CHAPITRE VI
Réfutation des Auteurs qui conduisent Annibal par le Mont-Cenis.
L/E tous les passages des Alpes, celui qui s'écarte le moins de la route indiquée par Polybe, est le Mont-Cenis, car jusqu'à Çhambéry , et méaie jusqu'à Montmeillan , c'est la même route que celle du Petit Saint-Bernard.
Cette dernière route remonte la vallée de risère, mais celle du Mont-Cenis traverse cette rivière pour entrer dans la vallée de VArc ou de la Maurienue ^ qu'elle remonte jusqu'à Lans4e'Bourg.
Ce qu'il y a de très-remarquable dans la première route , c'est qu'elle ne traverse p)a« une seule fois l'Isère , la vallée n'étant nulle part assez resserrée pour forcer à établir des ponts sur cette rivière ; dans la vallée de l'Arc, au contraire , . il y a un si grand nombre d'obstacles , que l'on est forcé de passer dix fois d'une rive à l'autre pour les éviter (i).
(i) Voyez U carte du départemenl du MoDt»BIanc^ parKaytuond; publiée eu I792«
« Il serait trop long de détailler, dit De* «c Saussure (i), les nombreux défilés que Ton « passe dans cette route, et de noter corn* « bien de fois les étranglemens de la vallée K et les sinuosités de TArc forcent a passer « d'une rive à l'autre. »
.Cette vallée offroit donc de trop grandes difficultés , pour que , dans les temps reculés, on y eût fait passer une route pour traverser les Alpes. La descente du Mont-Cenis, du côté de ritalie, étoit aussi un trop grand obstacle , car les rochers y sont presque à pic, et ce n'est qu'en taillant le chemin dans le roc avec un grand nombre de zigzags , qu'on a pu rendre cette descente praticable.
C'est sans doute à cause de ces difficultés naturelles que la route du Mont*Cenis n'a été ouverte que dans des temps modernes , comparés à l'ancienneté de la route du Petit Saint- Bernard; aussi la première ne se trouve point dans les itinéraires romains, qui , cependant, ont été faits dans les 4**^ et 5/ siècles de notre ère , ou six à sept siècles après l'expédition d'AnnibaL Strabon n'en fait pas mention dans
(i) Vojages dans les Alpes ^ (om. III^ page 24.
DU PASSAGE DES ALPES. 34g
l'ënumération qii*il fait des passages connus du temps de Poljbe.
La vallée de l'Arc n'auroit pas offert des ressources suffisantes pour une armée nombreuse , et les kabitans que cette vallée peut nourrir, sont en trop petit nombre, pour avoir «ongédans aucun temps à attaquer des troupes qui auroient passé chez eux. Tandis que la vallée de Flsère est de beaucoup la plus fertile , la mieux cultivée et la plus populeuse de toutes les vallées sur le côté occidental des Alpes.
La route du Mont-Cenis n'étoit donc pa^ îïèMe queles Gaulois suîvoient pour descendre eh' Italie , ni celle qu'Ânnibal , en marchant sur leurs traces , prit pour entrer dans le même pays ; nous ferons aussi observer qu'elle n'étoit pas une des quatre routes qui seules étoient connues du temps de Polybe. Cet auteur , en décrivant la route d'Ânnibal , la même qu'il parcourut cinquante ou soixante années après, ne peut décrire qu'une route qui étoit connue de son temps.
Nous observerons encore qu'à la descente du Mont-Cenis, il est impossible qu'on pût rencontrer, à la fin d'octobre, de la vieille neige conservée depuis l'hiver précédent;
35o HISTOIRE
car, outre que ce passage ^t plus abaissé d'au moins loo toises que celui du Petit Saint-Bernard , sa descente est tournée vers le sud-est, exposition où Ja neige fopd plus Vite que dans celle du Petit Saint-Bernard , qui est tournée vers le nord^est.
Les auteurs qui ont supposé qu'Annib^I avoit pris la route du Mont-Genis, sont $im- 1er, Groslé, M. Mann et le coxnte de Stolberg : nous ne parlerons que des deux derniers, et nous ajouterons l'opinion de M.
Albanis Beaumont, qui diffère très-peu de la leur*
L'opinion de M. Mann se trouve . dans mie lettre qu'il écrivit à M. Âbauzit , et qui est insérée dans les œui^res diverses de > ce dernier auteur (i).
La route de M* Mann est assez juste jusqu'à MontmeUlan , mais ici il prend la roule du Mont-Cenis : il croit que Saint-Jean-de-MaU'' tienne fut la ville dont Annibal s'empara, et que les défilés que l'on trouve avant cette ville sont ceux où les Âllobroges l'attaquèrent. Voici ce que DeSaussure dit à ce sujet
(i) Oeuvres diverses d^Jd.Abâiuit^ tom.II/ p. 178. Amsterdam, 1773.
pu PASSAGE DES ALPES. 35 1
u Si Ânnibal a remonté VArc en traver- « sanf les Alpes, comme le croyoit M, Abau- « zit, c'est vraisemblablement çntre ^i^2^- « belle et Sl Jean de Maurierme que les Allô- « broges lui livrèrent le premier cornbat , « dans lequel il perdît une partie de son ar- « rière-garde (i). En effet, dans cet espace la « vallée (se change fréquemment en défilés te très-étroits, serrés entre des montagnes « très-escarpées. »
Ces défilés sont à 60 milles ou cinq jours de m^cbe des bords du Rhône, et cependant^ d'après le récit de Polybe , ce fut le jourmême qu'Annibal quitta les bords du Rhône, qu'il se trouva en face du défilé par lequel il devoit entrer dans les Alpes, et ce fut dès le lendemain qu'en le passant , il fut attaqué par les Allobroges ; d'ailleurs , les défilés de la Maurienne n'auroient pas été les premiers qû'Annibal auroit passés après avoir quitté le Rhône, puisqu'il avoit traversé auparavant la chaîne de montagnes qui fermoit Tlsle des Allobroges, et ce fut cependant au premier défilé que ces barbares l'attaquèrent. De plus,
(1) PlutÂt à€ 9xm «yam-gard^
la Maurîenne n'ëtoil pas dans le pays âe^ Allobroges , elle étôit habit ëe par les Medul/t (i). a Après le passage du Mont-Ceaîs, Annia bal, dit M. Mann , descendit sur les plaines « de Rwolij où les montagnes aboutisseiit a tout près de Turin. »
Dans une note de M. Abauzit, à cet endroit de la lettre de M. Mann , on remarqua une méprise sur la route qui, suivantStraborï, passoit par le pays des Taurini; M. Abauzît croit qu'il voùloit parler du Morit-Ceuis, tandis que c'étoit du Mont-Genèvre , dont la route aboutit (également à Turin : la voie romaine passoit par FAlpe cottienne (le Mont* Genèvre ) , et il n a jamais passé dé voie romaine par le Mont-Cenis , ce dernier passage étoit inconnu du temps de Strabon.
Pendant que le comte de Stolberg suivoit la route du Mont^enis, entre les bourgs de 2^ Chambre ei deModanCy il faisoit les réflexions suivantes :
«c Quels furent les moyens qu^Annîbal eni-
(i) Voyez cet ariicle dans la Notice, etc., de d'An-> yille.Il paroîtroît que les Garoce/Zi habit oient aussi une partie de la Maurîenne , car dans d'anciens écrits. Su Jean-de-Maarieane est appelé Sanctus Jokanneê Garo* celliuê.
« ploya pour passer ces vallées avant qu'on m y eût ouvert des chemins? Le souvenir de «^ ce grand homme noos anima; nous con— « templions les rochers impraticables entre « lesquels » lui ^ son armée et ses éléphans sie ^ frayèrent un passage ; nous contemplions « les nombreux blocs qui^ précipités des hau* m tfStirs qui nous dominoient , sont épars dans a le lit de la rivière. Qui peut dire que ces tf blocs. ne sont pas Tartillerie que les sauv^« « ges habitans des JUpes déchargèrent sur « les ÇarthagincMs 9 quand ils virent^ pour ^ Jia l^iremière fois, la sainteté de la nature -m inaccessible mnsi profanée? Quel héros ,« létoit Annibal ! lui qui commença son as* « .s^ut sur Borne par une entreprise . aussi «. im>ro])rable (i)* »
Oa recQnnoitra là sans doute 1^ extases d^ua poète, et non les réiSexions d'un faomnsie qui fait des . j*echerches sérieuses sur as fait historique. Les^ auteurs qui ont mêlé d^ai merveilleux dans le passs^e d'Ânnibal , n'ont
(i) Voyages en Allemaigney en Suisse et en Italie, par Fréderic-Léopold comte^de Stolberg. Édition an< iglpise^ tradnilê dé l'allemand ^ en a roi. ia-4^; tom. 1^ p» 191.
pas- réfléchi qu'il devoît y avoir une route établie depuis long-temps dans les vallées par lesquelles son armée avoit traversé les Alpes ; ils ont cru que cet habile général avoit, conune un insensé, erré à Faventure poui^ chercher un passage , et qu'il s'étoit lui-même frayé une route qui n'existoit pas avant lui*
M. Albanis Beaumont, dont nous allons em souvent occasion de citer le grand ouvrage sur la Savoie, suppose aussi qu'Annibal re* monta la vallée de l'Arc ; mais / sachant que le Mont-Cenis n'avoit point été fréquenté par les Romains , il conduit Annibal paî? ui^ passage situé à 1 3 milles plus au lïord^st. Pour atteindre ce passage depuis Lans-k-^urg, on remonte encore l'Arcf jusqu'au- ddà du bourg de Bessans^ puis on éiitre daris une gorge très-étroite , où passe un -Séntiéi* qui conduit dans la Vallée de Viu en-Pié^aont ^ de là dans celle de Ixmzo , et ensuite  ITurin; te sentier qui traverse la crête de^ Alpes n'est praticable que dans- la belle saison. << Cette tf voie , dit M. Beaumont , qui n'est guère <« : connue maintenant que par les contreban- « diers, m'a paru, lorsque je l'ai parcourue^ « en 1772, avoir élé celle qu'avait dû aniini< vre Annibal pour pénétrer dans les pl«ne»
« de la Lombardie. Là situation topographi- .« qûé de cette rnéme voie, sa direction, la « diâtailce du commet de cette partie deâ « Alpes aux rivés du Pô , et enfin la vue que « Ton a du sommet de cette chaîne de mon- « tagnesy des vastes plaines de la I^Ombardie, « un peu avant d'arriver h. Roche -Melon ^ « semblent venir à Tappui de ma supposi- « tion. Comme aucun historien n'a encore , •c à ma connoîssance , fait mention de ce pas- V sage, ilseroit à désirer que ceux qui s'oc- « cupent de ces sortes de recherches , visitas- « sent cette partie des Alpes, ce qui ne ce sauroit que tourner à l'avantage de This- « toire , et jeter de nouvelles lumières sur « un sujet qui a occupé jusqu'à présent «( plusieurs hommes' de lettres très-distinct gués. »
Je ne croîs pas qu'il soit nécessaire de visiter cette partie des A Ipes pour être convaincu qu'Annibal n'a |amais passé par le sentier de Roche-Melon > et je ne m'arrêterai point à le démontrer : je dirai seulement que ce passage cjst exposé aux mêmes objections que ' c«lui du Mont-Cenis,
Nous avons fait remarquer , en parlant de la roche blanche, dans le chapitre, onzième du
premier Livre , qu'aucun des auteurs qui ont traduit Polybe, ou qui Font consulté sur la route d'Annibal , n'a fait attention à cette circonstance , qui déterminoit la position de ce général ^lorsque avec une partie de son infanterie , il protégeoit sa cavalerie et ses bêtes de somme pendant qu'elles montoient au sommet des Alpes.
On a cru quVin rocher bleuie ne signifioit autre chose qu'un rocher fort, découvert onescarpé; cependant , cette expression de Polybe étoit assez remarquable pour qu'elle dût attirer l'attention ; si Ton avoit réfléchi, en même temps , que les grands rochers de cette couleur sont extrêmement rares dans les Alpes, on auroit fait des recherches pour découvrir dans le passage que l'on choississoit , un rocher blanc assez étendu pour qu'il méritât d'être nonuné, mais on auroit peut-être regardé cette recherche comme ridicule.
Il fallut l'heureux hasard du général MelviUe y qui tenoit Polybe ouverf; devant lui au moment où il découvrit la roche blanche , au pied du petit Saint-Bernard ; il falloit aussi un. observateur aussi exact que DeSaussure pour nous apprendre que ce rocher blanc étoit du gypse y qui se trouve là en très*grande$
masses ; sans cela , nous aurions pu douter qull y eût des rochers blancs dans les Alpes : le gypse ne se trouve que dans un petit nombre d'endroits dans ces montagnes ; il n'y en a point au Grand Saint-Bernard , ni probablement au pied des autres passages indiques par les auteurs : on trouve, il est vrai, du gypse sur la route du Mont-Cenis , aux environs de Bramant (i), mais il n'y en a point ^u pied du passage ; d'ailleurs, il faut qu'il s'en trouve en masses assez considérables pour attirer les regards de tout autre que d'un minéralogiste^ et pour que leshabitans leur donnent le nom de roche blanche*
Ainsi donc , la roche blanche du Petit Saint- Bernard, que Fpn auroit pu considérer comme une circonstance peu importante, devient , au contraire , d'une très-grande importance quand on voit qu'elle est particulière à cette mont^ne.
Nous avons déjà fait remarquer que si Annibal avoit traversé le Mont-Cenis ou le Mont-Genèvre , il setoit arrivé , à sa descente des Alpes, dans le pays des Tauriniy et comme lie passage du Mont-Cenis est pluâ
(0 Vc^^ges dans les Alpes ^ $• 1226 et iitZo.
rapproché de Turin que celui du Mont-Ge^ lièvre, Farmëe carthaginoise » au bout des quatre ou cinq jours qu'elle mit à descendre les montagnes , seroit arrivée à Turin même.
Les Taurini^ qui faisoient alors la guerre ^xïxIn$ubres^\^ futurs alliés des Carthaginois, n'auroient pas manqué, pour attaquer ceuxci , de profiter de l'état de foiblesse et de délabrement auquel la faim et le& fatigues les avoient réduits ; cependant nous voyQn$ que l'armée carthaginoise ne fut nullement inquiétée pendant les dix ou douze jours qu'elle employa à se remettre , et ce ne fut qu'après ce temps qu'Ânnibal invita les Tcturinï à faire une alliance avec lui ; ce ne fut donc pas dans leur pays qu'il arriva après avoir des-*, cendu les Alpes.
Nous avons vu que Polybe termine le récii; du passage des Alpe^, en disant « qu'A(Uiibal 3» entra hardiment dans les plaines qui âyoisi- 6 nent le Pô, et dan^ le pays des Insubreis. » Cette phrase est supprimée pa]ç Tite-^iiye, paiv ce qu'il croyoit que j^ premic[r peuple q^'Annibal avoit rencontré à sa desp^f^te ,de3 Alpe^ étoit leç Taurini; mai^ Vaut^pirité de: Pplybe , qui avoit fait la même route , doit être préférée , et la route qui conduisoit directement
fiU PASSAGE BlSr ALPES. 35^
à Milan , capitale des Insubres y étoit celle qui passait par la vallée des Salassi , ou le Y al d*Aoste (i) : ce fut en sortant de cette vallée,, et en quittant les environ^ d'Ivrée (2) où .son armée s'étoit Hpoéé^ de ^es fatigues ^ qu'Annlbai fut obligé de ^e détourner pour prendre k route d^ Ttirin , dont Jes habitans se refusoient à iine alliance. N^us avons fait remarqûâr ^ en outre, quil ^tait probable que lea SàldS3#s étoient une branche des In-^ subres» Ptolémée les rpeiau poiiibre des In^ subres , aàâ«i biesi qné les LSbmi dont la ca-* pitale étoit Vef^l (sur la frontière, de. llnsobrie prc^pretoent/dite), $t qui dévoient aussi occuper Ivrée.
CONCLUaON;
L^EXAMEN que non» véhées d'acbeveir^ de$ cinq différentes routes par lès^piieUes en avoife supposé qu'Annibal avoiî traversé le$ Alpes ,
i*«*«MaMB-«aM«««Wa
(1) Le ttârqafs At Péèây ,p« 55 de ^7%pùgraphièdêè grandes Jlpeç,Î9ii la FemanfsiôSqiie ^e dibpiiclKi par U vallée d'Aoste est celui gui rapproche le plus du Milanais.
(2) VJBporœdia des Romains.
3€ô HISTOIRE
confirme donc que celle du Dauphinë sej^téntrional, de la Tarantaise , du Petit Saint-Ber^ nard et de la vallée d'Aoste , telle que nous Tavons déterminée dans toute son étendue»
est la seule qui s'accorde avec Tbistoire de Polybe, et que ce fut celle que- suivit Farmée d'AnnibaL II y ^ long-temps qu'on en aureîfc fait la découverte d'Une manière certaine » si ceux qui se sont occupés de cette recherche » au lieu de se laisser égara: par Tite^Live»
avoient donné une aittention suffisante aux renseigaemens de Polybe , qui sont si préci»
qu'en les suivant scrupuleusement » on n'au-^ roit pas manqué de trouver la route qu'oi»
cherchoit.
Par exemple 9 la marche de i4oo stades le long du Rhône y comptée depuis le lieu du passée de ce fleuve ^ éteit une donnée si po« sitive qu'elle auroit conduit nécessairement à ce poibt important (r) que Polybe appelle la montée uers les Alpes^j ou Pentrée des Alpes ^ on se seroit trouvé là sur une des plus an-* cieanes routes de rAUobrogie ^ sur la principale voie romaine qui conduisait de lltalie dans la Gaule par YAlpe grecque ; il auroit
(i) Le pMMge da Mont-da-Chat
im
Dû PASSAGE des' ALPES. 36 1
suffi de vérifier sî celte roule convenôit aux incidens de la marche d'Annibal , tels qu'ils: sont décrits par Polybe : on auroit bientôt -aperçu leur accord parfait, et on auroit été en même temps convaincu que Thistorien grec avoit parcouru cette route pour s'assu*rérpar ses propres yeux, comme il le dit lui* même, de la vérité des rapports que lui avoient faits des témoins de l'arrivée d'Annibal en Italie.
Sans cette précaution de Polybe, quixaractérise l'historien éminemment scrupuleux et exact, il lui eût été impossible de dépeindre avec autant de vérité et de précision qu'il l'a fait, les localités et les divers incidens qu'elles firent naître ; il lui eût été impossible surtout de faire preuve d'une connoissance aussi exacte des distances.
Si ce fidèle et judicieux historien revenoit au monde, et qu'il vît combien toutes les peines qu'il s'est données pour ne laisser rien d'incertain sur la route d'Ânnibal, ont été inutiles , il demanderoit i quoi servent tous les progrès que les modernes ont faits dans la géographie; il seroit surpris qu'au milieu de ces progrès, et avec les données qu'il fournissoit pour ne pas se tromper , on fût tombé
362 HisroiRE
dans un si grand nombre d'erreurs ; il verroit que l'exactitude et la justesse d'esprit sont des qualités aussi rares à présent qu'elles l'étoient de son temps ; il seroit étonné qu'un Écossois (le général Melville), un habitant de la Calédonie, de ce pays le plus reculé des pays soumis par les Romains , eût résolu cette question que les habitans des Alpes et des contrées qui sont à leur pied , que les n^ilitaires même qui ont fait la guerre dans ces pays y avoient été hors d'état de résoudre.