CHAP. XI. — MAZABIN A TOULOUSE
Gramond, et lui pardonna son histoire empreinte souvent de partialité et d'injustice. Les anciens frondeurs mouraient après lui, la paix se faisait en Europe, et le prince de Conti, avant de prendre son gouvernement de Guyenne, entrait solennellement à Toulouse, entouré de mousquetaires, de capitouls et de bourgeois, complimenté par les parlementaires et traversant la ville sous des arcs de triomphe.
Le roi s'acheminait aussi vers Toulouse. Laissant à Cadillac sur la Garonne, sa galiotte peinte d'azur et semée de fleurs de lys d'or, il prit la route de terre par Bazas, Nérac, Lectoure et l'Isle- en- Jourdain, et arriva à Toulouse, le 14 octobre 1659. Il ne voulut ni ambassade de parlementaires et de capitouls, ni escorte de milices bourgeoises ; il se contenta de voir les capitouls, en manteau de cérémonie, lui offrir les clefs à la porte de la ville. Trois canons le saluèrent hors des murs ; le roi et sa cour suivis d'un peuple immense allèrent, sur des jonchées de feuillages, de la porte Saint-Cyprien à l'archevêché. Auprès du roi souriant et le visage encadré de longues boucles de cheveux, et dans la même litière, se trouvaient la reine mère, la princesse Palatine, mademoiselle de Montpensier et d'autres dames.
Avant de franchir la porte Saint-Cyprien, le roi, de" vant les capitouls agenouillés, jura sur la croix, ainsi que l'avait juré Louis XIII, de conserver la ville en ses droits, exemptions et privilèges. Les volées de trente canons annoncèrent que le roi se remettait en marche : le cortège s'arrêta à l'église Saint-Etienne, pour chanter le Te Deum. Pendant deux mois et quatorze jours, la cour eut son Louvre à l'archevêché, mais un Louvre
dont les avenues piétinées par les hommes et les chevaux furent si pleines de boue, que le roi dût s'en plaindre aux capitouls.
Les premiers jours se passèrent en réceptions des grandes compagnies de la province. On retrouve dans leurs harangues, toutes les adulations que l'imagination des hommes sait inventer pour les rois. Les embarras d'argent et la cherté des vives assombrissaient ces royales cérémonies ; gardes du corps, chevau-légers, gardes-françaises, suisses, courtisans, tous se mutitinaient, dit un historien, et perdaient patience. Les troupes campées dans les faubourgs ravageaient les champs et les jardins. On écrivit à Mazarin qui arriva le 22 novembre, au moment où le roi passant aux environs de la place du Salin, rencontrait un parricide et un voleur de tabernacles qu'on menait au supplice : le roi leur fit grâce de la vie. Le surintendant Fouquet battit monnaie, comme il put. A la fin de décembre, les fêtes du mariage du roi devant être différées de quelques mois, Louis XIV quitta Toulouse et alla visiter la Provence.
Pendant ce voyage en Provence, Gaston d'Orléans meurt au château de Blois, et le gouvernement du Languedoc est remis au prince de Conti. Le roi rentre à Toulouse le 20 avril 1660, et prend le chemin de Saint- Jean-de-Luz et de Tîle des Faisans, où il allait se marier avec l'infante d'Espagne. A Toulouse, on célèbre le mariage royal par de magnifiques fêtes : quelques mois après, Mazarin mourait à Vincennes le 9 mars 1661. Colbert remplace Mazarin, mais c'est le roi qui règne et gouverne. La mort de Mazarin est la vraie date de l'avènement du roi à la Couronne : à sa superbe intolé-