‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 33 sur 182 · CH. Y. — COMPLOT CONTRE LE PREMIER PRÉSIDENT II · texte numérisé non relu

CH. Y. — COMPLOT CONTRE LE PREMIER PRÉSIDENT II

de trotnpe, le Parlemeat fit annoncer qu*il accorderait une récompense de i,ooo livres au dénonciateur des conjurés. On accusa, tantôt les catholiques, et tantôt les huguenots qui se battaient et pillaient les maisons voisines des portes de Toulouse. Les organisateurs du complot pouvaient d*ailleurs décrier le premier président et irriter contre lui le peuple qui se souvenait de Tancien luxe de Duranti et ne pardonnait pas à sa mémoire Télégance de ses chevaux et de son carrosse. Le Masujer dont la fortune offensait les artisans et les pauvres était, plus que Duranti, amoureux de bruit et d*étalage. 11 eut des pages et jusqu'à vingt chevaux, éclatant contraste avec Faustère simplicité des anciens pGO'lementaires . Cette fortune et cette magnificence ternissaient sa renommée ; on oubliait son dévouement au service de l'Etat et de la justice, pour ne blâmer que ses folles dépenses et ses richesses qui insultaient aux misères d'une ville en proie à tant de fléaux. Il sentait lui-même ses torts envers le peuple et il les confessait, un jour, en toute humilité. La lumière ne se fit jamais sur ce complot, et les gens du roi s'égarèrent en vaines poursuites.

La gaerre se passait en engagements et en escarmouches ; elle se traduisait en incendies et en dévastations, plus qu'en batailles décisives, dans les riches plaines de Montauban, où le duc de Rohan et le maréchal de Thémines se rencontraient à forces égales. Thémines signala au Parlement Tinsouciance des gentilshommes qui restaient paisiblement dans leurs châteaux, sans vouloir se mêler à la guerre et servir le roi. Un arrêt du Parlement força les seigneurs, les gentilshommes

et les nobles, dans l'étendue des sénéchaussées de Toulouse, de Carcassonne et des pays du Lauraguais et de Foix, à marcher, au premier ordre qui leur en serait donné, sous peine d*être dégradés de noblesse, privés des fiefs et flétris dans leur postérité. Par un autre arrêt, le Parlement ordonna la saisie des biens des rebelles.

Tous ces gentilshommes prirent les armes et leur nombre fit reculer Tarmée protestante • La défaite du seigneur de Soubise, près de Tîle de Ré, par le duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc, effraya les calvinistes qui implorèrent, de leur assemblée de Milhau, la clémence du roi. Un nouvel édit leur fut accordé, confirmant leurs privilèges, mais ne rétablissant la paix, que sur les bases les plus fragiles. En allumant un feu de joie à Nîmes, le duc de Rohan eut beau jeter une torche dans le bûcher en s*écriant, qu'il éteignait la discorde à jamais : il ne laissait pas monter à ses lèvres les sentiments qui s*agitaient en son cœur.

Au moment où cet édit de pacification fut soumis au Parlement, de violentes récriminations des protestants s'élevèrent contre le premier président. Le Masuyer ne s'était pas borné à envoyer dans les villes du ressort le président Desplats de Gragnagnes, pour ouvrir une information sur les désordres, les meurtres, les extorsions et les pillages des troupes; il veillait lui-même, avec une persévérante sollicitude au maintien de la paix publique. Un Espagnol, secrétaire du comte d'Olivarès, ministre du roi d'Espagne, revenant des Pays-Bas et passant un jour à Toulouse, sous un faux nom, fut emprisonné par son ordre et interrogé par lui à diverses

CHAP. V. — MORT DE CANREDON IIQ

reprises, sans que les réponses et les papiers saisis sur ce seigneur étranger fissent découvrir les motifs de son voyage. Dès qu'il fut remis en liberté, il gagna, par des chemins détournés, la ville de Castres et se réfugia auprès du duc de Rohan.

Le duc envoya aussitôt un de ses gentilhomme?, la Roussillère, à la Cour d'Espagne, avec un enseigne de ses gardes, Canredon; un soldat du comté de Foix, Moïse, devait diriger leurs pas dans les montagnes des Pyrénées. A Madrid, la Roussillère ayant appris, par la rumeur publique, la conclusion de la paix, voulut s'en assurer par des voies plus sûres et dépécha Canredon et son guide Moïse vers le duc de Rohan. Un calviniste, le seigneur de Léran, mit le premier président au courant de ces intrigues : des espions lancés à leur poursuite les arrêtèrent à Belpech, dans le diocèse de Mirepoix. Le soir même de leur arrivée aux prisons de Toulouse, le premier président les interrogea et employa la nuit à instruire leur procès, lis n'épargnèrent, dans leurs déclarations, ni le duc de Rohan, ni La Roussillère, qu'ils accusèrent de complot avec l'Espagne. Canredon soutenait que sa seule mission était de dire au duc de Rohan que si la guerre continuait, l'Espagne lui enverrait un secours de chevaux, en ajoutant que le guide Moïse, ne savait rien du complot. Le Parlement ne le condamna qu'aux galères, mais Canredon condamné à avoir la tête tranchée, monta, le même jour, sur l'échafaud.

Ce fut un immense cri de réprobation par toutes les villes calvmistes. On était alors au mois d'avril 1826, et redit de paix, qui amnistiait toutes les rebellions, couvrait, de son pardon, l'intrigue de l'enseigne du duc de

Rohan. Douloureuse et cruelle obstination des rancunes humaines : le premier président ajourna Tenregistrement de l'édit de paix au lendemain de Texécution de Canredon. Le président de Gramond, qui voyait alors les hommes et les choses de près, a écrit énergiquement que ce retard fut prémédité par Le Masuyer dont la main, s'il fallait en croire bien des parlementaires, aurait tenu redit caché pendant trois jours. Il estimait ainsi rendre un grand service au roi et à TEtat.

A la décharge de Le Masuyer^ le père Lombard a écrit ces lignes voilées d*incertitudes et d*obscurité : c II est « peut-être douteux que Canredon, évidemment cri- <t mineld*Etat, eût éviti le supplice, quand mèmeTédit

< de pacification eût été vérifié dans le même temps € qu il eût pu Têtre. Le Parlement, qui l'enregistra « le 6 d'avril, exclut du pardon les crimes capitaux, et € il employa tant de modifications, que les députés gé- € néraux des églises prétendues réformées en firent, € le 20 de ce mois, des plaintes au Conseil du roi. Sa

< Majesté y eut égard ; elle fit expédier des lettres de

< jussion, afin de procurer à ses sujets de la nouvelle « religion un enregistrement pur et simple. Et ce ne fut « que le 10 septembre que, par un deuxième arrêt, le <t Parlement supprima des modifications plus incom- € patibles avec la durée de la paix, sans toucher à des € exceptions qu*il avait mises à l'étendue de certaines € grâces accordées par Tédit. Les incendiaires et les € destructeurs des églises restaient soumis aux peines € que les lois ont décernées contre eux. »

Ces phrases confuses du père Lombard ne prévaudront pas contre la ferme accusation du président de

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