CHAP. VI. — TUMULTE AUX ENQUÊTES 12J
cours de la justice, jusqu'au mome.it de l'assemblée des chambres. laébranlable dans sa résolution, le président de Caminade adressa aux chambres des enquêtes une remontrance qui fut accueillie par des huées. Ce jour-là, les enquêtes ne voulurent pas tenir audience.
Le lendemain, jour de dimanche, en l'hôtel du président de Cambolas, les enquêtes poussèrent les choses plus loin et décidèrent que, non seulement, elles cesseraient de rendre la justice, mais encore qu'elles empêcheraient Id grand'chambre de monter sur ses sièges. Le lundi, à sept heures du matin, les trois présidents des enquêtes, de Cambolas, deFrézalset d'Ouvrier, assistés de tous leurs conseillers, entrèrent à la salle d'audience et prirent place aux sièges occupés par eux, en chambres assemblées, avec la ferme intention de n'en point sortir et d'empêcher la tenue de l'audience. Vainement, la grand'chambre et la Tournelle cherchèrent à les ramener aux voies de la conciliation et du devoir, les enquêtes restèrent sur les sièges. Elles ne se levèrent qu'en voyant les présidents de Caminade et de Bertier passer à la chambre des manteaux, prendre leur mortier et leur robe, et y commencer l'audience ; elles chassèrent les avocats, les procureurs et les plaideurs qui se tenaient sous le porche et devant la grand'chambre, fermèrent le portail du perron du Palais, gardèrent les portes de la grand'chambre et de la chambre des manteaux et éloignèrent les huissiers.
Les huissiers finirent par rouvrir les portes : la grand'chambre entra en robe et l'audience commença. Telles furent les clameurs des conseillers des enquêtes que, selon le mot de Malenfant, l'un n'entendait pas l'autre.
et que personne n* entendit le président de Caminade, prononcer Tarrêt enjoignant aux enquêtes de se rendre en leurs chambres et de laisser la grand*chambre siéger en paix. Sa voix fut étouffée par les cris, et les coups frappés sur les bancs. Une seconde fois, le président de Caminade forçant la voix, prononça son arrêt. Le désordre, la confusion et le tumulte grandirent encore. Au moment où le président ordonna au greffier d'en dresser procès-verbal, afin d'en informer le roi, le président des enquêtes, de Frézals, défendit, d'un ton hautain, au greffier de Pressac d*obéir au président de Caminade, en le menaçant de l'en faire repentir et de provoquer sa destitution.
Une troisième fois, le président de Caminade revint à la charge, avec son arrêt que couvrirent les sifflets et les huées. Un clerc d'audience s'étant assis à sa place accoutumée, le président de Frézals l'en arracha et Je menaça de la potence. Il enjoignit aussi au greffier en chef, Malenfant, de désobéir au président de Caminade qui lui commandait de prendre les noms des conseillers les plus violents. Malenfant prit la plume et écrivit sous la dictée de Caminade. Ce vent de colère tomba à la voix des deux avocats généraux de Ciron et de Fieubet, qui imposèrent silence aux enquêtes, c en € cet état calamiteux, dit Malenfant, où se trouvait ré- « duite la face de la Cour, » et requirent aussitôt la tenue de l'assemblée des chambres. Le plumitif du greffier sous les yeux, le président de Caminade ayant renvoyé cette assemblée au surlendemain, les cris redoublèrent et le président de Frézals s'approchant de lui, le bras levé, lui cria : « Oui, oui, gardez-le bien, ce