‹ Histoire du passage des AlpesChapitre 46 sur 48 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

POSTCRIPTUM.

A la fin de Flntroduction j'ai hasarda la supposition que Pompée, lorsqu'il marcha en Espagne contre Sartorius, a voit passé par le Petit St. Bernard, et qu'il ignoroit que ce fut par cette montagne qu'Annibal avoit traversé les Alpes. Il paroît que c'étoit une erreur et que ce fut le Mont-Genèvre que Pompée traversa, et qu'il rendit praticable pour le passage des troupes. C'est du>moins l'opimoQ de Ifauteur de la Dissertation angloise souvent citée. Il fait observer que Pompée , dans une lettre adresséa au Sénat qui nous a été conservée par Salluste , dit qu'il conduisit ses troupes à travers ks Alpes par une rpute différente dfi celle d'Annibal, et qui étoit plus commode pour lui. £n effet le Mont-Genèvre est le passage le plus court pour passer d'Italie dans la Gaule, et surtout pour passer de l'Italie en Espagne. Cette conjecture est corroborée par le fait dont Pline fait mention, que certains districts des états de Oottius qui comprenoienl le Mont- Genèvre, avoientété admis au nombre des villes municipales de l'Italie par une loi de Pompée.

Pompëe ne pouvoit pas ignorer quelle aroît été la route d'Annibal, puisque devant passer les Alpes lui-même, il devoit s'être informé des passages praticables pour une armée, et entr'autres de celui d'Annibal.

La première connoissance que nous avons du Mont-Genèvre , comme un passage fréquenté par les armées Romaines pour entrer dans la Gaule, est tirée de César qui paroit avoir passé cette montagne avec une partie de son armée, lorsqu'il alloit s'opposer à ilnvasion fornûdable des Helvétiens«

Le Mont-Genèvre étant placé au nord du Mont-Viso où le Pô prend sa source , Appien , sur les expressions duquel je fondois ma supposition , pouvoit dire également que ce passage étoit situé entre les sources du Pô et celles du Rhône, quoique beaucoup plus près des premières.

Les voyageurs curieux qui veulent suivre la route d'Annibal et la comparer avec l'histoire de Polybe , doivent surtout diriger leur attention sur trois points qui sont les plus importans , savoir : le défilé du Mont-du-

Chat 9 k passage delà montagne du Petit St. ^ Bernard, et le défilé de Bard au débouché de la vallée d'Aoste. Quoique ce dernier défilé ne soit pas décrit par Polybe, il est si curieux par lui-même et il est Tobjet de traditions si importantes pour notre sujet, qu'il vaut aussi la peine d'être visité. Là deux rangs de montagnes qui partent presque à angle droit de la chaîne principale , viennent se rencontrer , et ne laissent qu'un passage très-étroit qui ferme la vallée d'Aoste comme le feroit une porte. C'est là que se termine la descente des Alpes.

Au passage du Petit S. Bernard il y a deux points à examiner , l'un est la Boche blanche au pied de laquelle Annibal se poâlta pendant une nuit avec une partie de son infanterie ^ l'autre est le ravin où la neige se conserve toute Tannée , sur laquelle la tête de la co^ lonqe tenta de traverser de la rive gauche à. Is^ rive droite du torrent. Le dernier voyageui:

dont j'ai cité les observations sur cet endroit remarquable, y a passé de nouveau au moisdç Juin de cette année, 1825, et en se rappelant toutes les difficultés que les Carthaginois y rencontrèrent, telles qu'elles sont décrites par Polybe , il a été de nouveau frappé de

l'exactitude parfaite avec laquelle la position du lieu correspondoit à la description , et donnoit rinteiligence des incidens fâcheux arrives à Varmée. Il a été Convaincu que dans cet endroit, l'intention des Carthaginois avoit été de traverser d'une rive du torrerit à Patttre à la faveur de la vieille neige qui le eotivroit , pour tourner la partie du chemin qui «{'étoit éboulée. Les difficultés insurmontables de cette tentative , vinrent de la neige sur laquelle il falloit passer, et de la pente trop rapide dé la rive droite du torrent , qu'il fal* loit gravir.

Qu'il nous soit permis de répéter ici ce que nous avons dit dans TAvertissement, savoir :

qu'au knoyen de l'histoire de Polybe et des observations de plusieurs voyageurs éclairés sur la route que cet auteur avoit tracée avec autant de précision que s'il eût été lui-mémé un des principaux officiers de l'expédition , toutes les circonstances du passage de Pàrmée carthaginoise et leurs localitésV sont maintenant aussi bien conntkes q«re celles d'aucun des événemens fnilitaires de l'histoire moderne.

DU PASSAGE DES ALPES. 3Çy

Note sur le mot Valais.

Le mot Valais ne vient point du mot FaZ- Ide^ comme plusieurs personnes lé croient ^ mais d'un nom générique des peuples Celtes } il signifie Gaule y comme le motanglois Wales qui désigne le pays de Gales ; les lettres W, y et G étant convertibles ou se substituant souvent Tune à Fautre. Dans la Chronique Saxone , les Provinces méridionales de rAn«gleterre sont comprises sous le nom de Wea^las et Walen , et ces noms ne prennent qu'une L II parôit que les anciens habitans da Valais qui donnèrent leur nom au pays, étoient des Celtes Gaulois. Les gens instruits de ce Canton écrivent Valais. Moreri dans soh Dictionnaire écrit Valais , en latin Valesia^ il parle du Haut- Valais et du Bas -Valais^ toujours avec une seule /•

RÉPONSE à M. J. M. SoCQUKT, Docteur de la

faculté de Turin , Professeur de Chimie à

Lyon y etc. , auteur à! un Essai sut les taux

minérales de la Perrière près Moûtiers eh

Soi^oie* Ckambéry et Lyon^^ 1824*

Dans une longue note» p* 19^ Pàuteair çx** f rinie son opinion que le lieu où Àhuibal euf: à soutenir la première attaqua contre les peuples Alpins (ainsi qu'il; les appelle ptt er^ reur) est an pied du MontrSénwJt tout près de l^oûtierSy.à Fissue de la plaine à*Aiguù^ blanche » 82 lieues plu$ loin que le Mont-dUr Chat Cette plaine ^ dit-U , est l'endroit dési* gnë pat Polybe au Ghap. 5o , ^lorsqu'il dît « qu'Ânnibal ayant lùarché pendant dix « jours le long du fleuve (le Rbàne seul0^ tf ment jusqu'à Hyenne), et ayant parcouru « une distance de ëoo stades, conunença la a montée des Alpes; c'est alors qu'il fut « exposé à de très-grands dangers. »

M/ Socquet sépare la marche le long du Rhône, de la distance de 800 stades, c'est-àdire, qu'aux dix jours de marche le long

JDU t»ÀSSAG£ SBS ALPES. 869

du Rhône, il ajoute encore une distance de 800 ttades parcourue depuis leJUiône à Hyenne jusqu'à Àiguebknche près de Moùtiers ; tan^ dis qu'il est évident que Polybe vouloit dire que les 800 stades furent là distance parcou^ rue pendant dix jours le long du fleuve* J'au«* tois pu traduire également ce passage de Polybe de la manière suivante : « Lorsqti^An- « nibal eut fait pendant dix jours le long du « fleuve , une marche de 800 stades , et qu'il « commença la montée vers les Alpes , il « fut exposé à de très-grands dangers» »

M/ S* tombe dans une autre erreur lors-^ qu'il dit « que les AUobroges ne peuvent en « aucune manière être pris pont les peuples u nommés (Alpicos) Alpins, par Polybe et w Tite-Live* Car, ditnl, TAUobrogie -dont tf on connoît parfaitement les limites, pré- « sentoit partout un pays plat ou très-peu « élevé au-dessus du niveau de la rtaer* -r»

«c Le pays des Allohroges au levant s'étendoit « jusqu'à PArly au-dessous de Conflans, et 1^ « commençoit le territoire des Centrons. »

Je suis du même avis que M. S.< que lés AUobroges ne peuvent pas être nommés pe»pies Alpins; maisniPolybe niTite-Live ne les

nomment ainsi» Le premier auteur en par-' lant des barbares qui attaquèrent Tarmée à la montée des Alpes et qui périrent dans le combat y les nomme trois fois Allobroges et jamais peuples Alpins. De son côté Tite-Live nomme ces mêmes barbares, Gaulais ou Mon»iagnards^ parce qu'il ne veut pas que ce soient des Allobroges. Il avoit . quitté la route de TAHobrogie indiquée par Polybe pour prendre celle du Mont*Genèvre ; en conséquence, il se garde bien de noxnmex Allobrogesiy le peuple qui attaqua l'armée à l'entrée des Alpes, parce qu'il se seroit contredit luimême.

D'après Polybe c'étoit dans l^Allobrogie qu'étoit le défilé par lequel on pénétroit ilans les Alpes , et sur cette route nous ne trouvons d'autre défilé que le passage du Mont-du--Ghat ; de plus la nature de ce pas-r sage répond exactement à la description de Fauteur grec , et fait comprendre d'une mar nière parfaitement claire les opérations mili-taires qui eurent lieu dans cet endroit. Pouir répondre à la description de Polybe , il faut que ce soit un défilé élevé où l'on ne parvient qu'en montant, et d'où l'on est ensuite obligé

DU PASSAGE DÉS ALPES. 3jt

de descendre par un chen^ln rapide et bordé de précipices, Cest le cas du passage du Montdu-Ghat à tous égards. ,

En plaçant comme M/ Soéquet eÉ M/ Roche (j) l'entrée des Alpes dans la Taretitaise tHi chez les Centrons y on né trouve plUs ce iiecond peuple qui, le quatrième jour après le départ d'Annibal du bourg dont il s'étoît emparé et aux environs duquel il avoît campé pendiant un jour après la défaite des Altobiroges, vint à la rencontre de oe général avec des rameaux en signe de paix , lui ofiHt des otages et lui fournit des giikles pendant lès deux journées qui lui restoient à faire poùè atteindre la montée des Hautes Alpes. Par cette inadvertance de ces deux auteurs, îi se trouverôit que ce fut le même peuple [ qui attaqua dèlix fois Tarmée carthaginoise, ' tatni dis que cf après Poïybe ce furent deux péupïès driférens dont lé premier étoit ÀUobfdgè'.

D'âilieùrs comment Tarmée ' àiiroît-êllë j[itl mettre ' six jours de marche depuis le*s éiivî^

(;) No|iqes histpriques 9ur lesiàifcieps Cent^on9jf\e^^ avec quelques obsen^a lions sur le passage d'Annîbal -^ par M. JrJr Rocbe , Dîrecieur des salines ^ etc.; MbiV lier*; 1819. *

372 HISTOIIE

rons de Moû tiers jusqu'à Scèz dont la distance n'est que de 22 nulles?

M/ Socquet ne croit pas que la chaîne du Mont*du-Chat et de la Grande Chartreuse j)uisse être comprise dans les Monts Alpins; mais s'il est prouvé que Polybe, y compter noit cette chaîne , par erreur ou avec raison, tous les raîsonnemens de Vf^uteiir de V Essai sur les Eaux minérales , etc., tombçnt. De plus^ des auteurs modernes ont été de la même opinipn que Polybe. J'ai rap* porté dans ^lon ouvrage la remarque que £^t.I)utens dans son Itinéraire de la. route de Çhajnbéry à Lyon^ où il dit ^.a^xEçheU Ifis. 0/1 s(^t des AlpeSy et s'ilavoit voysigé danç le^ens opposé, il auroît dit aux Echelles on entre d'ans jles .Alpesy et la chaîne ,^gui passf aux Ëqhéllçs est la même que celle.du Mont* (Ju - Chat. L'auteur de la Dissertation suç le passage d'yVnnibal,^ parlant de; j^ vue .dont jpn jouit .depuis le village du, PaA$p^€t(x) qui tire sonnoiïi 4u passage d'An^)/)>al .^ observe qu'on découvre pour la première fois depuis là , toute la chaîne de montagnes qui ferme risle des Aliobrogies et qui sfêihble op-

-trr

(1) Entre la Taur^du-Fin et les Abrets»^, • ,-' ,

poser un obstacle insurmontable à toute marche ultérieure i que de là Annibal put avoir une vue complète cïes l>arrières de lllalie, que Fauteur coifsidère'(p.4i) cbmmê rentrée* des Alpes. Quand onest à Chambét^y et à Mont- ' m^lianfc^ on ne peut s'empêcher de regar-' der Jbes montagnes qui dominent ces deux viU les à Test et à l'ouest;, comme fsii&flnt encore partie de la chaîne des Âlpes; de ce nombre sont lesmontagnes de la Grande-Chartreuse qui s'étendent depuis le Moat-du-Chat près àû. Rhône ju&qu'à Grenoble sur Flsère. ^

J'ai cru nécessaire dé répondre à MM, Socquet et Roche , parce qiie leurs ouvrages > étant répandus dans le pays traversé pat F^mée carthaginoise^, peuvent ihtrsodfuire deis erreors dans l'esprit de ceux ^oî, ccHnmé ces deux auteurs ,r^: n'ont lu mon ouvrage qul(ap^aif^m^t(t). . . , » »v

(i) 3^ai déjàréponda à !tf. Rocfce ian» oBe troisième kure adressée eux Rédacteors de 1* BiUîet. UniTersel. Litlératore, T* XIL p« ajS y Novembre 1819^. Je moa* Ire dans cette lettre que c'est par des citations mor-* celées dePoljbe^ que l'auteur soutient ses opinions*

OoacME plusieurs de mes lecteurs pour** roient croire que les vallées des Alpes ont ëprouvé quelques changemens par Feffet des torrens^ depuis l'époque du passage de 1 armée cartnaginoise , et que nos des-^ criptionâ pourroient ne pas convenir à ces temps-là , il ne sera pas inutile d'à** jouter ici un mémoire qui a été. lu à la Société générale helvétique des scîe^ice$ naturelles, siégeant à Zurich , en Octobre 1817, dans lequel je fai$ voiir que t depuis qu'il y a des rivières , ces vallées n'ont point changé d une manière notA-* ble. iiçs exemples sont tirés» .de quelq^e^ vallées dont nous avoiis eu occasion de parler, et en particulier df^ cèQë d'Aoste, qui se trouve sur la route d'Ajunibal.

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