lettres, et répondit aussitôt, qu'il obéirait sans hésitation à la volonté du roi, mais non à celle du Parlement qu'il ne reconnaissait point pour son juge. Ce n'est pas sans peine que l'huissier du Parlement signifia Tarrôt de la Cour; le président de Vignoles ne céda qu'aux instances du greffier Malenfant. A Castres, Malenfant, suivi des huis-

110 HISTOIRfi DU PARLEMENT DE TOULOUSE

siers, alla de maison en maison, notifier Tarrét aux autres magistrats de la chambre dont la réponse ressembla à celle du président de Vignoles. II se rendit ensuite chez le duc de Rohan à qui il remit une lettre du président de Caminade, le premier préskient se trou^ vant alors auprès du roi.

En présence des capitaines de sa suite, le duc répon^ dit à Malenfant qu*il estimait et honorait la Cour de messieurs du Parlement et qu'il serait bien aise de pou« voir, à Toccasion, les servir en général et en particulier, mais que, n'étant que personne privée à Castres, il n*avait d*autre pouvoir que de prier les conseillers de la religion réformée d'obéir au roi. Puis, prenant Malenfant à récart, il lui dit tout bas, qu'engagé sur sa parole de gentilhomme, à obtenir le rétablissement de lacham-^ bre de l'Édit à Castres, il venait d'expédier un de ses capitaines vers Louis XIII, pour lui représenter que cette mesure était une des conditions de la paix, et que si le roi changeait de sentiment et trahissait la foi jurée, il ne répondait plus de la tranquillité du royaume. Il ajouta que là noblesse n'était pas disposée à s'enfermer dans cette petite ville de l'Isle-en-Albigeois, ennemie des réformés, et que les gentilshommes aimeraient mieux mourir l'épée à la main, que de se rendre à l'Isle, où ni leur vie, ni la liberté des magistrats ne seraient en sûreté.

Ce que le duc de Rohan ne disait pas, c'est que les protestants employaient la trêve à se préparer encore à la guerre, à fortifier les villes laissées à leur parti en otages, à lever des impôts et à violer le traité de paix. Les arrêts du Parlement, qui les rappelaient au respect

CHAP. V. — LETTaES DE JUSSION 111

de leurs engagements ne les intimidant pas» le roi se décida à transporter à Béziers le siège de la chambre de TEdit. Le Parlement, qui s'était déjà empressé d'envoyer à risle les magistrats -de la chambre mi-partie, leur écrivit de ii*en point sortir, ajourna Tenregistrement de redit et adressa au roi de fermes et respectueuses remontrances, par la voix du premier président, assisté de trois conseillers.

Les remontrances ne changèrent rien à la volonté royale : des kttres de jussion enjoignirent au Parlement de s'incliner. En chambres assemblées, les parlementaires discutèrent, pendant trois audiences, ces lettres de jussion et résolurent de rédiger de nouvelles remontrancesy où ils reprochaient au souverain de restreindre la liberté que ses prédécesseurs avaient donnée à toutes les Cours de justice de remontrer à la Couronne ce qui se rattachait aux intérêts de la monarchie et de ia nation. Le roi répondit froidement qu'il voyait « avec déplaisir « que la Cour de Toulouse était plus jalouse de ses c propres intérêts, que de la manutention de l'autorité « de la Couronne et du bien de son service ». De nouvelles lettres de jussion furent expédiées, mais le Parlement, tout en obéissant, n'en persista pas moins à réserver ce droit de remontrances, qu'il regardait comme le plus noble héritage des siècles écoulés.

En pénétrant au fond de la pensée des parlementaires, on aurait pu y découvrir l'espoir secret de voir la chambre de l'Edit transférée bientôt de l'Isle-en-Albigeois, dans une ville catholique du Haut-Languedoc. On ne voit pas bien l'intérêt du Parlement à s'opposer ainsi à cette translation de la chambre de l'Edit : on ne

peut l'expliquer que par cette animosité permanente des deux partis protestant et catholique, à qui tout devenait matière de dispute, affaire d'Etat et sujet d'émeute. Maintenir la paix fut alors plus long et plus difficile que la rétablir, surtout à Pamiers, où les calvinistes voulaient gouverner en maîtres et exclure du xonsulat les citoyens catholiques. Il fallut môme en venir, à Béziers, à des décrets de prise de corps contre des citoyens et des consuls qui refusaient de recevoir les membres de la nouvelle chambre, et à des injonctions de sortir de la ville. Ni les arrêts du Parlement, ni les décrets de prises de corps, ni la présence des deux présidents de la chambre de TEdit, Gaubert de Caminade et de Vignoles, n'intimidèrent les factieux. On eût dit que les fêtes éphémères qui célébraient le retour du roi n'étaient qu'un présage de guerre.

Au Parlement, les disputes intérieures reviennent sans cesse : des conseillers sont récusés par les gens du roi, au moment de la rédaction de remontrances ; le premier président se voit en butte à des dénonciations émanées de la Cour, des Etats et de l'Hôtel de Ville, mais le Parlement soutient le premier président. La délibération échauffa les parlementaires dont quelques-uns réclamaient un coup de vigueur, à l'aide de procédures et de décrets. Le Parlement et les Etats en seraient venus aux prises, et une lutte violente aurait pu naître de ce conflit sans la modération et la sagesse de Le Masuyer, qui sacrifia son ressentiment au service du roi et au bien public. 11 refusa d'opiner dans sa propre cause et dit au Parlement : « Je sais, depuis <t deux jours, que le duc de Rohan a repris les armes.

CHAP. V. — GUERRE CIVILE Il3

« j*ai mandé les capitouls ; ils sont déjà aux portes du « Palais. La Cour a des mesures à prendre et des ordres « à donner. » Tout finit par un arrêt portant qu'on ajournait le moment d'attaquer les États.

Ce n'est pas sans raison que le Parlement redoutait encore la guerre. Le duc de Rohan attisait le feu dans les villes du Haut-Languedoc, et la duchesse de Rohan, d'une grâce fière et d'une bravoure chevaleresque, parcourait les villes du Bas-Languedoc et appelait aux armes les bons combattants, en se raillant des lettres du président de Caminade qui, de son siège de la chambre de Béziers, gourmandait les consuls des villes fortes, et leur ordonnait de se tenir sur leurs gardes. Cette levée de boucliers du duc et de la duchesse de Rohan étonna et refroidit d'abord les villes de Nîmes, d'Uzèset de Montauban lassées de tant de secousses. Un arrêt de la chambre de l'Edit déclara le seigneur de Soubise qui venait de s'emparer des îles de Ré et d'Oléron, le duc de Rohan et ses complices, criminels de lèse-majesté. La guerre civile se ralluma dans la province, et le procureur général requit, du Parlement, ui;i arrêt contre les séditieux. En môme temps, il enjoignait aux consuls du ressort de poursuivre et de déjouer les complots ourdis dans l'ombre, et aux gentilshommes rebelles de s'enfermer dans leurs châteaux, sous peine de les voir raser: c'est ainsi qu'il fit démanteler le château de Léran et qu'il décréta de corps le baron de Mirepoix. Il dépouilla aussi la ville de Castres, aux gages de Rohan, de ses anciens privilèges et lui enleva ses juridictions et son siège épiscopal. Montauban reprit l'offensive : le Parlement traita cette cité indomptée comme Castres et prohiba tout

T. Il 8

commerce avec elle. Un arrêt du 22 mai 1625 en transporta les tribunaux à Montech et à Moissac.

Des arrêts ne désarment guère les révoltes. Le maréchal deThémiiies courut au secours du Parlement contre les soldats de Rohan. Etroite et étrange discussion : on débattit au Palais, en cette grave conjoncture, le point de savoir si la Cour dépêcherait vers le maréchal, à son entrée dans le ressort, une députation semblable à celle qui avait été envoyée, un jour, au duc d'Épernon. La Cour décida qu'elle n'enverrait que les deux anciens conseillers Mansencal et Caumels, à huit lieues de la ville.

Thémines arriva à Toulouse le 2 juin i625, sans troupes et sans argent. Dans un conseil de ville auquel assistèrent le maréchal duc de Ventadour, le comte de Carmain, le premier président Le Masuyer, trois conseillers et les gens du roi, on travailla à se procurer des ressources et à organiser un plan d'attaque et de défense qui fut aussitôt dressé et autorisé par le Parlement. 11 restait à mettre sur pied une armée et à l'entretenir. Le duc de Ventadour leva, à ses dépens, un régiment de quinze cents hommes et le Parlement en leva un autre de mille hommes, sous la conduite du colonel vicomte

Duclos.

Le Parlement rendait au roi largesses pour largesses : il n'oublia pas que Louis XIII, frappé de la différence des gages des magistrats du Parlement de Toulouse et des autres Parlements de France, venait d'élever les gages du premier président à i,5oo livres, ceux des présidents de la grand' chambre à 1,000 livres ceux des gens de du roi à 700 livres et d'ajouter 60 livres de gages aux

CHAP. V. — LARGESSES DU PARLEMENT I l5

membres de la chambre des enquêtes. Afin que cette faveur royale ne s'imposât pas, comme une trop lourde charge, à la province accablée d'impôts et appauvrie par la guerre civile, le Parlement ne l'accepta, qu'à la condition qu'elle serait assignée sur la crue de 3o livres par quintal sur le sel.

A ces soldats, levés par le duc de Ventadour et les parlementaires et à quelques autres troupes, la ville joignit un régiment de cinq cents hommes, avec six pièces de canon, commandés par le capitoul Beaupui. Cette petite armée se mit en marche vers Lautrec, quartier général du maréchal de Thémines. Le conseiller de Caumels la suivait comme intendant de justice et des finances; mais le président de Gramond lui a reproché d'avoir nourri les soldats aux frais des populations, afin d'épargner l'argent du roi.

Tandis que le maréchal de Thémines brûle les châteaux entre Lautrec et Lavaur, une conspiration se trame à Toulouse contre la vie du premier président. Un soir du mois de mai de cette année 1626, veille de la Trinité, des écrits injurieux, tracés en lettres rouges, se répandent, en quelques heures, dans les rues, sur les places et aux carrefours. Un de ces écrits contenait cette furieuse invocation à l'assassinat : « Pourquoi balan- « cer, peuple affligé? Pourquoi ne pas sacrifier à la « vengeance publique, Le Masuyer, ce méchant homme « qui t'opprime? Tu te plains de l'augmentation des « impôts qui t'accablent et de la continuation d'une € guerre qui te désole, et c'est lui qui en est la cause. Il « dévore la veuve et l'orphelin ; il n'épargne personne € sous le règne d'un bon prince. Remets-toi en liberté

c par le massacre du plus méchant des hommes. Tue,

tue et tu seras libre ! »

Vers onze heures du soir, un passant remit une poignée de ces feuilles volantes au premier président, à la chapelle des chartreux, où il se retirait, la nuit, à la veille des grandes fêtes, pieuse coutume qu*il observa jusqu'à sa mort. En quelques instsmts, une foule de par^ lementaires, de parents et d*amis encombra la Chartreuse et supplia le premier président de quitter la ville et de mettre sa vie en sûreté. Le Masujer écouta, sans pâlir, ces adjurations et répondit froidement : c Tl faut € savoir mourir avec courage, quand on a vécu sans € crime. > Il se borna à informer les capitouls du danger qui le menaçadt.

Le lendemain, à Taube, le conseil de ville plaça, sur tous les points, des corps de garde, créa des capitaipes de quartier, augmenta le guet et les patrouilles et dressa des po'ences dans les carrefours. Le peuple grondait et s'armait pour le pillage. Tout à coup, le premier président, sans escorte, se montra devant les groupes ameutés contre lui, le visage aussi calme qu'en un jour de fête publique. Personne n'osa lever la main sur lui.

L'information des capitouls révéla les secrets de la conspiration : le jour de la Trinité, tous les corps de métiers, armés depuis la guerre, devaient se rassembler pour donner au peuple un spectacle militaire. Une émeute devait assombrir la fête, et la mort du premier président aurait couronné l'émeute. Une lettre du roi pressait le Parlement et les capitouls de tout mettre en œuvre pour découvrir les auteurs du complot. A son

Page 1