‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 75 sur 182 · CHAP. X. — PAVILLON ÉVÊQUE D*ALET · texte numérisé non relu

CHAP. X. — PAVILLON ÉVÊQUE D*ALET

bourgeois du conseil de ville, se retirèrent en Quercy ou en Gascogne. Le Parlement resta à Toulouse pour tenir tête à la peste et à la guerre. Les deux fléaux arrivés ensemble se dissipèrent vers le même temps. Il n'y eut plus que des escarmouches de gentilshommes jaloux de relever leurs donjons, entre autres le baron de Léran, de la maison de Lévis. Un arrêt du Parlement le décréta de corps, saisit ses biens en expiation de ses pillages, et afin d'étouffer, en leurs germes, toutes les aspirations aux révoltes, il enjoignit aux communes de se lever, au son du beffroi, d'opposer la force à la force, de courir sus au baron de Léran et de tailler en pièces toutes les bandes armées qui traverseraient le pays, sans l'ordre du roi. L'amnistie royale du 26 août i652 ramena la tranquillité dans le royaume.

C'est quelques mois après, le 28 mars i653, que la mort frappa le premier président de Bertier qui portait, fièrement, le lourd fardeau de soixante dix-huit années. Il venait de recevoir cette lettre charmante d'Arnauld d'Andilly:

€ Il paraît bien que j'ai une extrême confiance en l'hon-

< neur de votre amitié, puisque m'étant si chère, je ne

< me sens point de petits devoirs pour la conserver

< En quelque lieu que vous soyez, je suis assuré que

< j'ai le bonheur d'y avoir un ami véritable et que vous « ne doutez point qu'en quelque part que je sois, vous « n'y en ayez un à tout épreuve. Ainsi, ce n'est que « pour savoir des nouvelles de votre santé, que je vous € écris, et pour vous dire que cet arbre que j'aime tant, « à cause qu'il porte votre nom, m'a enfin apporté un € fruit admirable : mais n'en pouvant trop avoir à mon

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€ gré, puisqu'il vient de vous, je vous supplie très hum- € blement de m'en envoyer quelques greffes cueillies de « votre main, afin que cet honneur qu'elles recevront « me les fassent priser encore davantage, et que je leur € donne, dans mes plants, le môme rang que vous tenez € dans mon estime, et que ce me soient toujours de nou- € veaux sujets de penser à la faveur que vous me faites c dé m'aimer. >

C'étaient là, ces beaux fruits des espaliers de Port- Royal-des-Champs dont, Arnauld d'Andilly offrait les primeurs, en sa vieillesse souriante, àla reine, au cardinal Mazarin, à mademoiselle de Montpensier et à madame de Sablé. Les jardins du premier président deBertier ont été aussi vantés par le vieux Balzac : cEt si, un jour de repos, « je pouvais me couler dans vos jardins, sous l'aile de « M. révoque d'Utique, je ne crois pas que vous fussiez « assez fort pour m'en chasser, quoique vous ayez toute « la force de Caton et Phocion pour résister. >

Le poète Gondouli n'avait pas attendu la mort du premier président de Bertier, pour le chanter. Dans une ode qu'il lui adressait, il l'appelait, merveilleux Bertier, magnifique chancelier des Jeux Floraux, et lui disait que trente poètes ensemble, remplis des ardeurs du Parnasse, ne sauraient, dans un an, exprimer ce qu'il était ; qu'en lui, habitait la perfection, et que la terre en devait être aussi fière, que le ciel de son soleil. Richelieu n'estima personne plus que lui, et ne reconnut, avec plus de pénétration et de respect, les services rendus par le premier président à la province du Languedoc et àla cause du roi. Il lui écrivait dans une lettre du 26 août 1682 :

Sa Majesté n'a pas peu de ressentiment de Tafifection

CHAP. X. — MORT DE FRANÇOIS DE BERTIER sSQ

c que VOUS témoignez en toutes choses à son service, € En mon particulier, j'en ai grand contentement, vous « assurant que j'estimerai toujours vos intérêts, comme 4 les miens propres. »

En apprenant la mort du premier président de Bertier^ Mazarin écrivait à Jean de Bertier, évêque de Rieux : c Le chevalier de Terlon s'en retournant en son quar- < tier, je l'ai accompagné de ces lignes, pour vous té- € moigner le déplaisir que j'ai eu de la perte de feu « M. le premier président de Toulouse, et pour la douc leur qu'elle nous a causée, et parce que le roi a perdu « un bon serviteur en sa personne. >

François de Bertier n'a pas laissé, comme son père, Phillippe de Bertier, de savants écrits sur l'empire romain et l'église, ou un poème à la gloire des saints honorés sous les voûtes de l'église Saint-Sernin : on ne connaît de lui qu'une harangue prononcée à une rentrée duParlement, à la Saint-Martin d'hiver, en sa qualité d'avocat général sur la souveraineté des rois, et qu'un de ses discours de premier président, à une autre rentrée du Parlement, sous la régence d'Anne d'Autriche, discours d'une vigueur singulière, où il exhortait la régente à rétablir la paix < dans l'Europe échevelée et « mouillée de sang ».

La ville, en deuil, pleura ce premier président qui laissait sa trace profonde au Parlement, et dont la noble figure est restée environnée d'une pure renommée d'honneur, de sagesse, de patriotisme, d'indépendance et de fermeté. A ses funérailles, une querelle de préséance s'éleva entre les capitouls et les vicaires généraux ; les capitouls se retirèrent, en déclarant qu'ils ne

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paraîtraient plus à de semblables cérémonies, « étant € un honneur que la ville fait aux héritiers du défunt, € et non qu'elle en reçoit >.

Le poète Maynard qui s'inspira, plus d'une fois, des idées et des sentiments de François, de Bertier avait raison de l'appeler Tomement de sa patrie et Tàme du Palais. Balzac ne lui écrivait-il pas aussi : < Quand c je vous nomme Apollon, je peux parler très pro- € prement, vous possédez ce titre de père en fils. De

< tout temps il s'est rendu des oracles, en votre mai-

< son, par deux divinités diflférentes et je ne la con-

< sidère pas seulement comme une veine de pourpre, « mais aussi comme une pépinière de lauriers. En con- € séquence, si je 'me connais en lauriers, ceux que

< j'ai vus par le moyen de M. de Maynard sont les € plus francs et les plus beaux à faire couronnes, qui « aient été cueillis, depuis longtemps, sur les montagnes « latines. Mais est-ii bien possible que ce soit M. votre « père qui ait écrit des choses si pures et si romaines? « Si je n'étais assuré que Virgile n'a pas autrement « connu saint Sernin et saint Papoui,je leur attribue- « rai cet excellent poème, et dirai que Virgile converti,

< depuis peu, à la religion chrétienne, a travaillé à ce « poème sur les saints de Toulouse >.

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