‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 56 sur 182 · CHAP. IX — HARANGUE DU PREMIER PRESIDENT · texte numérisé non relu

CHAP. IX — HARANGUE DU PREMIER PRESIDENT

les capitouls allumèrent un grand feu de joie, et la tour du Palais s'illumhia, au bruit des fanfares qui durèrent toute la nuit.

Une lettre du président de Caminade refroidit cette allégresse ; elle annonçait que Fédit créant un Parlement à Nîmes venait d*être scellé. Aux députés en instance à Paris, auprès du roi, se joignit de nouveau le premier président de Bertier, accompagné des président Desplats, de Senaux et de Fraust, des conseillers de Rességuier, deFrézals et Buisson d*Aussonne. Pour fournir aux frais du voyage, le Parlement autorisa un emprunt, et affecta aux dépenses des députés les gages de la Cour.

Vers la fin de novembre i638, le premier président, à la tète des députés du Parlement, harangua le roi en ces termes : c Sire, les chefs de toutes les chambres de votre € Parlement de Toulouse viennent se jeter aux pieds « de votre Majesté. L'humiliante nécessité d'avouer des « fautes dans votre service ou d'excuser quelques infi- (( délités dans le dépôt des lois ne les y amène point. « Toujours fidèles à leur souverain et au devoir de leurs « charges, ils laissent à des coupables le soin de cette € clémence qui suppose des crimes à pardonner. Nous « venons, sire, vous supplier de ne pas ériger un second € Parlement, dans un ressort qui fournit à peine de « l'occupation aux magistrats qui composent le premier. « Cet établissement nouveau ne blesserait pas seulement « vos pauvres officiers; il ruinerait bien avant votre € peuple, et ne serait-il pas à craindre que nous fussions € contraints, pour trouver le moyen de vivre, d'aug- € menter, de la moitié, les épices des procès. »

Il invoquait ensuite la fidélité séculaire de la ville de

Toulouse à la couronne de France, Tinjustice de son abaissement au profit d'une ville si longtemps révoltée, l'affaiblissement, l'un par l'autre, de deux Parlements, inutiles aux besoins delà province, et plus onéreux que favorables aux populations. Il ajoutait : c Mais pour € avoir toujours mieux aimé ainsi Thonneur que l'utilité, « nous pouvons dire à Votre Majesté, que nous faisons « la plus pauvre compagnie de votre royaume, et cette « pauvreté ne nous doit pas nuire ; elle nous doit être « honorable, puisqu'elle nous vient, en partie, de la € modération des émoluments qui se prennent en votre € Parlement de Toulouse, moindres qu'en tous les au- € très Parlements de France, parce que nous sommes € dans une province et dans une ville pauvres, et parce € aussi, que nous avons toujours, devant les yeux,rhon- « neur que Votre Majesté nous fait de nous commettre « sa justice souveraine qui nous oblige à la rendre à ses € sujets, aux moindres frais qu'il se peut, et s'il se pou- € vait, gratuitement. Dans cette pauvreté vertueuse, € nous venons offrir à Votre Majesté nos très humbles € et très parfaites obéissances ; quand nos vies lui se- € ront utiles, elles sont siennes et tout ce qui dépend « de nous et des charges dont elle nous honore. »

Et il terminait, en disant, que si le Parlement de Toulouse avait parfois résisté à des édits bursaux, ce n'était que pour conserver toutes ses ressources à la Couronne, pour la gloire de ses armes, et qu'il ne fallait pas le châtier de la loyauté de ses services et de sa fidélité au trône, Tannée même, de la naissance du dauphin.

Le roi répondit par ces mots altiers : « J'ai bien com- « pris tout ce que vous m'avez dit ; mais vous avez été

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