‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 88 sur 182 · LE I»ARLEM£ST DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

LE I»ARLEM£ST DE TOULOUSE

c entière consomption, avec inhibition de les en ôter, à

c peine de la vie. »

La chambre de l'Édit penchait vers une abolition prochaine : déjà même, en 1662, un arrt^t du Conseil Tavait supprimée, mais on trouva que c'était aller trop vite, et on se borna à Tamoindrir et à la dépouiller, peu à peu, des affaires de police, des crimes d'éta^ et de lèse-majesté, des transgressions des fctes catholiques commises par des réformés, d-. s contestations de communautés, des procès contre les relaps, apostats et blasphémateurs, de toutes les causes où figuraient les nouveaux convertis. Loin de reprendre une lutte inégale, les protestants subissaient silencieusemeni la loi du plus fort. La chambre de l'Édit n'était plus que l'ombre d'elle-même : avant de Tarracher du sol où elle avait de profondes racines, on ménagea une transition et on la transféra, au mois d'octobre i(>70, à ('astclnaudary, où n'existait aucun temple destiné au culte réformé.

Elle avait siégé trois quarts de siècle à Castres, où elle laissa la profonde empreinte de son passage sous Henri IV; elle y éteignit bien des discussions; elle ramena la paix, la fortune et le travail dans cette ville épuisée par tant de guerres, elle soulagea bien des misères, et son iulluence se lit sentir sur les intelligences et le mouvement littéraire de ce pays. Elle eut la direction du collège mi-partie, substitué au collège réformé, et fonda une îicadémie q;ii détourna bien des âmes des luttes religieuses. Elles comprirent alors qu'elles devaient ôtre, selon le mot d'un historien de ce temps, françaises d'intention et d'affeotion. Ni le souvenir des services rendus par la chambre de TÉdit à la monarchie et au bien public.

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ni les doléances des habitants et des consuls de Castres ne prévalurent contre la volonté royale.

Elle avait vu passer, sur ses bancs, des magistrats d'une grande renommée, Jacques de Ranchin qui allia Tamour des lettres à la science du droit, de Latger, un des beaux esprits de son temps, connu par un Traité de Véloqucnce, Philippe de Canaye, Jacques de Cavaignes, Jacques de Vignoles, Jean-Jucques Pélisson, plume alerte et bien trempée, le président Gaubert de Caminade, Guillaume de Ségla et Jacques de Caulet, si dévoué à Louis XIV, pendant sa minorité, qu'il en fut remercié par le chancelier et le roi. A leurs côtés, siégeaient le président de Donneville, Tarretiste Simon d'Olive, esprit net et vigoureux, d'un tour naïf à la fois et piquant, qui fut le premier, dans ses réquisitoires d'avocat du roi, actions foreuses, encore surchargées de citations de l'antiquité, à comprendre le véritable style judiciaire; un autre arrétiste fameux, François de Cambolas, qui éclaira les arrêts, de ses dissertations savantes, et qui poussa ses qualités d'érudit à l'excès ; enfin, le plus célèbre de tous, Pierre Fermât, entré au Parlement en iG3i.

Mais ce n'est pas au Parlement que Fermât a trouvé la gloire ; il n'3'' montra pas, plus qu'un autre, l'érudition et l'amour du droit. On a même, sur lui, cette note secrète envoyée par l'intendant du Languedoc à Colbert, qui cherchait à s'édifier sur tous les membres des Parlements : « Fermât, homme de beaucoup d'érudition, a € commerce, de tous les côtés, avec les savants, mais as- * sez intéressé. N'est pas très bon rapporteur et est € confus. N'est pas des amis du premier président, » Ce n'est pas trop s'aventurer, que d'attribuer la rédaction

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(le cette note au premier président, qui ne parait pas avoir été l'ami de Fermât, indépendant en politique et d'une grande tolérance en matière religieuse. Sa glorieuse mémoire n'a pas eu à en souffrir. La géométrie Tattirait plus que le droit ; il en élargissait Thorizon par son génie créateur. Descartes et Pascal Tont admiré et l'ont aimé. On a de Descartes, cette curieuse lettre écrite,en i638,à la fin d'une polémique entre Fermât et lui, sur ses premiers essais philosophiques, polémique jalouse du côté de Descartes, et d'une douce vigueur du côté de Fermât. € Monsieur, je n'ai pas eu moins de joie de recevoir la « lettre, par laquelle vous me faites la faveur de me

< promettre votre amitié, que si elle me venait de la part € d'une maîtresse dont j'aurais passionnément désiré les

< bonnes grâces ; et vos autres écrits qui ont précédé «- me font souvenir de la Bradamante de nos poètes, la- € quelle ne voulait rece voir personne pour serviteur, qu^ € ne se fut auparavant éprouvé contre elle au combat. « Ce n'est pas, toutefois, que je prétende me comparer à ♦ ce Roger qui était, seul au monde, capable de lui résis-

< ter; mais, tel que je suis, je vous assure que j'honore « entièrement vos mérites. >

Pascal lui écrivait, avec moins de détours: « Cher- « chez ailleurs qui vous suive dans vos inventions nu- « mériques ; pour moi, je vous confesse que cela me « passe de bien loin ; je ne suis capable que de les admi- « rer. > 11 lui écrivait une autre fois: « Je vous tiens pour « le plus grand homme du monde. >

Plus tard. Descartes parla comme Pascal et écrivit à Fermât : < Je pense être obligé de vous avouer franche- « ment, que je n'ai jamais connu personne qui m'ait fait

CHAP. XIII. — SES MAGISTRATS CELEBRES 3o5

« paraître, qu il sut, autant que vous, en géométrie. > Il en a été un peu des travaux de Fermât, comme de ceux d'Apollonius et d'Euclide : une partie de ses démonstrations si originales et si profondes a été perdue. Fermât n'en a pas moins été proclamé par Pascal et, après lui, par d'Alembert, Lagrange et Laplace, le premier géomètre del'Europe.Ces nobles travaux lui étaient un délassement de Fesprit ; il semble avoir toujours été indifférent à la gloire et avoir mis, au-dessous de ses études juridiques, les sciences qui l'ont rendu si célèbre, A Castres, ou au fond de sa maison natale de Beaumont de Lomagne, il puisait cette force que la province donne aux hommes voués aux travaux de l'esprit, Mais il ne publia rien pendant sa vie ; il ne confiait qu'à ses amis ses trésors d'mvention et de savoir. Il eut aussi ses heures de m3'^stérieuse poésie; mais ses vers, écrits en bien des langues, ont été dérobés à la postérité. N'estce pas le cas de citer Tépigramme latine : < Des vers « de mathématicien, et des branches épineuses naissent « sous le môme climat. >

Fermât siégea, à diverses reprises, à la chambre de l'Edit, où il figura sur la liste des conseillers catholiques de la fin de Tannée 1664. Il n'atteignit pas le terme de sa session et mourut à l'âge de cinquante-sept aiiSjle 12 janvier i665, en pleine audience, et comme foudroyé par une apoplexie, au moment où il faisait le rapport d'un procès. On Tenterra à Castres, dans l'église des pères de saint Dominique d'où, selon une croyance populaire, il aurait été exhumé et transporté au couvent des augustins de Toulouse. Le jour de sa mort, la chambre de l'Édit suspendit son audience : ce fut le seul hom- T. II. 20

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mage rendu à sa mémoire. Ceux qui vivaient auprès de lui ne connaissaient guère son génie, et il paraissait l'ignorer lui mûme. Il laissait un fils, Samuel Fermât qui devint conseiller au Parlement.

Les lettres patentes fixaient l'ouverture des séances, de la chambre mi-partie de Castelnaudary, au premier novembre 1670 ; cette séance fut renvoyée au 7 janvier 1671, parce que dans cette ville restée fermée aux croyances de la Réforme, les consuls ne trouvaient ni un lieu propre à la tenue des audiences, ni des maisons pour recevoir les membres de la chambre. Le 5 mars, elle rendit un arrêt défendant aux catholiques de troubler les protestants dans Texercice de leur culte; d'un autre côté, les parlementaires de la religion réformée n'obtenaient, qu'après de longues diflicultés, un édifice pour leurs exercices religieux ; l'assemblée du clergé ne cessait de supplier le roi de supprimer la chambre de TÉdit.

De même que rassemblée du clercjc, le Parlement réclamait cette suppression : elle fut ordonnée par un édit du 4 juillet HÎ7<j qui declamii que les troubles religieux du règne de Henri IV étant apaisés, cette chambre n'avait plus sa raison d'être. Elle tint sa dernière audience, le 4 du mois d'août, et ses ma^ristrats allèrent se réunir au Parlement. Toutefois, l'accès de la grand'chambre fut interdit aux conseillers réformés, et une déclaration royale du 27 novembre décida, que lorsque la grand'chambre et la Tournelle s'assembleraient, les trois conseillers réformés de la Tournelle ne pourraient assister aux délibérations. Six ans après, le 29 juin iG85, quatre mois avant la révocation de l'édit de Nantes, un arrêt du

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