CHAP. X. — LES ÉTATS DEVANT LE PARLEMENT
rédigent une protestation en forme contre le Parlement, et quelques jours après, le syndic général de la province obtient du Conseil d'Etat, un arrêt d'évocation avec renvoi au Parlement de Dijon et à la chambre de TÉdit de Grenoble, des procès civils et criminels entre les évoques, barons, consuls et députés des diocèses, villes et communes ayant assisté aux Etats de Pézenas en i65o^ et entre le sénéchal, les consuls et conseillers de Montpellier, le gouverneur, les officiers et consuls de Narbonne. Il ne se trouva aucun huissier qui consentit à signifier au Parlement les arrêts du Conseil ou les décisions des États.
Ces divisions et ces récriminations ne faisaient qu'engendrer des rebellions dans la province. Elle se vit menacée, à la fois, d'une guerre civile, d'une invasion espagnole, et d'un retour aux mœurs féodales. Richelieu n'étant plus là pour les contenir, quelques gentilshommes se fortifièrent dans leurs châteaux. Le Parlement leva des troupes, pourvut l'arsenal de munitions de guerre, autorisa un emprunt de 3o,ooo livres pour achat de poudre et de mousquets, et se porta partout où pressait le danger. L'armée royale revenant d'Italie traversa le Languedoc et saccagea les campagnes, pendant que le duc d'Orléans cherchait à se glisser dans ces désordres et à entraîner à son parti, les États et les capitouls. C'est alors que les Etats, reconnaissant les services du Parlement en cette crise périlleuse, comprirent la nécessité d'une réconciliation prochaine. On y résolut à l'unanimité, de solliciter la médiation des commissaires présidents, pour amener entre les deux compagnies rivales, une trêve dont la durée se prolongerait jusqu'à
la tenue des Etats, et pendant laquelle on travaillerait à € un ajustement général. »
Après de longues hésitations, les commissaires présidents refusèrent leur concours, en prétendant que les arrêts du Conseil devaient terminer ces discordes. Les États prirent le parti de s'entendre directement avec le Parlement : un gentilhomme, M. de la Guymerie, se chargea d'apporter les lettres des Etats au premier président. A ces lettres le Parlement, répondit froidement qu'il ne pouvait accorder la trêve jusqu'à la tenue des prochains États, mais qu'il consentait à préparer, dans une conférence, les moyens de conciliation. Il désigna pour ses commissaires le premier président, les présidents de la Terrasse et de Torreil, les conseillers de Papus de Frézals, de Caumels, Fermât et Lafont. Enfin, le 6 janvier i652, l'accord se fit entre le Parlement et les Etats qui échangèrent les dépêches les plus courtoises. Dans sa lettre, le premier président disait : < Je € crois la paix faite, en voyant vos bonnes Volontés et € la sincérité de vos cœurs, et puisqu'il n'y a rien de plus € utile au service du roi que cette paix, il faut que notre « amitié l'affermisse, et que nous tenions à l'avenir pour « ennemis tous ceux qui l'ébranleront. »
A Toulouse, on se réjouissait de cette paix ; mais à Paris, soufflait le vent de la troisième Fronde. Pressée de loin par Mazarin, la reine-mère laissait les courtisans s étourdir et s'aflFaiblir dans les vanités et les intrigues. Ce fut une mêlée bruyante où se heurtaient Condé, la duchesse de Longueville, la Rochefoucauld, Turenne, le duc d'Orléans, la grande Mademoiselle, et le coadjuteur qui passait, tour à tour, des batailles populaires