‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 92 sur 182 · CHAP. XIV. — LE PREMIER PRESIDENT MORANT · texte numérisé non relu

CHAP. XIV. — LE PREMIER PRESIDENT MORANT

Faure de Fondamente, auteur d'un Traité sur la science des médailles et à qui Pelisson, son allié et son ami, dédia son Histoire de l Académie française.

Les intendants sont les maîtres desprovinces, et c'est pour récompenser les services de Thomas-Alexandre de Morant, intendant de Provence, que le roi lui donna la première présidence du Parlement de Toulouse, au mépris des présentations des parlementaires qui proposaient le procureur général Le Masuycr, les présidents de Maniban et de Rességuier. Le roi, mécontent, leur en joignit d'enlever des registres cet arrêt de présentation. Il redoutait l'autorité d'un de ces Toulousains sur le gouvernement de la ville et il préférait un étranger. Morant était cet intendant du Bourbonnais de 1676, dont a parlé madame de Sévigné, dans une lettre datée de Vichy duBjuin ; «Madame de Montespan partit jeudi deMoulins « dans un bateau peint et doré, meublé de damas rouge, € que lui avait fait préparer M. l'intendant, avec mille « chiffres, mille banderoles de France et de Navarre. € Jamais il n'y eut rien de plus galant ; cette dépense « va à plus de 1,000 écus, mais il en fut payé tout comp- « tantpar la lettre que la belle écrivit au roi : elle n'y par-

< lait, à ce quelle lui dit, que de cette magniûcence. Elle

< ne voulut point se montrer aux femmes, mais les hom- € mes la virent à l'ombre de M. l'intendant. » Morant n'apportait au Parlement que sa droiture de conscience ; s'il avait, un moment, appartenu comme conseiller à un Parlement, la science du droit s'était effacée de son esprit : il s'efforça de racheter son inexpérience des choses j udiciaires par un travail opiniâtre, et il finit par acquérir un peu de savoir et par ramener à lui les parlementai-

res froissés de cette violation de leurs traditions séculaires.

Le roi ne dédaignait pas de s*occuper des costumes de magistrats. Déjà, en i66i^ par une de ses déclarations, il interdisait aux magistrats les costumes de fantaisie : c Comme il est nécessaire que ceux qui seront honorés « des charges, en nos dites Cours de Parlement, qui les € élèvent à cette haute dignité et puissance d'ètrejuges de € la vie, de Thonneur et des biens de ses sujets, paraisc sent toujours dans le public avec des habits qui con- € viennent à leur dignité et qui les distinguent du com- € mun, Sa Majesté veut que les officiers de ses Cours de € Parlement soient revùtus, en ville, de soutanes et de c manteaux longs, sans collets à passements, à peine € pour la première fois, d'être privés de l'entrée aux su 5- € dites Cours pour six mois, la'seconde pour un an, et la « troisième pour toujours. »

A son tour, le Parlement, qui s'était empressé d'enregistrer les lettres patentes prohibant les ornements aux habits, comme cordons, ceintures, baudriers, écharpes, aiguillettes, nœuds, rubans, étoflfes d'or ou d'argent, broderies, pierreries et boutons d'or et d'argent, règle le costume des magistrats des sièges présidiaux, et le costume des ecclésiastiques, à la villj ou aux champs ; il enregistre solennellement les lettres patentes destinées à arrêter la contagion du luxe des vêtements des femmes, développée en France par les princesses de la maison des Médicis et les mœurs italiennes. En 1662, sous la présidence de M. de Fieubet, le Parlement avait déjà prescrit aux femmes, par quatre arrêts, de ne plus enfreindre les dispositions des arrêts somptuaires de 1597,

Page 1