CHAP. XIV. — COSTUMES DE VILLE
enjoignant aux femmes des parlementaires de ne plus porter chaînes, carcans, bagues et autres dorures : alors comme aujourd'hui, toutes les classes de la société tendaient à se confondre. Un arrêt interdisait, quelques jours après, aux femmes des conseillers, des membres des sénéchaussées et des avocats, de porter des robes de velours, satin blanc, passements, dentelles, guipures ou broderies sur les robes et les collets, à peine de 4,000 livres d'amende et de confiscation de leurs habits.
L'arrêt, dépassant l'enceinte judiciaire, visait ensuite toutes les classes : c II est interdit aux femmes des bour- € geois, premier huissier, procureurs, conjointement € huissiers, garde-sacs et marchands, de porter des ha- € bits de velours, satin et brocarts ; elles en porteront « tout seulement de poil de soie et de férandine, avec c des cottes de petit satin de couleur, à l'exclusion de c blanc, sans passements, guipures, ni broderies. Il est € interdit pareillement aux femmes des notaires, clercs « au parquet, chirurgiens et apothicaires, de porter des € habits, ni cottes de satin en poil de soie, brocarts, vé- « nitienne, ni d'aucune autre facture de soie que féran- € dine, ni dentelles, guipures, botonneries ni broderies ; « enfin, il est interdit aux femmes des artisans, gens de € métier, de porter des habits de soie en quelque manière « que ce soit, ni coiffe de taffetas, broderies, passepoil « et dentelles, ni se qualifier que madonnes, sur sembla- € ble peine. » On reconnaissait ainsi le rang et les conditions au velours, à la soie et à la laine. Le Parlement allait plus loin que les édits et les déclarations du roi.
Le roi laissa alors au Parlement toute sa liberté dans
32f) iiiSToinK nu parlement de touî.ouse
ces questions frivoles; il était en guerre avec la Hollande et TEspagne, et il envoyait ses troupes vers le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. Le Languedoc, dégarni de soldats et aigri par la révocation de Tédit de Nantes, s'agitait sourdement, à la nouvelle de la coalition des protestants en Allemagne et de la conflagration qui armait l'Europe contre la France. Dans le Vivarais, à la voix d'illuminés, d'inspirés et de convulsionnaires, les foules s'exaltaient et se laissaient éî2;arer par des séditieux et des intrigants mêlés aux fanatiques et aux enchanteurs. Le plus intrépide vengeur de l'é il t de Nantes était Claude Brousson, avocat près la chambre de l'Editde Castres, et plus tard au Parlement de Toulouse, réfugié dans les Ce vennes, après avoir été l'instigateur de la ligue d'Augsbourg et Tâme de la résistance des protestants français retirés à Lausanne. Il allait ôtre bientôt rompu vif, à Montpellier, par sentence de la justice prévotalede l'intendant Baville. De tous cotés, les dragons poursuivaient les protestants au désert et dans les montagnes. Le sang fut aussi versé dans les Cévennes et dans les bois de Saint-Amand, aux environs do Castres, solitudes sauvages et touffues, où le chant des psaumes ne cessa que sous les balles et les sabres des dragons. Pour suppléer au manque de soldats, le gouvernement créa des milices composées d'anciens catholiques, commandées par des gentilshommes éprouvés, sous la conduite du comte de Broglie, lieutenant général de l'armée de la province. A Toulouse, le comte de Broglie vit échouer ses efforts devant ce vieux privilège des Toulousains de ne point servir : il se récriait de ne voir enrôler « que c des misérables et des gueux ».