CHAP. IX. — CONDÉ REPART POUR LE ROUSSILLON
« d*oublier tout ce qui s*était passé, à la condition que c les enquêtes ne diraient rien contre ce discours. »
Les enquêtes acceptèrent cette capitulation : le conseiller de Masnau leur adressa la harangue arrêtée à la grand'chambre, et afin de ne pas laisser trace de cette affligeante dispute, le premier président retira l'original de l'arrêt rendu le i3 février et l'arracha des registres.
La source des querelles parlementaires ne tarissait pas. Une innovation dans les épices réveilla, un moment, les animosités au Palais. On y proposa d'établir la communauté dans les épices, en réservant le quart au rapporteur, ainsi que cela se pratiquait à la chambre de l'Édit.Les présidents s'élevèrent contre cette nouveauté, récompensant la paresse et décourageant le travail patient et consciencieux. Le président de Gramond, dont on entend la voix à chaque séance, protestait de toutes ses forces et menaçait le Parlement de se plaindre au roi : on finit par maintenir les anciennes règles.
Les bruits de la guerre dominent alors les rumeurs du Palais. Pendant la durée de cette guerre, le Parlement interdit les bals de nuit, les sérénades et les comédies des bateleurs, à peine du fouet. Condé passe par Toulouse en allant tenir un conseil de guerre à Gimont : les registres du Parlement sont remplis de décisions ordonnant des députations vers les grands seigneurs qui arrivent en Languedoc, avec les troupes de Condé. Les regards se retournèrent vers le Palais, lorsque le procureur général accusa un capitoul du crime de fausse monnaie. La Cour ayant ordonné le dépôt au greffe du décret de prise de corps du capitoul, le procureur général s'y refusa. Devant les chambres assemblées, ce dernier loin de se justifier de
ce refus, prit TofiFensive et dit que toutes ces difficultés et lenteurs, soit sur ce procès, soit sur la nomination de certains capitouls venaient du premier président c qui « y trouvait son compte. > A ces mots, le premier président leva Taudience, en demandant acte des paroles injurieuses échappées au procureur général. L'affaire n'eut pas d'autre suite.
Le procureur général de Saint-Félix était un bouillant esprit et un batailleur, comparable à ce Robert de Saint- Vincent, du Parlement de Paris, connu sous le nom de Boute-Feu. Il s'en prenait à tout et à tous, avec des emportements que rien n'amortissait. On sentait en lui le descendant de cette race vaillante, qui s'était mise en guerre, à la fin du douzième siècle, contre Jean d'Angleterre et dont on rencontrait le nom dans tous les grands événements de la province, ou au Parlement. Le conseiller Guillaume de Ségla ayant fait un jour emprisonner, par autorisation de la grand'chambre, un clerc du parquet, le procureur général outragea le conseiller et ouvrit au clerc les portes de la prison. La grand'chambre protesta et échangea les plus aigres paroles avec Saint- Félix. Un président à mortier fit entendre raison au procureur général qui baissa la tête, remit le clerc sous les verrous, et présenta ses excuses à la grand'chambre. Au moment où il se retirait, le premier président le rappela et lui dit, que la Cour ne se trouvait pas satisfaite d'explications trop vagues pour elle et insuffisantes au caractère de Guillaume de Ségla. Le procureur général garda le silence ; la grand'chambre réclama alors la convocation du Parlement.
Les amis de Saint-Félix l'engageaient à détourner