‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 60 sur 182 · CHAP. IX. — LE PROCUREUR GENERAL SAINT-FÉLIX · texte numérisé non relu

CHAP. IX. — LE PROCUREUR GENERAL SAINT-FÉLIX

l'orage, en reparaissant, le lendemain, à la grand'chambre, et en adressant de plus larges excuses à Ségla. Il céda et pria Ségla de lui pardonner ses outrages, en termes, dit Malenfant, à peine bégayés et tombant lentement des lèvres. Sans la prudence et la bonté généreuse du premier président, ce démêlé allait s'envenimer. Les rancunes se refroidirent et le nuage s'éloigna.

D'autres nuages s'élevèrent entre le Parlement et la chambre de l'Edit, où les magistrats protestants devenaient plus ombrageux, chaque jour, depuis la soumission du calvinisme. Dans un procès instruit par la Tournelie, les magistats protestants de la chambre de l'Edit usèrent de violence, pour arracher, de la Conciergerie, deux prisonniers qui paraissaient appartenir au culte réformé. Vainement, la Tournelle s'adressa au président de la chambre de l'Edit, du Puget ; la grand'chambre se vit contrainte d'envoyer à Castres deux commissaires, avec pouvoir d'employer les voies de la douceur, pour reprendre les prisonniers et, en cas d'insuccès, la force ouverte.

C'est à la force qu'il fallut recourir. A Castres, la ville prenait parti pour la chambre de l'Edit, battait le guet et les archers, voulait tuer le conseiller d'Auterive, commissaire du Parlement, et protégeait l'évasion des deux prisonniers qui trouvèrent asile dans la maison de campagne d'un parlementaire protestant. Le Parlement s'en émut et députa, vers le roi, les deux conseillers d'Auterive et Foretz de Carlincas, avec mission de solliciter la translation de la chambre de l'Edit, hors de Castres, la ville toujours prôte aux séditions. Mais le

roi, qui assiégeait en personne Perpignan, ne les écouta que d'un air distrait; les Espagnols qui tenaient le Roussillon l'inquiétaient plus que les parlementaires.

Cette affaire traîna en longueur et se dénoua, au détriment de la chambre de TEdit. Cette chambre ne

vengeait guère TEglise des insultes et des pamphlets

toujours lancés contre elle. Au mois de février 1642, en

la grand'chambre, le premier président déposa un livre

que venait de lui envoyer le président du Puget, intitulé

le Capucin^ rempli de moqueries contre les couvents,

d*impiétés et de blasphèmes. A la chambre de TÉdit,

les opinions s'étaient partagées sur ce livre du ministre

Pierre Dumoulin : les magistrats catholiques voulaient

le flétrir, et les protestants penchaient vers le pardon.

L'avocat général de Maniban en fit le rapport à la

grand'chambre, traita le ministre Pierre Dumoulin de

criminel de lèse-majesté divine, et requit ]a Cour de

faire lacérer le livre impie, et de le faire brûler, en place

du Salin, par la main du bourreau. La Tournelle

blâma le premier président de ne point l'avoir appelée à

juger ce procès. L'arrêt n'en fut pas moins exécuté,

après lecture faite à la place du Salin, par le greffier

Lacombe, celui qui écrivait alors son Traité de Vaii-

dicncc.

Les disputes vont renaître au Parlement : on y agite la question de savoir si la chambre des requêtes, qui n'avait pas opiné dans les procès des ducs de Rohan et de Montmorency, devait opiner dans des procès criminels, contre un conseiller du Parlement de Bordeaux et contre un autre conseiller de Grenoble, renvoyés par le roi au Parlement de Toulouse. On débattit deux ans

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