CHAP. VI. — TUMULTE AUX ENQUÊTES
c plumitif; nous en savons faire d*autres, aussi bien « que vous ; gardez-le bien en votre sein ; il vous Té- « chauffera. »
On en serait peut-être venu aux mains, si les deux présidents de Caminade et de Bertier, contraints par la violence, n'avaient quitté leur robe rouge et leur manteau, en cherchant asile à la chambre dorée; ils y furent suivis, en troupe, par les présidents et conseillers des enquêtes, et le président de Cambolas en tête, requérant rassemblée des chambres et déclarant que messieurs des enquêtes se porteraient à toutes extrémités, plutôt que de céder. Peu à peu, le langage du président de Cambolas s*apaisa, ses paroles s'entrecoupèrent de larmes et, d'une voix tremblante, il exprima un profond regret de tant de scènes indignes de la justice.
A ces regrets et à ces larmes, le président de Caminade répondit que la Cour avait délibéré, c que les € enquêtes venaient de porter l'afiFaire si avant et de
< causer un si grand scandale, qu'il était impossible de
< le réparer, ayant été Tautorité de la grand'chambre € et Tournelle si fort blessée, qu'il fallait que le roi en
< fût informé, mais que, s'il leur plaisait se remettre
< en leur chambre, ils se pourraient assurer que les € chambres s'assembleraient, le surlendemain, ainsi que « les gens du roi l'avaient requis. » Le même jour, on décida, à la grand'chambre, que le président de Calvière, l'ancien conseiller de Barthélémy, le conseiller d'Agret et le second avocat général de Fieubet porteraient au roi des remontrances sur cet incident et Téclaireraient sur ces désordres. De leur côté, les membres des enquêtes envoyaient au roi les présidents de
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Cambolas et d'Ouvrier, et les anciens conseillers de Tourreil et de Puymisson. Mais ces derniers s'attardant en chemin, les enquêtes firent prendre la poste à M. de Rességuier, conseiller aux enquêtes, afin de devancer les députés de la grand'chambre.
Enfin, les chambres s'assemblèrent et on mit en discussion la prétention des enquêtes à remplacer François de Caumels par un conseiller de la Tournelle. La discussion y fut paisible et se tint dans les régions des traditions et du respect des droits de chaque chambre. On s'arrêta à cette décision, qu'à l'avenir l'assemblée des chambres ne pourrait être refusée, quand elle serait demandée, et que d'ailleurs on en ferait article de mercuriale dans le plus bref délai. En attendant, la grand'chambre se réserva le droit de remplir la vacance de François de Caumels, et permit à un conseiller de la Tournelle de siéger à sa place, aux enquêtes, après la Saint-Martin, c Et par ce moyen, dit Malen^ € fant, tout ce fracas fut terminé. »
La rumeur fut loin d'être aussi grande aux cham* bres assemblées, le jour où l'ancien conseiller de Rességuier, retiré à l'oratoire de Toulouse, après avoir cédé sa charge à son fils, sollicita la faveur de revenir et d'opiner au Parlement, ainsi que les autres conseillers honoraires, ayant exercé leur office pendant vingt années. La Cour s'empressa de déférer à ce désir, avec cette restriction, « qu'il userait de cette grâce modéré- < ment, comme les autres conseillers honoraires, les- « quels venant quelquefois au Palais, y sont courtoise- « ment reçus. »
Ces animosités et ces rivalités se dissipaient, comme
CHAP. VI. — REPRISE DE LA GUERRE l3|
des nuages, devant les graves événements de la guerre. Aux heures de crise et de danger de la province, le Parlement retrouvait son union et sa force et se groupait autour de son premier président. On entendait toujours planer des bruits de guerre. Le roi recevant la loi d'une partie de ses capitaines, rencontrait, sans cesse, devant lui, une armée rebelle, prompte à sedéga* ger des entraves royales. Seule, la main de Richelieu paraissait assez pesante po\ir abattre partout les agitations et les révoltes. A ce nom de Richelieu, le duc de Rohan se surprenait à trembler : sous les sombres lueurs de ce front de ministre, il entrevoyait le génie puissant, prêt à renverser les donjons des seigneurs, à décapiter les gentilshommes armés contre Ja Couronne et à faire tout plier à sa volonté. Sans entrer en lutte, visière levée, Rohan engagea les protestants à ne pas désarmer et à se garder des pièges et des vengeances du cardinal.
A Toulouse, les catholiques s'armaient aussi et tenaient des conseils de guerre, en l'hôtel du président de Caminade, où se rendaient le duc de Montmorency, le premier président Le Masuyer, quelques seigneurs, les gens du roi et les capitouls. Au lendemain d'une longue séance, un commissaire du roi partit pour Castres où le duc de Rohan espérait raviver, dans un synode, Tardeur des ministres de la Réforme, et déjoua ses manœuvres. Rohan ne se tint pas pour battu, et reprit ses intrigues dans le Bas-Languedoc qui se souleva et se rangea sous son drapeau. C'est le moment qu'attendait Richelieu, pour entrer en campagne et entreprendre une guerre sans merci, contre un parti
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enhardi par la faiblesse et les nonchalances du roi. Le roi assiégeait alors La Rochelle et nommait le prince de Condé son lieutenant général en Languedoc. Par ses ordres, les seigneurs rebelles proscrits passaient la frontière, et les procédures s'ouvraient au Parlement et dans les sénéchaussées. La déclaration royale contre le duc de Rohan, datée du camp d*Estrées, le 19 octobre 1627, prescrivait aux parlementaires de commencer le procès, « nonobstant, disait le roi, tous privi- « lèges, même celui de pairie, duquel il est déchu et s'est « rendu indigne, attendu Ténormitédu crime notoire de « rébellion».
Cétait la formule dont se servirent Charles IX et Henri IV, pour autoriser le Parlement de Paris à juger le maréchal de Montmorency et le duc de Biron. On a, quelquefois, prétendu, par une confusion de mots et d*idées, que Montmorency, Biron et Rohan avaient été jugés par des commissaires. De ce que le roi envoyait aux Parlements une commission ou mandement, on en concluait légèrement quMl créait ainsi une juridiction passagère et soumise à ses volontés. Des commissaires ne jugèrent pas le duc de Rohan : deux chambres du Parlement de Toulouse s'assemblèrent pour le juger. Pour la première fois, le Parlement de Paris voyait un Parlement de province partager, avec lui, le grand honneur de juger un pair de France.
Le réquisitoire du procureur général, pour Tenregistrement de cette commission royale, est emphatique et traînant. Un huguenot, fidèle au roi, répandait partout ce réquisitoire et parcourait les villes de Castres, de Montauban, de Pamiers et de Puylaurens, pour dis-
CHAP. VI. — CAMINADE ET CONDÉ] l33
perser les rebelles et traverser les manœuvres du duc de Rohan. De loin, le premier président dirigeait la marche de ce commissaire du roi, Auguste Galand, et lui découvrait les foyers de la révolte. En passant à Montauban, Galand y sema TefiFroi; les députés de la ville accoururent à Toulouse et protestèrent de leur hostilité contre Rohan et de leur soumission au roi. Condé, l'ennemi le plus redouté des protestants, depuis sa rentrée en grâce, les effrayait plus que Galand; il arrivait à grandes journées par le Bas-Languedoc.
A Castres, le parti de Rohan s'affaissa ; le synode écouta à peine les lettres du duc réfugié à Nîmes, qui prenait en vain Dieu à témoin de son désir de ne servir que la gloire de la religion, les intérêts du roi et la paix de l'Etat. On savait qu'il soulevait les Cévennes et qu*il se liguait avec l'Angleterre, la Savoie et les protestants de La Rochelle. Il se porta, de sa personne, sur Castres, après avoir pris Milhau; mais Castres lui ferma ses portes. Il se replia sur Revel et Réalmont; à Saint- Papoul, l'armée catholique le mit en fuite et le rejeta vers le pays de Foix. Une plus cruelle défaite l'attendait aux portes de Montpellier.
Condé qui venait de triompher de Rohan entra à Toulouse, le i5 janvier 1628. Déjà, une députation composée du président de Caminade, des conseillers Gabriel de Barthélémy, de Caumels, Buet et Boisset était allée le saluer à Lunel. En arrivant à Toulouse, il ne voulut, pour tout hommage, que les capitouls et leurs gardes, à la porte du Château-Narbonnais. Les ducs de Montmorency et de Ventadour et une foule de seigneurs marchaient à sa suite et l'accompagnèrent à l'archevêché où
l34 HI5T0IRS DU PARLE^iENT DE TOULOUSE
:1e président de Caminade et vingt-trois conseillers le c complimentèrent: < Et lui, disent les Mémoires de
< d*Aussonne, vint les accueillir au bas de Tescalier et
< les y ramena ensuite, en faisant deux ou trois pas « dans la cour, le duc de Montmorency les suivant, de « sa part, jusqu'à la rue. »
Deux jours après, Condé, suivi des ducs de Montmorency et de Ventadour, des évêques de Lavaur, de Rieux et de Saint-Papoul et du seigneur de Nesmond, maître des requêtes et intendant de justice dans l'armée du prince, se rendit au Palais où siégeaient la grand'chambre et la Tournelie. Sur le perron, attendaient le dernier des présidents à mortier et quatre des conseillers, des plus anciens. Au moment où les huissiers annoncèrent l'audience, la Tournelie se retira et le prince, pour ne point paraître marcher après le premier président, laissa ce dernier se placer sur son siège, et alla avant les présidents à mortier, s'asseoir à la place réservée aux seigneurs du royaume. Un drap de velours, semé de fleurs de lis d'or, ornait le siège du prince qui affecta de ne pas se servir d'un carreau de velours posé à ses pieds, ainsi que l'a remarqué Malenfant qui se plaît à retracer tous les détails de cette audience. Le duc d'Epernon, le plus fier et le plus fastueux des hommes, refusa d'assister à cette cérémonie judiciaire, de peur d'être efifacé par le prince de Condé.
De son siège, le prince exposa au Parlement le sujet de la commission à lui donnée par le roi, de combattre le duc de Rohan, en ajoutant qu'il ne dépendrait pas de lui de voir anéantir la rébellion, et qu'il n'agirait que de concert avec leâ parlementaires, dont il reconnaissait le
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zèle, malgré les révoltes qui aveuglaient souvent les compagnies judiciaires. A ce discours, le premier président répondit par une harangue où se mêlaient les expressions du respect et du dévouement du Parlement. Quand on en vint à recueillir les voix, le prince prit la parole, pour dire qu*il ne comptait tenir d'autre rang,, à la délibération, que celui de duc et pair. En sortant du Palais, le prince visita tous les présidents à mortier.
A cette audience, le Parlement fixa au 19 janvier Je jour du procès du duc de Kohan. Une contestation s*éleva entre la grand'chambre et la Tournelle, sur le choix du rapporteur : la grand'chambre voulait confier cette mission à son sous-doyen le conseiller Barthélémy, assisté du conseiller de la Tournelle, Vézian ; la Tournelle réclamait ce privilège pour un des siens. En chambres assemblées, le Parlement décida que le rapporteur serait pris à la grand'chambre, parce que le procès était dévolu au Parlement par le roi. La Tournelle céda, mais en déclarant que cette décision serait sans conséquence pour l'avenir. A leur tour, les présidents et conseillers des requêtes émirent la prétention de concourir au jugement de ce procès. Leur prétention fut repoussée ; ils se contentèrent d'assister au procès, sans opiner. Condé se retira de l'audience, en disant qu'il ne lui convenait pas de juger un homme dont le roi venait de confisquer les biens à son profit.
Le duc de Rohan se tenait dans le Vivarais et les Cévennes. Le Parlement le condamna par contumace comme criminel de lèse-majesté. Il faut citer cet arrêt : « La Cour a déclaré et déclare le duc de Rohan criminel
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« de lèse-majesté, perturbateur du repos public, ennemi
< du roi et de son Etat, pour les continuelles trahisons, « monopoles, conspirations par lui commises contre ice- « lui, avoir soustrait les villes et sujets du roi de la € fidélité et obéissance qu'ils doivent à S. M. par menées «et pratiques, assemblées illicites, faussetés, manifes-
< tes publics, suppositions de députés de villes et pro- « vinces, et de lettres, et autres voies obliques, usurpé € supériorité sur aucunes villes tyranniquement, y « avoir fait levées de deniers et commis plusieurs vio- « lences, même en temps de paix, contre les officiers de « justice, forcé les prisons pour en tirer les justiciables, € commis rébellion contre l'exécution de plusieurs arrêts € de la chambre de TEdit de Languedoc, délivré commis- € sions pour battre monnoie, avoir fait négociations et € intelligences contre le repos de l'Etat, suscité divers € armements et soulèvemens d'armes, surpris places et € chûteaux, s* être rendu chef des armées, sous le nom « supposé des églises prétendues réformées, par conju- € ration avec les Anglois, qu'il a suscités pour venir par « mer, s'efforcer de s'emparer de l'isle de Ré, de la ville
< de la Rochelle et d'autres ports de France, tenu la « campagne en corps d'armée, mené le canon, faitpétar- « der places, et, avec ses troupes, commis plusieurs « voleries, meurtres et sacrilèges : pour réparation et « punition desquels excès, La Cour l'a déclaré déchu des « titres de duc et pair de France, l'a condamné et con-
< damne, où il pourroit être appréhendé, à être délivré « ez-mains de l'exécuteur de la haute justice, lequel le « traînant sur une claie, ensemble ses armoiries, lui € fera faire le cours accoutumé par les rues et carrefours
CHAP. VI. — TRAHISON DE ROHAN iSj
€ delà présente ville de Toulouse, et au-devant la porte c principale de Téglise métropolitaine Saint-É tienne, en € chemise, tête et pieds nus, la hart au col, tenant une « torche de cire ardente en ses mains, lui fera deman- « der pardon à Dieu, au roi et à la justice des dits cri- € mes, méfaits et' intelligences, menées avec les Anglois € et autres princes étrangers, et qu'il s'en repent; et ce « fait, le conduira et traînera sur la dite claie jusques en € la place publique du Salin, ou, étant sur un échafaud, « sera tiré à quatre chevaux, jusques à ce que son corps € en soit démembré, et après seront son dit corps et « membres et ses dites armoiries brûlés et réduits en € cendres dans un bûcher, et puis les cendres jetées € au vent. Et, attendu la fuite et contumace (du duc « de Rohan) a ordonné que le présent arrêt sera exécuté « contre lui en figure. »
La tête du duc de Rohan fut mise à prix; on promit 7,5oo livres à celui qui le prendrait mort ou vif. L'exécution eut lieu, en effigie sur la place du Salin. « On traîna cette effigie, dit Malenfant, revêtue d'une « frise jaune, passementée de vert, et ensuite écartelée € par l'ordre des capitouls. » Quelques jours après, le Parlement fit décapiter certains partisans du duc, pris les armes à la main, entre autres le gouverneur de Pamiers, Jean de Beaufort et le gouverneur de Mazières, Dauret, fils d'un conseiller au Parlement. S'il faut en croire des historiens de ce temps, Rohan aurait répondu à cet arrêt, en faisant pendre en effigie, à une potence de son camp, le premier président Le Masuyer.
Les historiens sont plus fidèles, en racontant le soulèvement général des villes protestantes, à la voix de
l38 HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE
Rohan dans le comté de Foix et les Cévennes, aux bords du Rhône, dans TAIbigeois, dans le Rouergue et dans le Haut-Languedoc. On n'espérait plus que dans Tassemblée des Etats réunis à Toulouse, pour éteindre ces flammes. Condé en fit Touverture, au mois de mars. Le Mercure de France lui fait tenir ce langage : c Puisque Tobéissance due à mon souverain m'amène en € cette province, je vous assure que j'apporterai mon « possible pour vous délivrer de vos maux si grands et « si enracinés, qu'il ne se peut que les remèdes ne soient « difficiles et violents, possibles toutefois, avec l'aide « de ce généreux Parlement, qui se montre si courage geux et si affectionné à la religion, au service du roi et « au soulagement de cette province. Je me promets « tout bonheur de ma conduite, me trouvant si bien « assisté. »
D'année en année, les charges devenaient plus lourdes au peuple sur qui pesaient les frais de la guerre. Condé, sans s'en inquiéter, proposa au Parlement l'enregistrement d'un édit augmentant le prix du sel, et d'un autre édit créant de nouveaux trésoriers de France dans les généralités de Toulouse et de Béziers. L'avocat général Guillaume de Fieubet n'hésita pas à requérir l'enregistrement de ces édits ; le procureur général de Saint- Félix s'y opposa et tous les deux, entrant en lutte, lancèrent requêtes sur requêtes en récusations. Le syndic des Etats fit alliance avec le procureur général, qui ne craignit pas, en présence de Condé, de requérir la révocation du premier président, auquel on attribuait la propriété du grejffe des trésoriers de France. A ces mots, Le Masuyer se leva en déclarant que le greffe appar-
CHAP. VI. — JÉDIT DE GRACE iSg
tenait à un de ses beaux-frères, et il sortit aussitôt de la grand'chambre.
Le procureur général poursuivit sa harangue, et tout en rendant hommage à la probité du premier président, il ne dissimula pas qu'il passait pour avoir d'étroites relations avec des gens d'affaires, et qu'il donnait ainsi, malgré la délicatesse de ses sentiments, prise aux soupçons du peuple. C'est là ce que l'historien protestant, Levassor, a travesti en preuves de malversation et de concussion. La discussion s'anima: Condé prit parti pour le premier président ; mais le Parlement accueillit la demande en récusation formée par le procureur général et décida que, le lendemain, en chambres assemblées, le président de Caminade adresserait au premier président, au nom de la compagnie, ces rudes paroles dont le texte était en langue latine :
« C'est un crime, dans le chef d'un Parlement auguste, « de partager avec les publicains, le prix de la misère « du peuple. Les grands hommes, vos prédécesseurs « dans la place que vous occupez, ne donnèrent jamais « un pareil exemple. L'austérité des mœurs, la frugalité « dans la manière de vivre et la médiocrité d'une for- « tune domestique, voilà quels furent les objets de leur € ambition, la matière de leur gloire et leurs droits à la « vénération de la postérité. Ces vertus, si bien assor- « ties à la haute magistrature, avaient caractérisé jus- ♦ qu'à ce jour le Parlement de Toulouse, et les peuples « s'étaient accoutumés à y voir revivre l'ancien Sénat - « de. Rome. »
Afin d'épargner cette humiliation au premier président, Condé fit renvoyer au lendemain cette remontrance.
Dans la nuit, Le Masuyer prépara sa défense et établit son innocence. La remontrance fut supprimée, mais la blessure était faite et la plaie restait ouverte. On le vit bien, au moment de la discussion des deux édits où les opinions contraires se heurtèrent à grand bruit. Condé se croyant à une bataille, se répandait en gestes cour* roucés, en regards menaçants ou en flatteuses paroles. Tout d*un coup, le président de Caminade se tournant vers le prince, lui dit : c Jamais le Parlement n'a porté « les chaînes dont tous cherchez à lier les hommes « libres. Si vous nous ôtez la liberté, nous nous retirons, « C*est du roi lui-même que nous tenons la liberté des « suffrages. Plus vous tenez de près à l'autorité royale, « par les droits de votre auguste naissance, plus il vous « importe de nous conserver un bien que vous semblez « nous enlever. »
Le visage du prince trahissait la surprise et l'irritation de son âme ; il refoula, en son cœur, la colère prête à éclater et répondit froidement au président de Caminade, qu'il ne venait pas avec l'intention d'imposer un joug aux dépositaires des lois, mais bien avec la volonté de s'éclairer des lumières du Parlement, bien que le Par^ lement méconnût ses desseins, autant que les vrais in-^ térêts de TEtat. Puis, s'adressant au président de Cami^ nade, il lui dit sévèrement, qu'un prince du sang n'avait pas à subir les réprimandes d'un président à mortier.
L'air se chargeait d'orages ; le Parlement, froissé de cette vaniteuse arrogance, murmurait contre Condé. Il leva l'audience et ajourna la vérification des édits. Près* sentant une nouvelle opposition des parlementaires et les récriminations du président de Caminade, Condé