CHAPITRE II
Gilles Le Masuyer. — Rohan et Condé. — Menaces d'une guerre civile à Toulouse. — Organisation de la défense. — La guerre civile dans quelques villes de la province. ^ Jean de Bertier, évèque de Ricux et conseiller au Parlement. — Le conseiller de Mausac. — Procès de La Rochcflavin. — Divers arrêts du Parlement. — Assemblée des notables. — Le premier président Le Masuyer à cette assemblée. — Son sé)ourà Paris. — Mort du président de Lestang. — Les finances épuisées. — Opposition du Parlement à Tenrcgistrement d*un édit pour rétablir les finances. — Entrée de la duchesse de Montmorency à Toulouse.
Gilles le Masuyer était fils de Philibert le Masuyer, vicomte d'Ambrières, conseiller au Parlement de Paris, et de Marie Le Grenier dont saint François de Sales a vanté la vertu. Un historien du règne de Louis XIII, le président de Gramond, a dit de lui qu'il avait une âme intrépide, un jugement rompu aux affaires et une constance à toute épreuve. Le père Lombard a ajouté : « ardent et infatigable dans Faction, barbare dans sa € langue, quoique élevé à Paris ; il possédait un genre « d'éloquence brut, presque sauvage, sans être moins € persuasif; il parlait comme il agissait. » Sa haine des protestants et la guerre à outrance qu'il leur livra, lui suscitèrent, toute sa vie, des outrages et des représailles. Toutes les fois que des historiens calvinistes parlent de lui, ce n'est qu'en le traitant de bourreau.
La saison des vacances du Palais venait de commen-
CHAP. II. — ROHAN ET CONDÉ 3l
cer au moment de son installation. Le duc'de Rohan général des troupes calvinistes dans le Haut-Languedoc agitait alors et effrayait les villes sur son passage, et le prince de Condé alarmait la couronne par ses hostilités et ses menaces. Le i^' octobre i6i5, la Cour reçut des lettres patentes prolongeant, de huit jours, la durée des audiences, pour y faire enregistrer des lettres royales qui déclaraient Condé et ses partisans criminels de lèse-majesté, s'ils ne recouraient dans un mois à la clémence du souverain. L'arrêt d*enregistrement fut prononcé le lendemain, par le premier président, les portes ouvertes au peuple. A la suite de cet arrêt, la Cour en rendit un second plus redoutable, punissant de la mort et du bannissement les rebelles, et destiné à être publié dans tout le ressort.
La ville de Toulouse tremblait toujours de voir se ranimer la guerre civile. Le bruit se répandit que quatre mille partisans de Condé excités, de loin, par le duc de Rohan allaient sortir de leurs maisons et assiéger le Capitole. Le roi ordonna aussitôt à tous les magistrats de monter la garde aux portes de la ville. Les capitouls qui s'effrayaient au seul nom du duc de Rohan, tenant alors son quartier général à Montauban, écrivirent aux villes du ressort, à vingt lieues de Toulouse, pour les exhorter à rester fidèles au roi et à réunir leurs forces contre Rohan et Condé. Ils levèrent en même temps dix mille hommes prêts à entrer en campagne.
De tous côtés arrivèrent des députés des villes et des bourgades, pour se concerter avec les capitouls et organiser la défense. Déjà, les protestants étaient entrés, par
.3a HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE
bandes armées, dans la petite place du Mas-Grenier; en l'absence du gouverneur de la province, le comte de Carmain et le seigneur d'Aunoux, partirent, en vertu d'im arrôt du Parlement, avec des troupes et des canons de siège, pour reprendre le Mas-Grenier. Tandis que ces troupes marchaient sur Montauban et que le duc de Montmorency accourait à leurs secours du fond du Languedoc, les protestants prenaient Lombez, et le seigneur de Fontrailles ouvrait au duc de Rohan les portes de la ville et du ch&teau de Lectoure. Ce seigneur de Fontrailles, sans foi ni loi, ne tenait pour Rohan que parce qu'il y trouvait son profit. Le premier président en eut raison, moyennant 5o,ooo écus: Fontrailles se fit catholique, trahit le duc de Rohan et rendit la ville et le château de Lectoure aux soldats du roi. La paix fût signée à Blois, au mois de mai 1616, mais cet édit qui contenait des articles secrets relatifs aux pouvoirs des Parlements ne fut enregistré à Toulouse qu'avec des réserves. Le Parlement réclama, en môme temps, la révocation de divers impôts sur les blés et les marchandises transportés sur la Garonne et la Dordogne, et l'établissement d'une manufacture de laines à Toulouse. Il alla jusqu'à supprimer, en cette année i6i6,la fête des Jeux Floraux dont les frais auraient augmenté les chargés de la ville.
Le journal de Malenfant interrompt le récit de ces guerres, pour saluer la nomination de Jean de Bertier, évoque de Rieux, à la place de conseiller vacante par la mort de messire de Comeillan, évéque de Rodez, et l'entrée au barreau de Toulouse de Jean de Maran, avocat au Parlement de Paris. Il constata que le duc de Montmo-