CHAP. VIII. — UN INTENDANT DE GRENADE
Des six présidents à mortier, quatre étant absents et les deux autres servant à la Tournelle, le doyen Jacques de Mausac demanda à la grand* chambre, s*il ne fallait pas prier le président de Ciron de quitter la Tournelle et de venir présider, à la grand* chambre, les audiences solennelles qui suivaient la fête de Pâques. Froissée de ce que le doyen ne Tavait pas consultée sur ce point, aussi bien que la grand* chambre, la Tournelle n'attendit pas que le greffier vînt chercher son président ; elle envoya un de ses conseillers à la grand* chambre, pour l'informer que le président de Ciron se rendrait à Taudience solennelle. Le conseiller Guillaume de Ségla et le greffier Malenfant se croisèrent dans les couloirs, et remplirent chacun leur mission. Il y eut, entre Ciron et Malenfant, un échange de vives paroles. Ciron se rendit pourtant à l'audience solennelle où le doyen finit par faire décider et consigner dans les registres secrets que les présidents de la Tournelle ne tiendraient pas, à l'avenir, ces sortes d'audience, sans y être invités par la grand'chambre.
Le président de Ciron reparut, cinq jours après, à la grand'chambre où il déposa des lettres closes du roi, donnant pouvoir au prince de Condé de commander les armées en Languedoc, en Guyenne, dans le pays de Foix -et dans le Béarn. L'enregistrement eut lieu sans incident.
L'arrivée à Toulouse d'une foule d'habitants de Grenade, implorant la protection des lois contre les exactions d'un intendant, renouvela les disputes de la grand'chambre et de la Tournelle. Pressé par les habitants de Grenade, le doyen de la Cour convoqua, dans
sa maison, quelques conseillers de la grand'chambre, ce qui blessa la Tournelle et amena ime chaude discussion devant les chambres assemblées. Au lieu de venir en aide à une ville pressurée de lourdes taxes et traitée en ville conquise, le Parlement perdait son temps en vaines discussions. De ces querelles résulta pourtant une sage décision: Tavocat général de Maniban alla à Grenade, conférer avec l'intendant, qui renonça à un impôt de 12,000 livres, arbitrairement créé par lui, releva certains habitants des amendes prononcées contre eux, et laissa debout la tour de la ville. Il se contenta de faire fouetter, de la main du bourreau, deux hommes et quelques femmes. En chambres assemblées, on fut si heureux de ce dénouement, qu'on permit à Maniban, distinction toujours refusée, de faire son rapport, assis à la grand'chambre.
Au sortir d'une querelle, une autre s'éveille, mais ces questions bruyantes de vanité et de préséance ne sont vraiment qu'un sujet sans charme, pour parler comme le président de Gramond. Il y avait, au Parlement, de plus graves sollicitudes: l'intendant de Foulé, en quittant Grenade, escorté de huit cents hommes de guerre, parcourait, en conquérant, les villes de Guyenne, comprises dans le ressort du Parlement de Toulouse, commettait violences sur violences et désespérait les populations par ses déprédations et ses rigueurs. Les séditions allaient éclater, lorsque les deux conseillers Delong, de la grand' chambre et Rességuier, de la Tournelle, marchant sur les pas de Foulé, apaisèrent ces villes alarmées et transmirent leurs doléances au roi.
CHAP. VIII. — LE PRINCE DE CONDÉ A TOULOUSE 2l3
De son côté, le président de Ciron signala les meurtres et les pillages des soldats de Foulé au prince de Condé qui marchait alors sur Fontarabie, et qui traversait le Languedoc. Le prince entra à Toulouse, le 28 mai i638, et se rendit, le lendemain, au Palais où il harangua les chambres assemblées, en exhortant la province et le Parlement à concourir, de tous leurs efforts, au succès des armes du roi, et en mêlant à son discours de flatteuses louanges pour les parlementaires. Cest le président de Ciron qui lui répondit. Au portes du Palais, le peuple battit des mains et salua Condé de ses acclamations.