CHAP. X. — ARRÊTS DIVERS. — SORCIERS
tude paisible et de vie recueillie se perdaient avec les ann ées.Les instincts turbulents et belliqueux éclatent parmi la jeunesse parlementaire, autant que chez de noblesse de race : les fils de gens de robe commencent à avoir des genêts d*Espagne, des dagues enrubannées, des pourpoints tailladés, des manteaux et des chapeaux à plumes brillantes. En disparaissant dans la région des choses évanouies, il semblait que le seizième siècle eût emporté, avec lui, la forte vertu des familles parlementaires.
Un conseiller du Parlement de Grenoble allait comparaître à la barre du Parlement de Toulouse. Le conseiller de Laperrière, au sortir d'un bal, avait, l'épée à la main, assisté un de ses frères dans un duel avec un gentilhomme blessé à mort. On lui permit de se présenter au Palais en robe et sans fers aux pieds ; selon Tusage, il leva la main et jura de dire la vérité. Pour châtiment, la Cour lui infligea 3,ooo livres d*amende et une suspension de sa charge pendant six mois. Vers la môme époque, le Parlement condamne à 3oo livres d'amende et à la suspension de sa charge, le conseiller de Cerbères, du Parlement de Pau qui n'avait répondu à une provocation en duel, de son collègue de Broca, que par des coups de bâton. Plus tard, le juge-mage Caulet se voit interdit de ses fonctions, à la suite d'une illégale perception des taxes imposées au prieur et aux consuls de la bourse. Nicolas de Bastard, procureur du roi au comté de Gaure, est obligé de restituer des émoluments indûment perçus à Fleurance, dans un procès intéressant les pauvres. Le journal du greffier Malenfant est rempli de ces souvenirs attristants et du récit des supplices infligés aux sorciers, dont le nombre devenait si grand qu'on les en-
voyait à la mort par masses toujours renouvelées. On vit alors, à bien des audiences, une duchesse célèbre par ses procès et par sa beauté. Saint-Simon, plus curieux que Malenfant, en a ainsi parlé: € La duchesse d*Arpajon mariée, belle et jeune, à un € vieillard qui ne sortait plus du Rouergue et de son € château de Sévérac, se vit noyée d'affaires et de pro- € ces, après son veuvage, au Parlement de Toulouse, € pour ses reprises et pour sa fille unique. C'était une « personne d'une grande vertu et d'une excellente con- € duite, qui avait grande mine et des restes de beauté. € On ne l'avait presque jamais vue à Ja Cour, ni à € Paris, et on l'y appelait la duchesse des Bruyères. » Le Parlement célèbre, par des actions de grâces, les victoires de Thionville et de Gravelines et les combats des Flandres et de Lorraine, et se rend, au milieu du peuple, jetant des fleurs sur son passage, à la procession ordonnée en accomplissement d'un vœu fait autrefois pour éloigner la peste. A ces premières années du dix-septième siècle, les capitouls et le Parlement sont en guerre ; le Parlement casse les élections des capitouls, et les capitouls ferment les portes de l'Hôtel de Ville aux commissaires du Parlement : l'un d'eux le conseiller Tourreil faillit être écrasé entre les battants du grand portail. Décrets de prise de corps, saisie des biens, menaces de condamnation à mort, les capitouls bravent tout, se pourvoient au Conseil du roi, foulent aux pieds les réprimandes, frappent des conseillers, insultent la Cour, enfoncent les portes des prisons afin de délivrer les prisonniers, écrivent des pamphlets contre le Parlement et en appellent à la décision du roi.