CHAP. IX. — DISPUTES AU PARLEMENT
ment aux deux commissaires le soin de rétablir la paix dans les deux villes de Castelsarrasin et de La Française.
Cette querelle assoupie, une autre plus longue et plus ardente échauffa les parlementaires. A l'occasion d'un édit instituant un siège présidial à Auch, sept commissaires furent désignés par la grand* chambre, pour procéder à rétablissement de cette juridiction. Aussitôt, les enquêtes s'opposèrent au départ des deux conseillers qu'on leur prenait à cet eflfet, demandèrent la réunion des chambres et se récrièrent de n'avoir pas été appelées à concourir à la nomination des commissaires. De siècle en siècle, les enquêtes et la grand' chambre se regardaient comme deux rivales, les enquêtes ayant toute l'énergie de la jeunesse, et la grand'chambre, la prudence et la modération de l'âge mûr. Pendant plusieurs jours, le premier président, qui soutenait les droits de la grand'chambre, eut à se débattre contre le président de Gramond et les gens du roi. Le temps s*écoulait en vaines disputes qui nuisaient aux intérêts du pays. On en vint aux gros mots, s'il faut en croire le récit de Malenfant, et telle fut la confusion d'une de ces séances, que le premier président et les plus anciens présidents et conseillers se levèrent et sortirent du Palais.
Un autre jour, les enquêtes, au moment de l'ouverture de l'audience de la grand'chambre, réclament à grands cris, l'assemblée des chambres ; les conseillers des enquêtes envahissent le parquet et la barre, chassent les huissiers et ferment tumultueusement les portes. Sur la menace du premier président de prendre les noms de ceux
qui entravaient ainsi le cours de la justice, le président de Gramond s'écria : c Qu'on ne se mette pas en peine « d'écrire les noms des présents, nous voulons tous y € figurer, et il n'y a aucun, du premier jusqu'au dernier, € qui ne prenne à gloire d y ùtre. — Voulez-vous donc ré- € pliqua le premier président, empccher la tenue del'au- « dience ! » Tous s'écrièrent à la fois : c Oui, oui, nous € voulons l'empûcher ! » On croirait assister à une scène du Parlement de Paris, prélude de l'insurrection du Jeu de Paume, où les parlementaires couvrant de leurs bras les conseillers d'Epréménil et Montsabert, arrachés de leur siège par la force armée, se groupèrent autour d'eux en criant : « Nous sommes tous d'Epréménil et € Montsabert. »
Après bien des discussions bruyantes, l'apaisement se fit dans les esprits. Deux présidents des enquêtes apportèrent des paroles de paix àlagrand'chambre, qui les accueillit d'abord froidement, mais qui se laissa toucher par les protestations de regret et de repentir des enquêtes. Elle décida, selon ce qu'en a écrit Malenfant,
♦ qu'un de ses membres irait dire à messieurs des enquù- « tes, que, puisqu'ils désiraient la paix, messieurs de la < grand'chambre, comme bons et charitables pères, ne la « leur refusaient pas et les embrassaient, comme leurs « enfants et leurs frères, et qu'ils souhaitaient qu'ils en « fissent de même, et leur rendissent le respect et l'hon-
♦ neur qui leur est dû, et qu'au premier jour, le président « donnerait l'assemblée des chambres, dans laquelle € après avoir fait une remontrance, sans rien particu- € lariser, ni nommer personne, il blâmerait l'action et « l'injure faites en la grand' chambre, et leur promettrait