CHANSON
AiB : Sur la Marche Nationale.
Valeureux Liégeois!
Marchez à ma voix.
Volez à la victoire ;
La Liberté
Dans vos foyers
Vous couvrira de gloire.
Célébrons par nos accords , Les droits sacrés d'une si belle cause , Et rions des vains efforts Que Tennemi nous oppose.
Valeureux Liégeois, etc.
Tendres époux , jeunes amants , Pour quelques jours quittez vos belles, Reparoissez triomphants , Vous en serez plus digne d*elles.
Valeureux Liégeois , etc.
Avril 1790.
En décembre 1792, ce chant ayant été réimprimé avec des augmentations, il parut dans les journaux la déclarati<m que voici : ^ L'Auteur
Le mardi 27, les bataillons patriotes partirent. Us étaient commandés par Lambert de Donceel i, que les États avaient élevé au grade de Général- Major. Choix heureux, car Donceel se montra chef habile, prudent, évitant le moindre désastre qui aurait pu refroidir l'enthousiasme populaire, et enhardir l'ennemi. Il avait sous ses ordres les Colonels de Chestret, de Lynden, Fyon, H. Fabry, de Berlaymont, Délie Créyer; les Majors Lonhienne, de Rossius, Ransonnet, de Moffart, etc. Le Drapeau était porté par le Comte de Blois de Canenbourg. Il était rouge, et en tout semblable au fameux Etendard de Charlema^ne. On y lisait , brodés en lettres d'or, d'un côté ces mots: Être libre ou mourir , et de l'autre cette date : 18 août 1789 2.
^ des deux strophes ci -devant connues: Valeureux Liégeois, et<:., ^ déclare de n'avoir aucune part aux couplets qui y ont été ajoutés. ^ [ Gazette Nationale Liégeoise^ du 9 janvier 1793. ]
On n*a plus souvenir, aujourd'hui, que de ces deux strophes.
* Lambert de Donceel , ancien Colonel au service de l'Autriche , était âgé de soixante-trois ans. Son énergie et son patriotisme l'avaient rendu populaire. C'était un militaire très expérimenté , au dire de l'ennemi. On en parle encore ainsi à Maeseyck : De Generaal van Donceel, een oud en ervaren Krijgsregt [Beschrijving van de Stad Maeseyck, p. 33.]
On écrivait le 6 mai : ^ .... On espère tout de l'activité que montre tf l'Armée patriotique ; on espère infiniment de la prudence , de l'expéfi rience, de l'habileté du Général qui dirige les opérations, gs [Journal général de VEurope; 1790, t ffl, p. 44.]
* Les Volontaires avaient réclamé V Etendard de Charlemagne , qui était, disait-on, caché dans le trésor de la Cathédrale. Malgré de minutieuses recherches, on ne le retrouva point, et on dut en faire un
La petite armée, forte de onze mille hommes, fut divisée en trois corps. Elle formait une ligne d'observation, d'une étendue d environ cinq lieues, qui s'appuyait à droite sur la Meuse , et à gauche sur Saintron, qu'elle avait emporté par un hardi coup de main. Elle avait jeté des renforts à Tongres, à Hasselt et à Visé.
En voyant ces mouvements , les Troupes Exécutrices abandonnèrent Bilsen, et se dirigèrent sur Hasselt. Elles canonnèrent cette Bonne Ville; mais aussitôt elles furent elles-mêmes mitraillées. Elles s'enfuirent. Après avoir passé la nuit dans les bruyères de Zonhoven , elles se replièrent sur Bilsen. Elles ne purent reprendre pied. Elles rentrèrent dans Maeseyck , où la déroute cessa. ( Vendredi 28 mai K)
Les Patriotes établirent leurs avant-postes à une lieue de la frontière.
L'Armée Exécutrice et l'Armée Patriotique conservèrent ces positions. Elles se surveillèrent
autre, dans la forme dja Fancien. [Journal Patriotique, t. IV, p. 151 : Recueil des Beeès de la Noble Oité de Liège , p. 142 , etc.] Les Trois Etats statuèrent ainsi là-dessus le 24 mai : ^ Messeigneurs ayant eu lecture du recès de Messieurs du Magistrat ^ de la Cité, en date de ce jour , déclarent d'y déférer , et, en consé- ^ quence, que V Etendard National sera exposé, avec solennité, dans 8« rÉgUse Cathédrale , remis dans les mains du Seigt^eur Comte de ^ Btùis de Canenhourg, Gentilhomme de TÉtat de la Noblesse, qui ^ prêtera le serment de ne Tabandonner qu'avec la vie, et le portera à ^ TArmée pour servir d'Enseigne à nos braves Concitoyens, a
* n y a sur ces petits faits de nombreux détails dans tous les recueils périodiques dp Vépoque.
mutueUeroent et se fsttiguèreqt par de continuelles peurs 1.
Entretemps, on s*occupait dans la Cité de réfornies politiques et sociales.
Lps Trois Etats s'étaient respectivement organisés comme ils Tavaient trouvé convenable -
L'Etat Tiers avait décidé de s adjoindre des Représentants des Commumutés. Celles-ci fuï'ept convoquéps à F^^tat Tiers au même titre que les Bonnes Villes. (Dimanche 9 mai.)
A cet effet, le Plat Pays avait été divisé en vingt-trois Districts. Chaque District eut à choisir un Député ^. Tout chef de ménage, homme ou femme veuve, ecclésiastique ou séculier, domi-
* Journal général de V Europe; 1790, t. III, p. 228, etc. L'inaction dans lacjuelle resta dès lors la petite Armée Liégeoise ,
mécontenta une foule de Patriotes. Le Grénéral Donpeel eut quelque peine à faire comprendre qu il ne fallait rien risquer , et que c'était beau déjà de se tenir sur la défensive.
Ce qui devait sauver le Pays, ep effet, ce n^était pas une victoire sanglante , qui auri^it irrité Torgueil des Princes de TEmpire , mais la retraite et le licenciement des Troupes Exécutrices.
En un mot, il fallait temporiser.
* Dès le 7 septembre 1789 , TÉtat Primaire avait recessé : ^ Messei- ^ gneurs, ayaut yu la Prqposition des Seigneurs de TÉtat Tiers, en 0 date du cinq courant, et le recès des Seigneurs de TÉtat de la 0 Noblesse du i^iême jour, déclarant (jrue chaque Corps d'J^cU a le * droit de ^organiser en particulier comme il le trouve à propos : sont 0 d'avis d'adhérer au recès dudit Etat de la Noblesse. ^ [Journal Patriotique , t. DI , p. 345. ]
' Ainsi, les Quip^tiers de He^baye et de Montenack eurent à pommer 5 Députés; ceux de Moha, de Condros et d* Amont, 5; ceux d'Entre- Sambre et Meuse et Florennes, 5; ceux de Franchiront ^t d'Outremeuse, 2; et cei^x ^e Looz et de Stockhem, 6. [ /&., t. IV, p. 122.]
cilié dans un Village au moins depuis un an, était électeur. L*Élu devait être domicilié dans le District ou y posséder, au moins depuis un an, un immeuble i. Il ne pouvait siéger à TEtat, que pour autant qu'il eût reçu de ses commettants un mandat illimité ^.
On n'avait qu'une pensée : refonder le Peuple. Œuvre difficile : un passé à corriger, des habitudes à détruire, des droits acquis à faire oublier ^.
* Les Députés n'étaient point élus directement Dans chaqne ViUage, ^ celui qui aura obtenu la pluralité relative des suffrages, ^ c'est-à-dire, qui aura plus de voix qu'aucun autre, sera Y Electeur; if les Electeurs de chaque District se trouveront au jour fixé dans le ^ Village désigné pour être le lieu de rassemblement; et là ils choisi- ^ ront, délibérativement, et non par scrutin, celui qu'ils jugeront le sf plus digne d'être un des Représentants des Campagnes à TËtat :* Tiers, -r [ i5wl. , t. IV , p. 123. ]
* ^ Le Représentant devra être muni de pleins pouvoirs, qui lui ^ permettront de travailler sans obstacles à l'ouvrage salutaire de la ^ régénération du Pays. ^ [Ihid., t. IV, p. 124.]
Tout cela était emprunté aux Constitutions Française et AméricaiDe.
Dans les temps passés, les Députés de l'État Tiers étaient tenuB d'obéir aux instructions des Bonnes Villes qui les déléguaient Ils étaient, en un mot, des mandataires soumis en tous points aux volontés de leurs Commettants. Quand il se présentait une affaire sur laquelle ils n'avaient pas reçu d'instructions, ils devaient en demander la remise, et ils allaient ensuite consulter leurs Villes sur le vote à émettre. La souveraineté était ainsi directement exercée par les Bourgeois dans les Bonnes Villes. — Les Princes, on l'a vu, avaient toujours cherché à transformer les Députés en R^^ésentants,
" Dès le 25 août 1789 , le Conseil de la Cité avait nommé un Comité pour rédiger 0 un Plan d'une Généralité Municipale pour la Cité; ^ il eut soin, en même temps, d'annoncer sf que le Comité recevroit ^ les observations de tous les Citoyens , en feroit le dépouillement, ^ y ajouteroit ses idées, et donneroit au Conseil, d'après les vues des ^ Mémoires présentés , un Rapport sur tous les points.... ^ [JRecueH
Le 25 juin , une Commission fut chargée, par TEtat Tiers, d'élaborer un Règlement électoral pour la Cité et les Bonnes Villes, sauf les modifications exigées par les mœurs de celles-ci i.
Elle soccupa de sa tâche avec ardeur et hardiesse.
Dans la Cité, les seuls Composants des Seize Chambres étaient en possession de la Souveraineté communale.
Pour rétablir légalité politique, elle proposa la suppression des Chnmbres.
Elle abolit aussi les Trente-Deux Bons Métiers, véritables sociétés privilégiées de commerçants et d'ouvriers. Il était urgent d'avoir la liberté du travail, du commerce et de l'industrie 2.
des Reccs de la Noble Cité de Liège , p. 17. ] Il fut publié nombre de projets et de contre-projets pour élucider cette difficile question.
' Aucun Règlement électoral ancien n'étant à suivre, TEtat Tiers postposa sagement les élections dans les Bonnes Villes. Cela est ainsi dit dans sa résolution du 25 juin :
^ Messeigneurs croyent qu'il est de la prudence, et sont unanimement ^ davis, de suspendre toute Rénovation des Magisti^atures qui pour- ^ roient se faire dans les Bonnes Villes , jusqu'à ce que la Capitale ait ^ renouvelé la sienne , d'après une forme de Municipalité adoptée : se ^ réservant de fixer dans le temps le jour où ces Rénovations devront ^ se faire. ^ \^ Journal Patriotique, t. IV, p. 169.]
^ Dès l'origine de la Révolution de Liège , on avoit senti qu'il falloit ^ établir une Municipalité sur des principes plus vrais , sur une forme ^ plus adaptée à ces principes. Celle qu'on venoit de détruire étoit «p injuste; les plus anciennes étoient insuffisantes.... ^ \^ Journal général de V Europe; 1790, t. IV, p. 166.]
^ Les CJiambres étaient devenues des oligarchies municipales , et les Bons Métiers avaient fait du travail un véritable monopole. Au moyeu -âge, cela est incontestable, le^Bons Métiers avaient été
En décrétant cette dernière réforme, elle alarma les timides , les routiniers. Pour écarter les résistances, il lui suflBlt de montrer combien certains monopôles étaient abusifs ^ et certaines entraves bizarres. Un tailleur ne pouvait rapiécer un habit, et un fripier ne pouvait faire un habit neuf. Il était interdit au pâtissier de faire du pain; au botdanger, du gâteau; 3.U forgeron, une clef. Si le cordonnier faisait des bottes et des souliers, le savetier ne pouvait que raccommoder des chaussures usées 1.
utiles et salutaires, en tant que Collèges politiques et agrégations d'hommes ayant les mêmes intérêts sociaux ; mais ils devinrent pernicieux et funestes au commerce et à Tindustrie , lorsque le Gouvernement fut parvenu à les transformer en Corporations d^arts et métiers rivaux les uns des autres, et investis du droit exclusif de vendre et de fabriquer les objets dont ils avaient le privilège.
* Selon les pamphlets des Aristocrates , rien n^était plus déplorable que ces innovations amenées par la Révolution. La liberté du travail, en particulier, devait produire des désordres graves. Nombre d'ouvriers , en effet , tiendraient leurs métiers sans avoir fait de chef-d^œtivre^ ou se permettraient des empiétements ;
Et grand nombre de Savetiers .
Prétendoient être Cordonniers.
[L^Éhuronade en. vers burlesques, ou Guerre des Liégeois; 1791; p. 5.]
Cette prétention du Savetier de travailler du neuf, de créer un soulier ^ fit pâmer de rire tous les routiniers, comme le montre ce couplet :
On Savti qu' fai des sole !
Binamé cusin , binamé ousin ; On Savti qu' fai des sole ! !
Binamé cusin Noïél
Au XVI^ siècle , le Bon Métier des Corbesiers avait eu de vifs conflits avec le Bon Métier des Cordonniers.
En ce point, le Plan était bien nouveau. Pour le reste, le vieil esprit prévalait toujours. L'antique Cité s y retrouvait encore i.
Le Peuple est Tensemble des Citoyens actifs. C'est en lui que la Souveraineté réside. Il délègue tous les pouvoirs et tous les offices publics.
La Cité, avec les Faubourgs et la Banlieue, est divisée en soixante Sections ou assemblées électorales 2, Tout habitant âgé de vingt-cinq ans, et consentant à payer à la caisse de la commune une contribution annuelle de trois florins 3, est
^ Le travail du Comité fut publié sous ce titre : Plan de Municipalité pour la Cité, Faubourgs et Banlieue de Liège , à suivre provisoirement à la prochaine Election , et dont la Batification finale est laissée aux soixante Sections; 1790, in-4o de 46 pages. Ce Plan a été réimprimé dans le Becueil des Becès de la Noble Cité de Liège y p. 343-386.
Si le Comité respectait maints vieux usages, c'est parce que la pratique devait graduellement les approprier aux idées nouvelles. ^ Ce Plan est, sans doute, encore très imparfait; mais c^est par son ^ exécution seule que Ton apprendra les défauts qui s^y trouvent et ^ les qualités qui lui manquent : Ton n*a pu tottt dire, parce que Ton ^ n'a pu tout prévoir.... ^
* Après avoir aboli les collèges industriels , les Trente Deux Bons Métiers y on abolissait les collèges politiques, les Chambres. On le dit expressément : ^ Le mode électoral usité depuis le Mandement incons- ^ titutionnel de 1684, les Seize Chambres, enfin, sont supprimées et «s abolies à perpétuité.... ^ [Plan de Municipalité, p. 14.]
' C'était, à vrai dire, un achat de Télectorat; cela s'explique.
D*une part, on subordonnait l'exercice des droits électoraux au payement d'une certaine somme en souvenir des Chambres et des Bons Métiers, où l'on n'exerçait les Droits de Bourgeoisie qu'après avoir payé un acquêt.
D'autre part, Félectorat ne pouvait être attaché à la qualité de Contribuable, puisqu'il n'y avait pas d'impôt, soit personnel; soit immobilier, ni à Liège, ni dans les Bonnes Villes.
On fut de la sorte amené à attribuer la capacité électorale à tous
Citoyen actif y c est-à-dire, électeur et éligible i. Pour être éligible, il faut, toutefois, savoir lire et écrire, et, en outre, pour être Bourgmestre, avoir trente ans accomplis. Les militaires et les ecclésiastiques ne peuvent être Citoyens actifs.
La Municipalité est composée de deux Conseils: d'un Conseil Municipal, formé de deux Bourgmestres et de vingt Conseillers, et d'un Conseil Général de la Commune, formé de cent vingt Notables ^. Les Conseillers et les Notables sont nommés pour deux ans, et se renouvellent, par moitié, chaque année. Ils sont élus directement, par bulletins écrits, et à la pluralité des suflfrages. Chaque Section peut appeler à l'office de Bourçmestre ou de Conseiller tout Citoyen éligible; elle est tenue de choisir parmi ses Membres les deux Notables qu'elle a à nommer.
ceux qui voulaient bien payer une taxe annueUe de trois florins,,.. — C était uue mesure de transition.
* La contribution était, surtout, destinée à indemniser les Composants de la perte de leurs Places, qu'ils avaient acquises à prix d argent, «s Cette Contribution n'est que le dixième d'un revenu de 30 florins, fg représentatif d'un capital de 1000, prix moyen des Places deChambi-e. if C est donc une charge très peu onéreuse , et elle l'est d autant moins ^ que sa durée ne peut être longue.... Elle suf&i*a pour faciliter et ^ abréger le remboursement des Places des Chambres. ^ [Ihid.. p. 10. ]
* On rendait formellement au Conseil le Droit de défense et d'armes, fi Avant le Mandement inconstitutionnel de 1684 , le Conseil de Ville fi jouissoit du DroU des arnies; c'est-à-dire, avoit une Force publique fi à ses ordres. Ce Droit, rétabli par la glorieuse Révolution du fi 18 août 1789, continuera d'être exercé par les nouvelles Municipafi lités , et Sera maintenu à jamais, fi [ Ibid, , p. 40. J
Le Conseil Général se réunit, de droit, le premier dimanche de chaque mois. Il reçoit et arrête les comptes du Conseil ^funicipal, examine les projets de règlements ou d'emprunts, donne son avis sur les acquisitions et aliénations, surveille les travaux publics, les aftaires litigieuses. C<?s séances sont publiques.
Les Assemblées des Sections A\>>{MiQï\i et amendent, admettent ou rejettent les projets qui leur sont présentés par le Conseil Général. Elles votent les impôts et les emprunts ^
Le Plan de Municipalité fut provisoirement adopté. Il devait être mis en vigueur à la prochaine rénovation magistrale. Celle-ci fut fixée au lundi 26 juillet.
Dans la Cité, de temps immémorial, les Bourgeois avaient été francs de tout impôt direct. Ceux qui, pour devenir Citoyens actifs, consentirent à payer les trois florins, ne furent pas, tout d'abord, très nombreux -. Il n'y en eut que
' Plan de Municipalité , p. 38, etc.
* La cotisation de trois florins paraissait d'autant plus abusive, que la contribution personnelle et tous autres impôts directs étaient inconnus dans notre libre Pays, n Or, dans le Pays de Liège il n'y ^ a d'impôts que sur les consommations, ^ I^e Plan avait eu soin d'ajouter que cette contribution ^ n'est que provisoire : qu'ainsi il is dépendra des assemblées des Sections de l'accepter , de la modifier gf ou de la rejetter entièrement. ^ [ Ibid. , p. 9. ]
Le 1-1 juillet, pour apaiser de trop justes récriminations, il fallut encore faire un appel à la patience populaire :
*f Le Conseil, toujours jaloux de manifester la pureté de ses vue» et sg les motifs de ses décrets, fsuisit avec empressement cette occasion IL 39
014 CHAPITKE. XXXIV
1081 qui prirent part aux élections. Ils savaient tous lire et écrire, sauf 68 ^
L'Election se fit avec la solennité usitée.
Elle appela à Tottice de Bourgmestres Jaapies Fabrij et Godefroid de Domeel, et à celui de Conseillers Bassenge, Lesoinne, Defrance, Reynier, Lcvoz, etc. ^^.
^ dappreiidre aux Citoyens, fini se plaignent de la a/ntributm <k ^ 3 florins , les raisons pressantes qui Vont nécessitée :
Si l^ Cette subvention ncst que provisoire : il appai-tiendra au ^ Peuple, légalement assemblé, par la Municipalité établie, de la g! diminuer s'il la trouve trop forte , et de Tanéantir s'il la juge nou if convenable.
si 2" Le Magistrat a cru devoir la décréter ainsi, ne croyant pas ^ que dans une Ville où la représentation aristocratique étoit naguère ^ formée par 600 individus, lesquels acbetoieut, par une somme pécu- ^ niaii*e, le droit d^élire un des Bourgmestres et dix Conseillers, l'on :? pût trouver trop peu légère la contribîUion de sixescalins, lorsqu'un ^ chacun choisit tous ses Magistrats et tous ses Représentants.
fi 3^ Enfin, Tusage auquel le produit de la subvention est destiné, fi a engagé le Conseil à rétablir. C'est un devoir indispensable, pour fi tous les Citoyens, de dédommager les Composans des anciennes fi Places de Chambre.... fi [Eecueil des Recès de la NMe GUé de Liège, p. 162.]
Après les élections, tonte condition de cens fut abolie.
* Voir le Tableau général de t<ms les Citoyens actifs pour la procliaine Election Magistrale. Ou y trouve sur chaque Electeur ces renseignements : prénom, nom y demeure, état, âge, sachant écrire.
Ce qui indique que, généralement, on tint pour inique la coniribu' tion, cest que seulement 1081 personnes se résignèrent à la payer. Ce nombre de 1081 fut très en dessous des prévisions du Comité, «tr il écrivait : fi Nous supposons que le nombre des Citoyens actifs sem fi de dijc mille: à la rigueur, il devroit être de quinze.... fi [Plan de Municipalité y p. 10. ]
* fi Ces élections se sont faites avec cet oi*dre et cette tranquillité fi ([ui annoncent l'union des Citoyens et Tuniformité de leui*s seutiIneu^ fi patriotiques, fi [ Gazette de Liège du lundi 26 juillet 1790.]
L'installation de la nouvelle Magistrature eut lieu le mercredi 28, à quatre heures après-midi, au bruit du canon et des cloches. Les Compagnies Bourgeoises, musiques en tcHo, allèrent chercher les Bourgmestres, et leur firent cortège. A rilôtel de Ville, les Bourgmestres et les Conseillers se groupèrent sur le perron, enguirlandé et enrubanné. Là, chacun d'eux prcHa, à haute voix , ce serment :
^ Je jure d'cHre fidèle à la Nation et aux Lois 1^ émanées du Sen^ du Paijs; de maintenir les priniP cipes de la Révolution du 18 août 1789, et de ^ remplir avec fidélité les fonctions qui me sont ^ confiées par le Peuple, et de n'avoir directe- 1^ ment ni indirectement recherché la place à ;^ laquelle il m'a appelé. ^
La foule immense qui se pressait sur le Marché salua chaque serment par les cris de Vivent les Liégeois! Vive le Peuple Ihes Bourgmestres furent triomphalement reconduits chez eux. Le soir venu,, ce ne fut partout que feux de joie, illuminations, (5hants d'allégresse ^
< ^ La cérémonie de la prestation du serment civique, que chacun gi de ces Représentans du Peuple a faite mercredi, sur le balcon de if lHôtel de Ville qui donne sur le Grand Marché , avoit quelque chose ^ d'imposant, de majestueux.... ^g
fi Que ce moment fut beau, que ce spectacle fut attendrissant! Les fi trompettes annoncoicnt chaque prestation de serment, les cloches, fi les salves d'artillerie les célébroienf , les acclamations générales y ^ applaudissoient... fi [Jout'fial ydnérul de l'Europe; 1790, t. IV,
fi Le 2G de ce mois, l'élection de nos Magistrats »'est faite avec
61() CHAPITKE XXXIV
La rénovation magistrale redevenait une fête publique ^
A quelques jours de là, le dimanche h^ août, IWrmée Exécutrice se remit en marche. Elle était forte d environ neuf mille six cents fantassins et cinq cents cavaliers, et disposait de cinq batteries d'artillerie. Elle était commandée par le Prince dlsenbourg.
Une colonne de sept mille hommes vint mettre le siège devant Hasselt. Elle était soutenue par deux corps de réserve, qui s'étaient retranchés, l'un à Zonhoven, l'autre à Sutendael 2.
Le lundi 9 août, vers deux heures du matin, les Patriotes attaquèrent vigoureusement le corps qui occupait Sutendael. Ils restèrent maîtres du
si solennité , et suivant les forn%€s de notre antique Constitution, ^ne :f dira maintenant Wetzlar? Si Télection du 18 août 1789, faite par is acclamation, lui a paru illégale, si elle a saisi ce prétexte pour la if taxer de tumultueuse et lancer ses foudres, ce prétexte n'existe plus... :f [Jtmrnal des Révolutians de V Europe en 1790; t. XU, p. 77.]
' ^ Cette brillante journée fut terminée par des feux, des concerts. a une illumination générale : et cette joie toujours calme et tranquille is s est prolongée fort avant dans la nuit, a [Journal général de V Europe; 1790, t. IV, p. 171, etc.]
^ a Une grande partie de rEmpire se réunit successivement pour s? soumettre les Liégeois. Ij'armée exécutrice, sons les ordres du fi Lieutenaut-Grénéral Prince dlsenbourg , est déjà composée des troupes fi de Cologne , Palatines , Bavaroises , de Mayence et de Trêves.... ^ \ Gazette de Leyde du 13 juillet 1790.] — ^ Mardi dernier, 3 août, à fi trois heures du matin , tout le corps des troupes exécutrices , composé s$ de 7 à 8,000 hommes, avec 45 pièces de canon, s^est mis en marcbe fi sur trois colonnes.... fi \ Esprit des Gasettes, t. XXII, p. 155, etc.J Le rassemblement de ces troupes sëleva, à un moment, à 14 ou 15,000 hommes.
terrain. Des fuyards en portèrent la nouvelle aux assiégeants, et les entraînèrent dans la déroute ^
L'Armée Exécutrice rentra dans ses anciens quartiers, où elle se rallia. Elle resta dès lors dans une inaction complète. Elle n'attendait que Toccasion de reprendre Toffensive.
Pour le moment, la petite Nation était encore maîtresse d elle-même.
' a Les troupes exécutrices s^étant retranchées duns la Bruyère de If Zuttendael , y furent si brusquement attaquées par nos valeureux ^ Patriotes le 9 de ce mois , à 2 heures du matin , que . sans un zèle trop if ardent des nôtres, ils auroient enlevé les batteries de l'ennemi, qui ^ fut contraint de lever précipitamment le camp , que les Liégeois ont if ensuite occupé. Une autre colonne, qui se retranchoit aussi à a Zonhoven vers Hasselt, trouva également à propos de se retirer.... m [ Jùurnaî général de V Europe: 1790, t. IV, p. 247 , etc. ]
(ÎIH
La liét'ohtiion Liégeoise. — Doit-on proclamei* la Eépuhlique? — Opportunité d'une Mambournie. — Ferdinand de Rohan élu Régent.
— Le Conseil de Régence. — La Souveraineté du Peuple proclamée inaliénable. — On implore vainement le secours de la France. — Les ArticUs de pénitence. — Nouvelle agression des Troupes Exécutrices.
— Fourberie de l'Empereur Léopold. — Les Patriotes décident de s'exiler en masse pour sauver la Souveraineté Nationale. — Fuite des Patriotes. — Entrée triomphale des Kaiserliks à Liège.
Si grand que fût le péril, le Pays restait calme i. Il persistait dans son œuvre réformatrice ^,
* On écrivait en juin 1790 :
^ Les Citoyens Liégeois, toujours sur leurs gardes, observent tous ^ les mouvemens de leurs ennemis. Un pareil état de guerre , où rien ^ ne se décide , arrête le commerce , suspend les travaux de ragriculifi ture , et paralyse tous les ressorts de Tordre social. Ce régime de ^ pénitence , que leur inflige , en les menaçant de plus grandes calamités, «s le Tribunal Suprême, protecteur de leur ancien Évêque, irrite les :* esprits et anime les courages. ^ [ Moniteur universel y 1790, n® 192. ]
Notre texte , nous croyons utile de le redire , ne va plus être qu'une simple chronologie des faits principaux. Les détails manquent ou sont obscurs. Il n existe aucun travail scientifique sur la période rétrotionnaire de 1784 à 1815.
^ La Révolution Liégeoise, si juste et si digne, avait les sympathies de tous les esprits sérieux, non seulement en Allemagne, mais en Hollande et en France.
Les trois Révolutions, Française, Liégeoise, Brabançonne, sont ainsi caractérisées en juillet 1790 :
^ Vllisfoire est l'école et la leçon de la postérité. Cest elle qui
La (loclioanco du Prineo avait (Ho prononcée. Elle soulevait une grave question. On émettait ravis de conférer à un Conseil National le pouvoir exécutif ^
C'était proclamer la République, et inaugurer un régime entièrement nouveau.
Les Etats refusèrent de prendre ce semblant d'une révolution trop radicale. Selon eux, il ne fallait pas inquiéter la féodale Allemagne. Il était d'une prudente politique de ne revendiquer que les droits reconnus et les institutions anciennes, afin d'en obtenir plus facilement le maintien -.
^ consacrera a sa reconiioissance et à son admiration la Révolution ss Françoise, qui inspirera le plus tendre intérêt pour les efforts y if peut-être impuissans, des trop foibles Liégeois, et qui marquera du fi sceau du mépris les convulsions fanatiques de l'Aristo-Théocratie î* Belgique, a [Journal des Jf évolution s de VKuropv en 1790. i, XH. !>. 3. 1
' C'est ce qui est longuement établi dans une Adresse de la Société des Amis de la Liberté au Tiers Etat du Pays de Liège, ^ \ otre ^ projet pour l'organisation d'un Conseil de Régence^ * disent- ils ^ l'Etat Tiers , ^ a été lu dans les séances que tient cette Société. Elle a osé ^ l'examiner dans toutes ses parties ; elle a osé n'être pas toujours du < même avis que vous; elle ose aujourd'hui vous faire part de ses ^ observations.... La Société des Amis de la Liberté, avant d'entrer ^ dans aucun détail , s'est demandé ce qui convenoit le mieux dans un S! Pays comme le nôtre , de confier le Pouvoir exécutif à une seule per- ^ sonne, ou à un Sénat Elle s'est décidée, Messieurs, pour ce dernier sr sentiment. Elle y a vu moins de danger pour la Liberté publique . ^ plus d'analogie avec les opinions, les mœurs dune Nation qui chérit sf surtout son indépendance , et une concentration suffisante d'activité if pour un Etat dont les besoins, dont les relations sont bornées.... ^
* L'État Tiers inclinait au régime républicain. On écrivait le 31 juillet : *: L'Etat Tiers ne cesse de demander un Conseil de Régence :
Pour 110 point rompre avec ces traditions, ils décidèrent d'établir une Mambournie ^
Le lundi 13 septembre 1790, le Prince Ferdinand de Rohan, Chanoine-Tréfoncier de Liège et Archevêque de Cambrai, fut élevé à la dignité de Régent -. Il prêta, en plein air, au milieu d'ac-
0 mais les deux nu très Ordres ont refusé jasquHci d y donner leur
0 adhésion. L'État Noble persiste, au contraire, à préférer Télectiou
^ d'un Mamhonrg. 11 paroît, jusqu'à présent , que ce n'est pas le vœu
. 0 général. ^ [Moniteur universel , 1790, no221.]
' Cela est dit dans un recès dont voici les premières lignes : •» Eh Cotiseil Municipal tenu à la Maisofi Commune âe In Cite de 0 Liège le 7 septembre 1790, au matin,
0 Considérant que Celui qui fut le Chef de la Nation a non seulement ^ rompu tous les liens qui Tattachoient à elle, mais s*est déclaré sf hautement son plus cruel ennemi . en violant toutes ses Loix , en sf attaquant jusqu'en ses fondemens notre sage Constitution , en inon- «s dant, enfin, le Pays de Troupes Etrangères qui ne respirent que sa ^ destruction totale : le Conseil est d'avis qu'il soit, sans délai, pourvu <s à ce que l'auguste fonction de veiller à l'exécution des volontés de la ^ Nation , exécution sans laquelle l'ordre et la tranquillité publique fi font place a tous les abus de l'anarchie, soit incessamment remise Sf en des mains en qui le Peuple puisse avoir confiance. En consé- ** (jucnce , le Conseil a l'honneur d'informer l'Etat Tiers que son vœu ar seroit qu'il soit nommé un Régent , et que pour remplir provisoirefi ment ce poste éminent, on choisisse Monseigneur Ferdinand âe fi Jiohan , Chanoine de la Cathédrale de Liège, non à ce titre, ni à fi aucun autre, ni que ce choix puisse avoir, pour la suite, la moindre fi influence dans la nomination d'un autre Régent, mais parce que fi Monseigneur de Rohan n'a cessé et ne cesse de manifester son xèle fi pour la Patrie, et son ardent désir de perfectionner lliearensi» fi régénération du Pays.... fi
' Ce choix ne plut guère. D'après l'usage antique, c'était, en effet, un membre de l'Etat Noble qui aurait dû être revêtu de cette dignité. Si le Prince de Rohan, quoique Chanoine de la Cathédrale, fut préféré, ce fut par des considérations politiques, pour s'attirer la bienveillance (le la France,
clamations enthousiastes, le serment d'être fidèle à la Nation, d'observer les lois émanées des Etats, et de maintenir les libertés reconquises le 18 août 1789 \
Le Régent, conformément aux vieux usages, n'eut qu'un pouvoir très borné. L'administration du Pays fut confiée à un Conseil de Régence de onze membres, dont deux furent nommés par l'Etat Primaire, deux par l'Etat Noble, et sept par l'Etat Tiers. Chaque mois, à tour de rôle, l'un des Conseillers devenait Vice-Président: il avait pour principale fonction de vidimer les actes du Conseil; c'est-à-dire, d'y apposer sa signature pour en assumer la responsabilité.
Les Trois Ktats étaient résolus à ne plus se
* fi Hier lundi, vers les quatre heures de raprès-midi, des Députés if des Trois Etats et le Conseil Municipal ont été chercher M. le Prince ^ de Rohan à son hôtel. On Ta conduit dans la Salle de la Grande ^ Jointe de THôtel des États : là, il a prêt« le serment d'être fidèle à a? la Nation, aux Loix émanées du Sens du Pays,,., De là, on l'a ^ conduit avec le cortège sur le Marché : on avoit posé snr les degrés fi de la grande église une estrade couverte d'un tapis : là , en présence fi d'une foule immense de Peuple, i^ a répété le même serment. On fi l'a conduit ensuite au Palais; il en a pris possession.... fi [Monit4^ir tmiversel, 1790, n» 263.]
A l'assemblée des Etats, le Régent prononça un discours dont voici le début :
fi Messieurs. Le patriotisme le plus .pur, l'enthousiasme le plus fi vrai pour la gloire et la félicité de ce Pays, est un sentiment dont fi depuis bien des années mon âme est pénétrée pour la Patrie. Hélas ! fi combien j'ai gémi de voir une contrée libre languir sous le despo-
fi tisme fi — fi Ce discours produisit un grand effet sur l'assemblée
fi des Etats : il fut couvert d'applaudissemens. ^ {Gazette de Liège, du 17 septembre 1790. J
()22 CHAPIÏKK XXXY
dessaisir do la souvorainoto lo«;islativo. Ils montreront nettoment cotte volonté, on expliquant Tun des PoinU fmidamentaux do leur Projet do Constitution du 12 octobre 1789, Dans ce Projet, ils avaient dit : ^P' Les Lois arrêtées par le Sens du 5? Pays doivent être sanctionnées par Son Altesse, en ^ y donnant son Mandement eûnéctUoire i. ^ Cette phrase, par Timpropriété du mot sanctionnées, avait très mal rendu leur pensée 2. Le dimanche 19 septembre, ils déclarèrent ce qu'ils entendaient par l'expression , ^ Sanctionner les I^oix par le Maïukment exécutoire. ^ Le Prince était, seul, chargé de la publication et de roxocution dos lois arr^tées par les Trois Etats. Pendant trois fois vingt-quatre heures, il avait la liberté de fairo dos représentations convenables sur les lois à promulguer: le délai passé, ou si l(\s Ktats n'accueillaient pas ses représentations, il avait u procéder, sans retard, à la publication et à l'exécution. Tel était son (hnoir, aux termes
' Les Points fmidamentaux ont été luentionnés plus haut. p. jW), et p. 586, note I.
• Le mot sanctionner, semble-t-il, à cette époque, équivalait kpuiflier et exécuter, La preuve en est dans cette phrase ; s? Les circonstances gf où nous nous trouvons, exigeoient un Pouvoir qui sanctionnât \^^ ^ actes émanés du Corps Législatif pour le bien de la Natiou , et le 3f maintien constant de la tranquillité publique. Les Trois Etats 0 ont résolu de nommer un Chef du Pouvoir Exécutif, sous le titre de 0 Régent.,, 0 [Dans la Gazette de Liège, du mercredi 15 septembre 1790, etc.]
Diaprés les Paix, on l'a vu, le Princt* ne prenait point part lï Irt confection des lois.
dos vieillos Paij\ Sage principe, dont on voulait la restauration rigoureuse ^
Cependant, la Coalition Allemande était tonjours là. Alarmée des contagions révolutionnaires, elle persévérait dans son dessein d'exécuter la Nation Liégeoise.
Pour arrêter cette intervention funeste, le Pays, comme autrefois, se tourna vers la France.
Une Députation lui alla demander assistance.
Elle fut admise dans l'enceinte de TAssemblée Nationale le samedi 18 septembre , à sept heures du soir. L'un des Députés, le poète Benoît Reynier 2, dans un discours qui fut souvent interrompu
' Voici le recès des Etats :
«f JBw rassemblée de Messeigneurs des Trois Etais du Pays de Liège sf et Comté de Looz, tenue les 19 et 20 septembre 1790,
ss Messeigneurs, ayant revu le Recès des Trois Corps en date du ^ douze octobre 1789 , par lequel il est arrêté des Points fondamentaux : ^ considérant que le premier de ces Points pourroit être siget à une ^ interprétation contraire au sens intentionné , et devenir la source de ^ nouvelles difficultés : déclarent , qu'en exprimant que les Loix doivent ^ être sanctionnées, ils ont entendu, comme ils entendent, que Celui ^ qui sera chargé du Pouvoir Exécutif ne pourra se refuser à la ^ Sanction f c'est-à-dire, à la Promulgation et à V Exécution des Loix ^ que les Trois Etats auront arrêtées.
^ Messeigneurs déclarent néanmoins de consentir à ce que le Chargé # du Pouvoir Exécutif jouisse, pendant trois fois vingt quatre heures, ^ à dater de l'instant de la communication des Loix , de la liberté de ^ faire les représentations qu'il jugeroit convenables : après que ce «? terme sera écoulé, sans représentation, ou si les Etats, après Tavoir ^ entendu, ordonnent la Sanction , elle ne pourra plus être retardée. ^
' Les pouvoirs donnés à Reynier, pour aller solliciter l'assistance de la France , sont du 8 juillet 1790. Il avait aussi mission de représenter le Peuple Liégeois à la fameuse Fête de la Fédération , qui devait être célébrée à Paris le 14 juillet. La lettre de créance débute ainsi :
par les applaudissements des Républicains et les invectives des Royalistes ^ raconta à «grands traitai ce qu'avaient fait les Liép:eois 2.
^ Nous Députés, représentant toutes les Villes et Communautés du ^ Pays de Lief^e et Comté de Looz, avons commis et commettons sî Auffustin Benoit Beynieî', Citoyen de Liège , pour se rendre à Paris, ^ y porter aux Représentans de la Nation Française , & ces illustres ^ et courageux amis de la liberté, dont les travaux immortels ont ^ sauvé la France, ont sauvé TUnivers , Thommage respectueux des ^ Liégeois.... Il assistera, au nom de ses Concitoyens, à Tauguste a cérémonie du 14 juillet.... * A l'Assemblée. Reynier était accompagné de Henkart et d*autres amis.
Cet Envoyé se soussignait : Reynier , Bépuié des Etats de Liège à VAssembUe Nati/)nale de France. [ lietme d^ Alsace : 1 85 1 , t II , p. 318.]
* Dans les comptes-rendus de cette séance, on voit que la majorité de l'Assemblée Nationale accueillit avec une grande sympathie la Dépntation Liégeoise. £n voici un résumé :
:f Une Députation est introduite à la bari-e, et présente à TAssemblée 0 rhommage du Peuple Liégeois. Merlin fait admetti*e cette Dépug! tation dans Tintérieur de la salle. Durget demande communication :f de ses lettres de créance. Mirabeau invoque la question préalable if sur cette motion désobligeante. La séance devient orageuse. ^ FoUeville et la partie droite persistent à demander les pouvoirs, if malgré la majorité. Le président rappelle Folleville à Tordre. g! Lucas demande que le premier interrupteur soit envoyé à FAbbaye. If Foucault délie qu^on vienne Tarrêter ; il déclare que la partie droite ^ résistera à Toppression. (Applaudissements de ce coté.) Alexandre if Lameth s élève contre l'opposition de la minorité : p Qu elle frémisse, a dit il , que la patience de la Nation ne s'altère ! a ( Lès tribaues «s applaudissent.) ^ Cest une infamie, s'écrie Murinais; on nous menace ^ du Peuple, «r L'orateur de la Députation Liégeoise continue : il fait fi l'historique de la Révolution de Liège , et réclame des sonunes prêtées fi par les Liégeois au gouvernement Français. L'Assemblée ordomie fi rimpressionde ce discours et de la réponse du président fi [Histoire l)arlementaire de la RévoltUion Française, t. VIL p. 21ô.]
* On ne reproduit ici que les passages essentiels du Discours de la Députation Liégeoise. Le style est bien celui de l'époque : quelque peu déclamatoire et gonflé de sensibilité.
Dans ce document, la Révolution de 1789 n apparaît encore que
1^ Nous vous apportons, Messieurs, dit-il, l'iiom- 1^ mage public et solennel d'un Peuple entier, d'un ^ Peuple qui ose se croire digne de vous, riiomi:: mage du Peuple Liégeois. Nous venons, en :^ son nom, vous payer le tribut de respect, ^ d'admiration , de reconnoissance , qu'on doit ^ aux Régénérateurs d'un grand Empire, aux ^ Législateurs philosophes et intrépides qui , dans :^ le court espace d'une année, ont avancé de plu- :î^ sieui-s siècles la raison humaine, et répandu 2? dans l'Univers des germes de liberté, de bonr? heur, qu'on n'étouffera plus.
1^ Les Liégeois ont eu, les premiers, la gloire :? de céder à l'impulsion puissante que vous avez 1^ donnée à l'Europe; les premiers, ils ont osé ^ marcher de loin sur vos traces. Attentifs aux 1^ travaux immortels qui vous occupent, ils ont ^ vu s'élever l'édifice admirable dont vous êtes 2? les créateurs, ils ont senti que désormais le ^ sort de l'espèce humaine était attaché à la des- 1^ tinée des François.
;? Eh! comment votre exemple. Messieurs, -^ n'eùt-il pas enflammé le Liégeois? Le Liégeois ^ jamais n'a courbé longtemps le front sous le
comme une revendication. On ne cesse point, en effet ^ d^être sous rinfluence du passé, qu^on veut corriger selon les instincts du siècle. Ces trois lignes, d'une lettre du 4 juillet, sont donc exactes : ^ Dans ^ la situation actuelle, qui rappelle des instants terribles de notre fi Histoire, on reconnoîtra que les principes de la politique n'ont que a cliangé. et que le caractère du Peuple Liégeois a subi peu d'altérua tion... fi [Moniteur universel , du 21 juillet 1790.]
joug du despotisme. Opprimé, vaiucu <iiielquefois par la Force, toujours il a brisé ses fers.
^ Son Histoire atteste sa bravoure , et les combats qu'il a soutenus contre ses Tyrans.
^ Tandis que les Peuples: qui lenvironnoient avoient déjà contracté l'habitude de lesclavage, le Liégeois étoit libre. Dès le quatorzième siècle, une Constitution sage, qu'il avoit achetée de son sang, une Constitution, merveille pour ces temps d'ignorance et de barbarie, lui assuroit les Droits de l'Homme et du Citoyen. Mais des Evèques ambitieux et despotes cherchèrent à la renverser; le plus injuste, le plus féroce de tous, Maximilien de Bavière, en 1684, en détruisit les principales bases.
::: Toujours plciu du souvenir de ces anciens attentats, et de l'espoir de les venger, indigné, surtout , des attentats récents , multipliés sans pudeur depuis quelques années, le Liégeois, comme le François, a secoué ses chaînes, et il a reconquis les droits imprescriptibles, les droits éternels de la Nature et de la Raison
j^ Rejetant toute idée de paix et de conciliation, le Tribunal de Wetzlar, égaré par des préjugés sauvages, a lancé contre nous Décret^ sur Décrets. On a cru vaincre par la terreur; on n'a pas rougi d'employer les moyens les plus vils, les plus odieux, pour semer l'épouvante et la division, pour allumer parmi nous une guerre
civile; on a tenté d'incendier noy Villes, on a ravagé nos Campagnes.
^ On en veut même à la vie des amis du Peuple: on a proscrit les Chefs d'une Eévolution paisible, d'une Révolution pure de vengeance et de sang. Quel est donc le crime de ces généreux Citoyens? qu ont-ils fait? Ils ont donné l'exemple d'une modération constante, du désintéressement le plus noble, du civisme le plus pur; ils ont préservé le Peuple de la licence, ils l'ont éclairé sur l'usage de la liberté, ils ont amené l'égale répartition des impôts; ils ont rendu aux Citoyens des Campagnes la jouissance d'un droit dont l'ignorance, les préjugés, l'aristocratie les avoient privés trop longtemps, du droit d'être représentés; ils ont réussi, enfin, à rétablir dans la Capitale l'égalité politique.
i:^ Voilà les Citoyens qu'on veut saciifier, voilà le Peuple estimable qu'on veut perdre.... L'Armée Exécutrice ne quitte point nos frontières: elle attend des renforts, elle médite une nouvelle attaque. En ce moment, peut-être, un nouveau combat s'est engagé, le sang de nos Citoyens coule encore sur notre terre malheureuse.... Nous les connoissons, Messieurs, ils périront plutôt que de porter des fers, ils sont prôts à s'immoler pour la cause sacrée de
la Liberté Mais vous, François, soutfri-
riez-vous qu'en mépris de sa Constitution, l'on
(528 CHAriTRK XXXV
:? consommât la perte d'un Peuple innocent? Souf- ^ fririez-vous qu'on sacrifiât un Peuple ami , un î^ Peuple voisin? T^aisseriez-vous si tôt, et si près ^ de vous, donner lexemple funeste d'un Peuple 1^ puni pour avoir reconquis sa Ijiberté?....i ^
Ces fières paroles avaient produit une grande émotion. Le Président l'augmenta, par la réponse qu'il fit aux Députés.
;? L'Assemblée Nationale, dit-il, voit avec sa- ^ tisfaction dans son sein les Députés du Peuple ^ Liégeois. La France a souvent été son Alliée, :?: et toujours elle s'est intéresséi* à ses prospérités ^ ou à ses malheurs. Llle n'ignore pas qu'ayant 1^ déployé sans cesse des efforts supérieurs à ses > moyens, et un courage digne d'une haute fori> tune, il a dans ces derniers temps reçu, le :^ premier, l'impression qu'elle donne à tous les ^ Ilabitans du globe. Vous avez vu, Messieui^s, ^ resplendir sur la France le soleil de la Liberté; 1^ et vous, ses antiques sectateurs, vous vous êtes ;::: Icvés avcc cllc pour l'adorer.... i?
jî Vous réclamez des sommes prêtées au Gou- ^ vernement dans des temps diflSciles. Vous ::: counolssez la justice de l'Assemblée. Je viens :^ de vous instruire de ses sentimens: elle prendra
* Ce discourt) a paru dans la plupart des journaux du ienipt*. Il e$t inséré dans le Rapport de Messieîtrs Beynicr et Henkart, Députés des Liégeois cers VAssetnhlée Nationale de France, h leurs Cotnmetiani$: Liègf, 1790, in-4<>. Voir encore : Moniteur universel, 1790. n" 2G4: Journal général de VEurope, 1790. t. V. p. 73, 116, etc.
^ votre demande en considération. Klle vous ^ offre les honneurs de sa Séance ^. :^
Cette bienveillance resta sans effet. D'autres intérêts préoccupaient la France libre. Aucun secours ne fut envoyé ^.
Entretemps, le Collège Electoral de l'Empire, réuni à Francfort, communiquait aux Trois Etats un projet d'arrangement. Il exigeait une soumission préalable, sans réserve ni condition; et, en retour, il promettait une amnistie. Dès que tout
* La Députatiou avait réclamé aus^i à la France le payement d'une ancienne créance de 2 milliouH 782,64<> livres . résultant de fournitures d'armes et de munitions. Cette créance avait été réduite, en 1785, ù 2 millions, et les Liégeois n'en avaient reçu que 500,000 livres.
On demandait un nouvel à-compte , ou une simple garantie pour un modique emprunt. Dans ce moment, un peu d'argent aurait singulièrement reconforté le Pays , épuisé par ses ai*mements. Cela fut dit à la séance de l'Assemblée Nationale du 10 novembre 1790 :
fi C'est dans la situation critique où se trouvent maintenant les ss Liégeois , c'est dans letat d'épuisement où les ont réduits les frais fi énormes d'une campagne qu'ils ont soutenue avec tant d'énergie et fi de courage, — que le payement des sommes qu'ils réclament pourrait fi avoir une grande influence sur leur sort; oui, le calcul des ressources, ^ des moyens qui leur resteront pour défendre encore cette Liberté fi qu'on cbercbe toujours à leur arracher, entrera pour beaucoup dans fi les arrangemens qu'on pourrait leur proposer. Leur créance, dans fi tout autre tems, ne serait que légitime; elle est sacrée aujourd'hui, fi car ils sont malheureux, fi [Moniteur universel, du 12 novembre 1790.]
La France ne nous paya jamais les deux millions dont elle était notre débitrice.
* fi On sait que les Ministres des Cours Electorales de Mayence, fi Trêves, Cologne, Palatine, Brandebourg et Brunswick, se sont fi occupés à Francfort de dicter des Loix au Pays de Liège , et de faire fi eux-mêmes les conditions auxquelles les Liégeois, qui demandent fi justice, doivent obtenir grâ^e et mériter leur pardon.... s? \ Montleur univvrscL n" 298. |
serait remis sur le pied antérieur au 18 août, le Prince rentrerait dans sa Capitale, et, conjointement avec les Etats, il aviserait aux moyens de réaliser les réformes désirées ^
Ces propositions, où Ion s'inquiétait si peu de l'honneur et de la dignité du Pays, étaient dites, par surcroît d'ironie , Articles de pénitence.
Le lundi 4 octobre, les soixante Sections de la Cité furent assemblées dans leurs locaux. Le 6, les trente-deux Compagnies Bourgeoises se vinrent ranger sur le Quai S^-Léonard. Elles eurent à donner leur avis sur les Articles de pénitence. Elles furent unanimes pour les rejeter : mieux valait combattre et mourir, que se soumettre ignominieusement 2.
' Le Collège Ëlectpral exigeait du Pays une soumiHBioii iguomtuieusi*. Voici de courts extraits de ses douze conditions :
^ I. Les États de Liège adresseront des suppliques, A aux six 0 Cours Électorales , ^ à la Sacrée Chambre Impériale de Wetzlar, «r C à rÉvêque-Prince de Liège , dans lesquelles suppliques ils recon- ^ noîtront leurs fautes et demanderont grâce et amnistie.... — IV. I^ ^ désarmement de la Nation Liégeoise se fera en même temps que la ^ soumission des États.... — V. Les Commissaires des six Hautes Conn it Électorales auront à remettre tout dans Tétat des choses tel qu'il ir étoit avant le 18 août 1789.... — VL aussitôt que les susdits Points ^ préliminaires seront réglés, le Prince -Ëvêque retournera dans le # Pays de Liège peur coopérer, sans perdre de temps, au redressement sf des griefs contre la Constitution du Pays.... j?
* Dans les résolutions des Sections, il nY eut ni obscurité ni vague. Dans celle de la onzième Section , qui s'assemblait dans Téglise collégiale de S^-Croix , les Bourgeois disent ^ qu'ils n ont pu voir qu'avec fi indignation les Propositions d'accommodement de l'Evoque de Li^ : fi en effet , pouiTait-on en donner d'autres , si le Liégeois vaincu et fi écrasé par les satellites du despotisme avoit dû lui-même demander fi grâce? Mais il nen est pas ainsi chez un Peuple libre et vainqueur:
C était le dernier mot du Pays ^.
Les Trois États le firent connaître à la Conférence de Francfort. Toutefois, en même temps, ils donnèrent aux Articles une adhésion conditionnelle. Ils espéraient encore qu'on les remettrait en discussion, et quon les modifierait 2.
^ ce Peuple ii a jamai» eu Tidée de se dégrader de cette manière ; et ^ revoii- dans ces murs Tauteur de ses maux, Celui qui a voulu porter
* la dévastation dans son Paya, est une chose impossible; plutôt ^ mourir, que d y consentir: c'est le vœu de tous.... a
Dans la quinzième Section , qui tenait ses assemblées dans l'église de S^-Nicolas-aux-Trez, on rejeta les Articles : ^ Les Liégeois ne sont ni ss coupables ni rebelles, ils nont pas besoin d'amnistie; qu^on leur ^ rende justice : les rebelles et les coupables sont ceux qui ont violé la ^ Constitution,,,, Le retour de l'Ëvêque est impossible dans un Pays ff qu'il a ravagé : qu*il fuie loin de nos Citoyens , sa présence porteroit ^ le désespoir dans le cœur de tous : la mort, plutôt que sa présence... ^ [ Hecès des Soixante Sections de la Cité de Liège , p. 9 , 1 1 , 40, etc. ]
* ^ Voilà le vœu de la Nation Liégeoise clairement exprimé : elle ^ préfère la mort, à Tétat malheureux où la réduiroit le rétablissement #f de V Ancien Régime..,, ^ [ Gazette de Liège du vendredi 8 octobre 1790, etc.]
* C'est d'accord avec le Ministre -Résident du Bol de Prusse , qui continaaii à être sympathique à la cause Liégeoise^ que les Etats avaient soumis au Collège Electoral un projet d'arrangement. En voici quelques lignes : ^ La Jointe des Etats, après les plus mûres ^ délibérations, a pris les résolutions suivantes. Que malgré tout es ce qu'il coûtoit à la Nation d'accepter les Points proposés à Francfort , ^ auxquels on n'ajoute que des modillcations que la nature des choses ^ rend absolument nécessaires , et que les Hautes Cours Electorales
# trouveront de l'équité la plus évidente... : On reconnoît Fautorité ^ légitime du Prince , telle qu elle est contenue dans la Paix de Fexhe fi et autres Paix,,., Que la Nation sera représentée par des Députés fi librement élus, et choisis par elle, sans aucune influence ni concurfi rence de l'Ëvêque - Prince , et que ce sera chez les États, qui, de fi cette façon, représenteront le Sens du Pays y que le Pouvoir Légisfi latif résidera.... fi \^ProcèS'Verba%LX des séances du Conseil-Général de la Commune de Liège ^ p. 140, etc.]
Lo 31 octobre, en effet, les Etats furent conviés à formuler nettement leurs vœux.
Ils demandèrent que le Collège Électoral leur garantît le redressement des griefs. Ils insistaient sur deux points fondamentaux: la libre élection des Députés des Etats, et le plein exercice par ceux-ci, comme Sens du Pays, de la souveraineté législative. Les autres diflScultés devaient (Hre définies par les Commissaires Impériaux, concurremment avec les Représentants siégeant à l'Etat Tiers. Pendant ces négociations, les Magistratures gouvernantes resteraient en fonctions 1.
Le Collège n'accéda pas à ces demandes. Il
' Tout cela était parfaitement motivé dans un recès des Etat& Ln voici le passage essentiel :
^ En rassemblée de Messeigneurs les Troi^ Etats du Pays de Liège fi et Comté de LooZj ternie le 31 octobre 179(K
sf Messeigneurs , ayant entendu le Rapport des Députés à Francfort , fi et mûrement discuté de nouveau, dans plusieurs séances, les articleb fi acceptés par eux sous la ratification de leurs Commettans, déclarent :
fi Qu'ainsi que le Pays de Liège la si souvent protesté, jamais les fi Etats de Liège n'ont pensé à se soustraire aux liens qui les unissent fi au Saint Empire Romain , ni à oublier un moment lentier dévouefi ment que tout Membre de cet Empire doit à sa Constitution....
fi Les Trois Etats approuvent la conduite que leurs Députés ont fi tenue à Francfort. Quant à l'acceptation qu'ils ont faite des Points fi proposés sous la ratification de leurs Commettans , ils l'approuvent fi également dans ce sens clair et précis j qu on assure et garantit so fi Pays le redressement de ses justes et nombreux griefs, et, avant ^ tout, du grief fondamental et essentiel, la restauration d^une Beprrfi scntation du Peuple, libre, indépendante de toute concurrence ri fi influence quelconque , ninfii qu'il a le droit de l'avoir par la Consti- ;* tution reconnue . confirmée i»t garantie par l'Empire.... s? [ Dans in Gazette de Lièf/c, etc. J
ferma la conférence, et donna à l'Armée Exécutrice Tordre d'agir ^
Le moment était suprême.
On implora de nouveau l'aide de la France. Ce fut encore en vain. Le principe monarchique triomphait alors à Paris. Au nom de la prudence, les Patriotes Liégeois furent délaissés 2.
Malgré tant d'insuccès, on ne se laissa pas aller au découragement.
Dans les premiers jours de décembre, une colonne de Troupes Exécutrices, forte de trois
' Quelques membres du Collège Electoral avaient refusé de traiter sur les bases proposées , qu'ils trouvaient très légitimes, uniquement parce qu'elles rendaient impossible le retour de TÉvêque. [Voirie Rapport des Députés de la Cité à Franc fart fait au Conseil Municipal le 25 octobre 1790 ; p. 6. ] Us croyaient que par la restauration du Prince^ il y aurait un grand apaisement dans TAllemagne.
* Cet abandon souleva Tindignation des clubs et des journaux Français. ^ .... Lorsqu'une poignée de Liégeois , s'écriait Desmoulins , ii défient seuls et sans Alliés tout le Corps Germanique . se peut-il que ^ nous ne voyions pas que cette poignée d'hommes , ce sont les 300 ^ Spartiates qui gardent nos Thermopyles contre les Despotes '?.... C'est «r une infamie , lorsque tous les Princes se liguent pour soutenir un :; seul homme contre tout un Peuple , que les Peuples ne se liguent ^ pas pour défendre une Nation contre un seul homme.... Courageux ^ Liégeois, ne vous laissez point abattre, et ne désespérez pas des ^ secours de la France. ^ [Révolutions de France et de Brahant, n«>50, p. 497.]
D'autres Républicains regrettèrent , plus tard, qu'on n'eût pas secouru les Liégeois en ce moment suprême. Robespierre disait encore le 2 janvier 1792 : ^t J'aime une guerre entreprise pour étendre le règne ^ de la liberté.... Si j'étais maître des destinées de la France, si je ^ pouvais , à mon gré , diriger ses forces et ses ressources , j'aurais ^ envoyé, dès longtemps ^ une armée en Brabant, /aiira?'^ secouru les ^ Liégeois i et brisé les fers des Bataves.... ^ [ Histoire parlementaire de la Révolution Française ^ t. XIII, p. 123.]
mille deux cents hommes, se mit en mouvement. La brigade d'avant-garde, composée de quinze cents Munstériens et Mayençois, se présenta devant Visé, qui ouvrit ses portes. (Jeudi 9 décembre. )
C'était un coup de surprise. La nouvelle en parvint aussitôt à Liège. Le tocsin appela les Patriotes aux armes. Les plus aventureux* arrivèrent, à minuit, à Devant-le Pont, où se trouvait un poste, qu'ils enlevèrent. L'ennemi fut intimidé par cette brusque attaque. Le lendemain, dans la soirée, il évacua précipitamment Visé, en abandonnant toutes ses munitions ^.
La Chambre de Wetzlar s'irrita de cette défaite. Elle s'adressa à l'Empereur Léopold, qui venait de réduire, sans la moindre peine, les Belges, Elle le supplia de prêter main-forte aux Princes-Exécuteurs 2.
* ^ I/enlèvement de leur avant-poste leur faisoit craindre une action ^ plus générale entre eux et les Liégeois, ti [ Qousette de Liège du lundi 13 décembre.] Tout Tavant-poste fut mis en pièces. Quatorae Mayençois, faits prisonniers, furent amenés à Liège.
* Voici comment TAutriche acquit tout à coup, en 1790 , une prépondérance extraordinaire à Forient et à Toccident de TEurope.
Au mois de juin, on ouvrit à Reichenhachj en Saxe, un Congrès pour rétablir la paix dans TOricnt. L'Archiduc d'Autriche Léopold, qui fut élu Empereur le 30 septembre , circonvint si bien le Roi de Prusse , que celui-ci , contre l'avis de ses ministres , lui promit assistance , notamment pour réprimer l'insurrection de la Belgique. Lèopold abusa de cette alliance, et, en toutes choses, il se joua indignement de la généreuse et intelligente Prusse.
Quelques Publicistes entrevirent les conséquences funestes du Traité de Beichenhach (27 juillet). Ils reprochèrent vivement à la Prusse
Léopold n'avait aucune raison cl employer la contrainte. Il daigna n'être qu'un médiateur.
11 engagea les Liégeois à faire leur soumission, à recevoir, pour la forme, ses troupes, six cents hommes au plus , et à se confier à sa loyauté. Il leur donna l'assurance qu'ils conserveraient le droit d'élire leurs Représentants et leurs Magistrats.
Nul n'avait foi dans la parole du doucereux Autrichien ; mais telle était la situation , que l'on accepta ses offres ^ On stipula, toutefois, que l'Armée Exécutrice, pour laquelle on n'avait que
le mal quelle avait fait, ^ en signant les articles de Reichenbach. ^ Une conduite vigoureuse eût ôté , en moins d'une campagne , à la ^ Maison d'Autriche, la Uongrie et le Brabant; Likge était libre sans fi coup férir ; la Suède eût continué à harceler les Russes, et la Prusse a auroit dicté, Tannée suivante, une paix durable à tout« V£urope. ss Faute irréparable! ^ [Cloots, L'Orateur du Genre humain, éûii. de 1791, p. 22.]
Tout cela est mis aujourd'hui en pleine lumière. ^ Par le Traité de if Reichenbach , la considération de la Prusse s affaiblit de toutes parts, sf en même temps que Tinfluence de Léopold s'accrut dans une égale î5 proportion.... ^ [De ^jhe\, Histoire de V Europe pendant la Révolution Française , t. I, p. 185.]
' if La Diète paroit disposée à suivre un plan de conduite qui ne ^ s'accorde point avec l'intérêt de la justice que les I^iégeois réclament. fi Le moyen vulgaire et sûr de la force obtiendra, sans doute, tout fi l'avantage.... fi [Moniteur universel du 13 octobre 1790.]
£n rapportant cette nouvelle , un journaliste écrit : fi Toutes les fi apparences font croire que la Révolution de Liège aura à peu près fi la même fin que celle des Brabançons et des Flamands , à cette difféif rence près : que la Nation Liégeoise , en défendant le Système de fi Liberté qu'elle avoit adopté, n'a rien fait qui ait terni sa gloire, et ^ qu'en se prêtant à un accommodement amiable , elle n'en aura que fi plus de droit à l'estime de l'Europe, fi [ Q-azettede Leyde, n« 87. ]
036 CHAPITRE XXXY •
mépris et haine , ne mettrait pas le pied sur le Territoire i.
Cette réserve, qu'appuya franchement la Prusse, nécessita des explications, qui retardèrent rentrée des Autrichiens dans le Pays.
Après des pourparlers avec les Princes-Exécuteurs, r Autriche annonça, tout à coup, que ses troupes occuperaient le Territoire , non plus dans des vues de conciliation , mais comme auxiliaires de l'Armée Exécutrice 2.
C'était la violation d'un engagement formel
Cela produisit un certain discord parmi les Liégeois 3. Les uns, et c'était le plus grand
* Pour tranquilliser la Population , qui était décidée à ne pas se soumettre, les Etats et le Conseil Municipal de Liège firent, le 25 décembre 1790, afficher un Bulletin officiel, où ils disaient, entre autres : <* La vérité est que les Etats et le Conseil Municipal, en déclara rant unanimement qu^ils s^en rapportoient à la justice de Sa Majesté fi TEmpereur, pour décider de nos différends, ont en même temps, ^ et très expressément, représenté que le Peuple ne poiirroit souffrir sr rapproche des Troupes Exécutrices, pour lesquelles il n*a que haine 5; et ressentiment.... ^
^ Fidèle à la politique du Gouvernement Autrichien, Léopold avait leurré les Liégeois. Son intention avait toujours été d*être leur Eiécuteur. Ainsi , dès le 27 octobre , Mirabeau écrivait : ^ Léopold s^est ^ offert, d'abord comme Directeur du Cercle de Bourgogne, et ensuite, ^ comme cela a fait quelque difficulté, comme Prince de TEmpire, is à exécuter le jugement relatif à Liège.,.. ^ [Carrespondimce tk Mirabeau, tu, p. 272.]
^ 11 y avait partout, cependant, un malaise réel, résultat d*efforts et de sacrifices incessants. ^ Ce que ce petit Peuple Liégeois a fait ^ depuis dix-huit mois , doit réellement étonner. Seul il a résisté à :? TEmpire déchaîné contre lui ; il a montré à ces Peuplades opprimées 3î et avilies de r Allemagne, quelle est la force d'un Peuple qui veut
nombre, ayant à leur tôto le Bourgmestre De Donceel, étaient résolus à se défendre et à succomber d'une manière digne des ancêtres, en combattant. Les autres , conduits par le Bourgmestre Fabry, croyaient que la résistance était impossible ; qu a ne pas s y risquer , il n'y avait nul déshonneur; que l'Empereur Léopold, si déloyal qu'il fût, ne s'obstinerait pas dans ses reniements, et que la Prusse le rappellerait au sentiment de la justice i.
Les Patriotes se rendirent, enfin, à la terrible évidence. L'Etat Tiers lui-même, jusque-là si ferme dans son attitude, laissa percer dans ses paroles le désespoir 2. Le vendredi 24 décembre, il disait dans une Adresse au Peuple Liégeois :
^ être libre et qui combat dans ses foyers.... s? [Moniteur universel du 25 novembre 1790. ]
* Le Bourgmestre Fabry , Chestret*, Bassenge , Lesoinne , s^occupant tout particulièrement des relations diplomatiques , comptaient sur un statu quOj que leur promettait formellement la Prusse. Ije 8 décembre, on se livrait déjà à cet espoir : ^ Nous nous ilattons toujours que les n affaires de ce Pays , étant conduites d'après des principes sages et ^ modérés, finiront par avoir une heureuse issue. Les États ont «r envoyé M" de Chestret , Bassenge et Fabry fils, comme leurs Députés, «5 à Berlin.... ^ [Esprit des Gazettes , t. XXn, p. 492.]
* Le 31 décembre, le Bourgmestre Fabry , Bassenge et Ileynier acceptèrent des missions, pour ne pas prendre part aux actes de soumission que les Ëtats étaient tenus de faire. Le samedi l^^ janvier 1791 , les Ëtats eurent le triste courage dWresser à leur ex- Prince -Ëvêque la supplique exigée par le Collège Ëlectoral. La Population souffrit cruellement de cet abaissement.
* Tristes effets du despotisme ! La crainte seule que son approche s? inspire, abat, flétrit déjà les cœurs. On aura peine à croire que les ss Ëtats aient pu se résoudre à écrire à TËvêque-Prince , à lui parler
i:^ Citoyens, vous savez tous combien vos Chefs, ^ vos Magistrats, se sont efforcés de mériter la ^ confiance que vous avez mise en eux ; vous savez :? avec quel zèle, quelle sollicitude ils ont tout ^ sacrifié pour veiller uniquement à vos intérêts, 1^ pour assurer votre repos, votre liberté, votre ^ bonheur. Tant qu'ils ont pu vous épargner 1^ des inquiétudes, des périls, ils l'ont fait; quand :?^ il a fallu que vous y fussiez exposés, ils les ont ^ partagés avec vous.
-^ Hier soir, nous avons été informés que la ^ Chambre de Wetzlar a déféré \Exéciit\on à Sa ^ Majesté l'Empereur, i\\\\ en avoit manifesté le ::: désir,...
:? Xous nous empressons de vous en instruire.
^ Il n'est pas nécessaire , Citoyens , de vous ;? dire combien cette nouvelle nous a surpris et ^ atterrés, dans un temps où l'on nous flattait ^ d'une issue toute diflFérente de nos affaires.
î? Mais soyez tranquilles sur votre sort futur. ^ Léopold étant juste, nos justes droits ne pour- ^ ront en être méconnus.
5? Citoyens, nous vous en supplions, montrez-
^ de paix, de réunion. Le Peuple murmure de cette démarche, à ^ laquelle la force des circonstances paraît contraindre ses Chefs.... ^ [Moniteur universel du 5 janvier 1791.] — «^ Il est arrivé à Liège sf ce qui arrive dans les grandes surprises : le courage reste, mais g: Fintelligence est paralysée.... On a écrit au Prince-Evêque L. ^ Cette clernière démarche des Liégeois ne peut se passer d'indalgence : s? mais qu'il seroit cruel de la leur refuser! sr [Esprit des GaseUes, t. XXm , p. 59. ]
^ vous calmes dans ces jours critiques et décisifs; s? montrez-vous dignes encore de la Liberté qui ^ vous échappe ; qu aucun excès ne déshonore ces ^ derniers moments; que le Juge qu'on vous en- ^ voye, soit lui-même témoin des vertus de ce ^ Peuple ; que vos ennemis rougissent de vous ^ avoir calomniés. Jamais il n'y eut de honte ^ de céder à la nécessité; et quand l'honneur est i^ sauf, rien n'est perdu. ^
L'exaspération du Peuple croissait. Il était décidé à défendre l'honneur national. Pour le contenter^ il fallut former un camp sur les hauteurs de la Chartreuse i.
En même temps, afin d'arrêter la catastrophe, on faisait des efforts inouïs de diplomatie 2.
* On écrivait le 26 décembre 1790 :
^ Jusqu'au dernier moment, nous serons dignes de la liberté, dignes ^ de nous. A la nouvelle de Tarrivée des Troupes Impériales, les ssr Munstériens et les Mayençois se sont rapprochés de Liège jusqu'à ^ Hervé. Les États leur ont envoyé deux Députés pour leur notifier ^ que s'ils avançaient sur le Pays , ils seraient attaqués par nous ; et , ^ en effet, M. Levoz, nommé Commandant-Général du fort de la fi Chartreuse et des postes en avant , occupe avec 3 à 4 miUô hôitimès fi et de l'artillerie, les Villages de Soumagne, Wegimont, etc. fi l Moniteur universel, n® 365. ]
Cela avait été réglé par ce recès :
^ En Conseil Municipal , tenu à la Maison Commune de la Cité de fi Liège, le 25 décembre 1790, le matin.
fi Le Conseil établit Monsieur le Conseiller Levoz Commandant du fi Fort de la Chartreuse et de toutes les Troupes qui seront placées fi en avant, pour s'opposer aux Troupes Mayençoises, Munstériennes fi et Palatines qui viennent pour Yexécution. Ordonnant à tous Offîfi ciers quelconques de lui obéir en cette qualité, et que le présent fi Recés soit imprimé et affiché , pour la connoissance d'un chacun, fi
* Pour empêcher l'odieuse exécution^ il y eut, en ces terribles jours,
On eu sentait toutefois l'inutilité.
On en vint ainsi à ne plus compter sur le lendemain. Bientôt môme, Tinquiétude et les alarmes augmentèrent d'heure en heure, par de fausses nouvelles de l'approche des Autrichiens ^
Le Conseil Municipal s'était établi à l'Hôtel de Ville. Il y siégeait en permanence. Les Conseillers s'y relevaient jour et nuit.
Le Bourgmestre Fabry était toujours en négociations avec Berlin. Il avait encore quelque espoir. Le dimanche 9 janvier 1791, il recommandait le calme. ^ Mes chers Concitoyens, ^ disait-il, ^ je vous conjure d'être tranquilles. ^ Léopold ne peut cesser d'être juste; il ne peut ^ vouloir notre ruine. Il est si aisé de finir nos ^ divisions, pourvu qu'on écarte les vues pert^ sonnelles et les animosités. Que voulons-nous? :^ Le bien de taus: une Représentation du Peuple :^ indépendante, une égalité dans les Contribu- ^ tions, la correction des abus; enfin, une Liberté ^ fondée sur les Lois et la Constitution. Qui ^ voudroit nous priver de ces avantages? Ah!
une rare unanimité d'efforts. Les Patriotes qui n'étaient pas en état de combattre, se firent soUiciteurs et suppliants. Les Comtes de Nassau -Corroy , Grand Doyen de la Cathédrale , et de Berlaymont de la Chapelle, se rendirent à Vienne; les Comtes de Blois et d*Argenteaa d'Ochain , à Tirlemont auprès du Grénéral Autrichien ; le Baron de Chestret à Berlin , etc.
' A Liège , les soldats Autrichiens n'étaient désignés que sous le nom de Kaiserliks (Impériaux). Aujourd'hui encore, l'appellation de Kaiserlik est une brutale injure.
;? nous en jouirons. Oui, après tant d'orages, je ^ crois entrevoir Tanrore d'un jour pur et tran- ^ quille. Cette persuasion me console et me :^ soutient. ^
Kastucieux Léopoid se jouait de tout ^ Le lendemain, lundi 10, le Régent annonça son départ au Peuple 2.
' Léopoid allait eu avant » sans tenir compte des protestations de son allié. ^ .... I.a Prusse avait jusqu'alors énergiquement appuyé la ^ juste cause des Liégeois, (je qu'elle n'avait fait en Belgique et en ^ Hongrie qu'à laide d^agents secrets et non avoués, elle l'avait fait * ouvertement et officiellement à legard de Liège, et elle devait ^ s'attendre à des pi:océdés d'autant plus équitables de ce côté, que st les Etats de Liège s'étaient déclarés prêts à accueillir de nouveau ^ leur Evéque, si celui-ci confirmait leurs anciens Droits et Privilèges. ^ Mais les régiments Autrichiens entrèrent dans le Pays sans se soucier ^ des protestations de la Prusse, et l'opposition fut écrasée par la s* force des armes, t» [De Sybel, Histoire de V Europe pendant la Béoolutîofi Française, t. I, p. 186.]
La honteuse hypocrisie de Léopoid a été démontrée par Bassenge , dans un livre intitulé : Adresse à Sa Majesté V Empereur au nom des Liégeois ; Sedan, septembre 1791 , in-8^ de 449 pages. 11 débute ainsi :
if Sire! Un Peuple respectable, un Peuple qui s'est acquis l'estime 5S de l'Europe entière, vient, par noti'e voix, s'adresser à Votre Majesté. ^ Jeté, au moment où il s'abandonnait avec bonne foi et confiance, «? dans les fers du plus ignominieux esclavage , écrasé sous la tyrannie .^ la plus cruelle, ce n'est pas protection qu'il implore, c'est justice ^ qu'il réclame. , 11 est opprimé, Sire, et ce sont vos armes qui ^ l'oppriment, c'est vous qui avez commandé V exécution barbare dont ^ cette terre est souillée ^
* Le Régent annonça son départ en ces termes :
^ Adkessk a mes Concitoyens.
^ Citoyens, vous avez, par les preuves d estime et d amitié dont ^ vous m'avez honoré, acquis des droits à ma vive reconnoissance ; is j'en serai toujours pénétré.
^ J'ai suivi, comme je le devois, avec le zèle le plus ardent, les fi Délibérations où il étoit question de vos plus chers intérêts, le
Le mercredi 12, à sept heures du matin, le Conseil Municipal fut averti que les ennemis marchaient sur Liège. 11 publia une Adresse aux Citoyens. C'était un adieu i.
^ Citoyens, nous ne pouvons plus être utiles à :? la chose publique, nous ne pouvons plus vous ^ servir par notre présence, par notre zèle, nos ^ travaux et nos soins; que disons-nous? notre
a rétablissement de vos Droits primitifs et constitutionnels. A pré-
^ sent, que vous avez remis entre les mains de la Sagesse et de
^ rÉquité la décision de vos différends , je me joindrai à vous, Citoyens
gf magnanimes , pour porter aux pieds de Léopold vos justes réclama-
^ tions , et contribuer à ramener le calme et le bonheur dans notre
^ commune Patrie.
^ Mon devoir, les décrets pressans d'une Nation respectable me
^ rappelant en France pour quelques jours , mon cœur restera au
^ milieu de vous; et si un retour plus prompt devenoit nécessaire,
a j ^abandonnerai tout, Citoyens généreux, pour vous donner de non-
^ velles preuves de mon inviolable attachement, et de mon dévouement
^ le plus absolu.
^ Ferdinand de lîohan , Régent.
^ Liège, ce 19 janvier 1791. s^
Le Régent ne partit que le lendemain , mardi , dans la soirée.
' La résolution de s^enfuir pour sauver la Liberté Nationale , était certes héroïque.
De stoïques Patriotes croyaient qu'il ne fallait pas succomber sans résistance. Il y avait obligation de moilrir dignement, en défendant la liberté, la civilisation, la propriété, la famille.
La soumission volontaire , silencieuse , avait eu des partisans.
^ 11 eut été magnanime et sage d'attendre en silence les soldats ^ Autrichiens, et de recevoir la loi d'une force irrésistible, comme on if se soumet à un fléau du ciel. Les Liégeois opprimés auraient donné ^ un grand exemple, en étonnant les Exécuteurs de la Chambre ^ Impériale par une soumission morne et par un silence sublime. ^ C'eût été faire entendre à des Vainqueurs sans triomphe : VmiS if venez ; vous êtes les plus forts : nous sommes v-os esclaves : nous :f rejetons sur vous une grande injustice, dont v<ms rendrez compte à * la postérité..., n [Moniteur universel du 8 janvier 1791.]
présence pourroit nuire à vos intérêts sacrés. Ainsi, nous nous éloignons de vous, de la chère Patrie, pour laquelle nous serons toujours prêts de mourir. Citoyens! recevez encore Thonimage de notre amour, de notre reconnoissanco, recevez nos affectueux adieux.
::? Si nous demeurions parmi vous, on exigeroit de nous un serment contraire à notre devoir, un serment opposé à votre liberté, une soumission servile a TEvêque-Prince.
:? Citoyens, nous sommes prêts à mourir pour sauver la liberté de la Patrie, mais jamais vos Chefs ne se déshonoreront pour l'asservir.
1^ Nous protestons donc, en vertu du droit qui nous compète et que vous nous avez confié, en vertu du droit que nous conserverons toujours, aussi longtemps que votre voix libre ne l'aura pas repris , nous protestons contre toute violence que Ton pourroit vous faire, contre toute atteinte que Ton pourroit porter à votre Constitution, au Pouvoir imprescriptible qui appartient au Peuple de faire ses Loix et de nommer ses Représentants.
::? Nous avons rempli ce dernier devoir. Libres et tranquilles, nous quittons nos foyers et nos biens.
^ Citoyens, dans la terre étrangère où nous allons chercher un hospitalier asile, on nous verra écrasés, mais pas avilis: sur nos fronts purs et sereins Ton recounoîtra vos Chefs
644 CHAPITRE XXXY
:2^ encore, on reconnoîtra aux vœux ardens qu'ils ^ formeront pour votre bonheur, on reconnoîtra :;: à leur honorable pauvreté, qu'ils étoient dignes
::: de vous 1. i:^
A huit heures, nulle illusion n'était plus possible.
A dix heures, par un temps brumeux et froid,
sous la direction du Bourgmestre De Donceel 2,
' Cette Adresse fut imprimée duiis la nuit chez liolleii, et distribuée à I^aube du jour.
tf La dernière rroclamatiou du Peuple LiégeoU devroit être conai- :f ^uée dan» les Archives de L'Assemblée Nationale : c est le sentiment is de la Liberté expirante. Nos voisins, en recevant les menotes du !f despotisme, nous ont nommés leurs exécuteurs testamentaires; et le i? serment de la vengeance est prononcé par tous les Français, f [Cloots, UOrateur du Genre humain, p. 115.]
* Un petit détail biographique peut trouver sa place ici.
Quelques instants avant de partir pour Texil, Donceel rentra chez lui, rue Mont S^-Martin , et sa femme et ses quatre enfants se jetèrent dans ses bras, sf Papa pleurait si fort, si fort, que jamais je ne sf l'oublierai, s? — nous dit un jour, en 1852, la vénérable Mademoiselle de Donceel, qui était âgée de six ans quand elle reçut les demiei's embrassements de son père.
Donceel, en arrivant à Givet, s'alita, accablé par les déceptions, les défaillances environnantes, les dernières heures si douloureuses. Un mois après, le 19 février, il mourait, à 53 ans, fidèle à la pensée de toute sa vie , à la Liberté , à l'Egalité , à la République.
Le 26, Defrance, à la tête d'une députa tion de douze Liégeois, alla remercier le Conseil Municipal de Givet des honneurs funèbres rendus à Donceel. 11 dit ces mots vrais de tout point : ^ Hélas , rien ne peut if adoucir la douleur dont notre àme est navrée dans ce moment, rien ^ ne peut atténuer le sentiment de la perte que la Nation Liégeoise ^ vient de faire, de cette perte qui nous sépare à jamais de ce Chef ^ dont la rare fermeté nous soutenait , qui prive la Patrie de son plus ^ ferme appui, qui nous enlève ce généreux Citoyen dont la plume g: énergique et infatigable développa, fit connaître au Peuple Liégeois, ^ à la Nation, ses droits antiques, réchauffa dans ce Peuple, dignv :s d'un meilleur sort , et le saint amour de la Patrie , et celui si noUc a de la Liberté . (piun long despotisme avait presqu'étcint,... r
une foule de Patriotes, eu armes, bannière déployée, tambour battant, canon au centre et mèche allumée, quittèrent la pauvre Cité, les uns en menaçant, les autres en sanglotant. Ils prirent la route de Huy. Ils se dirigeaient vers la France.
A midi, huit mille Kaiserliks, suivis des troupes Mayençoises et Munstériennes , faisaient dans Liège une entrée triomphante, avec les sonneries forcenées de toutes les églises et de tous les couvents.