CHAP. XIV. — LE MARÉCHAL DE VILLARS
€ de Tenfer ; plus on en tue et plus on en voit renaître. » Ce fut partout une lutte acharnée, dans les gorges désertes, sous les neiges de Thiver, et dans les plaines brûlées par Tété. Les prophètes et les prophétesses exaltaient les multitudes mitraillées, en chantant des psaumes, au son du beffroi. Ceux qui échappent au massacre émigrent, en jetant un adieu suprême aux morts tombés dans la bataille. De la France s'enfuyait, une fois de plus, toute une France meurtrie qui allait se disperser en Europe et rajeunir, de notre sang et de notre langue, des peuples énervés ou attardés.
Le maréchal de Villars prend le commandement des troupes, change de tactique, promet le pardon et entre dans les voies des concessions et de la clémence. En politique avisé, il comprit que ces haines religieuses devenaient, le plus souvent, l'embarras de ceux qui veulent les résoudre par la force. Entraînés par les espérances d'une paix prochaine et par les promesses de Villars, découragés et craignant d'ailleurs une plus désastreuse campagne, les protestants se replièrent dans leurs défilés et signèrent une suspension d'armes. Les plus obstinés, repoussés dans les montagnes, furent bientôt taillés en pièces. De loin en loin, il y eut quelques tentatives de révoltes et quelques exécutions sanglantes. Le Parlement reste en dehors de ces guerres douloureuses : c'est Ba ville qui édicté la diminution des impôts et qui suspend, en faveur de la province appauvrie et dépeuplée, la loi brutale du droit d'aubaine confisquant, au profit du Trésor, les biens des étrangers morts dans les limites du royaume.
Le Parlement ne cherche pas à étendre sa juridiction ;
ses registres ne contiennent, qu'à de rares intervalles, des arrêts qui duivont être notés : il condamne la femme du conseiller Claude de Juge à être enfermée dans un monastère à Lavaur, pour avoir quitté le roj^aume, malgré les ordres du roi ; il fait rentrer dans leurs couvents les religieuses indisciplinées et raser les maisons oii elles avaient tenu des assemblées ; il termine le différend du pays de Foix et du Languedoc sur les limites de leur territoire ; il décrèîe de prise de corps le juge de Pamiors, le juge des Allem.mds et deux substituts duprésidial du Beziers pour prévarication, et le petit-fils d'un conseiller pour crime de faux ; il condamne aux galères le prieur et les collégiats de Saint-Martial pour attentat aux mœurs ; il fait étrangler, en place du Salin, les notaires infidèles, il emprisonne ou envoie à la potence les duellistes et parmi eux un Pibrac, un Roquefeuille, un Belcastel, et un Duranti ; il enjoint au cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, de donner Tabsolution à des gentishommes repentants de leurs rebellions envers Dieu et le roi.
Les routes n'étaient [ as sûres : on trouva le conseiller Junius assassiné aux environs de Toulouse et le juge de Comminj^es, de Gèro, agonisant dans la vallée de Saint-Bertrand. Le Parlement châtiait de la mort les meurtriers : il livrait au bûcher les livres impies, entre autres, Le moine sécularisé; il saisissait les biens des évoques hostiles à ses arrêts ut envoyait aux galères les collecteurs convaincus de prévarication, les blasphémateurs et les sacrilèges.
Il n'épargnait pas les religieux « traîtres à leurs de- «voirs>'et condamnait le cordelier Lamassièri au ban-