‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 34 sur 182 · CHAP. V. — LE PRINTEMPS A TOULOUSE · texte numérisé non relu

CHAP. V. — LE PRINTEMPS A TOULOUSE

Gramond. Que les termes de Tédit prêtassent au doute, et que les modifications en eussent altéré la portée, la clémence devait passer avant le châtiment et le pardon avant Téchafaud. Ce sera Féternelle tache de la vie de Le Masuyer, d'avoir traîné en longueur l'enregistrement d*un édit qui pouvait sauver la vie d'un homme. Le sang de Canredon est retombé sur la robe du premier président.

Tout est changeant dans les choses de la vie. Le souvenir du sang versé et les désolations de la guerre s'évanouit au travers des fêtes ramenées par le printemps. A ces journées radieuses de joie populaire et de chaud soleil, que les mémoires du temps comparent au carnaval de Venise, les masques, sur des chars pavoises d'oriflammes brillantes, parcouraient les rues jonchées des premières feuilles de Tannée, les dames aux croisées, au seuil des maisons, ou sur des estrades, recevant, de la main des masques, des bouquets de violettes et de muguets.

Du milieu d'une de ces fêtes bruyantes, se détachaient trois jeunes gentilshommes déguisés en ermites et distribuant aux dames des cartels d'une galanterie impure et des chapelets d'où pendaient des médailles d'argent, couvertes d'images obicènes, en guise de médailles de piété. Le lendemain, les prédicateurs tonnèrent, en chaire, contre ce scandale et le Parlement décréta de prise de corps les trois masques sacrilèges, qu'on disait être le trésorier de France de Cal vet, l'avocat d'Hispania et un autre, désigné sous le nom de sieur de Fimarcon.

Ils se cachèrent et prirent la fuite : le Parlement con-

damna par contumace, Calvet et Hispania à être décapités, et Fimarcon à une simple amende: a&n de rendre l'expiation plus retentissante, il entoura de la plus grande solennité l'exécution par effigie. Sur un tombereau, le bourreau montra au peuple le portrait des deux condamnés à mort; les huissiers de la Cour, le greffier en robe rouge, le juge criminel, quatre capitouls en robes de cérémonie, le viguier et des détachements de troupes suivirent le tombereau du Palais à la place Saint-Etienne, où le greffier Malenfant lut, à haute voix, Tarrêt de condamnation, pendant que le bourreau attachait à la potence les portraits des deux condamnés. Malenfant n'allait à cette exécution qu'à regret, et comme honteux de son rôle : « Je fis € toutefois grande instance, dit-il, pour ne m'y trouver « pas, mais la Cour, après m'avoir t)uï, en mes remon- « trances, ordonna que cette exécution serait faite par « moi, non par un secrétaire évangéliste, en l'absence « du greffier criminel, attendu l'importance du fait. » Quelques mois après, le courroux du Parlement s'adoucit: Calvet et Hispania se livrèrent d'eux-mêmes à la justice et furent absous, moyennant une amende.

X)e loin, Richelieu souriait de ces exécutions, et souffrait des alternatives de mollesse et de vigueur du roi envers les protestants. Il méditait un grand coup à frapper sur un parti qui s'humiliait et se redressait brusquement devant la Couronne, et c'est en prévision du prodigieux accroissement de son pouvoir qu'il consentit à la convocation par le roi de l'assemblée des notables à Paris. Le premier président, Le Masuyer, et le procureur général de Saint-Félix y prirent leur place, et pour

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