‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 51 sur 182 · CH. VUI. — OPPOSITION ET TUMCLTE AU PARLEMENT · texte numérisé non relu

CH. VUI. — OPPOSITION ET TUMCLTE AU PARLEMENT

lement, remit Tédit au premier président et se retira.

En prenant ses réquisitions, le procureur général était à la gêne : afin de concilier les intérêts du roi et la dignité de la Cour, il proposait, en hésitant, de réduire à la moitié le nombre des charges créées par Tédit. Le président de Gramond ouvrit un avis qui jeta la confusion et le désordre dans les esprits : il proposait, à son tour, de faire jurer, par tous les membres du Parlement, qu'ils n'avaient pris aucun engagement à ce sujet, ni conseillé à leurs parents d*en prendre ; il voulait aussi que tous ceux qui avaient des fils, des gendres, des frères et des neveux n'opinassent point en cette affaire, de peur d'encourir un soupçon de partialité. La Cour rejeta le serment, mais écarta de la délibération, les parlementaires dont les proches avaient intérêt à la création de ces charges. Le lendemain, la discussion fut reprise en tumulte : on exigea que les parents aux degrés marqués se soumettraient à abandonner la compagnie, si un de leurs proches venait à prendre un des offices de la nouvelle création.

On ne se sépara que pour reprendre encore ces questions irritantes. Le 29 août, le conseiller clerc Calmels dit que son frère aspirait à une des charges créées par l'édit du roi, et que ne pouvant répondre des démarches de son frère, il se retirait par crainte de paraître suspect. Le doyen de Mausac, dont le dernier fils briguait aussi un office de conseiller, parla comme Calmels et quitta l'audience, suivi du président Jean-Baptiste de Ciron, de Catellan qui siégeait à la Tournelle, des conseillers d'Assézat, Ségla, Comère, Malet, Catellan des enquêtes, Maran, Chastenet des requêtes et de quel

ques autres. Aussitôt, la Cour délibéra et prononça Varrôt qui bannissait du Palais les magistrats qui venaient d'en sortir.

Ce fut comme un coup de foudre qui retentit par la ville, en la divisant en deux camps. Des deux côtés, se croisèrent d'amères récriminations qui éclataient dans les salons et dans les rues. Au Parlement, on prit, en chambres assemblées, une résolution attristante et inspirée par la haine ; on s'engagea, par serment, à dénoncer les propos tenus au foyer des familles. Quarante-quatre années de loyaux services n'épargnèrent pas au doyen de Mausac Thumiliation de comparaître à la grand' chambre et de s'y défendre en accusé. Le même jour, les conseillers qui avaient cru échapper à l'orage, en se retirant du Palais, y furent rappelés, à l'exception de ceux que des liens de parenté rapprochaient des prétendants aux nouvelles charges, sans tenir compte de leurs répugnances et de leurs excuses. Enfin, on en vint aux voix sur l'enregistrement de l'édit : après de longues et chaudes discussions, le Parlement refusa de l'enregistrer.

Le même jour, 5 septembre, Miron apporta au premier président des lettres de jussion signées d'avance par le roi, et scellées du grand sceau, qui cassaient l'arrêt du Parlement, autorisaient Miron à opiner, à Taudience, sur cette affaire, et défendaient à la Cour d'entrer en vacations, avant d'avoir enregistré l'édit. L'embarras du procureur général augmentait, à chaque audience. Dès qu'il eut pris ses réquisitions, en son langage incertain et troublé, la délibération roula sur les lettres de jussion qui semblaient avoir été surprises à la faiblesse du roi,

Page 1