‹ Histoire du passage des AlpesChapitre 44 sur 48 · I ' ' I !■ ! ■ ■ I II ) ——————— |——W · texte numérisé non relu

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( 1 ) En 17 63. II avoit alors 26 ans.

il le dit dans le cours de sa discusâon ) « qu'il « ëloit difficile de concilier Tite-Iive avec « hii-méme ; que les contradictions et les « obscurités qull a semées dans son récit em- « barrassent les plus habiles géographes », puisqu'il pense que Tite-Live « a voulu plu- « tôt plaire à Hmagination par une fable rote manesque » que satisfaire l'esprit par une « histoire vraie et judicieuse»; on doit être surpris, dis- je ^ qu'il n'ait pas soupçonné qu'il devoit y avoir entre le Mont-Genèvre et le -Grand Saint-Bernard un autre passage qui pourroit mieux convenir au récit de Po*lybe, et qu'il n'ait pas, en conséquence, fait des recherches sur les voies romaines, et même sur les passages des Alpes fréquentés avant que les Romains eussent ouvert leurs voies militaires au travers de ces montagnesé

Il auroit appris par ces recherches que le passage de l'Aipe grecque, ou du Petit Saint- Bernard, avoit été le plus anciennement fréquenté , qu'il étoit l'un des plus faciles , que la route traversoit de grandes vallées trèsfertiles et très-peuplées, où une armée pouvoit trouver des ressources abondantes, que les Romains y avoient établi leur grand chemin pour passer de l'Ilalie dans la

Gaule ; que cette route étoit si important^ pour eux et si passagère , qu ib avoient fondé plusieurs eolOniea dans les vallées qu'elle traverse, et qu'en conséquence ce chemin étoij; appelé dans plusieurs cartes la grande route des Romains y comme le dit le marquis dç Saint-Simon. Si Gibbon ^ avoijk ensuite con^paré toutes les parties de cette route avec les distances , ks descriptions de Polybe et les divers incidens de la marche d'Ânnibal^ il aurait trouvé là une telle conformité, que son scepticisme et son indécision aur Toient cessé, et qu'il auroit terminé cett^ discussion saçante €i. curieuse y comme il l'appelle , par la solution finale d'une quesr tion agitée depuis si long-tempSt

Nous ajouterons ici, quoique ce ne soit pas absolument sa place , l'explication que Gibbon donne de laraison qui détermina Tite- Live à embrasser l'opinion qu'Annibal avoit traversé les Alpes cottiennes*

« Tite-Live, dit-il, rapporte que L. Clntiûs « Alimentus, un des plus anciens annalistes a de la République, avoit été fait prisonnier « dans la seconde guerre punique; sa pri- 4c son le mit à même d'entendre une couver* «< sation d'Annibal, où ce général avoua que, u depuis son passage du Rhône jusqu'à sa

« descente en Italie, dans le pays des Tau-* « rini , il avoit perdu trente-six mille homtf nies et un grand nombre de chevaux. Cette « conversation, que Cintius avoit conser-* « véç dans son histoire , a fait pencher la ba^ti « lance; et avoit détermine Tite-Liveà re-* « jeter le système reçu , qui conduisoit Ap- « nibal en Italie par le pays des Salassîj et « non par celui des Taurini. » Voici comment Gibbon explique ce propos d'Ânni** bal : M Annibal , ditnl , vouloit donner une « idée des pertes qu'il avoit essuyées en pas-» « sant les montagnes , par les combats , par « le froid et par la fatigue. Il commence « par son passage du Rhùne , et il finit par a son arrivée dans le territoire des Taurini; m c'est en effet dans leur pays et par la prise « de leur capitale , qu'il commença la guerre « en Italie; il falloit s*y arrêter pour ne pas « confondre deux choses très*différentes , fc ce qu'il avoit perdu dans les Alpes et ce «c qu'il perdit en Italie* Il n'étoit pas né- « cessaire que le pays des Taurini fût le <t premier pays d'Italie qu'il trouva à sa des«* « cente, mais seulement que ce fût le pre- « mier où il livra un combat. TiteXi ve adopte « la première des explications , mais la der-

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* nière me paroît très-soutenable : elle ôte à « l'historien lalin la preuve qui lui parôît dé- « cisive, elle se tourne contre lui, puis- « qu elle ne sert plus qu'à découvrir la source « de sa méprise ; non-:seulement Tautorité «K de Tite-Live est réfutée , mais eUe est dé- « truite ç et celle de Polybe subsiste seule et tf sans rivale. »

, Cette conclusion de Gibbon est sans r^-

plique. Le premier peuple qu'Annibal rencontra à sa descente en Italie fut bien les 5alassi^ mais ils habitoient une vallée qui faisoit encore partie de la chaîne des Alpes, et ce ne fut qu'au sortir de cette vallée qu'Annibal entra pour la première fois dans les plaines du Piémont ; au lieu de prendre la route directe de Milan , capitale de Tlnsubrie , il marcha d'abord sur Turin pour s'en emparer, et ce fut par la prise de cette ville des Taurini qu'il commença ses opérations militaires en Italie.

Dans la conversation . que Cintius Alîmentus avoit entendu, Annibal vouloit désigner la perte qu'il avoit faite pendant la traversée des Alpes; et pour qu'on ne la confondit pas avec les pertes qu'il fit en Italie, il s'arrête à Turin , comme point de séparation.

M. Abauzity dans sa dissertation sur le

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passage des Alpes par Annihal (i), fait le 'même raisonnement que Gibbon contre l'opinion de Tite-Live. « Les Taurini , dit-il > « fidèles aux Romains , furent bien les pre- « miers de lltalie qui firent tête à Annibal, « et c'est de quoi seulement tout le monde « convenoit ; mais il ne s'en suit pas que dès « l'entrée même ils se soient trouvés les pretf miers sur sa route, plutôt que les Salassi^ « habitans de la val d'Aoste* — Au contraire , « Annibal prévoyoit plus d'embarras du côté «des Alpes habitées par les Taurini y qui « eussent mieux gardé leurs défilés et ne «c l'eussent pas laissé passer , comme il le fît, « sans résistance. i>

Nous voyons par ce raisonnement que M. Abauzit penchoit pour le Petit St.-Bernard , mais dans les notes ajoutées (2) à la lettre que lui adressa M. Mann touchant le passage d' Annibal , M. Abauzit , contre son propre jugement, paroit adopter Popinion de ce correspondant, qui, voulant accorder Tite-Live avec Polybe, conduit Annibal par le Mont-Cenis.

(1) Oeuvres diverses de IM. ÂbaazU^ etc. ^ tom. II j p. 160.

(2) Ibid. Tom. II, p. 180 et 181.

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