‹ Histoire du passage des AlpesChapitre 38 sur 48 · CHAPITRE PREiMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREiMIER

'Examen critique de Vopinion de Tite-Lii^e sur la route d^Annibal depuis le passage du Rhône jusquà Ventrée des Alpes.

Jr OUR faire Texamen critique de la relation de Tîte-Live , il faut la comparer avec celle de Polybe ; car sans cette comparaison ^ la route que le premier fait suivre à Annibal devient incompréhensible , parce qu'elle pèche d'une manière frappante contre la géographie et contre le bon sens.

Si Ton compare une traduction française de l'original grec de Polybe avec une traduction de Tite-Live^ toutes les deux faites

^O HISTOQœ

avec scôn, ce qui frapj^era en les faisant marcher de front, c'est-à-dire, en les lisant Tune à câtë de l'autre et phrase par phrase» sera leur ressemblance presque parfaite. On y trouvera non-seulement le même sens , mais sou veiifles mêmes expressions; on verra d'une ^^anière convaincante t[ue , sur les circonstances de la marche d'Annibal , Tite- Live n'a fait que traduire Polybe , en retranr chant toutefois des particularités essentielles, telles que les distances et une partie du journal de Fexpédition , c'est->à-dire, de remploi de chaque jour, depuis lé passage du Rhône jusqu'à l'arrivée au pied des Alpes du cdté de l'Italie , et en ajoutant aussi de temps en temps des circonstances qui sont la plupart en contradiction avec la position et la nature des lieux. ^

Mais ce qui a contribué essentiellement à dérouter tous ceux qui ont voulu chercher la route d'Annibal d'après Tite-Live , c'est l'addition , je l'appellerai même Vinterpolatîon , à la fin du chapitre 49 de Polybe, du nom des peuples chez lesquels Fauteur latin supposa qu'Annibal passa, et la supposition, en outre, du passage de la Durance. Cette interpolation, qui n'a rien de corre&-

bV PÀSSAèE DES ÀLlPËS. a4i

jpondant dans Tauteur grec , jette une telle confusion dans la route d'Ânnîbal, qu'elU devient incompréhensible.

Nous commencerons la comparaison des deux auteurs à Tendroît où Tarmée carthaginoise , ayant achevé le passage du Rhône , Se met en marche pour remonter le long de la rive gauche de ce fleuve. Nous placerons le texte de Polybe dans la colonne à gauche , el celui de Tile-Live dans la colonne à droite , en faisant marcher par allétement les phrases qui se correspondent.

Nous accompagnerons cette comparaison de quelques-unes de nos remarques.

Oê

Histoire dé pôLYôa Histoire ï)e tite-live.

UY. III y C. 47. UV. XXty C. 3l.

Lorsque les éléphàns Le jour suivant , Annîeurent été transportés de bal, prenant sa route le Tautre côté, Anntbal les long du Rhône, en replaça avec la cavalerie, à montant son cours, s'ararrière- garde. Il lescon- Tança dans les parties indu isît le long du fleuve , térieures de la Gaule, laissant la luer derrière loi, se dirigeant vers Test, et, pour ainsi dire, vers

riniérieur de l'Europe.

Non que ce fut le chemin le plus direct pour arriver aux Alpes, mais parce qu^il crojoit que plus il s'éloigneroil de la

mer y moinf îl coarrok rîsqoe de reocootrer It Consul romain , a^ec lequel il ne Tonloit pas en Tenir aox mains qu'il ne fût arrif é en Italie.

Ce commentaire de Tite-Iive sur la route crAnnibal le long du Rhône , est contraire aux renseignemens donnes par Polybe , d'après lesquels il est clair que la marche en remontant le Rhône , faisoit partie du plan originel. Nous trouvons dans le chap. 89 dt Polybe, les distances énumérées depuis le passage du Rliône jusqu'à larrivée en Italie, distances qui prouvent que la marche le long du Rhône n'avoit pas été nécessitée par l'approche du Consul romain, mais qu'elle étoit entreprise d'après un plan fait d'avance. Polybe avoit annoncé expressément qu'Annibal avoit formé tout le plan de sa route avant de partir. Ce général s'étoit assuré de toutes les difficultés qu'il devoit rencontrer; il avoit pris des informations sur la natdi^e des lieux et du pays où il devoit passer»

sur la disposition des habitans; îl comptoiC sur les guides qui dévoient partager avec lui sa bonne et sa mauvaise fortune. Avec toutes ces précautions prises avec tant de sagesse, ^evons-nous supposer que Pappari-*

lion imprévue d'une armée romaine à l'embouchure du Rhône , auroit pu déranger un plan si bien conçu , ou bien ne devions-nous pas plutôt attribuer le commentaire de Tite* Live à la nécessité où il se trouvoit de donner quelque explication de ce que Parmée s'écartoit de la roule que , selon lui , elle se proposoit de suivre.

Tite-Live supprime les détails géographiques qui terminent ce chapitre de Polybe , ainsi que les réflexions critiques de cet auteur, chap. 48, sur les historiens ignorans et exage'rateurs.

CQAP. 49.

Ânnibal dyant fait une marche de <]uâ Ire jours depuis le passage du fleuve^ Arriva à ce qu'on appelle Vlsle, qui est iin pays peuplé et fertile en blé : il tire son nom des parlicularîlésdesa situation ;car le fibône d'une part et l'Iakre de l'autre , chacun > coulant le long d'un de ses €6tés, lui donnent une ii« Kure en pointe à leur confluent. Ce pays ressemble beaucoup ^ pour U gran* «leur et pour la forma , k 49e qu'on appelle le Délia en Egypte, exée|»léque U mer et les boucbét desn-^

Âpres quatre jours de marche, il arriva à l'isle.

Dans cet endroit l'Isère et , le Rhône , qui viennent de deux Alpes difierentes, embrassant une portion de terrain , se réunissent en un seul fleuve. Les plaines intermédiairesont reçu le nom dlsle.

▼lires ferment on des eûtes de ce dernier, et qu'un des côtés dn fMieaiier etf fermé par des moolagnci d^une approche et d'une entrée difficiles ; nous pourrions dire niému qu'elles sont presque inaccessibles.

Nous voyons que ces détails de Polybe sur la position topographîque du pays qu'on appeloit risle y détails qui nous ont servi à déterminer d*une manière si précise Fétendue de ce pays^ sont supprimés par Tite-Iive.

Polybe décrit évidemment un pays dans lequel les opérations dont il rend compte , eurent lieu, et en conséquence il désire le faire conntrftre à ses lecteurs aussi bien que possible ; tandis que Tlte-Uve se trouve dans la nécessité d'omettre les détails qui seroient en contradiction évidente avec la route qu'il a en vue.

Les AHoiirogeshalitieiit près de là. Ce peuple qui, dès cette époque, ne le cédoit à aucune naiioK gauloise , ni pour la poîsaanee^nipour U ren<MB* Lorsqu'Annibat nrrîvu mée , éioit alors partn^ dans ce pa^a, il trouva entre deux limes qui s'eA deux frorea qui se dis- disputoieul la aunveru

pu toient la sou Tmineié. té. f /aine des deux , nom- L'aîné tùu à lui, et lui ma

demanda son aide pour le maintenir dans sod gouyernement. Ânnibal^ TOjant les avantages qai en résulteroient évidemment pour son armée , prêta nneoreilleiàvorable à sa demande : il joignit ses forces à celles de ce Prince; et chassa le cadet.

le premier sur le trône , en avoit été chassé par son cadet, qui y avoit moins x de droit que lui , mais qui étolt le plus fort , parce que toute la jeunesse du pays s'étoit raogée de son parti. Annibal ^ que le hasard amena fort à propos pour terminer ce diffe»

rent , ajant été pris pouir arbitre entre les deux frères, rendit le royaume à Taîoé , conformément a llnlention du sénat et des principaux.

Les circonstances ajoutées ici par Tauteur romain, ne paroissent être que àes suppositionis, telles qu'on en trouve souvent dans ses ouvrages*

On a pu remarquer aussi une expression inexacte au commencement de ce paragraphe, quand il dit que les Allobroges habitent près de Tlsle ; tandis que c'est duns risle elle-même quîls habitoîent,^ et c'est dans ce pays ainsi nonmié , que Poly be place les événemens pendant lesquels Annibal termina la guerre que deu^ frères se faisoient.

Ponr prix de ce ser-

irice . Faîne non-seule-

£n reconnoissaoce de ce service, on lui fournent fournit libérale- nit des vivres et tontes ment l'armée de provi- les choses nécessaires en fions et d'antres choses abondance i mais surtout

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des T^temenspoar mettre les soldais à coorerl contre le froid excessif eui se fait seoiîr dans les Alpes.

nécessaires , maïs il don-^ na aux soldats des armes neaves h la place de celles qui étoieot irieilles et usées : il fournit de plus a la plôpart d'emr'eux des Tétenaens et même des chaussures , pour les mettre en état de passer les montagnes.

Mais ce qui fut pour énx on service pins essentiel , c'est que ce Prince forma arec ses troupes l'èrricre- garde des Carthaginois, pour les mettre à l'abri de tout danger pendant qu'ils travers soient le territoire des Gantois appelés Allohro^ fies. Il assura ainsi leur marche jusqu'à ce qu'ils approchassent de l'entrée dans les Alpes.

On comprend que Tite-Live , votilant prendre une route différente, a supprimé celte dernière circonstance mentionnée par Polybe, parce qu'elle auroit prouvé que depuis le lieu où le frère aîné fournit l'armée de toutes les choses nécessaires, elle avoit continué à traverser le territoire des AUobroges , et non celui des trois peuples gaulois menllonnés plus bas par Tite-Live.

Après aToîr rctahlî hi paix parmi les Allobroges, Anaîtiat^ se dirigeant vers

i • îl

DU PASSiAGB DES ALPES. 047

les Alpes, ne pril pas le droit chemin, raaîs il lourna sur la gauche pour €Qtrer daos le pays des Tricaslini : de là , c6«, lojant les confina des ^ooontiiy \\ entra chez le^ TricajUi , sans rencontrer aucun obstacle, jusqu'aux bordsde la DuraQice. Celttf rivière, qui prend aussi sa source dans le^ Alpes, est ^e toutes les rivières de la Gaule, de beaucoup, la plus difficile à traverser^,^ car,quoiqu'ellerpMle9yeç eMe un volume dVau prodjlgieox, il tst impossible de la traverser en bateaux, parce que n^éla'nl point encaissée par des rives , mais . coulant par pi osieursbras^ et ces bras changeant sou- ?entde Ut,^] le for me à t ont pomentde nouveauxgués et de nouveaux gouffres,

ji , èe 'qui rend son passage

dangereux même pour les

'■^ -'- ' piétons: elle roule d'aîl-

leurj^qontioueilement deiB

cailloux mêlés de gravier,

' qui n'offrent rieil de stable

^^■- i . Ai d'assuré pour les pieds.

Elle étoit alors par hasard

' grossie par les pluies, en-

: , , ^orte CUie la peine qu'on

eut à la traverser, causa

.. • . JiM?9J).Ci)ii{i de confusion

parmi les troupes, qui se troubloient encore plus mutuellement par Leurs

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