‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 90 sur 182 · CHAP. XIII. — UN CHANOINE CONDAMNÉ A MORT SOQ · texte numérisé non relu

CHAP. XIII. — UN CHANOINE CONDAMNÉ A MORT SOQ

Toulouse, Joseph de Montpezat de Carbon, Vers cette époque, au mois d'août 1680, un des plus fervents partisans de l'évoque de Pamiers, le chanoine Jean Cerle, fut nommé vicaire général de ce diocèse ; mais, cédant aux haines qui poursuivaient les ennemis de la régale, l'archevêque de Toulouse cassa cette nomination. Les autres chanoines étant en prison ou en exil, Jean Cerle se trouva, seul, en état de protester contre cette mesure arbitraire qui enfreignait toutes les règles canoniques, et en appela au Saint-Siège. L'archevêque irrité recourut au Parlement, où sa dignité lui donnait un siège, et déclara que les intentions du roi étaient que le bras séculier frappât Jean Cerle du dernier supplice.

Le Parlement n'hésita pas. Le 16 avril 1G81, il condamna le chanoine à avoir la tête tranchée et envoya au bûcher de la place du Salin ses livres et ses écrits. Jean Cerle prit la fuite et fut exécuté, en effigie, à Pamiers et à Toulouse. Du fond des montagnes où il se cachait, il ne cessait d'adresser aux diocésains de Pamiers des lettres pastorales où courait un souffle d'exaltation sacrée. Il mourut pauvre et fidèle aux doctrines de sonévêque. D'autres chanoines mouraient dans les prisons ou dans les bois.

L'intendant d'Aguesseau ne dissimulait pas sa sympathie pour ces persécutés, et sa modération envers les protestants. Le haut clergé l'en raillait en disant : « Ce € d'Aguesseau a manqué sa vocation, en ne se faisant € pas évcque. » Il lui aurait fallu, pour le soutenir dans cette voie, la main d'un gouverneur adroit et vigoureux. Au vieux gouverneur toujours éloigné de sa province, et qui mourut, au mois de mai 1682, le roi donna pour

successeur un enfant de douze ans, Louis-Auguste de Bourbon, prince de Bombes, duc du Maine, un des bâtards légitimés de madame de Montespan. Ainsi apparaissait, dans sa fermeté, l'intention de Colbert de ne plus laisser à cette province toujours agitée, qu'une ombre de gouverneur, et de tenir lui-même les renés. Les parlementaires décriaient les Etats qui inscrivaient ce gouverneur de douze ans, pour une somme de 60,000 livres, sur le chapitre des gratifications, en témoignage des « bons offices qu'il ne manquerait pas < de rendre au Languedoc >. On sentit pourtant qu'auprès de cet enfant, autour duquel renaîtraient les troubles religieux, il fallait un bras énergique et capable de représenter la puissance royale : le duc de Noailles eut le commandement des armées.

•Le Parlement; toujours en éveil contre les capitouls commet le conseiller de Catellan pour vérifier leurs comptes pendant les trente dernières années ; il écoute silencieusement la fameuse déclaration de l'assemblée du clergé de France en 1682 ; il assiste au Te Dcum et aux feux de joie, en l'honneur de la naissance du duc de Bourgogne. Les fêtes durèrent trois jours : la ville fut illuminée et les fontaines versèrent du vin au peuple ; le premier président, l'archevêque, la duchesse d*Arpajon et le marquis d*Antin rivalisèrent de magnificence. Un grand dîner fut servi à la foule, dans la cour de l'hôtel du procureur général.

Les protestants s'éloignaient de ces fêtes. Le réseau se resserrait chaque jour davantage autour de leur liberté de conscience. On approchait de Tanéantissement de leur culte ; il fut interdit aux catholiques romains de changer

eu. XIII. — RIGUEURS ENVERS LES PRaTESTANTS 3ll

de religion et la sanction pénale atteignait, du môme coup, le catholique devenu réformé, le ministre auteur de la conversion et même les pierres du temple. A Montpellier, une femme catholique ayant abjuré la confession romaine, entre les mains du ministre Bordieu, le Parlement de Toulouse frappa d'interdiction le ministre et ordonna la destruction du temple de Montpellier, Cétait déjà la révocation de Tédit de Nantes.

Quand le duc de Noailles voulut faire exécuter cet arrêt, les ministres protestants et deux gentilshommes calvinistes s'y opposèrent, en hommes résignés au martyre. Le peuple envahit le temple et acclama les ministres à l'heure du prêche. Exaltés par la persécution, les ministres déclarèrent que si on les empêchait de prêcher dans leur église, ils prêcheraient sur les places publiques et aux carrefours, et que si on les chassait des villes, ils iraient évangéliserles campagnes. Xoailles crai^r.it une guerre civile; il fit arrêter et conduire, sans bruit, les ministres à la citadelle, dissipa l'attroupement, calma le tumulte et ordonna la démolition du temple. En même temps, le Parlement commença des procédures semblables contre les protestants de Montauban, mais Colbert alarmé par les troubles de Montpellier l'arrêta sur cette pente.

Tout en défendant aux cathoMques d'insulter les protestants, le gouverneur enjoignait aux ministres de quitter les villes, ouvrait la voie aux conversions catholiques et usait de rigueur envers les cœurs obstinés. Cet espèce d'intolérance souleva des émeutes dans les montagnes des Ce venues eî. du Vivarais, remuées par les excitations des ministres, qui promettaient la couronne des

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martyrs à ceux qui sauraient affronter la mort pour leur foi. A la faveur de ces agitations, des bandes de pillards ravagèrent partout les campagnes et augmentèrent les inquiétudes de d'Aguesseau et de Noailles. A Nîmes, le temple fut démoli comme celui de Montpellier. Le vœu le plus cher de l'intendant d'Aguesseau eût été de terminer ces luttes, sans un coup de feu, en obtenant la grâce des rebelles. Il ne put empêcher les dragons du comte de Tessé de passer, au fil de Tépée, des troupes d'hommes et de femmes allant aux assemblées du désert. L'amnistie n'arriva qu'à la mort de Colbert, amnistie pleine de réserves et qui ramena les exaltations, les haines, les démolitions des temples et des maisons des réformés, les combats et les supplices. On désarma tous les protestants de Nîmes ; le ministre Homel, pris les armes à la main, expia sa révolte sur la roue et son corps fut exposé aux lieux où il avait poussé les protestants à l'insurrection.

En cette année iG32, Louvois qui rêvait la destruction du protestantisme va gouverner, en despote, à la place de Colbert. D'un coup d'œil, l'intendant d'Aguesseau mesura l'étendue des conséquences de cet événement, et ne voulut plus rester dans une province battue par tant d'orages. Il écrivit lettres sur lettres pour être rappelé à Paris. Ce n'est qu'au mois d'août if)35, qu'il quitta le Languedoc, en y laissant le souvenir d'une àme douce et éclairée. Avant de partir, il assista à l'entrée de son successeur, Lamoignon de Ba ville, d'une illustre noblesse de robe, ancien conseiller au Parlement de Paris, ancien maître des requêtes, connu par ses rigueurs en Poitou contre les protestants. Il marchait, en con-

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quérant, à la tûte de fusiliers et de dragons. On dit que d'Aguesseau pleura, en abandonnant une province de laquelle il ne pouvait détourner les déchirements et les malheurs. On vit alors fondre sur le ro^^aume les déclarations, édits, lettres patentes et arrêts du Conseil dirigés contre les réformés, et imaginés pour détruire leur culte.

A Toulouse, le Parlement ne s'achemina que lentement et en hésitant, vers ces voies inclémcntes : tout en interdisant aux ministres protestants le droit de prêcher ailleurs que dans les lieux et les temples désignés par les synodes, il protégea longtemps l'indépendance en matière de religion. 11 enjoignait aux maîtres d'école de respecter les croyances des enfants, il empêchait de violenter la volonté des protestants, à l'heure de la mort, et il autorisait leurs funérailles, selon les cérémonies de leur culte. Il y a ainsi bien des arrêts de cette époque qui attestent la tolérance des parlementaires.

Le jour de l'intolérance arriva vers i085. A l'imitation du Parlement de Paris, il ordonna la démolition des temples et exila les ministres ; il enregistra, sans opposition, toutes les déclarations royales rendues contre les réformés, entre autres, celle qui ne leur permettait plus d'être reçus au grade de docteur es lois, ni de prêter le serment d'avocat, et aux procureurs de se servir de clercs protestants ; celle qui enlevait aux conseillers catholiques, dont les femmes seraient protestantes, la faculté d'être rapporteurs dans des procès où figureraient des ecclésiastiques. 11 accueillit, en silence, l'arrêt du Conseil qui contraignait les conseillers protestants de se démettre de leurs charges, dans le délai

de trois mois, ainsi que Tédit privant de la libre disposition de leurs biens, les veuves demeurées protestantes et les femmes des nouveaux catholiques refusant de suivre l'exemple de leurs maris. Un de ces édits, enregistré au Palais, portait que si les nouveaux convertis repoussaient les sacrements de l'Eglise, les hommes seraient envoj'és aux galères et les femmes à la réclusion. En cas de mort, on fai>ait le procès au cadavre qu'on traînait sur une claie et qu on jetait à la rivière, comme les cadavres des suicidés. C'est ainsi que le Parlement poussait à la révocation de l'édit de Nantes, On pourrait citer bien d'auires arrêts d'une étonnante rigueur.

En même temps, Louvois recommandait secrètement à l'intendant du I^anguedoc de distribuer, dans l'cnnbre, des secours d'arj^ent aux gentilshommes et aux ministres protosti'mts disposés à se convertir, dons le double but de ne pas cxciror la cupidité des uns, et de ne pî\s froisser le sentiment des aiitros. Li; 0(uur s'iittriste au récit de ces mystérieuses négociations, qui se nouaient et se dénouaioiu, au travers d'une province où vivaient près (le deux cent mille protestants. En quelques jours, les églises (k Castres, dl'zès, de Nîmes, do Montpellier, des ('évennes, du Gévaudan. du Vivarais, de TAbigeois, du Laurai^uais et du pays de F(^ix, s'encombrèrent de juotivstjints convertis et gardés par des dragons. Les Lfinples s'écroulaient : les é^lise^, renversées par la ^^uerre, se relevaient de leurs ruines. Les villes entières abjuraient, afin de presser le djpart des soldats qui dévastaient tout sur leur passage. Beaucoup de protestants, immuables dans leurs cro3''ances, désertaient, la

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?iuit, leur pays tt i) is-.^" ::\i !a iV.)ntiOîO. D autres, aventiiriers de la libre p^-nséo ci naufragés de la foi, pour cjui la Réforme n'cUut qu'un voyage de découverte à la recherche d'un éiaL meilleur, rentrèrent dans l'église catholique. C'est ainsi que le roi allait justifier son édit de révocation, par cette phrase du préambule: « L'édit « do Nantes demeure inutile, par suite de la conversion < des protestants. *

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