‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 94 sur 182 · CHAP. XIV. — LE CONSEILLER JEAN DASPE · texte numérisé non relu

CHAP. XIV. — LE CONSEILLER JEAN DASPE

Ea attendant, le Trésor s'épuisait, malgré les édits bursaux tour à tour révoqués ou rétablis, selon les événements. Le roi battait monnaie partons les moyens, et tout devenait un sujet d'impôt. Moyennant finance, on confirma la noblesse aux capitouls. On vit un membre du Parlement, le conseiller Jean Daspe, offrir au Conseil des finances une somme de 80,000 livres, à la condition d'obtenir, par déclaration du roi, un logement à THôtel de Ville, le droit de participer à la nomination des capitouls, 6,000 livres de gages annuels et le privilège de la noblesse. Contrairement à Topinion des députés de la ville, le marché fut conclu. Enorgueilli de sa dignité nouvelle, Daspe parla aux capitouls d'un ton impérieux, et chassa Tannaliste Lafaille d'une petite maison enfermée dans Tenclos du Capitole ; il crut pouvoir traiter le Parlement en pays conquis et s'arroger le droit d'écarter les commissaires de la présidence des assemblées de l'Hôtel de Ville, fl ne marchait qu'escorté de hallebardiers.

Au Parlement, Joseph Le Masuyer présente ses provisions de procureur général, mais elles ne sont enregistrées, qu'à la condition par lui acceptée de n'exercer ses fonctions qu'<\ l'Age de vingt-sept ans. Les parlementaires ne sortent plus de leurs attributions judiciaires et laissent le gouvernement aux prises avec les révoltes des pn)testants et les détresses du Trésor. Ils se bornent à chasser les bandes de vagabonds et de mendiants qui envahissent et rançonnent les villes. Les galères et le fouet finissent par en avoir raison.

Un de ces routiers fameux, venus du Comminges, le capitaine Saint-Jean, pris aux environs de Montauban

avec une tribu de bohémiens, et tué sur place, fut traîné aux prisons de Toulouse, sur une charrette, au milieu de ses complices. On fit le procès à son cadavre et il y eut un arrêt du Parlement, portant qu'il serait conduit dans un tombereau à la place Saint-Georges, c où sur un échafaud,il seroit coupé en quatre quartiers € par l'exécuteur, et la tête séparée du corps, portée € en la ville de Gaillac, où Saint-Jean avait toujours eu € beaucoup de communications, pour estre attachée sur « une des portes de la ville, et les bras et les jambes € portez aux lieux circon voisins de la forêt de Grésine.» L'arrêt prononça contre une bohémienne, complice de Saint-Jean, la peine suivante : « Elle fut dépouillée de € la ceinture en haut, teste et pieds nuds, ses cheveux « coupés, la teste rasée, la corde au col, et attachée au € derrière du tombereau qui portait le cadavre de Saint- € Jean. » Après avoir été promenée en cet état, par les rues et carrefours de Toulouse, elle fut fustigée jusqu'à effusion de sang, et bannie à perpétuité du royaume. Un second complice fut rompu vif et laissé sur la roue, jusqu'à ce qu'il eût expiré.

On eut plus de peine à dissiper une émeute contre le conseiller Daspe devenu maître de la ville. Le !•' mai 1694, pendant une grande disette, des femmes ne pouvant se procurer du pain avec de l'argent, se rassemblèrent, en tumulte, devant la maison du conseiller Faure, où Daspe venait de se réfugier. Dès qu'il parut à une croisie, elles l'insultèrent et lui jetèrent des pierres. Il s'en défît en leur donnant de l'argent. Le lendemain, elles se trouvèrent plus nombreuses sur son passage, du côlé de l'hôpital de la Grave et le menacèrent de mort ; le guet

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