‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 5 sur 182 · CHAP. 1". — LE VICAIRE JEAN DUSEL · texte numérisé non relu

CHAP. 1". — LE VICAIRE JEAN DUSEL

Etienne, à genoux et une torche à la main, à être pendu et étranglé à une potence de la place du Salin, et ensuite à être brûlé avec ses livres de magie, les cendres du corps et des livres jetées au vent. Ses biens étaient frappés de confiscation ; l'arrêt ordonnait aussi qu'avant Texécution, € il serait baillé un bouton de géhenne € au condamné pour savoir ses complices. » Cette dernière disposition se nommait le retentum, qui tantôt renfermait un adoucissement et tantôt une aggravation de. la peine. L'exécution se fit le même jour: on ne dispensa le condamné de la dégradation, par onze voix contre dix-neuf, qu'à raison des résistances des évêques à ces sortes de châtiments. Ce n'est pas sans tristesse que le greffier Malenfant disait de ce supplice : € 11 ne fut « point prouvé que cet homme eût fait aucune faute, « ni pratiqué aucun magicien, ni faux monnayeur. Sa « prévention ne fut que d'avoir écrit les cahiers dana les « quels, à la vérité, il y avait des choses abominables « contre la majesté de Dieu, pour exalter le pouvoir du « diable ; et les principales méchancetés se faisaient par € le moyen de la Sainte Messe, du Saint Sacrement, des « prières de l'église et des psaumes de David. » La justice de ce temps était sans pitié : telle était l'horreur qu'inspiraient alors les légions infinies des sorciers, que les parlementaires aveuglés par des répulsions légendaires redoublaient de rigueurs et fermaient les yeux aux clartés de leur dix-septième siècle. La question infligée à Jean Dusel lui arracha des aveux. Mais la torture arrachait, souvent, aux suppliciés des réponses qui s'échappaient de leurs lèvres pour mettre fin à leurs douleurs. Il ne paraît pas pourtant que Jean

Dusel ait rétracté ses déclarations en montant au gibet.

Les gibets se dressaient à la place Saint-Georges et parfois à la place du Salin. Le nombre des suppliciés augmentant d*année en année, les capitouls firent dresser des estrapades sur toutes les places publiques de la ville, sans en prévenir le Parlement. Après délibération à la chambre dorée, le premier président manda les capitouls et leur commanda d*enlever les estrapades qui ne pouvaient être plantées que par ordre du roi, les estrapades étant un supplice militaire, et non un supplice infligé par la justice ordinaire aux criminels.

Ce fut le tour du premier président de recevoir des remontrances. Une décision de la commission établie sous sa présidence, pour rachèvement du pont de Tou* louse, ayant été attaquée devant le Parlement, dans une requête présentée par le procureur général et un des avo* cats géneraiix, il échappa au premier président de vives paroles qui blessèrent les sentiments de dignité et de délicatesse des gens du roi. Ils en demandèrent réparation devant les chambres assemblées. Le premier président se récria en disant : € C'est une surprise qui blesse € les droits de la première charge de la Cour ; il est peu € décent que le chef du sénat soit contraint de fsdre le € personnage d'un accusé. >

Il fallut plier sous la volonté 4^ .la Cour. Le pre-, mier président sortit de Taudience et laissa les chamr^ bres délibérer. Elles décidèrent qu'à la rentrée de M^ de Clary à la grand|chambi:e, le président de Paulo diifait aux gens du roi, se tenant deboult . fl^n^ière le bureau, des présentations,. et découverts, que la Cour en ap-,

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prouvant leur requête, blâmerait leur forme de procéder, comme trop éloignée des égards et du respect qu'ils devaient au chef de la compagnie. Le manuscrit du marquis d'Aussonne ajoute que le président dePaulo aurait été chargé de dire, en tête à tête, au premier président, qu*il eût mieux fait de ne pas paraître improuver la requête soumise au Parlement par les gens du roi, et qu'aux distinctions attachées à ses fonctions, il devait joindre la douceur qui les rehausse. Le journal de Malenfant assure, au contraire, qu'aucune remontrance ne fut adressée au premier président. Le père Lombard qui a raconté cet incident de la vie des parlementaires, en termine le récit par cette réflexion : € Ce sont là < des détails qui peignent, au naturel, une compagnie € dont ils manifestent l'esprit, les mœurs et la dis- « 'cipUne. Les maximes austères et mâles des pre- « miers âges du Parlement s'y conservaient, grâce à € la mercuriale qui en restait la dépositaire et la gar- € dienne, * n'ayant rien perdu de sa vigilance et de sa € rigueur^ »

Le père Lombard ne se trompait point ; les mercuriales, en se renouvelant, ré veillaient/dans l'âme des parlementaires, l'amour de leurs devoirs. De mois en mois, le» présidents à mortier, les présidents des enquêtes, un président des requêtes, le doyen, le sous-doyen, deux* conseillers de chaque chambre et un conseiller des requêtes s*assemblaient à la Tournelle, où les gens du roi venaient formuler leurs reproches sur les magistrats, et leurs censures sur leur manière de vivre. La harangue des gens du roi terminée, le premier président recueillait les avis de tous les membres présents qui

remettaient, par écrit, leurs libres sentiments à ce sujet, entre les mains du greffier; puis il les lisait aux chambres assemblées et marquait, en marge, de sa main*, les observations dignes d'être conservées, que le greffier transcrivait sur un registre original, dont il déposait une copie, dans chacune des chambres de la Cour. Sage et sévère mesure qui renouait et fortifiait la chaîne des traditions de discipline et d*austérité du Parlement.

Les traditions catholiques s'y mamtenaient dans une fermeté ombrageuse qui excita, plus d'une fois, les récriminations des protestants. Au printemps de i6i5, le jeune duc de la Trémouille, de la religion réformée, arrivant d'Allemagne et des Flandres et passant par Toulouse pour aller rejoindre, à Bordeaux, le roi devenu majeur, écrivit au premier président, qu'étant duc et pair, il souhaitait avoir séance, en cette qualité, au Parlement. Déjà, les protestants l'avaient, par tout le Languedoc, • environné d'honneurs et de louanges : ce fut pour le Parlement le secret motif de son refus. Pour colorer et • adoucir ce refus, le premier président fit savoir au duc de la Trémouille que la Cour ne pouvait le recevoir au Palais, sans qu'il eût salué le roi, à son retour des pays • ét^rangers, et que, d'ailleurs, son duché-pairie étant de nouvelle création, elle n'en avait pas une connaissance officielle, bien qu'elle le crût sur parole. Ni le duc de - La Trémouille, ni les protestants ne se méprirent sur la-portée de ce langage. Le duc s'inclina, mais la chambre de l'Edit lui envoya, à son passage à Castres, deux conseillers pour le saluer en sa maison, € ce qui n'a € pas été trouvé bon, dit Mal enfant, la Cour n*envoyant

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