‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 50 sur 182 · CHAP. VIII. — UN CURIEUX PROCÈS · texte numérisé non relu

CHAP. VIII. — UN CURIEUX PROCÈS

plainte du père jésuite Mauléon, les capitouls l'emprisonnèrent ; ils s'aperçurent vite de sa folie et fermèrent les yeux sur son évasion.

Ces séditions appelèrent à Toulouse le gouverneur qui siégea au Parlement, le 14 janvier i636, avec le maître des requêtes Le Camus. A cette audience, on avait réservé un curieux procès. Un soldat convaincu du crime de rapt et de séduction d'une jardinière de Toulouse, avait été condamné, par les capitouls, à répouser ou à subir une peine corporelle : à la prison et au fouet, il préféra le mariage ; mais au sortir de l'église, il prit la fuite et rejoignit Tarmée, d'où il ne revint que quelques années après, en relevant appel, comme d'abus, de la procédure instruite par le curé du Taur. Pour ce soldat, marié malgré lui, plaidait u^n jeune avocat, de Beloi, fils de l'ancien avocat général de Beloi, dont l'éloquence était restée vivante dans les souvenirs du Parlement.

Au milieu de sa péroraison, il se tourna vers le gouverneur, le harangua en termes ingénieux et brillants, et lui donna plusieurs fois le titre de monseigneur. Ce langage parut déplacé, à la fois, au gouverneur qui cherchait, de la main, à imposer silence à l'avocat, et aux parlementaires qui ne saluaient au Palais, de ce nom de monseigneur, que les rois et les princes du sang. L'audience finie, le Parlement se retira dans la chambre dorée, où il arrêta que le premier président manderait, en son hôtel, l'avocat de Beloi, et qu'en présence des anciens avocats, d'Olivier, Chapuis, Marmiesse et Barrade, il le réprimanderait sévèrement, et lui dirait que la Cour se contentait de ne l'interdire de l'exercice de

sa profession, que pendant un mois, en considération, de la mémoire de son père. Huit jours après, cette dure décision fut rapportée par le Parlement.

A cette année i636, les armées entraient en campagne en Allemagne, en Italie, en Lorraine et en Flandre. Avant d'entamer TEspagne du côté des Pyrénées, le roi écrivit à l'archevôque, afin de supplier le ciel de donner la victoire à ses armes. En Tabsence de l'archevêque, le chapitre de Saint-Etienne ordonna une procession générale ; le Parlement n'y voulut pas assister, le roi ne lui ayant rien écrit à ce sujet. Il allait avoir de nouveaux démêlés avec Louis XIII et Richelieu. Au mois d'août i636, le conseiller d'État, Robert de Miron, intendant du Languedoc, annonça au premier président que le roi venait de lui commander de présenter à la Cour, un édit créant une nouvelle charge de président à la grand'chambre, dix charges de conseillers lais, deux charges de conseillers clercs destinées aux chambres des enquêtes, et érigeant, en titre d'offices héréditaires, les emplois de clercs d'audience et de garde-sacs, et les autres emplois exercés dans les greffes. Par la volonté du roi, Miron devait assister aux délibérations de la Cour.

Le Parlement criait à la tjrrannie et au scandale de ces entreprises fiscales. En gardant le silence, il eût abdiqué ; en résistant, il allait se révolter contre la Couronne : il décida que Miron pourrait prendre séance à la place que le roi lui avait déjà donnée, à une autre audience, mais qu'il aurait à quitter le Palais après avoir remis l'édit et exposé sa mission. Le 26 août, Miron se rendit au Palais, harangua le Par4

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