CIT. XIV. — GUKRRE UF.LIGIKUSE DANS LES CÉVENNES 33 I
ments,et la taxe sur les armoiries ne rencontrent aucune opposition au Parlement: il fallait trouver de l'argent à tout prix et accepter les plus étranges conceptions du gouvernement, l^es parlementaires firent enregistrer, en corps, leurs armes personnelles, à côté du blason de la Cour. Dans un mémoire adressé par l'intendant Baville au roi, on trouve ce passage sur le Parlement : « On € compte à Toulouse cent trente-deux officiers, dont < neuf présidents à mortier, huit présidents aux enquô- € tes, cent douze conseillers, deux avocats généraux et € un procureur général. » Il y avait aussi cent trente avocats et cent huit procureurs.
Le dix-septième siècle finissait. Avec le dix-huitième siècle, éclata une terrible crise des guerres religieuses dans les Cévennes. Les déclarations royales qui renouvelaient, sans cesse, la sévère exécution de la révocation de l'édit de Nantes ne pouvaient prévaloir contre Tinébranlable constance des protestants dans leurs croyances. Devant les ministres réfugiés dans les montagnes de France et de Suisse, s'évanouissaient les miracles de conversions en masse, annoncés, à grand bruit par les missionnaires, les intendants et les nouvellistes. Les vieilles haines couvaient sous la cendre; loin de s'éteindre, elle se rallumèrent au cri des prophètes des vallées de la Cèze et du Gardon, où d'Urfé et Florian ont placé les scènes amoureuses de leurs pastorales.
De T700 à 1704, ces contrées et celles du Gévaudan, de Montpellier, do Nimes, d'Uzès, d'Alais et de Saint- Hippolyte, soulevées au nom de la liberté de conscience, expient leurs insurrections dans les supplices. Les violences des soldats, les taxes arbitraires, les condamna-
lions de la justice prévôtale de Baville à la prison, à Texil, au gibet, au bûcher et à la roue, les incendies, les démolitions des maisons et les dragonnades désolaient les populations et inquiétaient les Etats et les intendants. Enfermés dans leurs remparts de montagnes, les protestants résistaient aux mousquets des soldats du comte de Broglie, autant qu aux exhortations des prêtres et de Baville. Fortifiés parleurs prophètes Esprit- Séguier, Salomon Coudère et Abraham Mazel, ils bravaient la mort dans les combats et les tortures, et vengeaient leurs défaites par le massacre des prisonniers, rincendie des villages et la destruction des églises. En 1702 on ne compta pas moins de cent trente-deux églises brûlées ou saccagées. Partout les croix étaient renversées et les moines et les prêtres chassés des villes et des couvents. On revenait aux horribles scènes de meurtre et de dévastation du seizième siècle.
Toute cette partie de la province était en feu. Il faut entendre le comte de Broglie s'écrier: c On ne peut faire € pendre tous ceux qui le méritent ; on les met en pri- € son et ils en partent plus endiablés que lorsqu'ils y c sont entrés. » Il ne demandait rien moins que de dépeupler les communes rebelles et d'en exiler les habitants dans les Iles du Nouveau Monde. Quand un chef tombait sous les balles, un autre sortait des rangs, Laporte, le cardeurSéguier, Roland, le boulanger Cavalier,Catinat ou Ravanel. Fléchier le disait ainsi dans ses lettres : « Les « dangers deviennent toujours plus grands. Il vient des € ennemis de tous côtés, et il n'y a ni assez d'hommes € ni assez d'argent pour les réprimer. » Le maréchal de Montrevel disait plus rudement : c Ce sont des légions