‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 42 sur 182 · PRISE DE MONTAUBAN · texte numérisé non relu

PRISE DE MONTAUBAN

à mettre, sur pied, plusieurs compagnies de guerre ; il eut la tête tranchée et mourut sans faiblesse. Quelques jours après, un émissaire français, venant d*Espagne, fut arrêté porteur de mémoires relatifs au traité de Rohan et de Soubise avec les Espagnols et fut rompu vif à la place du Salin.

Le parti de Rohan était aux abois ; son armée se débandait et r Espagne, elle-même, lui marchandait et lui refusait des secours. Après la prise de la Rochelle, Richelieu ne voulut plus entendre parler de conditions ; la Réforme et la révolte en déroute reçurent la loi du souverain par un édit de pacification, appelé Tédit de grâce, donné à Nîmes au mois de juillet 162g et enregistré au Parlement, aux derniers jours du même mois. L'édit de Nantes était pourtant maintenu par Louis XIII.

De toutes les villes protestantes du ressort, Montauban, toujours insoumise, hésitait à obéir à Tédit de grâce qui prescrivit la destruction des murs de ville ; elle menaçait le roi de se défendre encore, si ses fortifications devaient être rasées. Les députés de Montauban osèrent même affronter la colère du cardinal de Richelieu, de passage à Nîmes, et lui proposer de laisser subsister ces murailles et ces bastions devant lesquels Louis XIII avait deux fois sonné la retraite. Le cardinal irrité ne leur répondit que par ces mots ; « Vous verrez « bientôt l'armée du roi à vos portes. » En sortant delà chambre du cardinal, les députés de Montauban rencontrèrent le premier président et la députation du Parlement qui venaient le complimenter sur Tédit de grâce. Le compliment se fît en latin et le cardinal y répondit dans la même langue.

Le cardinal ne fit que traverser Toulouse ; il avait hâte de rejoindre les trente mille hommes de Tarmée royale. Devant ces troupes aguerries, Montauban capitula et ouvrit ses portes à Richelieu qui 3' entra, en conquérant, le 19 août i629,accompagné du duc de Montmorency, du marquis d'Effiat, des archevêques de Toulouse et de Bordeaux, de plusieurs évoques, des ambassadeurs d*Espagne et de Savoie, du premier président et des capitouls de Toulouse. A. peine descendu de son carrosse, il chargea le président de Calvière et le seigneur de Biscaras, lieutenant du roi à Verdun, de faire raser les murs de Montauban et de n'}»" plus laisser pierre sur pierre. Afin d'arracher de ce sol si fécond en révoltes toute idée de résistance, il donna mission au premier président Le Masuyer de désarmer les habitants : canons, arquebuses , poudre, cordes et mitraille, tout fut enlevé et transporté à Tarsenal de Toulouse. Le conseiller Pierre de Lafont fut chargé de présider aux démolitions des murs du Masd'Azil et du Caria et de recevoir le serment de fidélité de ces villes endurcies ; en récompense de son zèle, le roi lui fit don du terrain occupé par les bastions.

En remerciant le roi de ses largesses, Pierre de Lafont devenait plus exigeant et laissait entrevoir l'espoir de la prochaine abolition de la chambre de TEdit, tant de f(ns réclamée par le Parlement. De Béziers où elle siégeait, cette chambre ne cessait, afin de sauvegarder ses privilèges, de rendre loyale et exacte justice et de seconder le cardinal contre les entreprises du duc de Rohan. Elle condamna, en 1627, Jean Ruffel convaincu du crime de lèse-majesté et de complicité avec Rohan, à être pendu, aux potences de Castres ; elle enregistra,

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sans murmurer, les lettres royales qui déclaraient Soubise et les partisans des Anglais traîtres à la patrie. Elle n'en craignait pas moins de se voir enlever les procès contres les protestants. Aussi, dès qu'elle apprit que des assemblées séditieuses se tenaient à Privas, elle se livra à des poursuites et condamna à être pendues et étranglées quatre-vingts personnes, parmi lesquelles six ministres de la religion réformée. De plus, elle ordonnait la démolition des châteaux et maisons des condamnés, et proscrivait leurs femmes et leurs enfants. Pour plaire au roi, elle le supplia de détruire les remparts de Privas, foyer de complots et de séditions, et rendit arrêt sur arrêt, condamnant au gibet les rebelles d'Aigues-Mortes, de Milhau, de Pont de Camarès et de Saint-Affrique.

Le Parlement persistait à réclamer la suppression de la chambre de Béziers. Par un arrêt du mois de mars 1 629, il enjoignait aux présidents et aux conseillers catholiques et réformés de cette chambre, de venir, dans le mois, prendre leur séance au Parlement. Touché du dévouement des Castrais aux intérêts de la Couronne, Richelieu déchira l'arrêt et manda aux magistrats de Béziers de continuer l'exercice de la justice, jusqu'à ce qu'il en eût autrement ordonné. Quand parut l'édit de grâce, un article de l'édit transférait la chambre mi-partie à Castres, et, en attendant l'exécution des conditions du traité et la fin de la peste qui désolait alors cette contrée, elle alla siéger, à la Saint-Martin de 1629, dans la ville de Puylaurens,et quelques mois après à Revel et à Saint-Félix-de-Caraman.

11 y eut, à la chambre de Béziers, des magistrats dont

les noms ne sont pas indignes de renommée, le savant président de Vignoiles, Louis de Jaussaud, traducteur de Thucydide et auteur d'un poème latin sur les exploits de Louis XIII, les présidents de Montcalm, de Candiac, de Bertier, de Caminade, de Maniban, de Calvière, les conseillers Jean d'Assézat, Pierre de Rességuier, Hercule de Lacger ou de Latger, un des beaux esprits de son temps, que Christine de Suède attira à sa cour si lettrée, de Suc et de Juge, Samuel d'Escorbiac, laborieux jurisconsulte qui composa un précieux recueil d'arrêts, Salomon et Claude de Faure, et Jacques de Ranchin, d*un esprit aimable et profond, maître es Jeux Floraux, groupe aimable et austère qui sauva peut-être, par son savoir et sa noblesse d*àme, la chambre de rÉdit.

En frappant sur les protestants comme parti politique, Richelieu voulait se montrer plein de respect envers les convictions religieuses et les droits des vaincus. Dans la grande ordonnance de janvier 1629, qui parut au moment où s* éteignait la guerre civile, comme un présage de raison et de sagesse, le cardinal n'oublia pas la chambre de l'Édit. Dans cette chambre composée de magistrats protestants et catholiques, les suffrages, par une conséquence naturelle de son institution, se divisaient souvent par moitié, et en vertu de cette tradition humaine et séculaire que le doute s interprète toujours en faveur de l'accusé, il arrivait souvent que la justice demeurait impuissante et désarmée. Un article de l'ordonnance de 162g restituant à la loi toute sa force et à la société ses garanties, décida qu'à l'avenir, l'égalité des voix en matière criminelle ne ferait pas conclusion à la

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