‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 72 sur 182 · CHAP. X. — HARANGUE DE GODEAU 25 I · texte numérisé non relu

CHAP. X. — HARANGUE DE GODEAU 25 I

défendit avec énergie devant le roi : Godeau, évêque de Vence, assisté du prince de Conti, présenta au roi et à la régente les remontrances du clergé, dans une harangue dont la véhémence ornée convenait à la poétique imagination d*un évoque, traduisant, en vers français, les psaumes de David.

Dans cette harangue, on rencontre ce passage : « Vous ne pouvez, ni ne devez souffrir. Sire, que ceux € qui tiennent de vous le pouvoir de juger vos sujets de € Languedoc deviennent vos juges. N'auriez vous donc € reçu de Dieu, cette puissance indépendante sur la terre € de toute autre puissance que de la sienne, qu'afin de la € soumettre à leurs passions. En les revêtant de la pour- € pre, vous en ôtes-vous dépouillé ? Si ce désordre est « souffert, il faut craindre, Sire, que pensant avoir fait € des ministres de justice dans le Languedoc, vous n'a- € vez fait que des destructeurs des libertés de l'Église, € des censeurs de votre vie, des arbitres de votre auto- « rite. Vous auriez un vain titre de royauté et ils en « auront Teffet.iVous en porteriez les ornements et ils en « exerceraient la puissance. En vous demandant qu'il € VOUS plaise de réparer les injures que l'Eglise a reçues c par les arrêts du Parlement de Toulouse, nous deman- « dons à Votre Majesté qu elle relève son sceptre foulé « aux pieds, qu'elle raffermisse son trône ébranlé, qu'elle « fasse justice à son autorité méprisée. »

A ces remontrances du clergé le Parlement répondit, qu'en faisant le procès aux évêques qui l'avaient mérité, son autorité n'était pas excessive, mais que l'ambition des évêques était déréglée. cQu'ils aient de la modération, « disait le Parlement, et ils trouveront que nous avons

€ de réquité. » Et le Parlement continuait, en déroulant le tableau des exactions des Etats qui épuisaient € le sang « et la vie du pauvre peuple obligé déverser Targent, « moitié de ses sueurs et de ses larmes. »

Le conseil de régence comprenant les dangers de ces discussions, envoya, à Toulouse MM. d*Aubijoux, de Sève et Boucherat, afin d'arriver à une trêve et de traiter avec le Parlement. L'archevêque de Toulouse, M»*" de Monchal, se joignit à eux, mais la mort le surprit à Carcassonne. Les capitouls tenant pour le Parlement, les commissaires du roi s'efforcèrent vainement de les détacher des parlementaires : malgré de récentes querelles avec la Cour, sur une question de préséance aux funérailles de l'archevêque, les capitouls lui resté* rent fidèles. Le i3 juin, le Parlement nomma dix commissaires extraordinaires, avec mandat de se trans- •porter dans les sénéchaussées de la province, pour procéder à rexécution de ses arrêts, en rendre de nouveaux en matière criminelle, connaître de tous les abus et malversations, et poursuivre les coupables de toutes conditions.

Le Conseil du roi cassa cet arrêt, en reprochant au Parlement d'attenter à la puissance royale et de n'observer aucune loi : il ordonna aux lieutenants du roi, gouverneurs et consuls d'opposer leur autorité aux entreprises des parlementaires, sous peine de crime de lèse-majesté. Le Parlement envoie des remontrances à la Cou-

ronne ; les Etats s'assemblent au milieu de ce déchaînement de passions et l'archevêque de Narbonne y accuse le Parlement de Toulouse de violer toutes les règles en matière d'administration provinciale. A sa voix les États

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