II
donnait à ses vengeances les apparences solennelles de la justice i.
Quoi qu'il fit, il ne réussissait à inspirer ni la confiance ni la crainte. Son autorité était, à chaque instant, discutée et contestée. Les Etat^ lui résistaient. Ils lobligèrent de réduire ses dépenses, et de diminuer le nombre de ses gens d'armes 2.
Bourbon, pour se maintenir, en vint à demander l'assistance d'un Gentilhomme influent, Guillaume de La Marck, qui s'était distingué, pendant les dernières guerres, par son dévouement au Pays, n l'investit des fonctions de Grand Majeur de la Cité, et il le traita avec toutes sortes de prévenances et d'égards 3.
Cette intimité le raffermit, mais ne dura point.
Pour ne pas se compromettre ni démériter auprès du Peuple, Guillaume retira son appui à Bourbon. Celui-ci en devint furieux: il lui ôta l'office de Grand Majeur, l'éloigna de son Conseil , et le fit condamner, pour trahison, par les Echevins. Il réussit môme à le faire bannir par les
* Praesentibus omnibus Scabinis, [ Adrianus, ihid. , p. 366. ]
* Quicongregati ordinaverunty qiiod Dominus Leodiensis diminue^-et statum suum ad tertiam partem, ita quod habuerat très eqttos, in expensis Dominiy habereé unum. [Id, , ibid, , p. 368.]
* Dominus vero Wilhélmus de Marcha , Domino Leodiensi recoficiliûtus, etjam Major SctUtetus Leodiensis foetus fuerai, etc. [Joli, de Los, t6i(/. , p. 75.]
Guillaume de La Marck avait honorablemeut combattu dans les guerres contre le Duc de Bourgogne.
Etatis i, aui détibérationH desquels il avait eu soin d'être présetit ^^ (Lundi 4 septembre 1480.) La situation, déjà troublée, s'aggrava de ces attentats. La misère était grande, et le pain hors de prix, les récoltes ayant manqué. Une maladie épidémique sévissait. Les Ilouilleurs, au désespoir, se refusaient à descendre dans les bui-s. On ne faisait qu'arrêter et que pendre, pour conserver l'ordre '^.
* La Cité iivuit refu.sé de bannir Guillaume. Disacnsiu inter Dominum Lcodiensem et Domimun Wilhelmum de Marka refwvata est... JSt Domintiê Leodiensis inœepU eum timere... Qtiaprcptcr Dominus ZiCodiensis dedaravU eum inimiùum tutim, et voluit eum prodamari; sed Civitas noluit. Le 4 septembre enfin , fuit proclainatus Doniinus
Wilhelmus de Arewberg hànnitus extra Patriam Leodiensem, prae- 9€fite Datnino Leodiensis et eum sonitu tubae, etc. [ Adrianus, Und., p. 372.] ^
U y eut plusieurs cris de bannÎBSeineut. Voici le premier : if Cry prodamé au Feron à Liège le qtuUtrieme septetnbre de lan 14dO. ^ Lon faict asscavoir de parte mon très redoubté et souverain Seigneur ^ et Prince, Monseigneur de Liège, les Maistres, Ëscbevins, Jureiset as Conseil de sa Cité , en ensuivant le contenu de la sentence pronunchee ^ et publiée à Liège par les susdits Maistres , Esche vin s et Jureis le if 4*^ jour dudit moix de septembre , quil ne soit nul ou nulle , de quelsi concque estât , vacation ou condition que ce soit , qui , de ce jour en ^ avant, face ou donne confort ou assistence, en quelconcque manière ^ que ce soit, à messire Guiîlamne de la Marche, Tilman Dheur et ^ autres ; ses complices et adherens, plus au loing dénommez auxdittes ^ lettres de sentence, et ce sur incourir es pênes, touttefois et si souvent ^ que trouvé seroit , contenues plus au loin esdittes lettres , et autres ^ lettres, crys et publications sur ce faictes. ^
- Louis de Bourbon , contrairement & l'usage , ne se faisait pas représenter par son Chancelier aux Journées des Etats : il y assistait en personne, pour influencer les Députés. Dominus Leodiensis in talibus DiaetiSj scmpcr personulitcr dicebat vcrhum suum. [Adriauus, ibid.. p. 368.]
* Lcodii erut maynn vuristia.... Unde Ministcrium lîuUariorum
200 CHAPITEE XI
Guillaume s'était réfugié vers Bouillon, en Ardenne. Il résolut de combattre Bourbon à force ouverte. Il fut soutenu secrètement par Louis XI , Roi de France , qui comptait regagner Tamitié des Liégeois, si fièrement campés au milieu de ses ennemis.
En peu de temps il se créa, avec des mercenaires Suisses et Français, une petite armée, dans laquelle vinrent s'enrôler les fugitifs, les bannis. Il vêtit ses hommes d'un hoqueton rouge, avec une hure de sanglier brodée, en guise d'épaulette, sur la manche gauche. Ils en reçurent le surnom de Sangliers iï Ardenne ^.
Au mois d'août 1482, Guillaume se trouva en mesure d'entrer dans le Condroz. Il avait alors auprès de lui environ douze cents cavaliers et trois mille piétons 2.
(lausum fuit super totam Communitatem, et accesserunt ad Mdgisiiros, d locuti sunt dure,,,. Et incoepit res esse in periculo. Sed Dominus Leodiensis iîlo sero rediit , et in crctstino fuerunt dtio super Forum deâollati... Et fuit extinctum, [Adrianus, ihid., p. 373.]
* gf Lesquels Messire Guillaume fist vestir et habiller de robes .< rouges, et à chascune desdites robes, dessus la manche senestre, y cf fist mettre une hure de sanglier. ^ [Chnmiquts du Boy Louis XI ^ adann. 1482.]
A liiège, par Sanglier d Ardenne^ on entendait plus particulièrement Guillaume. CruUlermus Marchianus, quem Arduennae Aprum Leodii vacant, [Gaguini Berum Gallicarum Annales, foL 159'; Naucleri Chronicon, t H, fol. 297, etc.]
^ Et essent circiter mille et dmenti équités, et tria mUlia pedUum, [ Adrianus , ibid, , p. 377. ]
L^armée de Guillaume devait être plus nombreuse , en approchant de Lièfre. Bourbon avait à lui opposer environ vingt mille combattants.
Sa marche fut prompte, car partout oû lui faisait accueil.
Le mercredi 28 août, il quitta Franchimont^ et s'approcha de la Cité i.
Lorsque Bourbon eut nouvelle de cette venue , il fut pris d'eflfroi. Il ne savait de qui implorer des secours. Il réunit les États, pour protester de son attachement au Pays. Les Etats lui répondirent qu'ils n'avaient pas à lui fournir des soldats, et qu il eût à se défendre avec ses propres ressources. Ce mauvais vouloir le jeta dans la consternation 2.
Il courut à Huy, où il avait toujours trouvé une aide débonnaire. Il y recruta un certain nombre de Nobles du voisinage, et il obtint de chaque Métier un contingent de dix hommes bien armés. Il ramena précipitamment cette poignée de gens à Liège > dans la matinée du vendredi 30 août 3.
* A Liège , presque toute la population était favorable à Guillaume. MuUus murmur fuit in Populo; sed nullus audébat dicere quod senikbat. Et aperte fuit dietum quod Dotninus Wilhelnms dicebat, si ventre^r in eampum, quod hene medietas Populi esset cum eo. [AdrianuB, ibid., p. 375.]
* A Liège, tous les Bons Métiers avaient été d^accord là-dessus. Sequelae fueruntportatae coram eo, quae quasi fuertmt eaedem, scUicet, quod Patria demandaretur , et quidquid tune ordinaretur, ipsi essent paraii; sed noîlent amplius solvere stipendia; sed personaliter defendtrese. Haec sequela nonplacuit Domino.,. [Id., ibid., p. 376.]
> Cûrca vesperam , dietum fuit Domino in Hoyo , quod inimici essent prope Leodium... Et parum iUa node dormivit; et cirea quintam haram de mane, intravit Civiiatem cum omnibus qui cum eo erant in
Le même jour, vers quatre heures, il apprit que Guillaume était entré à Chênée. Il réunit sa troupe sur le Marché. Il fit distribuer le vin , monta à cheval, et prit le commandement. Il marchait avec le vieil Étendard de Charlemagne, voulant faire accroire qu'il combattait pour la cause Liégeoise. Il encourageait, il sollicitait. On ne lui répondait pas i.
A peine avait-on franchi le Pont d'Amercœur, que les Bons Métiers refusèrent d'aller plus avant. Ils s entredisaient : :;: Allons, marchons!.... Mar- ^ chez , vous autres 2 ! ^
Bourbon fut suivi seulement des Hutois et de ses Feudataires Hesbignons. A une lieue de Liège, au-delà de Grivegnée, il rencontra Guillaume de La Marck. Il engagea l'action. Il fut repoussé, laissant sur le terrain plus de cinq cents morts 3. Comme il fuyait vers Liège, il
Hayo , et de quolibet Ministerio Hoyensi X viri electi ; pulsatumque fuit in S. Lamherto. [ Adrianus, ibid., p. 377. ] — La grosse cloche d'alarme d£ S^-Lambert ne cessait de sonner (recoper), comme si la Patrie était en danger.
* Accepta igitur omni Populo, qui secum erat, et Standerio quod portabat dominus Johannes de Horne, canonicus Leodiensis, absque dispositione et ordine exiverunt versus Chaynee, putantes ptimo ordinationem suam facere in campo.... Ad quod nullus respondit [Jd-, ibid,, p. 377.]
C'est la dernière fois que le précieux Etendard de Charlemagne fat porté à la guerre.
* Ministeria stabant ad Pontem Amaricordis, disputantes quis iret , dicendo : Vade , tu ! Vadat , Ule ! [ Id. , ibid, , p. 378. ]
" L'action eut lieu dans les basses- terres, entre la route actuelle et rOurte. Sic Dominus descendit ad ripam absque ordine, juxta
fut atteint près du moulin de Wez, au moment où il ôtait son casque, et il reçut un coup d'épée en plein visage i. Voyant Guillaume, il lui pria merci, à mains jointes. Guillaume fut sans pitié: il frappa ce lâche à la gorge, et lui fit donner le coup de grâce par un de ses gens d'armes 2. Blessé à mort, Bourbon tomba de cheval ^. Son corps, mis tout nu, comme celui d'un insigne malfaiteur, fut jeté dans TOurte, et
FofUem de Weze, [Adrianus, îW<^., p. 378.] Elle s'engagea aussi bien sur la route, que dans les jardins et les prés. Ceciderunt tiihUominus sparsim hinc et indeper vias, hortos etprata non minus, praut ferehatur, quingenti, [ Joh. de Los, ihid., p. 82.]
Ainsi Bourbon , après le premier choc , où il eut cinq cents des siens tués , ne put tenir , et s'enfuit.
• Unus praecedens percussii eum cum gladio in fronte. [ Adrianus , »WJ.,p. 378.]
^ Et Damvnus Leodiensis, ut ridit dominmn Wilhelmum, junctis manibus, petiit veniam et vitam; sed dotninus Wilhelmus percussU eum in collo, etjussit uni, ut occideret eum y qui dédit ci etiam ictum 4n collo. [ Adrianus, ibid., p. 378.] — ^ Il luy bailla d'une taille sur -sf le visage, et luy mesme le tua de sa propre main, ^s {Chroniques
de Liège, ]
Les Chroniqueurs étrangers contemporains disent également que Guillaume tua de sa main Bourbon. ^ H desconfit ledict Evesque en # bataille, et le tua de sa main, s^ [Commines, ibid., liv. V, ch. 16. J ManupropricL,, crudeliter gladio in cervicem ipsim impacto, trucidavU. [Basin, Historia Begis Lu4ot>ici XI, 1. 111, p. 114.] - Et manu sua necat, disent aussi Gaguin, Rerum Gallicarum Annales, fol. 459': Naucler, Chronicon, t. II, fol. 297, etc.
Au siècle suivant, nos circonspects Annalistes, pour être agréables à Érard de La Marck , insinuèrent que son oncle Guillaume n'avait pas tué de sa main Bourbon. Ce mensonge officiel, évidemment, aurait peine à être accrédité.
- Et tune cecidit Dominus Leodiensis de equo in aquam mortuu^ , ante Fontem de Weze. [Adrianus. ihid.,^. 378.]
croupit deux jours sur le gravier ^ On lui enviait lenterrement 2.
Guillaume entra dans la Cité, aux acclamations de la population entière, car il venait de parfaire, par la mort de Bourbon, le renversement de la domination Bourguignonne.
Son nom fut célébré partout, comme celui du vengeur et du libérateur de la Patrie 3.
* ^ Il feit gecter le dict Evesque en la rivière , lequel y demoura trois n jours, ^ dit Commines; i&i(^., liv. V, eh. 16. — "Et armiè ac indumentis ccuieris spoliatus, asque ad tertium diem in eo loco jacuit nudus. [Basin, ibid,, t. III, p. 114.] — ^ U cheut mort par terre, puis fat if despouillé tout nud , et rué en la rivier. ^ [Les Cranicques de Jehan Molinet, chap. 88, etc.] ^
* Sur les prières de quelque? dignitaires ecclésiastiques , on permit aux Frères Mineurs d*aller ramasser le cadavre de Bourbon : ils le rapportèrent sans cérémonie à la Cathédrale, et Tenfouirent au plus tôt. ^ .... Puis fut enteré au ceur bien simplement devant le grand auteil; ^ et encor, fust à la request daulcuns grans personaiges^ car on ne le fi volloit lesser enterrer.... ^ [ Chroniques de Liège. ] -- Episcopi occisi corpus etiam sepuUura privare voîuit. Tandem vero intra Urhem deîatum sepeliri, sed sine omni solemnitate^ passus est, [ SufFride, ibid.. t. m, p. 202.]
' C'était surtout en libérateur, que Guillaume entrait dans la Cité. Mox igitur se liberatorem et non oppressorem Patriae declaravit [Id, tbid.y p. 202.]
fi Lan M. iiij« nij« et ij , retourna Noble Woillant Homme Mesigneur fi Guilhera de La Marche à Liège, fi [Notule du temps. ]
IjC Pays. — Guillaume de La Marck est élu Mambour. — Son fils Jean est postulé Prince-Evêque, — Leurs efforts pour recréer la Nationalité Liégeoise. — Succès divers. — Jean de Horne est imposé par le Pape comme Prince-Evêque. — Il jure de maintenir l'indépendance politique du Pays de liiège. — Son hypocrisie. — Il fait mourir Guillaume de La Marck , le sauveur de la liberté nationale.
L'œuvre de la reconstitution nationale devait se faire peu à peu.
Dès le lendemain de la mort de Bourbon, le samedi 31 août, les Etats s'assemblèrent ^
Guillaume de La Marck leur fit un narré des derniers événements. S'il avait tué le tyran , s'il était entré de vive force dans la Cité, c'était uniquement pour remettre en liberté le Pays.
Les Etats applaudirent a toutes les justifications de Guillaume de La Marck. Ils le remer-
* Dans ce temps de guerres civiles, il n*y a plus de Patrie, semble-t-il. Le Chroniqueur est silencieux sur les malheurs publics qui ne le touchent point. Les sources sont bien peu abondantes , en un mot.
cièrent. Ils lui déférèrent la Ma/mbournie, afin (rachever la délivrance i.
La Marck fut un Mambour ferme et loyal, désireux de ramener la sécurité publique. Il rappela les bannis, et leur recommanda loubli du passé. Bien qu'il fût placé dans des circonstances diflîciles, il ne souilla son administration par aucune violence 2.
On lui fut reconnaissant de ses services. Le samedi 14 septenjbro, le Chapitre Cathédral désigna son fils Jean pour Prince-Evêque 3.
Ces actes réitérés, éclatants, attestaient que
* Guillaume fut applaudi , surtout, lorsqu'il dit qu'il n'avait pris les armes que pour sauver la liberté du Pays. Inier quae verba..,. saepe ingemiscens, et negotium tam diu neglecfum artificio exprohranSy se venisse in Civitafem non obaliud, quam \it Ulo confecto, Leodios Lihertati restituerety sacramenfis plnriJnts comprobavit [Placentii Caiailogus Antistitum Leodiorutn , p. 190. J
* Manb^irnus Patriae... nobilis et generosm ac strenuus Vif dominus Guilhelmus de Marha , lit-on dans un document.
Les Historiographes Bourguignons, dans leur haine contre la Nationalité Liégeoise, représentent Guillaume de J^a Marck comme une sorte de Chef de bandits à la physionomie farouche. Ph. de Commines. en chroniqueur-courtisan , le crayonne ain^i : ^ Messire Guillaume do if la Marche, ung beau Chevallier et Vaillant, très cruel, et mal ^ conditioné, qui tousjours avoit esté ennemy de la Maison de Bourse gongne, en faveur des Liegois.... ^ [Mémoires , liv. V, ch. 16. J
* Statuerunt praesentes Canonici in favorem Domini Wilhelmi, domicellum Johannem, fîîium ipsius Wilkelmi, tune majoris Eeclesiae Canonicum, in Episcopum postulât e, [Johannis de Los Chroniaoït Leodiense, dans les Anaîecta Leodiensia , p. 85. |
Durant sa postulation , Jean s effaça tout à fait. On a de lui quelques monnaies avec cette légende : Johannes-Dei-^ratia-Postulatus-J^odiensis. [Dans De Renesse, Histoire numismatique de la Pritwipauté de Liège, t. I, p. 48.]
le Pays de Liège était rentré en possession de lui-même.
C'avait été sa volonté,
Maximilien d'Autriche était Souverain des Pays- Bas, à titre d'époux de la fille unique du Duc de Bourgogne ^
Imbu des idées de son beau-père, il traita d'insurrection le rétablissement de la Nationalité Xiiégeoise.
Sans pourparlers ni défi, Maximilien réunit ses bandes, et envahit la Hesbaye. Il força Saintron à capituler, et emporta, sans coup férir, Looz, Hasselt , Bilsen , Maeseyck , qu'il livra au pillage. Il se présenta devant la Cité, pour en faire le blocus. Après quelques rudes escarmouches, il fut contraint de battre en retraite 2. Il se replia sur Tongres, qui lui ouvrit ses portes, après trois semaines d'une énergique résistance 3.
A leur tour, sous la conduite du Mambour, les Liégeois pénétrèrent dans le Limbourg et le rava-
*■ Par le mariage de la fille unique du feu Duc de Bourgogne avec r Archiduc Maximilien d^ Autriche, les vastes possessions Bourguigrnonnes devinrent, en 1478, des Provinces de la Monarchie Autrichienne , et cessèrent d'exister comme Etats indépendants.
^ .... Et print larmee son logis à une lieue près de la Cité. Et if sortirent dicelle plusieurs notables Personnaiges de guerre, qui ^ livrèrent à Ceulx de larmee plusieurs dures et fêles escarmouches , «ff qui vigoreusement furent sustenues.... Et fut la retraite fort hono- ^ rable. «s [Les Cronicques de Molinet, chap. 89.]
' Qui videfdes se contra Leodienses nihUprosperare facturos , contra Tungrenses mox se diverttmt,,,. [Joh. de Los, ibid., p. 84]
gèrent. Ils reprirent Tongres. Ils coururent au Château de Sichen , qui était assiégé par les Bourgeois de Maestricht. Ils massacrèrent cinq cents de ces derniers, et poursuivirent le reste jusqu'aux avenues de leur Ville , laquelle faillit être surprise 1. Etant entrés dans le Brabant, ils saccagèrent et brûlèrent Landen. Au retour, à Rosoux, ils furent attaqués par environ sept mille Bourguignons : ils en tuèrent six cents , et dispersèrent les autres ^.
Le Mambour obtint ces succès par sa persévérance , par la rapidité de ses marches et Thabileté de ses manœuvres.
Entretemps, quelques Chanoines -Tréfonciers dissidents , réfugiés à Louvain , se plurent à élire Prince-Évêqua un des affîdés de Maximilien, le Sire Jean de Horne, Chanoine de la Cathédrale.
Le nouvel Elu usa de tous les moyens pour faire réussir sa postulation. Il envoya une députation au Pape, qu'il fit juge de ses droits à la Principauté.
Cette compétition renforça les inimitiés. L'hi-
' Quorum Trajectensiufn fere quingenti dicebantur inierfecH, et amplius quam centum captivatij cufn gaudio ad Leodium recurreniSHts occuffii Dominua WUhelmtM*,.. [ Joh. de Lob, ibid,, p. 85.]
* WUhélmus cum suis armigeris ferocissimis , ulira quingentos ocddUy et praeter praedam Ulis irrogatam plurimos pauperes inermes dd Leodium seeum adduxU. [Id. , ibid. , p. 8&.]
Pour le pieux Chroniqueur Jean de Looz , abbé de S^-Laurent lez- Liège > 1«B sdidate féroces y ce sont les Liégeois, non les Bourguignons envahisseurs et pillards.
ver même ne suspendit point les opérations militaires 1.
Maximilien travailla, pour affaiblir le Mambour, à lui ôter ses alliés. Il ne sollicita pas en vain le Eoi de France. Louis XI, par le Traité d'Arras, du 23 décembre 1482, s'engagea en effet à ne plus fournir de secours, directs ou indirects, pour faire la guerre au Duc 2.
Le vendredi 10 janvier 1483, les troupes de Maximilien, au nombre d'environ douze mille soldats, entrèrent en Hesbaye. Elles assaillirent le Château de HoUogne sur Geer, que défendaient huit cents piétons et cent soixante cavaliers ^.
* Bdlum occasione partium in Terra Leodiensi quotidit accepU augmentum, illis faventibus, istispro alio decertantibus. [ Joh. de Los , ibid.y p. 85.]
* Voici cette clause du Traité d'Arras : ;* Item. Sur ce que les ^ Ambassadeurs de Monseigneur le Duc d^ Autriche et des Estats de ^ ses Pays, ont requis que le plaisir du Roy soit déclarer, par ceste :f paix, qui! ne fera et quil ne soufirira bailler, par quelque voye directe ^ ou indirecte, aulcune aide, secours ou assistence de gens ou dargent sf à Messire Guillaume B^Aremberghe, et Liegois adherena à luy, if faisans la guerre au Pays et Ducé de Brabant,... et mesmement, que ^ son plaisir soit mectre hors de son service et habandonner ledit ^ Messire Guillaume : a esté respondu , quen ensuivant larticle cy- ^ dessus, faisant mention des Amitiés et Alliances, le Roy, la paix ^ faicte, assistera et aydera mon dit Seigneur le Duc, et Ceulx de 3? Brabant et aultres des Pays dudit Duc , contre tous Ceulx qui les :^ Touldront nuire. ^ [ Dans Dumont , Corps universel diplomatique du Droit des Gens, t. lU, p. 106. ]
* Lorsque Tarmée Liégeoise arriva en vue de Hollogne , la garnison avait capitulé , et venait d'être emmenée dans le Brabant. Ce fut un amer mécompte pour le Mambour, de trouver Tennemi en possession de la place ; ses plans d'attaque étaient contrecarrés.
L#e Château de Hollogne . n en juger par les vestiges de «es anciens
210 CHAPITKE XII
Le Mambour, qui avait réuni à peu près vingt mille hommes, apparut bientôt, et risqua la bataille 1. Il recula devant le feu bien nourri et bien dirigé des serpentines et des bombardes Bourguifïnonnes 2. i\ rallia ses milices, et recommença vivement le combat: il se vit encore repoussé. x\près une troisième et sanglante attaque , il fut mis en déroute , laissant sur le terrain trois mille morts. (Jeudi 16 janvier 3.)
Le Mambour ne fut pas accablé par cette terrible défaite. Il persista dans le dessein d'expulser Tennemi du territoire national.
Les timides, alarmés par les traîtres, s effrayèrent de cette résolution. Ils requirent le Mambour de cesser toutes hostilités, et de replacer le Pays, à tout prix, sans retard, sous le patronage de Maximilien '*. Ces conseils, loin
fossés, était une vaste forteresse. Il a disparu eu grande partie. Ce qui est apparent, n'est qu\in assemblage de constructions du XVI* et du XVn« siècles. Tout cela est inhabité et délabré.
* Nam exercitus adcersarioriim fer ébahir esse non minus duodeciin millium pugnatorum ; in nostro rero exercifti non minus duplc diccbantur esse aut plurcs. [ Joh. de Los , ihid, , p. 80. ]
' Adversarii..,, imposito igné in suis serpentinis seu bottibardis contra ad ventantes hosies opportune emittere studuer^int, [Id,, ibid,, p. 87.]
' Dominus Wilhelmus.,,, in setanquam ko freniens, œllectis suis equitïbuSy cantra inimicos rursum agmen in ordine posuit, etc. [Id,^ ibid., p. 87.] — n Et furent occi plus que trois rail Ligois, sans les jf oecy en fuyant... s? [Chroniques de Liège.]
* Ce fut eu pleine assemblée des Etats, paraît-il, que se produisirent ces peureux conseils, s? Quinze jours après la journée de Houlougue.
1482 — 1485 2il
d'être ééoutés, exaspérèrent le courageux Guillaume. Sur son ordre, deux des Bourgeois qui avaient lé plus insisté pour la soumission, furent assommés à la sortie de Taudience. Il fit publier que quiconque crierait paix, encourrait la peine de mort i.
Guillaume était plein de confiance dans la justice de sa cause et la réussite de son entreprise.
Il se remit en campagne.
Maximilien ne fut pas pris au dépourvu. Il
se présenta devant Liège, mais il n'osa rien
tenter. Il bloqua Tongres et s'en empara, tomba
sur Bilsen, qu'il incendia, et s'en vint investir Huy2.
Le Mambour attaqua Maximilien dans ses retranchements , et le serra avec vigueur ^. Il le
f eu plein Couseil, assemblé pour le bieu du Pays, les Maistres de la :f Cité doolcement remonstroient la désertion du Pays , et la puissance ^ d'Austriche et de Bourgongne.... ^ \^Les Cronicques de Molinet, chap. 113.]
* Veruni daminus Quintinus una cum socio stw.... statim ut depacis inodo inveniendo loqui coepisseni, crudelUer ante januam ctdyiculi jusH sunt ùccidi. [ Joh. de Los , ihid. , p. 88. ]
En somme , Guillaume tenait pour traîtres ceux-là qui lui faisaient le plus d'opposition , et qui parlaient dotUcement de se soumettre à Maximilien, pour le bien du Fays,
* Prtieterea Dux Maximilianus personaliter venit in exercitum SHUrtn, et statim ahsqtie ohsidione, contra Leodium coîlocanda, revocato exercUu retrocessit. Versus Oppidum Tungrense tendens , etc» [Id. , /ôï(f.,p. 89.]
^ Sed Dominus Wilhelmus, una c-uw* suo fratre Everardo, virditer ut leanes sese per vrébras excursio^nes objecerunt, magnam latidcm inde sibi reportantes. [Id.j ibid.f p. 89.]
contraignit à demander une suspension d'armes \ Après une courte conférence, ils scellèrent à Huy, le jeudi 10 avril, un concordat, lequel fut proclamé au Pérou de Liège le dimanche suivant 2.
Par ce traité, Maximilien renonçait, en qualité d'héritier des Ducs de Bourgogne, au droit que ceux-ci s'étaient arrogé , de régler les affaires intérieures et extérieures du Pays de Liège.
Aussitôt après, les troupes Bourguignonnes évacuèrent le territoire ^.
C'était, enfin, la délivrance.
Tandis .que le valeureux Mambour et son fils soustrayaient ainsi la Patrie à l'oppression, l'élection de Jean de Horne était confirmée par le Pape, circonvenu par les émissaires de Maximilien.
Guillaume s'irrita de cette décision inqualifiable; cependant, il finit par y acquiescer.
Il ne fit aucune tentative pour maintenir sou fils. Il se déclara même prêt à se démettre de
' Unde factum est quod in ociavls Faschae treuga inier Ducem Maximilianum et Manhurnum Patriae Leodiensis , sttb spe pacisei concordiae^ exstitit proclamât a, [Joh. de Los, ihid., p. 89.]
* Et deinde in Leodio dominica sequentij cum magna Pcpuli îaetiiiay voce praeconia et tibicinum modulatione in Leodiensi Foro, pax ùUer partes hactenus dissidentes solemniter exstitit denuntiata. [/rf., ibid., p. 89.]
' Quare Burgundiones coepenml extra Patriam Leodiensem reccdere, [Id. , ibid. , p. 89. ]
CVst en ces mots si brefs , que le partial Chroniqueur constate le grave événement de la retraite des Hoiirguignons , de raflPranchiese- 1 lient de la Patrie.
la Mambournie, si Jean de Horne reconnaissait rindépendance politique du Pays i.
Pour arriver à une complète pacification , il y eut un congrès à ïongres -. Jean de Horne s'obligeait à renoncer à toutes ses alliances, et à n'en contracter de nouvelles qu'avec le conlentement des Trois Etats ^. Il proclama une amnistie générale ^. Il s'engagea, tout particu-
* AféPio IISI , Ârenbergiuit..., cum jum Hornei contlrmatio tandem Uornœ expedita esset, ifiterces»iofie aliquot Principum, pacem cutn Horneo composuity Episcopatusque pro filio pditioni cessU. [Suffridi Chronicon Lcodiense . dans les Gesta Pontificum Leodiensium , t. UI , p. 205.] •
Pour ramener la tranquillité , le Manibour , ou le voit^ ne balançait pas à sacrifier ses intérêts personnels à ceux du Pays; il obligeait sou fils à renoncer à la Principauté.
- On stipula, tout d'abord, le licenciement des soldats; a Item, ss Incontinent ladite paix conclue, mondit Signeur de Liège et ledit ^ Messire Guillaume se feront quictes de tous leurs gens de guerre , et ^ les feront wy der hors dudit Pays de Liège , à la moindre foulle du ^ Peuple que faire se pourra. ^ [Dans le Fâweîhâr; dans les Analecta Leodiensia, p. 751, etc.]
' if Item. £t se mondit Signeur de Liège at fait quelque Alliance 0 avec quelcunque Prince, Signeur, Cité ou Bonne Ville que ce soit, ^ il serat tenu de y renunchor, et ne se pourat allier doresna vaut à ^ quelcunque Prince ou Pays, quel quil soit, sans le consentement ^ desdits Ëstatz. a [Ibid,]
* 0 Item. Tous cas comis par faict de guerre, roberies, pilleries, ^ courses et autres exploictz de guerre , de fait de lune partie à lautre , ^ tant par gens deglise comme aultrement , seront pardonnez et aboUy s , fi réservé les proprietez et treffons des heritaiges, ausquelz chascun sf retournerat tant dung costé comme daultre, et à tous ses aultres ^ biens quelz quilz soyent, en lestât tel quil les trou ver at ^ sans ce que ^ jamais pour lesdites pilleries, roberies ou autres entreprises faites n jusques au jour de la présente paix, en quelque manière que ce soit, ^ Ion en puist faire poursuitte ou question aulcune pardevant juge sf ecclesiasticqne ou aultre quel quil soit ^ [Ibid.']
214 CHAJ^ITBE XII
lièremeiit , à protéger , même par la force , Cfiiillaiime et ses adhérents, quant aux faits antérieurs i. 11 leur adjugeait, en outre, de grosses indemnités en argent -.
Le besoin de repos fit souscrire les Trois Etats aux onéreuses prétentions des La Marok et des Horne. L'arrangement fut scellé le samedi 22 mai 1484 K
^ ^ Item- Moiidit Sigutîur de Liège , Ceulx qui scelleront la paix . ^ et pareillemeut les Trois Ëstats dudit Pays de Liège , promecteront ig de ayder à defiendre et garder de force ledit Messire GtUllaume . ss et ses Frères et Adherentz, avec leurs Serviteurs audit Pays de if Liège, pour tous cas advenus et passez. ^ [Ibid,]
* Ou eut à payer à Guillaume trente mille livres , et huit mille à sou frère Robert; à Jean le Postule, onze mille livres; à Frédéric de Montigni, Comte de Uorne, vingt-quatre mille livres , etc. , — toutes sommes à recouvrer par tailles et gabelles.
' ^ Ce fut faict, passé , conclu et accordé en laditte Bonne Ville de ^ Tongre , où lesdits Princes et leurs dits Amis et Adherenz , avec les ^ Trois Ëstatz dudit Païs de Liège, Duchéjde Bouillon et Conté de Looz ss furent assemblez , le vingte deuzieme jour du mois de may lan mil ^ quattre cent quattre vingt et quattre. s?
Ce même jour. 22 mai 1484, les Bonnes Villes ratifièrent, par divers actes, les principales résolutions du Congi'ès. Lun de ces actes débute ainsi :
^ A tous Ceulx qui ces présentes Lettres verront ou ommt, l/es :f Maistres, Jurez, Conseil et toute la Communalté de la Cité de Liège ^ if des Bonnes Villes de Huy, de Dînant, de Tongres, de Saintrond. if de Fosse, de Thuyn, de Covin, de Lo^ , de Hasséltj de Herck. ^ de EycICy de Brede, de Blise, de Beringhc et de Stockhem, salut et is cognissauce de vérité. Comme pour parvenir au traictiet de paix , Si mère de tous biens , et faire cesser les divisions et discors qui , à ^ loccasion de la guerre ^ estoyent essoups et meus es Pays de Liège, :ff Ducie de BuiUon et Conté de Loz, depuis le trespas de feu messire a Loys de Boui'bou , eu son vivant Ëvesque dudit Pays : Révérend if Père en Dieu bault et puissant Prince et uostre très redobté Signeur ^ Monsigneur Jehan de Homes, £sleu-Coufermé de Liège, l)uc de
Ce ne fut pas* «ans diflBculté, que Jean de Home obtint de TEmporeur Tinvestiture de la Principauté. Frédéric III était bien loin, guerroyant. Le Magistrat de Francfort, selon la coutume, accorda d'urgence les Régaux, le samedi 23 octobre 1484 ^
Le dimanche i novembre, l'Elu fit sa joyeuseentrée dans la Cité 2. Il prêta les serments prescrits en cette circonstance solennelle. 11 jura 'd observer les loi» nationales , notamment la Paix (le Fexhe ^.
^ Buillou et Conte de Loz , pur ladviis ^ conseil et meure délibération fi de ses prochains Parens et Amis, ensemble des Estas de sesdits if Pays de Liège, I>ttcie de Buillon et Cont« dfe L002, euist consenti et ^ acc(x-dé que Me»sire Guilleme de La Marck^ Chevalier, Signeur fi d'Aigremont, Manbour des Eglise et Pays de Liège,- de Buillon et ^ de Loz, en recompense des despens, charges, coustz, frais et missions fi quil luy a convenu soustenir et supporter pour la Garde, Tuition et fi Deifense desdits Pays , aura et reeepvera trengte milles livres de fi quarante gros, monnoies de Flandres, à payer et délivrer ladite fi some de trente mille livres, telz que dis sont, audit Messire fi Guilleme.... fi [JWdf.]
• Ce ne fut que le mercredi la octobre 1484, que Jean d^e Horne se trouva en mesure de demander l'investiture de la Principauté, Regalia. 9m Imperiakm Invesiik*ram de Fendis et Diomimis Eeéksiae unirersi$ Leodiensis a Sacro Jiomêmo In^rio dependevtt^ms» Dans sa requête, il s'intitmle : Johannes de Horne Bti et Apostolici Sedis grcstia Eleekm-Confwmatus Leodiensis, [ Dans le Pâwelhâr. J
* Veniente ergo die ad hoc constituto, quo dominus ETectus et ConfirmcAus in CivUatem suam Leodiûnsem intromsari déberet,, , septima videlicet novemhris, etc. [ Joiu de Los, ihid,^ p. 91.]
' On trouve un court procès-verbal de la Joyeuse- Entrée de Jean de Herne dane les Analeeta Leodiensiu , p. 767.
Voici quelques passages du serment, qui viennent a Tappui de notre texte :
Ego Johannes de Hoerne, Electus-Cofifirmatus.jm-oquoécanonice
216 CHAPITEE XII
La reconstitution politique et sociale du Pays de Liège se trouvait ainsi accomplie ^
Devenu Prince légitime , Jean de Horne ne sut pas se montrer digne du pouvoir. Il oublia ses promesses. -; 11 ne fut que le zélé serviteur de son puissant voisin , Maximilien d'Autriche.
Dans la Cité, il lui avait fallu vivre en bonne intelligence avec Guillaume de La Marck, dont la popularité s'était accrue depuis la pacification du Pays. Il lui donna des marques notoires de déférence ; il leut môme plusieurs fois pour compagnon de lit, comme c'était l'usage entre amis intimes 2.
Cette hypocrisie eut un dénoûment.
Le Prince et Maximilien avaient comploté la mort de Guillaume, dont l'énergique patriotisme les gênait.
Au mois de juin 1485, Jean de Horne invita
sum adeptus Episcopatum ;.., quod fidelis ero Ecdesiae et Patriae;... et quod Pacem, qitae dicitur de Fexhe..., observaho.
11 était entré daus la Cité avec les cérémonies usitées. Joannes de Horne, Episcopus LeodiensiSy Civitatem intrans, jurât pro more autiquo in Faces de Fexhe et de Tangre, Privilégia et Franchisiiis Civiutn, Quo juramento a Principe praestiio, Consules imperani nperiri portas Principi, [ Dans Bartoldy , Epitoma Chartarum Civiiatis LeodiensiSy § 246. ]
* Respirabat post tôt calamitates Eespublica hâc novâpace. [Fiaen , llistoria Ecclesiae Leodiensis, t. II, p. 298.]
* Et praedicta inter partes pridcm dissidentes amicitia continua
crcscere videretur, in tantiim quod in lecto uno cum Domino EpisccpOn
Wilhèlmus de Arenberch nonnunquum post obsonium, quod saepe
usque post mediam noctem protenditur , simul dormirent . etc. [ Job.
de Los, ibid,^ p. 91.]
Guillaume à des fêtes qui se célébraient dans la Bonne Ville de Saintron ^.
Le vendredi 17 juin, -après le dîner, les convives firent une promenade à cheval hors des murs. Le frère du Prince, le Sire de IVlontigni 2, descendit de cheval , et invita ses compagnons à faire de même. En discourant, ils parvinrent à un bocage. C'était une embuscade 3. Des soldats suivirent tout à coup, et saisirent La Marck sur un signe de Montigni. Celui-ci alors s'écria : -^ Messire Guillaume, je vous tiens donc où je î:: vous déslrc depuis si longtemps ! ^ Guillaume répondit: ^ Montigni, je ne te savais pas traître ::f à ce point-là ^. ^
Guillaume fut lié sur un cheval, ot Ton partit
* (kwûocaJtus ad spectacula quae in Sancto Trudone gerebantur. [ Joh. de Los, ibid., p..92.]
* Frédéric, Sire de Montenaken, en wallon Montigni , était le frère du Prince-Evêque. Pour mettre la responsabilité de cehii-ci à couvert, Frédéric était porteur d'un écrit de Maximilien d'Autriche, qui Tengrageait à se défaire de Guillaume , par tous les moyens , dans le plus bref délai.
U y avait accord entre * eux tous, on le voit, pour commettre
Tassassinat.
» Ce fut le Prince lui-même qui , avec ses longues causeries , amena Guillaume dans Tembuscade. Intérim dominus Episcqpus colloquendo cum domino WUhdmo, tam longe eum ahduxit ah Oppido y etc. [Dans les AnaUcta Leodiensia, p. 772.]
* Cui tune Dominus de Montigny ait : «^ Tandem , Domine Wîl- ^helme, te captivum haheo, quemaUmgo tempore desideraveram ! ^ Cui Dominus Wilhelmus : ^ Montigny, si teproproditore habuissemy ^ faciie fugissem tu€^s insidias. ^ [ Dans les Ancdecta Leodiensia ,
on prenant des chemins de traverse , car Ton ci-aignait que les populations ne le reconnussent et ne le délivrassent i. Il senquit où on le menait. ^ AMaestricht, -^ lui dit-on. î? Ah! Ton ^ veut ma mort. :? 11 arriva dans cette Bonne Ville rebelle, à la soirée. Il fut jugé, au milieu de la nuit, par les Échevins, avec tout l'appareil dérisoire des formes judiciaires, et condamné à raison de meurtres et de trahisons 2.
Vers sept heures du matin , les cloches de 1 église S<^'Servais sonnant le glas funèbre, Guil* laume fut amené sur la place publique, où une morne cohue était réunie 3. Apercevant à une fenêtre le Prince, il lui cria: ^ Ma tête saignera ^ longtemps! ^ Il monta d'un pied ferme sur 1 echafaud , distribua à quelques personnes ses vêtements comme gages de vengeance, releva sa
* Fà tune ipsum Ugatum et vili equo impQsUum » et per obliquas tms , pei' Boltus et arbusta, circum Pagos euntes, ne forte rustici vel alfi ipsum succurtei*enf. [ Jbid, , p. 772. J
^ Sy fut mis sur luig petit ohevali las pieds et mAias loies ptir î? desoubz . et à puissance de ^ens menez à Trect. ^ [ Chronique de Liège. J
* Etcirca médium noctis, congregatis Scabinis, Trajedenses etim morti condemnuverunt. [Danp les 4^nalecia LeodiensiUf p. 773.]
Dans un Pâwelhâr du tenips, on lit cette notule : gt Lan M. mi< ^ et Ull^^ et V, fut Messire Guilhem emené à Trect, et par les maudis îf Bourginons faict décollé, s?
Le simulacre de justice par lequel cette lâche vengeance fut masquée . ne trompa personne. Condamner Guillaume comme traître, c'était une nouvelle énormité Bourguignonne.
^ PuUice faxstus e»i Sj^damlum, cunctis coram hominibus, [Joh. de Los, ibid., p. 92.]
longue barbe et la tint entre ses dents, puis donna le signal au bourreau, qui lui abattit la tôte d'un seul coup ^
Ainsi mourut le loyal Guillaume de La Marck , à qui Ton devait la restauration de la Nationalité Liégeoise 2.
* Deinde.... quum barbam in or a involvisset, et verhis carnifici unimum addidisset, cervicem tetendit gladioqiic su2>posiaf. QtHi statirn amputata..., | Placentius, ihtd.f p. 199.]
* Sans ce Patriote dévoué, le Pays passait, définitivement, sous la funeste domination de la Maison de Bourgogne-Autriche.
Ajuste titre, Guillaume de La Marck méritera toujours une réelle admiration, pour avoir rendu à la Patrie Liégeoise rindépèndance politique.
Le Pays. — Troubles fomentés par les La Marck et les Horne. — Gui de Canne est élu Capitaine-Général de la Cité. — Ses connivences avec Maximilien d* Autriche. — Il est tué dans une émeute. — Rappel du Prince. — La Paix de S^- Jacques remet en vigueur les anciennes liois. — Expulsion du Prince et des bandes Bourguignonnes. — Congrès de Donchéry. — Pacification du Pays.
La sinistre nouvelle de Tassassinat de Guillaume de La Marck se répandit rapidement dans le Pays.
Elle raviva les fureurs des factions.
Le Prince, suspect à tous, et lui-même se méfiant de tous, n'osa revenir à Liège ^
Les frères de Guillaume y reparurent avec fierté, et s'y maintinrent tout puissants -^.
' £n assassinant Guillaume de La Marck , le Prince avait ostensiblement rompu la paix. Jam igitur hoc modo per Episcopum ft fratres ejus rupta pace,.,, [Suffridi Chronicon Lcodiensv,, dans les Gesta Pontificum Leodiensium, t lU, p. 209.]
' Doniini de Marcha, fratres videlicet et nepotes ipsius Domini Wilhelmi, viri utique animosi,... stupefacU in ultioneni frairis interewptif Pqpulum Leodiensem inflammantes nova instaurare coeperunt hella, [Johannis de Los Chronicon Leodiense, dans les Analecta Leodiensia , p. 92. ]
Les esprits s'exaltèrent. L'anarchie fut alors complète.. La plupart des Bonnes Villes, ne reconnaissant plus le Prince, et se désunissant les unes des autres, se constituèrent en autant de Républiques indépendantes ^.
La Cité prit à sa solde une compagnie franche de quinze cents Allemands. Elle en remit le commandement à un Gentilhomme fameux. Gui de Canne. Elle le créa Capitaine-Général. (Samedi 13 août 1485 2. )
Les La Marck et Gui de Canne levèrent du monde, pour faire tête au Prince et aux bandes Bourçuignonnes de Maximîlien d'Autriche.
L'animosité des combattants eut un caractère de férocité inouïe. De part et d'autre , elle était renforcée par les haines nationales.
Les La Marck parvinrent à expulser les Bour-
' ^ Aaqael temps les Bonnes Villes du Pays de Liège estoient en a grandesL divisions de guère. Les unes tenoient pour TEvesque de ^ Home , les aultres pour Ceulx de la Marche , sustennant par la Cité , sr Villes et Pays grandes misères et pouvreté , tellement quil nestoit if nulz repos , car de tous coustés estoient biens et terre destruictes et ^ foliées, gens occys de tout cousté, car aucuns disoient tennir pour If lung, et aucuns pour les aultres. s* [ Chroniques de Liège.']
* sf Pou après fut Ghuys de Canne , Seigneur de Spauen , Grand «f Mayeur de Liège et Chevalir , constitué Capitaine de la Cité par les ,< Maistres, Jurez et Conseille, et les Trente deux Bons Mestiers, le ^ 13 aoust anno dicto (1485). tf [Chroniques de Liège.]
Gui de Canne avait bravement combattu aux côtés de Guillaume de La Marck. Dans un document du 8 août 1485, il est mentionné ainsi : Ghys de Kan, Seigneur de Spauuen.
Kanne ou Canne et Spauwen étaient deux Seigneuries Liégeoises, situées, celle-là en Hesbaye, oelle-ci dans le Comté de Looz.
guignons de Hasselt, de Stockhem et de Saintron. Gui de Canne les chassa également du Comté do Horne; il saccagea sans pitié les villages qui leur avaient offert retraite i.
Grui de Canne rentra dans la Cité, heureuse de ses succès. Il Tétonna, pourtant, par des manières hautaines 2. il Tinquiéta, en fortifiant la porte de S*e-Walburge^ où il plaça une garnison dévouée. Il se conduisit alors en maître absolu. Il emprisonna et fit périr ceux que révoltaient ses actes impérieux 3.
On sut, enfin, où il voulait en venir. Il méditait une trahison. Il parlementait secrètement avec Maximilien, pour replacer de vive forc^ le Pays SOU8 la domination Bourguignonne ^.
* Non diu veropost Ghys de Kan, acceptas secu^n armigeriSf ralde fatigavU Comitatum de Horn combustion ihu s , exacHof^ilms , depi'oedatùmibus^ captivitatibus cuncta exponendo. [Joli, de Los, ibid.^ p. 93. )
* Ad Leodium revetauSf in superbiam elatiés, dedignans sejamw eadem aublimUate habere socium. \ Id, , ibid, , p. 93. ]
* Et mox accersitis novis armigeriSy roepit Civibus non ininintaw incutere timoris materiam , etc. [Id., ibid. , p. 93. J
* Telle est aussi la version des Chroniqueurs Bourguignons. (V passage , entre autres , est explicite :
^ Un nommé Guy de Camp avoit si grande puissance on la Cité ss du Liège, quU voulut entreprendre de livrer la Cifr es mains de ip VArcheduCy par condition quil sen feroit Maistre et Seigneur, en s* déboutant TEvesque de Liège. Mais ce noble Archeduc , qui encores g: nestoit pas Roy des Rommains, se moustra si bon et si loyal à TEvesque ^ de Liège, que jamais il ne le voulut souffrir nentrepi^endre, mais le 9 refusa plainement. ^ [Olivier de La Marche, 3f('fnoires. Introduction. ]
G^était la pensée secrète de la Cour de Bourgogne- Autriche, de ressaisir, un Jour ou Fautre, le Pays de Liège.
Cette enti-eprise fut déjouée.
Le mercredi 29 mars 1486, les Bons Métiers , par un vote unanime, dépouillèrent Gui de Canne de sa dignité, et rendirent aux Bourgmestres la garde de la Cité. Ils s'assemblèrent ensuite, bannières déployées, sur le Marché, où Gui de Canne 86 préparait au combat. Au milieu d'une lutte tumultueuse, il fut frappé d'un coup de marteau qui lui brisa la tôte ^ Sa mort déconcerta les aventuriers qui s'étaient attachés à sa fortune. Ils se dispersèrent; ils furent poursuivis, et massacrés presque tous 2.
La tentative de Gui de Canne avait démontré le danger de confier le salut commun à un homme de guerre. On avisa, sans délai, aux moyens d empêcher le retour d'un pareil régime.
Le vendredi 31 mars ( 1486), le Peuple décréta
* ^ Adoncq ung Bourgois le frapa dung marteaul sur sa thest, if telement qoil fat abatu de haut en bas.... a [Chroniques de Liège.^
* Quod videntes ejus fautores trcmefactij per fugam se subir axerunt, Quorum aliqui reperti per obviantes exstiterunt interfedi.... [Job. de Los, ibid., p. 94.]
Le Pays comprit que son existence politique avait échappé à un sérieux péril par la mort de Gui de Canne. Un Te Deum fut célébré à la Cathédrale. On fit même plus, s? Et lors fut ordonné tous les ^ ans messe especialle le vendredi après la festes des Pasques en ^ mémoire de ladie Victoire. ^ [Chroniques de Liège,']
Cet anniversaire fut, en effet, fêté avec une singulière exactitude jusqu'en 1794. Dans le Tableau ecclésiastique du Diocèse de Liège de 1794 , on lit cette annotation au mot Pâques ; ss A la Cathédrale , ^ le premier vendredi après Pâques, il y a messe solennelle et processif sien en action de grâces de la délivrance de la tyrannie de messire ^ Guff de Canne, ^
qu'il ne serait plus créé de Capitaine-Général ; que les Bourgeois veilleraient eux-mêmes à la défense de la Cité; et que la direction des affaires locales ne pourrait jamais être ôtée, en aucune occasion, au Conseil communal et aux Bourgmestres i.
Jean de Horne jugea opportun de faire des propositions d'arrangement. On l'invita à se rendre dans la Cité. Il y revint le mercredi 10 mai. Il s'obligea, par de nouveaux serments , à rétablir et à respecter les Lois et les Franchises du Pays 2.
Cette fois, la garantie promise ne resta pas un vain mot.
Une commission de seize personnes fut formée par les Trois États, pour recueillir les lois nationales favorables à l'ordre public. Elle publia, le mardi 1^^ mai 1487 , le résultat de son travail : c'était une compilation des usages, coutumes et droits qui devaient constituer la législation politique, civile, pénale et économique du Pays. La mémorable Pai^ de Fexhe était intégralement
* Ce Statut a été ainsi analysé en quelques lignes : Civitas non vuU régi per CapUanewn; vuU régi jper Consules et Cansilium CivUaiis. Singula Collegia Œvitatis hominem unum ex siao carpore ajoutant ad excubias,,. [Dans Bartoldy, Epiioma Chartarum Civitatis Lcodiensis,
Durant tout le mois d'avril, il y eut de fréquentes assemblées populaires pour aviser aux moyens de ramener le calme. AprUispost haec fermé totus ahiit frequentissimis Populi comitiis, qud salutarihus decretis pauLatim Respublica ad optatam tranquUlitatem rediret, [Fisen, Historia JEcclesiae Leodiensis, t. Il, p. 301.]
' Quibus malis diu muUumque fatigata Civitas y., Episcopumjam àtiquamdiu extdem Leodium, revocavit, [ Soifride, ibid. y p. 210. ]
maintenue ^ Les statuts qui la complétaient étaient aussi remis en vigueur, mais avec des commentaires, des modifications et des adaptations que le changement des temps et des circonstances avait, disait-on, rendus nécessaires 2. Cette codification générale fut appelée la Paix de 1^- Jacques, du nom de l'Abbaye où elle avait été élaborée ^.
* Cela est dit très succinctement :
sf Avons ordonné et passé, que la I^aLr de Fexe, en tous ses poinb, ^ et oinsy quelle fut faicte lan trausecens et sause, le vendredi devant ^ la Fiest saint Johan Baptiste, demeurt en son enthier, sens empesa chement quelconcque. sf [Textes du temps, dans le Pâwelhâr; dans le Recueil des Édits du Pays de Liège j t.I, p. 373. ]
' Jjes idées principales et les motifs de la compilation , sont habilement exposés dans le préambule :
f .... Comme du temps passé ayent esté.... faites piusseurs Paix, ^ Status, Modérations, Rastranctions , Ordonnances, Regimens et ^ autres, par et selon lesquels tout le Pays et ung chascun des Surseans f et Subgets doient yestre régies, governés, entretenus et parmentenus a en leurs biens, heritaiges et possessions.... Lesquelz en diverses ^ parties sont discordans et contredient... , dont piusseurs grands f differens et altrications sont souventfois suscités entre parties , par ^ mesentendement et occupation de la prolixité d^escripture contenus ^ esdittea Paix faites... Nous, desirans mettre jus tous lesdis differens, ^ et toutes choeses yestre mieses à cleire et bon entendement , et pour n hoester tous abus, mesus, choeses obscures et de double entende- ^ ment, y mettre bon gouvernement et policie, et de prefereir le bien ^ comun au bien particulier; aussi que, par le substance et droit meolle ^ desdittes Paix faites, Modérations, Mutations, Rastranctions et p aultres Ordonnances susdites mettre tout en ung volume, et touchant ^ chascune choese en son capitre particulier, et à cleir entendement * pour ung chascun. Moyens et Petis, mieulx savoir, comprendre et < entendre la nature desdites Paix faictes.... ^ [Ihid, ]
La Paix de S^- Jacques contient vingt-neuf chapitres ; quelques unn ont de 70 à 80 articles.
' n Et sur quoy , lesdis Commis et Députés , par grand labeure et
Cette œuvre, inspirée par le parti aristocratique, s'annonçait, avant tout, comme une transaction franche et honnête. A ce titre, elle satisfaisait aux besoins du moment, et calmait les rancunes et les haines.
Elle s'attachait à donner à la démocratie un caractère plus modéré. Ainsi, dans la Cité, pour voter ou pour être appelé à un office, il fallut qu'on fût domicihé depuis trois ans comme Bourgeois 1. — Les Gouverneurs et les Jurés des Bons Métiers ne sont plus membres du Conseil communal. — Sous prétexte de rendre moins lentes et moins confuses les délibérations de ce corps , un seul Juré de chaque Bon Métier est en droit
^ diligence , sivant ladite Comission , beBtoient mis et tenue ensembles ^ ou cloistre de nostre Ëngliese et Abbie de saint Jacqu^, en nœtre- ^ dite Cité, sens dillec départir ne issir jusques à ce que, sur tout le ^ cotutena desseurdit, il ont besoingniet, déclaré, adovert, modéré et of conclud tout ce que bon . raisonable et expédient leur a semblé se ^ devoii* faire.... Toutes icelles ordonnances chi devant escriptcif. ^ appellees la Faix de sa4nt Jacq^ée.,., ^ [Ihid.]
' L'agrégation à la Bourgeoisie fut rendue aus^i plus difiicile. :f Dors en avant , tous ceux qui sont neis et natifis de la Cité et Pays :f de liiege , Duché de Builhon et Conté de Looz , et dudit Pays de s? Liège en gênerai, qui voront acquérir la raute de ung diceuxdis ^ Boins Mestiers pour en uzer , tel acquérant paiera pour chascuue ^ raute de lun desdis Mestiers , duquel que mieulx lui plaira , unne if fois, au proffit de tel Mestier, dyex florins de Rin de vingt patars if comun la pièce.... — Item. Et incontinent ce fait, soy deveront faire if publyer tout hault et publement. au Peron de ladie Cité, trois jours 3? après ladie Bourgoisie acquiese.... — Item, Touttes personnes poront ^ telz Borgois débattre de leurdicte Bourgoisie dedens quarante if jours après ledit cry proclamé, et leur débat parsuyre dedens quasf rante jours après; et se tel débat estoit trové raisonable, par ^ jugement et déclaration des Matstres et Conseil de ladie Citî-.
dy venir siéger ^ — Enfin, les Bons Métiers ne choisissent plus les trente-deux électeurs des Bourgmestres: cette élection est attribuée aux vio^-deux Commissaires, dont huit sont à la nomination du Prince ^.
Entretemps, le Prince visait à mettre fin à rétat de guerre qui désolait le Pays. 11 avait son plan , et se croyait assez fort pour lexécuter. Il s agissait de débusquer les La Marek du Château de Pranchimont,
11 fit ses préparatifs en silence. Le dimanche 1« juillet, il assembla les milices, et il les conduisit contre Pranchimont. On lui en disputa vivement rapproche. 11 le bloqua, et canonna les murs avec vigueur. Les assiégés recevaient des renforts, et repoussaient tous les assauts. Le siège fut levé le jeudi 9 août ( 1487 ) 3.
^ telz Bourgois serout hostés et privés de leurs dites Bourgoisie.... ^ [Ibid.]
' sf Item, £t pour ce que par cidevaut lou a eu accostumé de esliv rf en chascun desdis Trengtedeux Mestiers deux Goverueurs et deux ^ Jurés, et que pour la multitude diceux le Conseil de ladie Cité estoit ^ trop large, et en suscitoit aucune fois confusion, ou très grand fi desplaisier et regre des Maistres ^ cognissciers à ce : dont pour à ce if remédier, et affin de mettre en ladie Cité bon Pollice et bon Go ver - ^ uement, statuons et ordonnons.... ^ [Ihid.^
* a Item. Statuons et ordonnons que les Comissaires , assavoir ceux * de part Monsigneur qui ne sont point de son Conseil et sont Bourfi gois-Citains , et les sause Commis des Vinables , deveront le nut délie fi saint Jacque , chascuu an , esUr XXXIJ Hommes Bourgois , assavoir fi en chascuu Mestier uug , qui soit bon et ydoene , désirant le bien et fi la paix de ladie Cité.... a {Ibid.']
* InUrm ad cakfukuf juin nsdom oapiis Francim4mtum Antisks
Les Bourgeois rentrèrent à Liège. Aigris par ce désastre, ils comprirent mieux que la prétendue transaction faite à Smacques n'était qu'une œuvre de réaction. Les esprits, de nouveau, se passionnèrent.
L'année suivante, le mercredi 19 mars, les La Marck, à leur tour, tentèrent une attaque nocturne contre la Cité. Ils s'en emparèrent presque sans coup férir i. Ils furent acclamés dans chaque Vinàve. Le lendemain, les statuts politiques de la Paix de S^- Jacques furent cassés, et le gouvernement populaire fut rétabli 2.
obséda, et t'alidiasimo robore usque ad 5 idus awjusti, idem petw contrivU. Quem Arensburgii in Gdllia undique carraso milite abire protinus œegerunt. [Placentii Catalogns Antistitum Leodiorum,
* sî Lan niJ*" et VIIJ, Messire Everarde de La Marche, frère à ^ Monsignèur Guilhem de La Marche , gaignait Liège. ^
*f Lan M. 1IIJ<^ et IIIJ»* et VU J , mesire Everard de La Marche ^ ayant bonne ^rmee de gens de guère, est par une subtilité et p quelque intelligence entré en la Cité sans resistence que vaille, et ^ sans affusion de sang ou bien peu. ^ [Chroniqites de Liège.]
* ^ Lan 1488, le 20^ jour de mars, sur les remonstrances faictes es ^ réfectoire 'des Frères Mineurs, sur le fait d^annihiler les Lettres sf saielee par cidevant oultredonnees touchant la Paix de saint Jacquc, ^ comme de remettre Officiers sur les Trengtedeux Boins Mestiers. ^ ainsi quon souloit faire par cidevant... : fut passé et accordé, par ^ pleine sieulte et séquelle , que laditte Lettre fusse de tout et en tout s: annihilée et cassée , ainsi quelle fust là mesme , en public et an veu ^ dun chascun. Item. Fut en oultre passé et accordé que lesdis sf Trentedeux Bous Mestiers feissent élection de quattres 0£Sciers. fi bons et idoenes et souffîsants, non suspects.... su [Dans le PâivdhârJ]
Un de nos Annalistes touche un mot de ce statut. Quasi recuperatâ Libertate , Populus XIII kalendas aprilis ad Minaritas oanveuit . maximâque su/fragiorum consensione antiquavit deci'etum . quo nuper
Le Prince, délaissé, s était enfui, non sans peine, à Maestricht. Le dimanche 30 mars, son palais fut envahi , et ses meubles furent pillés. Un Bourgeois se saisit des vêtements pontificaux. Il s'en aifubla; puis, montant à cheval, et précédé de fifres et de tambourins, il s'en alla distribuer des bénédictions à la foule moqueuse qui encombrait les rues i.
A quelque temps de là , la gueri-e recommença. Tout d'abord, elle était nationale; mais bientôt elle devint une lutte d'ambition personnelle entre les La Marck et le Prince. Leurs bandes s'agitaient au hasard, et ruinaient le Pays au lieu de le défendre 2.
Le trouble et le désordre étaient partout 3.
iabulis sancti Jacobi dcrogatum erat, etc. [Fiseu, Histaria Ecclesiae Leodiensis, t. II, p. 304.]
* Ipso die quem Palmarum appellamus, quidam repertam forte tunicam Episcopi designati indutus, per Urhem obequitanSy ohvios quosque solemni Episcoporum more, crtice consignàbat. Nec invenit, qui impietatem redargueret [Fisen, ibid., p. 304.]
Cette moquerie des cérémonies catholiques , à la veille de Texplosion de la Réforme religieuse, est à remarquer.
* Le Prince, à l'exemple de ses prédécesseurs, oubliant les prescriptions de rËglise, s armait de toutes pièces et bataillait avec ardeur. Ainsi, dans une action qui eut lieu dans la Campine, ^ il picqua son ^ cheval et entra en la batail avec unne hache darme , corne demy a halbard, lequel confesse avoir veli et tenu en ses mains TAutheur ^ de qui jay prins cest sentence... «r [ Chroniques de Liège.]
' j? ... Nulle marchandise (commerce) se frequentoit en la Cité et a Pays ; et les Grens de guère usoient de force avecq plussieurs de leurs ^ complices; mismes tous crymes, pour faulte de Justice et de Pollice, ^ y estoient perpétrés et commys tellement, que finablement^ pour