CHAP. XII. — LA MARQUISE DE 6ANGES SQS
massue, il allait lui briser la tôte : les femmes fondirent sur lui, le frappèrent des pieds et des poings et le chassèrent. A un détour de la route, Tabbé et le chevalier, en fuite, se rejoignirent, et se cachèrent au château d'Auberas. Ils s'embarquèrent, un soir, au port d'Agde.
Les blessures de la marquise n'étaient pas mortelles. Le marquis revint lentement d'Avignon : le peuple le soupçonna d'avoir prêté les mains à ce complot et ces soupçons grandirent, le jour où il eut l'imprudente audace de demander à sa femme la révocation de son testament. Pourtant, les consuls de Ganges ne s'en prenaient encore qu'à l'abbé et au chevalier : le Parlement de Toulouse chargea le conseiller de Catellan de se transporter à Ganges et d'en informer. Deux jours après Tarrivée de Catellan, la marquise mourut en pardonnant à ses meurtriers; Catellan arrêta aussitôt le marquis et le fit conduire aux prisons de Montpellier où il arriva, la nuit, au milieu des imprécations publiques. Le lendemain on le transféra aux prisons de Toulouse.
Pendant l'information, la dame de Rossan publia un long mémoire d'accusation contre ie marquis et les deux fugitifs : le 21 août 1667, '^ Parlement condamna l'abbé et le chevalier à être rompus vifs, le marquis au bannissement, il la dégradation et à la confiscation de ses biens, et le vicaire Porrette à la dégradation et aux galères perpétuelles.
Les dames de Toulouse trouvèrent trop douce la condamnati«»ndu marquis : elles auraient voulu le voir à la potence ou sur la roue. Le vicaire Perrette partit pour les galères et mourut en chemin, attachée la chaîne. Le
2g6 HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE
marquis se dirigea sur Venise, où il retrouva le chevalier : tous les deux servirent dans les armées de la République contre les Turcs en Candie, et y périrent dans un combat. L'abbé se réfugia en Hollande, cachant son nom et tourmenté de remords. Epris d'une demoiselle de haute naissance, il finit par révéler le mystère dont il s'environnait, se maria et embrassa la religion protestante. Il mourut en croyant apercevoir le fantôme de la marquise, telle qu'elle était, au moment où il lui donnait à choisir entre le feu, le fer et le poison.