CIIAP. XIII. — CANAL DES DEUX MERS
commettait le conseiller Catellan , pour expulser quelques gentilshommes, des châteaux pris par eux à main armée ; des ordonnances de prise de corps contre les prêtres et religieux apostats ; des arrêts condamnant au bûcher des livres impies, et ordonnant la publication des bulles des papes qui déclaraient hérétiques les doctrines de Jansénius. Le Parlement ayant longtemps fermé les yeux sur les usurpations commises sur des forêts de TEtat, Colbert fit évoquer ces procédures au Conseil du roi.
Si le Parlement ne soutenait pas les maîtrises forestières, il applaudissait à la gigantesque entreprise du canal des deux mers, qui allait porter la vie et la fortune au Languedoc : il agis-ait auprès des capitouls, pour donner le plus grand éclat à l'inauguration des travaux de Riquet. A l'inspiration du premier président qui se rendit, avec l'archevêque, au consistoire du Capitole, on décida que les fondation ^ de la première écluse seraient solennellement posées : une chapelle fut élevée dans la prairie des Sept-Deniers, où l'archevêque célébra la messe, assisté des évoques de Comminges, de Lectoure et de Saint-Papoul, et environné de six mille travailleurs. Au fond de la tranchée, du canal dont une foule immense couvrait les bords, passèrent les parlementaires et les capitouls, au bruit de la mousqueterie. Les premières pierres de l'écluse de Garonne furent posées, avec une truelle d'argent, par le premier président et par les capitouls Lafaille et Dumeynial. On s'aperçut à peine, au milieu de ces fêtes de l'entrée solennelle du nouveau gouverneur, le duc de Verneuil.
Colbert ne s'adressait pas au gouverneur, pour le seconder dans ses réformes de l'administration de la province : c'est vers le Parlement qu'il se tournait afin de restreindre l'accroissement des biens de mainmorte et de contenir Tavidité des monastères. Ni Colbert, ni le roi n'entendaient, d'ailleurs, conserver aux couvents leur droit d'asile qui violait toutes les règles de la justice. Au mois de juillet 1669, un meurtrier s' étant évadé des prisons, se réfugia au couvent des augustins. Le chef du consistoire, Raymond d'Aldeguier, seigneur d'Aiguesvives, qui devint plus tard président aux requêtes, pénétra dans le cloître et se saisit de quatre jeunes bourgeois qu'il conduisit à l'Hôtel de Ville. Quatre moines augustins ayant voulu lui résister, il les fit arrêter. Le Parlement dépêcha aux prisons du Capitole le conseiller Victor de Frézals, ami des augustins, qui ramena les quatre moines dans leur couvent, après avoir réprimandé les capitouls, contraints par lui à faire des excuses aux moines, et à les accompagner en dehors du grand portail de l'Hôtel de Ville, la compagnie du guet formant la haie et le peuple criant aux capitouls : Toile ! toile ! « Depuis cet accident, « ajoute le chroniqueur qui a raconté cette scène, nous « fîmes résolution de ne donner refuge à personne, à « l'avenir ; faute de quoi aussi, plusieurs ont été pendus « et ont eu la tcte tranchée, qui ne l'auraient pas eue. > A cette époque, mourait Mgr de Bourlemont archevêque de Toulouse qui laissait son siège au florentin Pierre de Bonzi, d'une famille venue en France avec les Médicis, cher à Louis XIV, et dont Saint-Simon a dit que, par son crédit à la cour, il était roi de Languedoc,
CH. XIII. — JUGEMENT SUR LA CHAMBRE DE L'ÉDIT 3oI
Touché de ces efforts du Parlement pour abolir ces vieilles coutumes du moyen âge, Colbert l'aidait à battre en brèche la chambre de l'Edit de Castres. Pendant la minorité du roi, la chambre de rÉdit,attachée à la cause royale, semblait s'affermir et dédaigner les a ssauts et les menaces du Parlement. Entre ces deux branches de la justice, il y eut toujours des ferments de discorde: on les voyait, sans cesse, en conflit de juridiction. Richelieu avait anéanti le parti politique huguenot ; Mazarin alla plus loin: il oublia les services et la fidélité de la chambre mipartie, laissa restreindre ses droits et abrogea les édits de tolérance qui consacraient l'exercice du culte réformé.
En parcourant les registres de la chambre de TEdit, on y découvre, vers ces années, comme une trace de découragement et de lassitude. Les arrôts de partage y sont moins nombreux : toute résistance venait se briser contre les arrêts du Conseil du roi qui se faisait un jeu de violer ouvertement les garanties des anciens édits. Ce n'est que dans les procès de duels, que la chambre de Castres témoigne encore de toute sa vigueur : elle condamnait au gibet ou à Téchafaud les duellistes vivants, et livrait au bourreau les duellistes tués, pour être traînés sur une claie, la face tournée vers le ciel, pendus ensuite par les pieds à une potence, pendant vingt -quatre heures et jetés à la voirie. Elle n'épargnait pas d'avantage les autres meurtriers condamnés par elle, à monter sur un échafaud, pieds nus et la hart au col, à être attaché à une croix de bois d'où le bourreau les enlevait, pour rompre leurs membres sur la roue et exposer leurs cadavres aux fourches patibulaires, afin d'y demeurer, disent les arrêts, « jusqu'à