LE 18 JUILLET
Liège, où régnent les arts, Liège, nouvelle Athènes,
Charles t'a ruinée et couverte de chaînes.
Loin de toi , par son ordre à Bruges exilé ,
J'y suis resté dix ans, d'outrages accahlé.
Mais ces temps sont passés , de servitude amère :
Me voici de nouveau sur ton sein, ô ma mère.
Le retour aux libres mœurs ranima le commerce, l'industrie, l'agriculture. La Cité et les Bonnes Villes essayèrent de se décombrer. Elles réparèrent leurs murs, refirent leurs portes. Les habitants se rebâtirent à la hâte, ça et là, et comme ils purent, de petits logis 2.
^ figures de cuivre, que Charles de Bourgogne emporta avec le Péron. n [Recueil des Édits du Pays de Luge, 1. 1, p. 187.]
* L'inscription avait pour entête ces mots : Gloriatiti Perona Léo-
DIUM IKSIGNE ANTIQUUM PaTRIAE hic RESTAUKATCM ANNO 1478 18 JULII.
Elle débutait ainsi : Artihus Athcneis, insigncm Carolus olim Vasiavit Legiam,,,, — Cette inscription est transcrite , mais fautivement, dans Loyens, Becueil héraldique des Bourguemestres de la Noble Cité de Liège, p. 189.
* Porro Leodienses diligenter coeperunt renavare sua fossata, reparare muroSy et dirutas in altum ériger e portas; denique in singulis Patriac Oppidis hujuscemodi instanter viguit opus. [Joh. de Los. ihid. y p. 74. ]
Les Bonnes Villes et les Bourgades ne sortirent que lentement *le leurs ruines. La plupart d'entre elles, de manufacturières quelles étaient , devinrent simplement agricoles.
Jjiège garda longtemps de tristes souvenirs de son immense désastre: des maisons petites, des rues tortueuses, des ruelles étroites.
Le malheureux Dînant, sur les ruines duquel Ton avait semé da sel.
La sécurité, pourtant, n était pas complète.
Bourbon, perpétuellement insulté et bravé, tremblait i. Dans ses terreurs tyranniques, il supposait partout des conspirateurs contre sa vie. Il fit périr dans les -supplices ceux qui lui semblaient hostiles ^.
Il avait dans les Echevins des fonctionnaires qui, selon Tusage, lui obéissaient docilement. Il
dit-on, Dinant reparut lui-même comme Bonne Ville, sous son propre nom; mais il ne put recouvrer son ancienne splendeur, sa dinanterie étant anéantie à jamais.
^ Bourbon essayait encore, mais en vain, d'agir en Maître absolu, n se plaisait à croire que les États n avaient pas ressaisi la suprême cUrection des intérêts nationaux.
Le fait suivant le prouve.
£n janvier 1478, Bourbon avait envoyé des Ambassadeurs à Louis XI , pour renouer de bounes et amicales relations entre le Pays et la France. ^ Lesquels ont apporté au Roy Lettres de créance dîMlit ^ Evesqtie setUement j disants que c'estoit du consentement et conseil ss des Ëstats dudit Pays, gf Louis XI défendit à ses Conseillers de rien conclure, tant que les États n'auraient pas autorisé Bourbon à traiter. ^ .... Et pour ce que Ceulx qui sont venus devers ledit sf Seigneur ne lui ont point apporté Lettres des Estats, et les ont s? apportées seulement dudit Evesque de Liège : le Roy n'est pas délibéré stf de envoyer ses Commis et Députez en la Ville de Maizieres-sur- ^ Meuse.... Auquel jour prochainement venant ^ ledit Evesque de ^ Liège et Ceulx desdits Estats pourroient envoyer leurs Commis et ^ Députez, ayant puissance, de par Eulx, pour conclurre et besoigner ^ sur lesdites matières... a [Dans Plancher, Histoire générale de Bourgogne; t. IV, Pr., p. 389.]
* On mettait à la torture le prévenu, puis on l'exécutait, sur le moindre indice qu'il avait voulu attenter à la vie ou à la liberté du Prince. Excusavit se, quod numquam fuit de mente sua , qtwd Dominus Leodiensis occideretur; de captione non negavit; et sic fuit decollatus, et in quatuor partes dimsus. Alii duo fuerunt etiam decoîlati. Iterum decoUaius est unus^eic. [Adrianus, ibid.^ p. 365.] Les dénonciateur» ne manquaient point.