CH. 1". — DÉMISSION DU PREMIER PRÉSIDENT CLARY
« point visiter les seigneurs qui n'ont autre qualité que c de duc et pair. »
Le Parlement ne cesse, à tout événement, d'affirmer son hostilité à la religion réformée. Toutes les fois que le roi signe un édit favorable aux religionnaires, le Parlement cherche à l'entraver par ses obstacles ou ses restrictions qui bornaient aune simple tolérance l'exercice du culte calviniste. On le vit bien, quand la reine mère, se lassant de faire d'inutiles avances au prince de Condé et aux seigneurs de son armée pour rompre leurs liaisons avec les réformés, changea de tactique et essaya de détacher les protestants de la cause du prince, en publiant une déclaration qui confirmait tous lesédits accordés à la Réforme. Sur les réquisitions de l'avocat général de Ciron, et après une chaude discussion, la Cour décida que, sans être enregistrée et publiée, la déclaration royale serait observée et transmise dans les villes du ressort.
Ce fut le dernier arrêt rendu par le premier président François de Clary. Le 9 septembre i6i5, il assembla les chambres et leur dit, qu'ayant servi le roi et la justice durant trente années, sentant peser sur lui la vieillesse, souhaitant le repos et voulant mettre un intervalle de paix et de recueillement entre les derniers jours de sa vie et le jour de sa mort, il avait supplié le roi de l'autoriser à se démettre de sa charge, en faveur de son futur gendre Gilles Le Masuyer, conseiller d'Etat et maître des requêtes. En même temps, il présenta à la Cour l€fs lettres de provision accordées par le roi à Gilles Le Masuyer, et se leva pour se retirer et laisser la Cour délibérer.
Le président dePaulo, l'invitant à rester, lui répondit que les regrets de la Cour le suivraient dans sa retraite, mais qu'elle ne pouvait dissimuler son chagrin et son étonnement de ce qu'il avait, selon la rumeur publique, vendu sa charge au prix de 5o,ooo écus au fiancé de sa fille. Le Masuyer, qui, en outre des 5o,ooo écus, en reconnaissait 25,ooo à sa fiancée. Vers la fin, la voix monta et s'échauff^a ; elle montra la dignité du Parlement atteinte et comme flétrie par cette vénalité indigne, qui permettait de penser, qu*un jour, la première présidence serait mise aux enchères et tomberait aux mains de quelque riche financier ou de quelque aventurier.
A cette brusque et rude sortie, la premier président répliqua, en déclarant qu'il se trouvait offensé par cette mercuriale d'un homme qui avait, lui-même, brigué plusieurs fois la charge de premier président, et qu'il priait la Cour de ne pas permettre que le président de Paulo devint son juge et opinât en cette affaire. Et il se retira aussitôt de Taudience. La Cour ne voulut pas délibérer sur cette réclamation du premier président, et fit 8ur-< le-champ, donner lecture des lettres de provision par le conseiller doyen d'Assézat qui les transmit, à son tour« . aux gens du roi. Le procureur général de Saint-Félix et les deux avocats généraiix de Calvière et de Ciron en* trèrent à la grand'chambre, censurèrent énergiquement la forme des provisions, en signalèrent les dangers et ne conclurent à leur enregistrement, qu'à la condition que Gilles Le Masuyer en ferait rayer la clause relative à son mariage avec la fille du premier président de Clary, et qua ces lettres seraient ainsi corrigées dans im délai de trois mois.