‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 53 sur 182 · CHAP. VIII. — PIERRE FERMAT · texte numérisé non relu

CHAP. VIII. — PIERRE FERMAT

les fleurs de lis, ou qui échangèrent leurs sièges, en passant de la Tournelle aux requêtes ou des requêtes aux enquêtes, le plus illustre est Pierre Fermât, qui sortit des requêtes où il siégeait depuis i63i, pour entrer aux enquêtes le i6 janvier i638. On ne saurait passer devant cet esprit d'une trempe si pure et si vive, sans s'arrêter un moment, et sans le ressaisir aux origines de sa renommée et de sa vie.

Né dans la petite ville de Beaumont de Lomagne, en 1608, d'un des cent capitaines, créés gentilshommes par le roi de Navarre, qui en forma sa maison et en fit ses compagnons d'armes, il s*éloigna des bruits et des aventures de la guerre et se tourna vers les sciences austères. Il embrassa, sans effort, les connaissances les plus variées: ce génie aimable à la fois et profond se plia, de bonne heure, aux études les plus opposées, rimant des vers latins, espagnols, grecs et français, pâlissant sur le Digesle et l'enrichissant de notes ingénieuses et savantes, commentant, d'un trait brillant, les écrivains de la Grèce et de Rome, et creusant les problèmes les plus ardus de la géométrie et de l'algèbre. Sous la poussière des siècles, il retrouva les travaux perdus d'Euclide et d'Apollonius, en frayant la route à Descartes et à Pascal.

La reine Christine, étant à Paris, voulut voir, de près, cette imagination brillante, admirée par Descartes. Elle savait que le père Poteau le consultait sur la traduction des textes latins les plus difficiles, et elle venait de lire son poème latin « Le Christ mourant, Christus moricnSy » dédié au vieux Balzac. On a conservé ce poème, mais que de choses ont été égarées ! Fermât répandait ses

travaux, à pleines mains, et les abandonnait au hasard de la destinée.

A côté de Fermât, et sous un rayon plus voilé, vivait Simon d'Olive seigneur du Mesnil, portant sans fléchir le nom de ses ancêtres, orateur puissant, poète à son heure, dans son Sylvarum liber singularis, et jurisconsulte éminent qui rassembla, dans un patient et consciencieux recueil, les décisions notables du droit écrit. Dans Tombre, le président de Gramond écrivait alors Thistoire du règne de Louis XIII, et le conseiller Charles de Catel tentait la réforme du théâtre français, à la grande joie du poète Maynard.

Le premier président encourageait cette alliance des lettres et des sciences, soutenait les esprits chancelants et les poussait de Taiguillon. Les événements de son temps ne ménageaient pas, d*ailleurs, les épreuves à son intelligence et à son énergie. Il apprit, au mois d'avril de Tannée i638, par le président Philippe de Caminade, de passage à Paris, que le cardinal qui faisait sentir le joug à tous les Parlements du royaume ne dissimulait pas son ressentiment contre le Parlement de Toulouse, pour ses refus d'enregistrer quelques édits bursaux, surtout l'édit de création de nouvelles charges, et songeait à créer un Parlement à Nîmes. Cétait enlever au Parlement de Toulouse la moitié de la province du Languedoc, le Vêlai, le Gévaudan et le Vivarais. A cette redoutable nouvelle, le premier président partit pour Paris, avec le président des enquêtes de Frautz et le conseiller clerc de Frézals, afin d'entrer en négociations avec le ministre irrité.

Il laissait aux prises la Tournelle et la grand' chambre.

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