‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 9 sur 182 · CHAP. II. — LE CONSEILLER DE MAUSAC · texte numérisé non relu

CHAP. II. — LE CONSEILLER DE MAUSAC

rency assistait à l'audience où messire de Lévis, comte de la Voûte, fils de M. de Ventadour, pair de France et lieutenant général au pays du Languedoc, présenta ses lettres de survivance à cet office, mais il a oublié de parler du conseiller Philippe-Jacques de Mausac, entré au Parlement, aux premiers jours de Tannée 1616.

En pleine jeunesse, Jacques de Mausac avait étonné les savants de TEurope par ses corrections ingénieuses et ses notes d*une profondeur précoce ^ur Harpocration d'Alexandrie, auteur d'un lexicon fameux, maltraité par des copistes ignorants. D'année en année, il publia ainsi des œuvres qui le mirent au rang des plus habiles critiques de son siècle. Nul ne le surpassait dans la connaissance de la langue grecque, si ce n'est peut-être son père qui fut aussi un bon poète liât in et un meilleur conseiller au Parlement de Béziers, pendant la Ligue. Jacques de Mausac paraît avoir été un des commissaires du Parlement chargés d'instruire le double meurtre commis par un gentilhomme des environs de Montauban, sur la personne de sa femme et sur le vicomte de Paulin, un des chefs calvinistes, surpris en flagrant délit d'adultère. Des lettres de grâce mirent fin aux poursuites. Le roi eut moins de clémence envers le prince de Condé

qu'il fit enfermer à la Bastille, en ayant soin d'en avertir le Parlement de Toulouse qui enregistra les lettres royales et qui apprit bientôt la nouvelle de l'arrestation et de la mort du maréchal d'Ancre, accueillie en Languedoc par des feux de joie et des réjouissances publiques. Ces feux de joie s'éteignirent dans les tristesses du procès de La Rocheflavin. Il y eut au Parlement des noms plus célèbres que le sien et de plus éclatantes des- T. n. 3

tinées ; on ne saurait y rencontrer une existence plus vaillante et plus agitée. Bernard de La Rocheflavin était né, en i552, à Saint-Sernin, dans les montagnes du Rouergue, et jamais la rude empreinte du pays natal ne se grava plus profondément que sur cette âme passionnée, résistante, avide de science et d'indépendance et poussant à outrance Tamour de la justice et de la vérité. Il garda, toute sa vie, la douloureuse impression qu'il ressentit, encore enfant, en apprenant la mort, sur le bûcher, d'un allié de sa famille, Saint-Germier, de la maison des vicomtes de Lautrec, conseiller au Parlement de Paris, brûlé vif avec Anne du Bourg. Cinquantesix ans plus tard, il songeait encore à cette terrible exécution, en appuyant de son vote un édit de pacification : « La guerre, le feu, le meurtre, ne sont pas propres

< à guérir l'hérésie... Les choses divines et spirituelles

< se doivent traiter par la raison divine. > A dix-huit ans, il entrait au barreau, nourri aux lettres profanes et à la science du droit, mais il y resta dans l'ombre, simple avocat écoutant et mettant en pratique cette règle, qu'il écrira plus tard pour les jeunes avocats : « Comme il y « a une science de bien dire, il y en a une aussi de bien

< écouler. Le parler vient de l'ouïr. Persévérance et pa-

< tience ! ne vous hâtez pas de plaider.» Cette vie obscure se prolongeant, il se lassa de n'être qu'un avocat écoutant et se fit recevoir, à vmgt-deux ans, conseiller au présidialde Toulouse, au mépris des ordonnances qui en exigeaient vingt-cinq. Il trouva, c'est lui qui l'a dit en souriant, des amis plus disposés à lui prêter des années que des écus. On dirait que cette tache d'origine lui a porté malheur.

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Il arrivait au présidial, au lendemain de la Saint-Barthélémy et à la veille des séditions et des massacres qui allaient, tant d'années, mettre le royaume en deuil. En i582, il prenait la robe de premier président de là chambre des requêtes, au Parlement de Toulouse, des mains de Guillaume Daffis qui échangeait la sienne contre celle d'avocat général laissée par Durant! . Le second président des requêtes Jean de Saccaley, lui ayant contesté le droit à la première présidence de cette chambre, il alla soutenir ce procès de préséance à Paris, au Conseil du roi: il obtint, à la fois, le gain du procès et une charge de conseiller des enquêtes au Parlement de Paris, ^râce au duc d*Epernon, sans renoncer à sa première présidence des requêtes au Parlement de Toulouse.

Les gardes bourgeoises organisées pour défendre la capitale du Languedoc contre les hwguenots et les reîtres le nommèrent capitaine d'une compagnie. Au Parlement, il entre en guerre ouverte avec les présidents. En l'absence du premier président, il osa, un jour, prétendre à la présidence des chambres assemblées, et souleva toute une tempête qui ne fut conjurée que par des prodiges d'adresse de M. de Clary. Un autre jour, le doyen absent, il voulut prêter le serment avant le plus ancien <:onseiller de la Cour et il alla à l'offrande de la messe, avant lui. Des nuages s'élevaient sans cesse entre la Rocheflavin et ses collègues qui le redoutaient et le poursuivaient de leurs représailles. A Ja mort de Duranti, il défendit cette illustre mémoire avec tant d'ardeur, qu'il fut proscrit pendant trois années. Epuisé et attristé par les discordes civiles, il ne se joignit ni au Parlement ligueur, ni au Parlement de Castelsarrasin

et chercha, dans la solitude et le travail, des consolations et des espérances. Hélas I Ses Treize livres des Parlements de France où il avait puisé tant de joies intérieures lui réservaient le plus cruel chagrin de sa vie.

Au moment de publier ce livre, il semblait pressentir Torage: au frontispice, on lisait l'épigraphe célèbre des Essais de Montaigne : « Ami lecteur, c*est ici un livre de € bonne foi 1 > C'est peut-être pour cette bonne foi et cette franchise d'esprit et de langage, qu'il s'inquiétait et s'effrayait de répandre, par le monde judiciaire, cette histoire des Parlements où tant de voiles furent déchirés.

Pendant quarante années, long espace dans la vie humaine, La Rocheflavin, travailla, comme travaillait Saint-Simon, à cette œuvre d'érudition et de persévérance où se reflètent ses longues méditations. Il avait d'abord songé à l'intituler le Chasse-livre^ parce qu'il croyait, que pour initier un homme aux affaires du Palais, il ne faudrait désormais aucun autre ouvrage, mais revenu de cet orgueil, il changea son titre, sans rien enlever à son œuvre de ses recherches patientes et de ses vigoureux enseignements. Il le dédia au fils du duc d'Epernon, protecteur de sa jeunesse, Louis de la Valette, archevêque de Toulouse, et le divisa en treize chapitres fort étendus. L'analyse en serait chose traînante et malaisée ; on ne peut que le regarder de haut et l'embrasser d'un vol rapide.

Il y a d'abord exposé les origines et Tinstitution des Parlements de France, avec l'ardeur d'un moine écrivant l'histoire de son couvent. La Rocheflavin a tout fouillé et tout appris, pour retrouver le passé glorieux

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