‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 78 sur 182 · CHAP. XI. — MENACES DE MAZABIN · texte numérisé non relu

CHAP. XI. — MENACES DE MAZABIN

dans les villes de Saint-Pons, de Nîmes, d'Uzès et de Montpellier, nées des prétentions rivales des grandes compagnies judiciaires, des exigences des intendants et de Tindicipline des troupes, expirèrent à la voix du prince de Conti reconcilié avec la cour et de passage en Languedoc. La misère n'avait jamais été plus grande, et jamais les Etats et le Parlement ne montrèrent plus de zèle à soulager les souffrances du peuple.

Mazarin qui n'aimait guère ces unions de compagnies supérieures, et qui s'irritait de voir le Parlement refuser l'enregistrement de lettres patentes ou d'édlts aliénant les biens de la Couronne, blâma hautement le Parlement et les Etats, et fit savoir à la province de Languedoc que, s'il le fallait, le roi lui-môme irait à Toulouse, avec son armée, remettre les choses en ordre et affermir la paix. Le Parlement s'inclina, en faisant sentir au roi qu'il avait, plus que lui peut-être, le souci de ses biens et l'intérêt de son royaume.

L'a mort venait en aide à Mazarin, en enlevant de la scène politique, des personnages accoutumés à y jouer un graAd rùle, le vieil archevêque de Narbonne Claude de Rébé, qui suivait de près dans la tombe l'archevêque de Toulouse, Charles de Monchal, dont Pierre de Marca, évêque de Saint-Lizier, recueillit l'héritage, des gentils" hommes remuants et de savants parlementaires. Aunombre de ces parlementaires enlevés aux travaux et aux ambitions de ce monde, était le président de Gramond qui venait d'achever, en latin, l'histoire du règne de Louis Xin,où, selon les critiques du temps, il mêla trop de flatteries aux justes éloges donnés à Richelieu. Il s'é-

tait proposé Tacite pour modèle, mais s'il a parfois le tour, la précision et Pénergie de Tacite, on ne saurait songer à le comparer au grand annaliste romain. Il faut entendre ce qu'en disait Arnaud d' Andilly, dans une lettre au premier président de Bertier :

€ Je ne sais si je puis vous dire maintenant, comme de

< coutume, que je goûte ici, en repos, les douceurs de « la campagne et de la solitude, puisqu'un de mes amis « m'a fait voir que l'on me déchire publiquement, dans « un livre qui mériterait, beaucoup mieux, le nom de sa- « tire que d'histoire : et parce que M. de Gramond, qui « en est Fauteur, est président en la compagnie dont vous

< êtes le chef, j'ai cru, monsieur, que cette considération « jointe à notre ancienne et inviolable amitié m'obli- « geait de m'adresser plutôt à vous, qu'à un autre, pour « faire voir jusqu'à quel excès il s'est emporté par la « passion de médire, tant qu'il pût en avoir sujet quel-

< conque, n'ayant rien fait qui pût l'engager à me haïr.

< Voici, monsieur, de quelle sorte il a trempé sa plume

< dans le venin, pour noircir ma réputation,si elle n'était, « par la grâce de Dieu, à l'épreuve de sa calomnie... Si

< la plume de M. de Gramond n'est non plus vénale que « mon àme, elle ne déchirera point, après leur mort, ceux « qu'elle flatterait, s'ils étaient en vie ; elle ne flattera

< point, durant leur faveur, ceux qu'elle déchirerait, s'ils « l'avaient perdue. Elle écrira l'histoire du temps, plutôt

< que del'écrire selon le temps. ..Jene saurais autoriser,

< par mon silence, une imposture qui, en ternissant ma

< réputation, priverait mes enfants de tout le bien « qu'ils hériteront de moi, qui est l'honneur. >

Le Parlement n'en pleura pas moins le président de

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