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CHAP. XIII. — LA RÉGALE

Conseil allait ordonner aux magistrats réformés du Parlement de Toulouse de se défaire de leurs charges dans le délai de trois mois. Un des conseillers de la chambre, Pierre Paul, inébranlable dans sa foi, se réfugia à Genève et devança la grande émigration qui allait bientôt couvrir les pays protestants de TEurope et y verser une partie de la fortune de la France.

Un intendant dont le nom allait devenir illustre arriva en Languedoc, Henri d'Aguesseau, père du chancelier d'Aguesseau. Aucun intendant n'entra, mieux que lui, dans la pensée de Colbert, pour développer le commerce et rindustrie de la province. C'est lui, de concert avec les Etats, qui organisa les armements et les préparatifs de guerre contre l'Espagne en 1G77. Le Parlement n'a plus la haute main sur les garnisons des forts, le ravitaillement et le mouvement des troupes. Riquet meurt en 1680, six mois avant l'ouverture du canal qu'il venait de faire creuser avec une indomptable énergie. Le canal avait coûté plus de quatorze millions. Riquet ne vit pas la belle cérémonie d'inauguration où l'archevôque de Narbonne donna la bénédiction aux barques passant, pour la première fois, sur ces eaux qui rejoignaient les deux mers.

Une tempùte s'éleva, non sur ces eaux tranquilles, mais sur les églises d'Alet et de Pamiers, à l'ocasion de la régale. La régale était le droit des rois de France de percevoir les revenus des archevêchés et évéchés, pendant la vacance du siège, et de conférer les bénéfices, ceux à charge d'àmes exceptés. L'évoque d'Alet, ayant été mis en demeure de restituer les revenus des deux années écoulées, de sa nomination à sa prise de possession, ne voulut rien donner. On le laissa en repos jus-

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qu'à l'année 1673, où le roi déclara la régale universelle dans le royaume. Convaincu de son droit, et tenant pour maxime, qu'alors même que les autres évêques s'inclinaient, il devait soutenir les chocs les plus rudes, qu'ils vinssent du roi, des seigneurs ou du peuple, si Dieu le lui demandait. Pavillon osa seul lutter contre le roi. Il disait à ses chanoines : « Toutes les puissances de la « terre sont faibles contré Dieu : c'est lui qui est Tau- « teur du bien qui s'est fait dans mon diocèse, et de la « discipline qui y est établie. Je ne serai pas responsa-

< ble, après tout, des renversements que l'on pourra faire, € mais je le serais de mon zèle et de ma négligence à € défendre les droits de mon église. On saisira mes re- « venus, mais Dieu qui nourrit les oiseaux du ciel aura « soin de nos pauvres. On s'en prendra à ma personne « et ne dois-je pas m'estimer heureux de souffrir pour

< une si juste cause? In hoc posiii siimus. C'est pour cela « que nous sommes en place, »

Il défendit, en conséquence, aux deux chapitres de son diocèse d'installer des régal istes, et aux régalistes de se faire installer, sous peine d'excommunication. Ni les exhortations de l'archevêque de Narbonne, ni les arrêts du Conseil, ni l'exil de ses plus fidèles soutiens, ni les infirmités, ni la vieillesse n'affaiblirent son âme intrépide. La mort seule put finir sa résistance, mais il laissait, dans le diocèse de Pamiers, son vieil ami révoque François de Caulet, en guerre avec les jésuites et résolu de suivre la voie tracée par Pavillon.

Lui, aussi, combattait et excommuniait les régalistes, et bravait les arrêts du Conseil qui saisissaient son temporel et le mettaient entre les mains de l'archevêque de

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