ROCHERS
Svm^de qœlqoes Béfiezioiis sur les passages ittoiU des rivières dans les chaines de ntontagoes.
.c!iN traversant deux fob les AIp^, c<ette année (i), par le Mont-Cenis^ et par le G^and Saint-Bernard , j'ai examiné quel était le vé« . ritable effet des eaux courantes sur les cochers. Pour cela^ |'ai regardé avec attention, les endooifs ou les torrens passent sur et entre les ;roJ(j),ers«^ J'ai vu q^e te^r seul effet étoît de )es pc^r et d'ai^ronciir lei^s aq>énr tés; que les cochers oh les eaux .yi^ peuvent, pas atteindre cons^^rvent leurs ki^galités et leurs arr^& vives^ Si un torrent s-étoit abaissé gjcaduellement en creusant son lit »
les rochers de part et ci^autre déviaient avoir . leurs surQtces polies et arrandies^ jusqu'à, une grande hauteur^ ce qu'où n'oblerve point» On croira peut-être que ces surfaces se sont
(i) Eu Jaio i8i7«
détëriorées depuis lors, mais les surfaces polies sont celles qui résistent le plus ausc injures de l'air; quelle cause d'ailleurs auroit pu changer la surface polie et arrondie d'un rocher dur, en aspérités et en arrêtes vives ? Ainsi donc les aspérités que l'on observe au-dessus de la ligne la plus élevée ou le torrent peut atteindre, sont aussi anciennes que les déchiremens qui séparèrent les rochers ^ et sont antérieures aux premières eaux douces qui formèrent des eou-> ' rans«
On peut faire ces observations le long du cours de l'Arc , dans la Maurienne, et surtout entre Saint-Michel et Modane» On voit là ce torrent impétueux dominé des deux côtés par de hautes montagnes, et bordé de ro<;hers. Ceux de ces derniers qu'il peut atteindre CQ temps ordinaires , ont leurs sur^ faces polies , et leurs inégalités arrondies : i) en est de même àes- gros blocs qui obstruent son lit, et sur lesquels ses eaux écument et se brisent ;* mais les rochers plus élevés ciMnservent leurs aspérités. C'est là que nous pouvons étudier ce que les courans rapides peuvent faire dans l'espace de plusieurs siècles sur des rochers durs qui ne se décompo-
sent poiht : nous voyons combien leur effet:
est minime.
Entre le glacier des Bois et celui d' Argen-^ tières , dans la vallée de Chamouni , le Ut de l'Arve est encombré de gros Jblocs dé granit » aussi anciens que ceux qui sont épars sur les montagnes calcaires en dehors des Alpes: les -eaux de ce torrent ont donc coulé entre ces-
blocs depuis qu'il existe des eaux courantes. - Cependant leurs côtés ne sont rongés que de quelques pouces , et cet effet doit être attribué principalement au frottement du sable et du gravier que TArve charie dans sesgran^ des crues.
Près, de Saint-Pierre , en Valais ^ à la des-, cente du Grand Saint-£ernard ^ la Drpnce* passe dans une crevasse enfare des roobers à pics, qui présentent de )part et d'autre. des arrêtes vives , et l'on n'aperçoit des surfsces^ arrqndies que là où passent les eaux du tor^ rent.
La crevasse la plus remarquable, qui coupe des rochers , ou plutôt une /montagne ^ estf cçUe d'où sort le Trient, à une demi-lieuç de Martigny ; c'est là qu'on peut voir des ro* çhers perpendiculaires comme des murs, où l'on n'aperçoit aucune surface polie , et ou
Ton est convainca que la sortie: du torrent n'a jamais été plus haute que nous ne la voyons (1).
. Il faut aussi regarder avec attention les ro* cbers qui dominent de part et d'autre le point d'où part une cascade , comme celle de Pissevache entre Martigny et SL Maurice : on voit ces rochers anguleux avec des aspérités , |us^ qu'à une grande hauteur; ainsi donc la cascade est toujours partie du même point »
^lle n'a jamais été plus élevée.
De toutes les vallées des Alpes , la plus cu^ rieuse et la plus étonnante par la variété des scènes alpines qu'elle présente» est celle qjii s'étend d'Ivrée à la Cité d'Aoste : on y remarque trois défilés oii les rochers se sont séparés pour donner passage à la rivière.'
Le premier est celui d'Ivrée , où la Doire est ressei^'rée dans un lit de 3o pieds de largeur , sur 1 00 pas de longueur » sur lequel est jeté un pont.
Le second défiy est cdui qui est situé ehtre Donas et le village ^de Bard : sa longueur
(i)DeSatt88ure9 §.'1062, l'appelle une crerasse étroite et profonde^ causée par une rupture spontanée de la motitagoe.
est dune demî4ieue; là^ la rivière est bordée de rochers à pîcs très-élevës, qui ne laissent entr'eux qu'un passage étroit , en* sprte que ce n'est que par de grands travaux qu'on y a pu tracer une roule (i).
(1) C'est pur ce défilé remarquable que rarmée d'Annibai enlraen Italie, et nous avons vu que la tradition de cet événement si grand, si extraordinaire, s'étoit transmise d'âge en âge parmi les habitans. Je répéterai ici que Luitpràtid, évèque de Crémone dans le dixième siècle ; parlé du tillagc de Bard , comme étant la route d'Annibal. Que plus tard > dans le seisiëœe siècle , Paul Jo\^, évéque de Nocéra, né à Come^ rapporte qu'au déBlé de Bard il y aroit des leUres gravées sur les ro* chers mêmes qui auestoiept le passage d'Annibal. Paul Mérula^. HoUandois, qui u^ourut en 1707, cite, d^ns sa Cosmpgraphi^ } ce passage de Paul Jove , en disant que Jove écrit .qu'on ipontre des leitres gravées sur les roicfaers de Bard, monument d'Annibal quiavoit traversé les Alpes en cet endroit. C'est ce même enrtroit que l'on noname encore V^scali^r d'JÊnnibald^ovL l'on descenddans U.plaine^^ ainsi que .nous l'apprend le marquis de Fesaj daiw soq énuméraiiojd des vallées qui descendfJ9t;4^ Alpe^ en Italie*
Sur les roobqra taillés a p!c de;ng«ifi d'homme entre Bard et Donax^ DeSausstore {§* 9^0) dit qu'on voit une colçnne milliûre;^ sculptée en relief dans le roc mêine. CetjLe.iÇolonne a g,piedl et demi de hauteur, sur deux de diamètre^ avec le fihiflce XXX* Au-delà
oSo HISTOIRE
Le village de Bard est situé dans une gorge étroite , séparée de la Doire par un rocher sur lequel étoit bâti un fort ; la rivière vieni frapper contre la base d^ ce rocher , qui la force de tourne^ à droite pour aller chercher^ une fente par où elle s'échappe : sans cette ouverture, toute la vallée d'Aoste auroitété un lac , et le seroit encore.
Des deux côtés de ce défilé , les montagnes sont très-escarpées ; leurs tochers n'éprouvent
tm^mmm
de cette colonne on passe par nne porte Uillée en eniiei: dans 'le roc, et en côtoyant toujours dèsréchers, on vient au long et étroit TÎtlage de Donas.
Les 3o milles doivent être la distance depuis Aoste. II est possible que l'inscription attestant le passage d'i^n« niba1> fut gravée auprès de la colonne, et qo'ellë ait été détruite pair quelque ca\ise que nous ignorons.
L'assertion de Paul Joverelativement à cette inscrip^ tîon, est mise en doute par l'auteur dtt Théatnan Sa*haudéœ^ dans rarticlé intitulé Fia quam dicunt Ar^ nihalisin rupe êxcisa. Il dit qUe rinscriptiou qnt existe réel iement , mentionne le passage de Tomaso Grimatdf, noble génois > en i^y^, et il exprime 4dn dpiniôtt qiiitf le chemin taillé dansie roc qne Ton attribue à Annibal , fiit fait dans le temps d'Auguste ( Theatr. Sab. I. p. â4)i ce qui pourtant n'affbiblit nullement la tradition conservée obéis les habitama , ni le téiâôignage des autenrsqae nous avoàs ckéi.
nucune dëcomposition , il n'y a point de talus, de débris^ point de pentes unifoi^es : on ne voit que rochcre nus , et d'une grande du- «retë , qui descendent depuis le haut cfes montagnes jusqu'à la rivière , présentant des sur* Êiçes très;-irFégulières toutes en bosses* . L^trotôième défilé est celui du Mont-Jovet, où la Doire, quoiqu'une grande rivière, est resserrée dans une fente qui n'a que i o à 20 pieds de largeur sur une demi-lieue de longueur , et dont la profondeur est de plus de 100 pieds« On remarque là, comme ailleurs, que les rochers sont si durs que Teau n'y fait aucune impression.
Nous voyons donc que ces crevasses , ces lentes , plus ou moins profondes , qui sont si fréquentes dans les vallées des Alpes , furent formées non par les torrens , mais par des déchiremens , des ruptures , des séparations violentes des rochers, k Tépoque même des réyolfitions qui bouleversèrent la surface de la tçrre^ non p'b^ y faire ré^er le désordre et la confuâiQQ , mais pour produire la variété la plus agréahli^ , ' et la disposition la plus prolire à .rendrie la \etre habitable pour une mtuljt^t.q4è d'êtres vivans. Lef eaux profitent de ^ crevtt$Âespour «fécoukrf <et sans ces où-
vertures plusieiiirs vallées ne seroient que des» )ac$ qui [triveroient les hommes d'un ter>rain précieux pour Ja culture ^ car c'est une remarque générale et bien intéressante , qa^ sans les canaux préparés pour les rivières e£ les fleuves, il y auroit de grands espaces couverts d'eau, qui servent maintenbnt de patrie à des peuples nombreux.
La belle et riche vallée de Taninge et d^ S^moën, à l'orient de Genève, ne sèroft qu'un lac, sans le passage étroit et profond par lequel le Giflfre s'échappe pour entrer dans la vallée de TArve.
Sans les défilés de Cluse et de Saint--Mau^ rice, ou l'on diroit que les rochers ont été séparés exprès pour laisser passer l'Ârve et le Bhôn^, les vallées supérieures seroient de longues étendues d'eau ihutiles aux homn^Sii
Si kVouache n'avoit pas été séparé du Jura au passage de l'Ecluse , le superbe bas^n^ de Genève seroit enseveli sous les ieaiix; elleft s'étendroient jusqu'à La bas^ âes montagnes , pénétfjeroî^nt.dans toutes les vallééb', >et une nombreuse population seroit pWvëe d^^ Vexktencf^. N'est-il pas étonnant que dans ta muU titud^ de vallées qui sillonnent les Alpeë^yU n'y en ait aucune de fermée ^ et qU'^il i^f ttit
de lacs de quelque étendue que dans les fonds ^dont le niveau est au-dessous de tout le pays environnant , et d'où, par conséquent , il étoit impossible de faire écouler les eaux ?
 ces exemples ^ pris chez nous , nous en ajouterons un autre encore plus frappant y choisi dans un autre pays : c'est celui de la Bohême, qui seroit un vaste lac d'eau douce si l'Elbe n'avoit pas trouvé un passage profond an travers des montagnes qui séparent ce pays de la Saxe. Ce passage est une vallée étonnante par la variété de ses aspects; elle coupe une chaîne entière de montagnes de hauteurs très - variées , et ouvre ainsi une issue suffisante à un grand fleuve, formé par la réunion des nombreuses rivières de la Bohême (i).
LeDiarbékir, dans TÂsie occidentale, nous offre un exemple semblable. C'est une grande vallée, ou plutôt un pays de forme elliptique, entouré de mootagnes , et entrecoupé de plus de huit rivières , qui se réunissent au Tigre» Ce fleuve sort de ce pays par un défilé qui
(i) Voyages Géologiques, par J. Â. DeLuc, §. 771 , 78Set 8oo. Londres iSi5, oavrage «pglois en deux ToInmejB*
384 MÎSTOIRI
paroit plus étonnant encore que celui àt l'Elbe : il est bordé d'escarpemens très*él^ vés ) surmontés de hautes montagnes, en sorte qu'il ne reste aucun passage pour les voyageurs le long des bords du fleuve (1)4
Les défilés qui coupent les chaînes de mon»
tagnes pour donner passage aux rivières, sont un phénomène commun à toutes les parties de notre globe. Une cause jusqu'ici inconnue , mais extrêmement puissante ^ a formé ces ouvertures en emportant les masses de rochers qui en occupoient la place.
Qui ne voit ici la main de Dieu , préparant d'avancé, dans le sein de la mer, les nouvel* les habitations des hommes. Sa toute-pré-^ voyance n'attendit pas que les torrens eussent creusé les vallées (2), que les fleuves eussent creusé leurs lits; mais il traça à chacun d'eux la route qu'il devoit suivre , dans ses moindres détours. Il dit au Rhin , il ait au Danube : a Voilà les contrées que tu arroseras de tes eaux, et auxquelles tu serviras de limii-
(1) Retraite det dix mille Grecs ^ par Rennéll. Londres; iSiÔ. .
(3) Des millions d'années n'auraient pas aoffi poni^ cela.
tés. Voilà les montagnes où tu prendras tes sources , et les talées ^ui te fourniront des eaux abondantes^ Le canal qui doit les rêcevoir et les conduire à la tner, est préparé : tu n'aUrâs <}u'à le suivre. »
<c Les montagnes se dressèrent y dit le proie phète David (i)^ et les vallées s'abaisséren| 4c . au même lieu que TÉt^rnel leur avoit étara bli- C'est rj^ternel qui conduit les fontai-^ tf nés par les vallées : c'est par lui qu'elles a $e .promènent entre lés monts. »
ââ^ HIOTOIllC
CONSID^lATICWS