CHAP. VIII. — LA GUERRE ETRANGERE 2O
puisqu'elles cassaient un arrêt, avant môme qu'il eût été rendu. Les chambres assemblées se déterminèrent à en référer au chancelier la Vrillière, et au premier président du Parlement de Paris ; puis, et sous le bon plaisir du roi, elles prirent leurs vacances et renvoyèrent la solution de cet incident à la Saint-Martin d'hiver. Richelieu garda le silence, mais le ressentiment resta en son cœur : il attendit son heure pour le laisser déborder.
Le cardinal avait à soutenir de plus dangereux combats : les frontières du royaume tombaient au pouvoir des ennemis en Picardie, et vers Toulouse s'avançait une armée espagnole qui débouchait par Saint-Jean-de- Luz. A cette nouvelle, un conseil général des députés des corps de la ville s'assembla au Palais, en présence du premier président et des principaux membres de la Cour: on arma les Toulousains qui s'enrôlèrent par régiments, et on remplit l'arsenal d'armes et de munitions. Au milieu de ces préparatifs de la défense, survint une lettre royale annonçant au Parlement la victoire sur les Espagnols, en Picardie, et laprisedeCorbie. On ne chanta qu'un Te Deum, sans allumer des feux de joie. Les Espagnols battus en Picardie brûlaient Saint-Jean-de-Luz, menaçaient le Roussillon et assiégeaient Leucate.
Tous les partis se liguèrent contre l'ennemi commun. Catholiques, protestants, parlementaires, évoques, capitouls, bourgeois et artisans se rangèrent sous le même drapeau et s'apprêtèrent à combattre les vieilles bandes espagnoles, renommées dans le monde entier pour leur bravoure ; le duc d'Alvin se mit au service du Parlement, de la noblesse et des villes de la province. La ville de Toulouse fière de n'avoir pas vu flotter, sur
ses clochers, les étendards anglais pavoises dans le royaume, tenait à honneur de repousser les Espagnols ; elle leva deux compagnies de cavalerie et des compagnies de fantassins équipées à ses frais. Un secours inattendu lui vint de la chambre de TÉdit. Au nom de la ville de Castres, le président Desplats lui offrit de mettre, sur pied de guerre, un régiment d'infanterie, avec l'argent destiné à payer, chaque année, un festin aux magistrats catholiques et protestants. On apprit bientôt que le duc d'Alvin avait, en quelques heures, emporté les retranchements de Leucate et battu Tarmée espagnole. Il y gagna son bâton de maréchal.
Des pertes douloureuses viennent, vers ce temps, affliger les parlementaires. Le président Gaubert de Caminade, esprit généreux, mourut plein de jours et fut couché, dans la tombe, au couvent des dominicains, par révêque de Rieux, Jean de Bertier, dont il avait épousé la sœur. Sa charge passa aux mains de son fils, Philippe de Caminade, conseiller aux requêtes, et bien qu il n'eût pas quarante ans, le Parlement enfreignit les règles des ordonnance <, et installa le fils, en récompense des ser-' vices du père.
Le président Marc de Calvière le suivit de près dans la mort, après s'être démis de sa charge, en faveur de Pierre Potier de la Terrasse, fils du président Potier de la Terrasse, issu d'une vieille souche parlementaire. Il légua 100,000 livres aux pauvres et aux églises, et sa grande fortune à sa fille unique, qui eut ainsi les seigneuries de Lare, d'Aupouls, de Mazamet, de Saint- Césaire et de Confoulens.
Entre tous les parlementaires qui montèrent alors sur