CHAP. X. — ARRÊTS CONTRE MAZARIN
aux passions politiques, et du cloître Notre-Dame aux aventures du monde. Le génie de la France l'emporta sur ces révoltes, et Turenne battit Condé, à la grande joie du peuple, lassé de tant de guerres et appauvri par elles. Les vieux frondeurs essayèrent de raviver les factions ; les factieux, au contraire, sollicitèrent la rentrée du roi. Mazarin revenu de Texil, les villes rebelles firent partout leur soumission. La Fronde expirait pour ne plus se ranimer.
En Languedoc, ces événements réveillaient les agitations. Des scènes de pillage et de meurtre, qui rappelaient de sinistres journées de la Ligue, attristèrent les plaines de Narbonne, de Montpellier, de Carcassonne et de Béziers, décimées par la peste. Le président du présidial de Carcassonne ayant, pour plaire aux pillards, prononcé d'odieuses sentences, le Parlement le condamna à la peine de mort. A l'imitation du Parlement de Paris, le Parlement de Toulouse, poussé par le duc d'Orléans, qui changeait de parti à chaque saison, enjoignit aux communes de courir sus à Mazarin et à ses complices, et promit une somme de i5o,ooo livres à celui qui le prendrait mort ou vif. Il s'engageait, même, à solliciter la grâce des criminels qui prendraient ou tueraient Mazarin, pourvu que leurs crimes ne fussent pas de lèse-majesté.
La guerre de Guyenne s'étendant vers les villes voisines du Languedoc, le Parlement mit Toulouse en défense, fit murer quatre portes de la ville et garder les portes encore ouvertes. En quelques jours, tout fut mis sur le pied de guerre. Le Parlement faisait des vœux pour Condé : il refusa au comte d'Harcourt, com-
mandant des troupes royales de Guyenne un renfort de canons, de boulets et de poudre.
La peste reparut avant la guerre. Ce fléau renaissait ainsi, d* année en année, et désolait les campagnes et les villes. Cette fois, il arriva des vallées de TAude, où vivait alors Nicolas Pavillon, évêque d*Alet, un des plus illustres et des plus fidèles amis des solitaires de Port- Royal, dont Lancelot disait, qu il était le plus étonnant prélat de son siècle. Pavillon accourut à Toulouse et mit toute sa charité au service des pestiférés. Il se tenait encore à l'écart, dans la longue querelle des jansénistes et des molinistes, en attendant que toute une tempête sortit de ce rocher d'AIet, et que le Parlement de Paris mandat l'évoque à sa barre, pour avoir osé adresser au roi des remontrances sur les empiétements de la Couronne en matière de foi, et prêché, dans son diocèse, la désobéissance aux volontés royales. Ce fut un cœur d'airain qui, durant quarante années, combattit pour ce qu'il croyait être la vérité et qui ne se laissa attendrir que par les misères du peuple. Il assista, pendant la peste de Toulouse, à un conseil de ville, à coté du premier président de Bertier et du procureur général de Fieubet. La contagion jetait partout l'effroi : les paysans cessèrent de porter des vivres à Toulouse, et dans quelques villes voisines, les consuls défendirent de recueillir les Toulousains et de leur vendre des denrées. La Cour réprima ces prohibitions barbares, par un arrêt qui menaçait de mort ces populations inhospitalières, et prit des mesures pour isoler les malades. On désertait Toulouse et on fuyait au loin : sénéchal, viguier, maître des eaux et forêts, trésorier du domaine,