‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 69 sur 182 · CHAP. X. — LA SECONDE FRONDE · texte numérisé non relu

CHAP. X. — LA SECONDE FRONDE

soufflaient aux hommes leur ambition inquiète et menaient la guerre civile. A la tête de chaque parti, il y a une belle guerrière, madame et mademoiselle de Chevreuse, madame de Longueville, la princesse de Condé et la reine. Retz et les Chevreuse font enfermer Condé au donjon de Vincennes. La vieille Fronde se frappait elle-même. Une immense réaction se fit contre Mazarin qui partit pour Saint-Germain. Il entendait, de loin, les menaces du peuple et les colères de Condé sorti de prison : à la clarté des feux de joie allumés par les frondeurs, il s'achemina vers la frontière.

En Languedoc, la seconde Fronde ne trouble pas la tranquillité publique. Les querelles du Parlement et des capitouls n'étaient rien, à côté des prises d'armes de Paris, des insurrections de la Guyenne et des luttes du Parlement de Bordeaux contre le duc d'Épemon» Pourtant, les intendants, au mépris de la solennelle révocation de 1648, n'en continuaient pas moins leurs fonctions : le marquis des Ouches reparut à Toulouse, muni de lettres de créance du roi et du gouverneur, apportant, en signe de réconciliation, Tarrêt du Conseil qui rétablissait l'abonnement des tailles, un des vœux les plus chers de la bourgeoisie.

Ce sont surtout les questions religieuses qui sèment et entretiennent les divisions dans la province. Tandis que les évéques dénonçaient aux Etats les progrès de la religion réformée et la reconstruction des temples dans les villes et les bourgades, les protestants criaient à la violation des consciences, toutes les fois qu'on signalait une conversion au catholicisme. Le jour où l'évêque et le chapitre de Castres venaient de chanter un

Te Deum à roccasion de la naissance du duc de Valois, les réformés qui sortaient de la cène, coururent en armes vers Tévêché, et en forcèrent les portes pour enlever un enfant de treize ans qui avait demandé asile à révoque, après la mort de son père. L'évêque s*éloigna de la ville, avec son chapitre, et se retira à Beaucaire^ Le conflit soumis à la chambre de TÉdit y amena, selon Tusage, un arrêt de partage qui provoqua une plainte de révéque d'Uzès aux Etats, et de nouvelles instances pour réunir la chambre de TEdit au Parlement.

La chambre de TEdit, hostile à Mazarin et fidèle au roi, ne crut pas déserter les voies régulières et légales, en dénonçant, au moment où le ministre abandonné par la régente sortait du royaume, « la cabale de ce ministre « suspect et étranger, dont le dessein était de mettre la « brouillerie et le désordre dans la province. » Elle cassait, en même temps, certaines délibérations des Etats comme séditieuses et contraires à la fortune et aux libertés publiques.

Il y avait à cette époque, alliance entre les Etats et le Parlement. Les États votaient, avec de pompeuses louanges, une gratification de 2,000 livres au conseiller de Vedelly, qui venait de parcourir les diocèses de Montpellier, de Nîmes, d'Uzès, de Viviers, de Mende et du Puy, au milieu des neiges, et qui, en cent cinquante jours, avait instruit soixante-trois procédures, entendu un millier de témoins et arrêté le capitaine d'une bande de brigands cachée au fond des forêts du Velay. Cette union n'eut que la durée d'un songe. Le 1 6 février 1 65 1 , le procureur général traduisit les Etats à la barre du Parlement, et les accusa d'empiéter sur les droits de la

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