II
L'indifférence et la lassitude amenèrent les parties belligérantes à signer une trêve, en septembre 1491 K
Cette suspension des hostilités fut accueillie avec joie.
Dans le mois de mars 1492, un congrès s'ouvrit à Donchéry, près de Sedan , par la médiation du Roi de France.
On y rédigea un protocole, qui fut soumis à l'assemblée des Trois Etats, réunis à Maestricht, le mercredi 25 avril. Il consistait en trois points: on accordait aux Sires de La Marck une indemnité de cinquante mille florins du Rhin ^; on proclamait une amnistie entière pour tous les faits, crimes et délits advenus en suite du trépas, et de Louis de Bourbon, et de Guillaume de La Marck ^\ enfin, on maintenait les antiques Li-
3* faulte de vivre, chascuu laissoit maisou, champs et terres sans «r habitterye ne labourer. ^ [Chroniques de Lièg€.~\
* m Le jour S. Gielle , triwes furent accordées dun costé et daoltre . sf et publiées en la Cité soub espoir de paix. ^ [Chroniques de Liè^.]
* s: Les Trois Estatz dudit Pays de Liège , pour accorder et appaiser :f lesdits diifercns entre ladite Maison de Hornes et tous lesdits ff Seigneurs de La Marck et d'Aremberg, payeront à iceulx de La Marck a et d'Âremberg, tous en gênerai, la somme de cinquante mille florins ^ du Rhyn , de 20 pattars commune mon noyé au présent courant en sf ladite Cité de Liège la pièce , et ce en dedans huit ans c(mtiniielz ^ Inn après laultre ensuivans, par égal portion... : dont pour seurt^ ^ lesdits Trois £statz en ont baillé leurs lettres obligatoires, a [Dan^ le Pâicelhâr; dans les AncUecta Leodiensia, p. 8ô3.]
' ^ Tous cas de crimes et excès , fatcts et commis dunne part et i» daulti*e , par quelque personne et de quelques estât et eonditioD quil p ait esté ou soyent, et en quelconque forme ou aumiere q«D pmst
U8Ô— 1492 liai
bertés, Paix, Fl-anchises et Privilèges du Pays, de la Cité , des Bonnes Vailles , et , (^onoralement , de tous le» manantR et habitants du Territoire Liégeois ^
Pour que la pacification fût parfaite, il fallut (|Ue les La Marck, renonçant au droit de venger Cruillaunie, accordassent officiellement leur pardon au Prince.
L'offense avait été publique; il importait que la réparation le fiit également.
La cérémonie s'accomplit d'après l'étiquette et la courtoisie des vieux temps. Elle eut lieu le dimanche 29 avril, au matin, dans la campagne de Haccourt, village à mî-chemîtt de Liège et de Maestricht. Les La Marck s y rendirent de Liège bien armés et bien montés, suivis de nombreux gens de guerre. Le Prince, sans armes, y arriva de Maestricht, à la tête d'un cortège de Seigneurs et de serviteurs aussi sans armes. Il descendit de cheval, puis, la tôte découverte, s'avançant entre les deux compagnies, il s'rtpprocha jusqu'à
* avoir esté commis et perpétré... , soit en dicts ou eu faiete, eu t»ec;ret ^ ou en appert t et généralement en quelconcques aultres manières que ^ ce puist avoir esté le temps de guerres , et à loccasion et dépendances ^ dicelles, depuis le trespas de feu mousegueur Loys de Bourbon , en f son vivant Evesque de Liège , et de messire Guilhem de La Marche. sr doient estre et sont, dunne part et daultre, remys, quictés* annihilés ^ et ftbolys. ^ [/fcirf. ]
• # Lesdictes Egliese, Cité et Bonnes Villes , Stibgect», Manans ^ et Uabitans dudit Pays de Liège, demeurent et demeureront en ^ leurs Libertés anciennes^ Paix faites < Franchiestes et Privileiges. *
rétrier d'Evrard, Taîné des La Marck, qui avait répée levée, et lui demanda miséricorde pour le meurtre de Guillaume. Lorsqu'il eut renouvelé deux fois sa prière, Evrard lui tendit la main, et, sautant de cheval , il lui donna le baiser d'amitié. Après quoi, les La Marck se déclarèrent satisfaits , au su et au vu des assistants. Ils dînèrent cordialement tous ensemble à Haccourt i.
Les Trois Etats scellèrent, sans discussion, le concordat tel qu'il avait été réglé à Maestricht. ( Samedi 5 mai ^. )
* Au dire des contemporains, le Prince, en faisant ainsi amende honorable, en fléchissant le genou, reçut sa grâce des La Marck. Anno quippe saîutis 1492, mense martiOj Ever ardus a Marca AntiS" titem in campis amice compellans, in gratiam recepU, [Placentius, ibid. , p. 213. ] — Qtw facto Ever ardus ipse Joannem Uorneum Episcopum in gratiam recuit, [ Suffride , ibid. , p. 228. ]
* Ce fut même avec des termes bienveillants , que les Trois Etats ratifièrent le concordat, si onéreux qu'il pût être :
^ Et nous les Trois Membres et Estatz desdis Pays de Liège, de :^ Builhon et de Looz, cognoissans le grand bien, commodieux et ^ prouffîtable faict qui peult advenir et advenra de lentretiennement ^ et accompliBsement dudit Traictéde Paix, à la conclusion de laquelle ^ nous avons estes appelés , et qui, par nostre sceu et consentement fi exprès^ a esté passé et accepté, conclud, fermé et accordé parla ss forme et manière cydesseur exprimée et touchée : Avons, en rattifiant fi nostredit consentement, acceptant et aggreant tout ce que dessus ^ est dit et escript , mis et appendu , faict mettre et app'tendre à ces fi présentes nous seaulx.... fi
fi .... Et pareillement aussi nous les Maistres, Jurés, Conseil et ,< Communaulté de ladite Cité de Liège, et des VUles de Huy, Dînant, fi Tongres, Saindron, Fosse, Thuing, Couving, Loe, HasséU, Herck, fi Bree, BUsen, Beringhen, Stockem, représentants le Tyrs Membre fi et Estât desdits Pays, avons à ces présentes faict appendre les seaulx fi desdites Cité et Bonnes Villes... fi [Dans les Anàlecta Leodiensia, p. 860, «te.]
Le mercredi 25 juillet, Jean de Home fit une rentrée solennelle dans la Cité i.
Le Pays jouissait, enfin, dun peu de repos ^\ Cette fois il se retrouvait bien maître de lui-
même, indépendant et libre.
' Ce fut, en qaelque sorte, Evrard de La Marck qui ramena le Prince à Liège. Et odavo calendas aiêgustit Ever ardus a Marca AfUistiiem a Traiecto, maximo fastu Magnatum, plausuque Civium, per portam divi Leonardi Leodium deduxiL [ Placentius, ibid., p. 21 3. ]
a Le jour sainct Jacq ensuivant, Monsegneur de Hoi*ne entra en la ^ Citté par la porte S. Léonard avec tous ses Amis en grande joye, et ^ fut receu honorablement par les Bourgemestres et Bourgois, et ^ mené par la Citté ; et fut de recheff reçu come Evesques. ^ [ Chroniques de Liège, ]
* Igitur rébus pace florentibus. [Placentius, tbid,^ p. 213. j
r^c Pays.—- Institution des Députés des Etats. — Le Clerffé Secondaire obtient le droit de se taxer à sa volonté. — he Pays de Liège fait admettre sa NeidraîUé perpétuelle par les Puissances limitrophes. — 11 entre dans le Système politique Européen. — L^AUemagne étant divisée on Cercles, il est compris dans le Cercle de Westphalie.
Le Pays, grâce à son énergie et à sa pei^sistance, avait restauré toutes ses libres institutions.
Il était môme parvenu à les compléter. Il avait créé le démocratique comité des Députés des Etats. Pour salarier les soldats enrôlés, pour payer les indemnités accordées aux Sires de La Marck et de Home, on avait dû asseoir des impôts d'une longue durée. Vers 1484, la levée de ces contributions avait été attribuée, par les Trois Etats, à quelques uns de leurs Députés, lesquels , par leur permanence , finirent par constituer une institution politique i.
' Cette Députation parait remonter à l'an 1478, lorsque le Pays B était remis en liberté. En cette année, le Prince sollicita des Etats des subsides pour payer diverses dépenses publiques, et, notamment, pour soudoyer les gens de guerre. Pour prélever et gérer les deniers octroyés, les Etats déléguèrent quelques uns de leurs membres, qui
Ces Députés des États restèrent spécialement chargés de répartir et de prélever les contributions, d'ordonnancer les dépenses, et de veiller au bon emploi des deniers publics i.
Ce fut aussi à cette époque, vers 1493, quon reconnut au Clergé secondaire le droit de n'être imposé que de son consentement 2. Ses mandataires se convoquaient dans la salle capitulaire de S^Pierre , à Liège : c'est là qu'ils votaient leur don volontaire '^.
formèrent une députation permanente. L'institution resta, les impôts étant continués.
(>«la a été ainsi remarqué par un Chroniqueur contemporain : In mense se^tembri (1478), fuit Pairia Leodii demandata, et proposuit Dofnimts Leodiensis de condescendendo sibi in expensas qitas fecerat in âiversis warnisionihusposUisper Patriam, et de multis aliispunctis. Tune electi fuerunt quidam ex Tribus StatibuSy qui desuper providerent. [Adriani Diarium Leodiense, dans XAmplissima Colledio. t. rV,p. 368.]
' Les Députés des Etats sont ainsi dénommés dans les documents du temps : — 1484 : ^ Laquelle somme a esté convertie tant par nous les ^ Députez des Trois Estats de nos Pays, comme par nostre Conseil, au sf payement des Gens de guerre.... gt — 1488 : *? Les Commis et if Députez de la part les Trois Estas desdits Pays à ladministration de ss la Justice.... s* — 1494 : s? Nous Commis et Députez départ les Trois s» Estatz du Pays de Liège et Conté de Looz.... s^
« n y avait, on Ta vu , un Clergé primaire et un Clergé secondaire.
Le Clergé primaire se composait des Chanoines-Tréfonciers de rÉglise Cathédrale.
Le Clergé secondaire comprenait tous les autres Ecclésiastiques, c'est-à-dire, les membres des Églises Collégiales, des Abbayes, des Couvents, etc.
> Cest ce que déclare Jean de Horne dans une lettre du 30 mai 1493 :
^ Joannes de Homes, par la grâce de Dieu Evesque de Liège, Duc
^ de Builhon et Conte de Loz , etc. Receu avons humble Supplication
^ qui présente noE est , pour la part de Vénérables nos très chiers et
On était revenu aux contributions d'autrefois, proportionnelles, temporaires surtout.
En luttant si héroïquement, pendant tant d'années, pour n'être pas assujetti par le Duc de Bourgogne, le Pays s'était acquis, en Europe, une légitime notoriété.
Si petite et si humble que fût la Nation Liégeoise, elle eut, dès lors, sa part d'influence.
Elle se sentit en possession d'une vie morale et politique toute nouvelle.
Dès 1491, les Trois Etats avaient conçu la pensée de sauvegarder l'existence du Pays, en
p bienamez Doyens, Chanonnes et Capiltes de noz Eglises Secundaires ^ en nostre Cité de Liège, narrative de certaine obligation, faite... «s par les Députez des Trois Ëstats de nostredit Pays , qui prétendent ^ les biens, rentes et revenues desdites Eglises Secundaires debvoir ^ estre obligez pareillement et semblablement, comme sont les biens ^ desdits Estas.... Faisons savoir à tous, que de toute Anchienneté, ^ si longue quil nest mémoire du contraire , noz Prédécesseurs et Noos ^ na vous jamais tenu et réputé, ne tenons et reputons, les Suppoz et ^ Personnes desdites Secundaires, entant que telz, estre des Membres a. et Estas de noz Pays. Et quand noz Prédécesseurs ou Nous, man- ^ dons les Estas de noz Pays venir et comparoir pardevant Nous, lesdis ^ des Secundaires ny sont jamais mandez par lettre ne par bouche : ains, ^ quand le plaisier de nosdis Prédécesseurs ou de Nous at esté vouloir p diceulx impetrer ou demander aucune grâce, subvention ou ayde, ^ la coustume est que Nous envoyons noz Conseilliers ou Députez au «f lieu de sainct Piere, en nostre Cité de Liège, lieu ordonné pour leur ^ assemblée et convocation ; et illec noz remonstrances , requestes ou *» prières oyees et entendues, délibèrent audit lieu, et Nous donnent ^ response. Et semblablement est observé, quand la Cité veeult 3ï besongnier avec eulx. Et ne tenons point juste ne raisonable que ^ sans leur sceu ou consentement exprez, leursdis biens puissent ou #? doibvent cheoir soubz obligation. En certification de quoy , Nous *? avons à ces présentes faict appendre nostre seel auz secrez. Donné i! en nostre Bonne Ville de Trect, etc. tf [Dans le PâweUhàr,^
le plaçant sous la protection des Puissances limitrophes i.
A cet effet, ils envoyèrent des ambassadeurs, munis d'instructions précises, aux diverses Cours. Ils promettaient de garder une ponctuelle neutralité durant les guerres présentes et à venir. En retour, ils demandaient que leur territoire fût respecté, et leur commerce toléré, par toutes les parties belligérantes 2. ^
* £n 1477 et en 1478, lorsque les Liégeois s'occupaient de restaurer leurs libres institutions , ils refusèrent de prendre parti pour Tune ou pour l'autre des Puissances voisines, qui étaient en lutte ouverte. De cette excuse momentanée à la Neutralité perpétuelle de 1492 , il y a loin.
C'est donc par erreur, que l'origine de la Neutralité a été fixée à l'an 1477 par Bouille, Histoire du Pays de Liège, t. II, p. 185, 253; par Y Apologie du Fidel Liégeois pour la Neutralité du Pays de Liège; 1642, in-4«;p. 5, etc.
' Les Trois États, comprenant que le rôle militaire des Liégeois était fini, mandaient tout particulièrement :
fi Premier, Que ledit Pays puisse demeurer en bonne et vraie Neus? ^ro^ité' durant les guerres et divisions présentes, et que les Subgects fi diceulx, nonobstant lesdites divisions, puissent fréquenter , venir et fi communiquer en Royaume de France, et avoir avec les Marchans fi dicelluy et autres, seure communication de marchandise, y mener fi touttes denrées que bon leur semblera , et en ramener dautres. ^
fi Item, Qu'injonction et deffense soit faicte , sur certaines et grandes fi peines, à tous Ceux du Royaume (de France), tant Ofiiciers, Capi^ fi taines, Oens darmes et de traict, etc., et aussi à tous autres Servifi teurs et Subgets du Roy, sesdits Amis, Alliés et BienveiUans, que fi dorsenavant ils dommagient, par quelque maniéré que ce soit, lesdits fi de Liège comme ennemis , pour faict de guerre ou autrement, et ne fi fâchent aulcunes choeses contraires ne derogu$intes à ladite Neutralité fi qui leur serat accordée, sur peine den estre punis griefv^ement fi comme Infracteur dicelle.... Et serat seulement pugny Tlnfracteur, fi sans ce que pour ce ladite Neutralité en soit rompue ne cassée. #
^ Item, Que de touttes les choeses deseurdites soyent faictes Lettres
Ces négociations réussirent.
La Neutralité Liégeoise fut acceptée , et accomplie sur les bases proposées i.
Le 8 juillet 1492 , le Roi Charles VII s engagea à tenir les Liégeois pour Neutres, dans les hostilités que la France pourrait avoir avec TAUemagne et TAutriche 2,
^ pcttentes de Neutralité y en fourme deue et autenticque, par lesquelles , ^ entre autres choeses, soit mandé les publier à son de trompes à ^ Maisieres, Mouzon , Donchery et autres Villes du Royaume prochaines ^ de ladite Frontière» auffin que du contenu en icelles nul ne puisse ^ prétendre cause dignorance sil faisoit le contraire.... ^ [Dans le Pâmlhâr.^
' n est utile de le faii*e remarquer. Le Pays de Liège a conçu le dessein de la première Neutralité conventionnelle connue eu Europe.
Une autre observation est à faire.
Notre Pays ne fut pas, grâce à sa Neutralité, tout-à-fait à l'abri des invasions. Ceux qui avaient solennellement promis la sauvegarde de son Territoire, ne se firent jamais scrupule de l'occuper militairement, d'y lever des contributions de toutes sortes , et de s'y livrer des batailles. Mais si mal observée qu'elle ait été, la Neutralité n'en fut pas moins, à certains moments, le droit à la vie pour la Nation Liégeoise.
* Voici la principale disposition de cette Lettre-patente : If Charles, par la grâce de Dieu, lioy de France. A' tous ceux qui If ces présentes Lettres verront, salut. Scavoir faisons.... Promettant /; dorsenavant lesdits de la Cité et Pays de Liège tenir et faire tenir ^ paisibles par nos Capitaines et Gens de guerre , sans leur permettn* fi pendant ladite ^eu^raîtïefourager, piller, rober, ou travailler par ss exploitz de guerre ledit Pays de Liège. Pourveu que , de leur parte. is leurdit Evesque et Eux se tiennent Neutres sans fraudo . et quîls ne fi sentremet^ent de faire ou donner dommaige à Nous, noz Royaumes. fi Pays et Seigneuries, et quen auloune manière ils ne se déclarent noz fi Ennemis, et quils ne favorissent ou baillent assisteuce ou ayde » fi Ceux qui nous pourroyent faire guerre cy après. En tesmoiug de fi ce, nous avons signé ces présentes de nostre main, etc. fi [Dans le Pâwelhàr, ]
Cette Lettre -patente a été imprimée plusieurs fois pondant Je TiSlV siècle.
Le 8 août, l'Empereur d'Allemagne et l'Archiduc Philippe d'Autriche, Seigneur des Pays-Bas, consentirent à observer les mêmes règles de droit international dans leurs démêlés avec la France ^
Par le Traité de Senlis, du 23 mai 1493, ces trois Potentats reconnurent, expressément et collectivement, la liberté et l'indépendance de la Nation Liégeoise 2.
Le Pays de Liège entra ainsi, à titre (ÏÉtat Souverain et Neutre , dans le Système Européen , qui se créait alors si laborieusement.
Une autre garantie lui survint: ce fut son agrégation à la Confédération Germanique y lors de la division de l'Allomagno en Cercles.
* La Lettre de ces deux Princes , très circonspects, est conçue à peu près dans les mêmes termes que celle du Roi de France :
# .... Promettants doreBenavant le (Pays de Liège) tenir et faire ^ tenir paisible par noz Capitaines et Gens de guerre, sans leur perjf mettre durant laditte Ketitralité fourager , piller , rober ou travailler ^ par exploits de guerre ledit Pays de Liège , BuiUon et de Looz^ pour- ^ veuque lesdits de Liège, de leur part, se tiennent ^eu^re^ sans fi^aude^ s? et quils ne sentremettent de faire ou donner domage à NoUs , nosdits a Pays, Seigneuries et Subgects, et quen aucune manière ils ne se ^ déclareront nos Ennemis , et quils ne favorisent ou baillent assistence ^ ou ayde à Ceux qui nous font ou pouroyent faire guerre oy-apres. s? [DÂnBlePÛwelhâr.]
• Le Traité de Senlis , en effet, porte :
^ Ite^n. Que de la part du Roy très Chrétien, et de la part desdits ^ Seigneurs Roy des Romains et Archiduc , ont esté dénommez leurs ^ AUieg : les Roys de Gastille, d'Angleterre, d'Ëscosse, le Roy de ^ Bohême et autres, le Marquis et Maison de Montferrat, VEvesque et ^ Ciiéde Liège y et tous les Princes de TEmpire , les Ligues des Suisses, # les Communautez de Florence et de Gènes... «? [Dans Dumont. Corps universel dij^hmatique du Droit des Gens , t. m , p. 907. ]
En 1498, la Diète de Worms proclama une paix publique perpàuelle dans tout TEmpire. Elle décréta Tabolition de l'antique Droit de guerre , qui avait été exercé, jusque-là, par les Etats, les Villes Libres, et les Seigneurs terriens.
Afin de maintenir cette paix publique, elle institua une Chambre Impériale, destinée à juger, sans appel, les différends qui pourraient s'élever entre les Princes et les Peuples de la Patrie Germanique ^.
Pour donner force aux arrêts de ce Tribunal suprême, il fallut créer un pouvoir coôrcitif imposant.
L'Empire fut divisé (1500) en dix vastes districts, nommés Cercles. Chaque Cercle comprit dans son ressort un certain nombre d'États, et eut une Diète particulière , qui fut chargée de contraindre les États du Cercle à obéir aux sentences de la Chambre Impériale 2.
La Principauté de Liège fut rangée dans le Cercle de WestphaUe.
* La Chambre Impériale siégea d*abord à Francfort, puis à Spire, et enfin, en 1692, à Wdslar.
Pour des détails précis sur toutes ces choses Grermaniques , voir : Struvii Corpus Juris Publici Imperii nostri Romano-Crermanid (1738), p. 1007 et suivantes; Jacquet, DroU PîMic éPAllemagne, 1 1, p. 43, etc.
* La réunion de tous les Cercles, qui furent liés entre etix par des Lois générales, forma la grande Confédération de l'Empire. Cornprehendit igitur ista divisio in CirctsloSf amne Territorium Begni Crermanici. [Struvius, ibid., p. 106. Voir aussi Putter, Jfi^^ifii^tofies Juris Publici Germanici, édit. de 1787, p. 114, etc.]
Elle se retrouva ainsi, mieux que jadis, un Membre essentiel de Y Empire Germanique; mieux que jadis aussi, elle eut à se soumettre aux lois générales et, surtout , à la politique de la Confédération 1.
Par la Neutralité perpétuelle, par l'incorporation légale à l'Empire, l'existence de la Nationalité Liégeoise était désormais assurée.
* La Diète de Worms avait statué, en outre , que le Droit Ronnain berait suivi comme Droit Commuta de TËmpire , dans les cas non prévus par les Coutumes et les Traditions nationales. Verum in subsiditim tantum, quumjura domestica deficiunt, et quatenus slatui Ger^nanorum convenu. [Mascovii Principia Juris Puhliçi Imperii JRomano-Germanici, édit. de 1769, p. 38.]
Ainsi, à partir de cette époque (1498), le Droit Romain eut force et vigueur de loi dans notre Pays à titre de Droit subsidiaire. ^ Dans ce Pays de Liège nous suivons le Droit commun , alors que la ^ Coustume n*y répugne pas. ^ [De Malte, Les Nobles dans les Tribunaux; Liège^ 1680; p. 187. Voir aussi Sohet, Instituts du Droit Liégeois ; Traité prélim. , tit. YI , p. 27. ]
L'introduction du Droit Romain fut utile, peut-être, aux progrès de la littérature , en obligeant les praticiens à étudier les législations étrangères; mais cela fut loin de compenser le mal qu'il produisit, en arrêtant le développement du Droit national , infiniment plus juste et plus raisonnable.
Situation politii^ue du Pays. — Erard de la Marck, Prince -Evêquo. — Il favorise la réaction aristocratique. — Il estime plus sa propre sécurité que l'intérêt national. — Alliance offensive et défensive avec les Pays-T*as. — Mouvement eu faveur du maintien de la Neutralité. — Invasion de la Réforme Luthérienne. — Soulèvement des îiivugeois , influencés par des Anabaptistes. — Intolérance civile et religieuse d*Erard. — Protestation des Bons Métiers. — liC Prince veut établir Tlnquisitiou. — Création du Conseil Ordinaire. — Législation sur les établissements religieux. — Mort d'Erard.
Dans les premières années du XVl*^ siècle, le Pays de Liège jouissait d'un remarquable système de libres institutions i.
* En ouvrant ce Chapitre , ceci est à dire.
Au X VI*' siècle , le Prince commence à avoir un rôle historique d une importance inaccoutumée.
De jour en jour, il augmente lui-même, en fait, ses prérogatives, son ingérence dans l'administration du Pays, de la Cité, des Bonnes Tilles, des Communautés.
Ainsi le veulent les nouvelles maximes de l'Intolérance officielle et de la Raison d'Etat
Ces infinies usurpations allant, avec le temps, transformer le Vieil Ordre public, l'Historien est tenu de les signaler à mesure quelles sont perpétrées.
La souveraineté était exercée par le Pays luimême ^. Les Trois États, composés des Chanoines-Tréfonciers de la Cathédrale, des Nobles ou Feudataires, des Députés des Bonnes Villes, avaient, au moins, deux Journées tous les ans. L'exécution et la surveillance de leurs décisions étaient attribuées à leurs délégués, les Députés des États.
Le Prince était électif. Il avait pour mission de maintenir la sécurité publique, en poursuivant les délinquants, et en les déférant aux tribunaux. Il ne pouvait exercer cette suprême prérogative qu'ainsi, ei pas autrement, que le prescrivait le pacte de son avènement, qui résumait les Paix, et notamment, là Paix de Fexhé 2.
La Cité, les Bonnes Villes, les Communautés,
* En 1518, quand Charles d*Autriche, Roi d^Ëspagne, contracte avec le Pays de Liège un traité d'alliance, c*est vers les États, Sens du Pays , qull envoie ses Ambassadeurs. U le dit expressément dans sa lettre de pouvoir, datée de Sarragosse (19 octobre):^ .... Iceax les cinq, a quatre ou trois d'eux, qui mieux y vacquer y porroni, avons commis, fi ordonnés et estaublis, commectons, et ordonnons, et estaublions, par a ces présentes, nous Ambassadeurs, Députez et Procureurs especiaulx tf pour, en nostre nom et de nostre part, enlx trouver en la prochaine ^ Journée et Assemblée des Estats qui se tiendra esdit Pays de Liège , ^ communicqueir , traitier et conduire avecques lesdits Ëstats de ^ Liège, Boulhon et Looz.... ^ [Dans le Pâwelhâr; dans le BecueU des Édits du Pays de Lihge, 1. 1 , p. 194. ]
* Toute la législation politique des vieux temps restait debout. £n IdOB, les Ëchevins déclarent, avec netteté, qu'ils jugent diaprés les s* anciennes Paîo; /aic^e^, la Paix de Fexhe^ la Lettre des Vingt,... fi avec la Pçnx de S, Jacque, lesquelles avons promis et jurez,... pour fi administrer Loix à un chascun, enei que tenus summes. fi [Dan» le Pâ¥klMr. ]
avaient une existence toute républicaine. Leurs habitants et manants gardaient avec soin les Franchises des vieux temps.
De jour en jour, Tégalité s'aflFermissait ; la justice devenait plus impartiale ; la tranquillité intérieure était mieux assurée. La liberté n'avait plus de périls à redouter, et ne semblait plus promettre que des bienfaits.
Cette heureuse renaissance s'arrêta tristement , sans ressource.
Pour être agréables au Pays, les Chknoines- Tréfonciers avaient élu à Tunanimité, comme Prince-Evêque , un Liégeois , Erard de la Marck. (30 décembre 1505 i.)
Erard fit sa Joyeuse-Entrée dans la Cité selon les us et coutumes , le samedi 30 mai 1506.
Le gouvernement de ce Prince inepte et superstitieux, fut constamment hostile aux lois 2.
* Omnium suffragia statim in Erardum a Marka inclinarunt. IChranicon Leodiense de ChapeauviUe , dans les Gesta Pontificum Leodiensium, t. UI, p. 23d.]
L'influence de la famille La Marck était toujours grande. Ce fut pour ne point lui fournir Toccasion d'un nouvel antagonisme, que Ton alla chercher dans son sein le successeur de Jean de Home.
On espérait aussi que Erard serait un homme juste et clément. if Lan XVc et V fut très révérend Prinche Ërarde de La Marche élu a Evesque de Liège par la grâce de saint espirit Prions et supplions if Dieu pour sa longe vie en toute prospérité, affîn que nous pult sf telementgoverneir, que en la fin de ses jours pult en laglore regneir. ^ [Chroniques de Liège. ]
* L^Histoire de cette époque a été totalement défigurée par la partialité de nos Annalistes, entre autres de ChapeauviUe , qui était Inquisiteur de la foi-. Tous vantent Erard comme Evêqus. Us le tiennent
Dans une assemblée populaire, qui eut lieu à Liège le dimanche 7 février 1507, Érard, de concert avec quelques Bourgeois notables, parvint à obtenir la remise en vigueur des Statuts politiques de la Paix de S^- Jacques, qui avaient été annulés en 1488.
De nouvelles dispositions vinrent même renforcer ce que ces Statuts contenaient déjà de défavorable à la démocratie.
Pour être éligible à un oflSce, il ne suffisait plus d'être agrégé à un Bon Métier : il fallait encore, si Ton était du Pays, avoir résidé dans la Cité pendant trois années; et si l'on était étranger, sept années, avoir épousé une fille de Bourgeois, et, de plus, en avoir eu des enfants i. Quant aux trente-deux Jurés des Bons Métiers, ils ne pouvaient plus assister aux séances du Magistrat qu'au nombre de douze. (18 février 1507 2.)
pour grand Prince, parce qu'il a réparé le Palais^ et parce qull avait un luxueux train de maison.
Les actes publics, ici surtout, peuvent seuls jeter quelque jour sur les troubles qui agitèrent notre malheureux Pays au XVI« siècle.
* ^ Item, Que nul Ëstranguier non Surseant du Pays , acquérant if Mestier, ne puissent porter Office silz uont demoreit sept ans conti- ^ nuelz en la Cité ou Banlieu , ayant espozé fille de Boui'goy et délie eu ss enffant; et les Surseaus du Pays, trois ans. ^ [Dans le Pâwelhâr ; dans le Recueil des ÉdUs du Pays de Liège, 1. 1, p. 487.]
* ss Item. Pour ce que imposible est davoir les trengtedeux a Hommes-Jurés du Conseil uotidiaiumeut ensembles, poui* aidier is les Maistres à touttes occurrences et affaires de ladie Cité , lesdi» ^ XXXIl Jurés dudit Conseil, incontinent leur élection, et en leui* ^ premier consibtoir, sens départir, esliront entre culz douze des plus
246 CHAPITliE XV
Par CGis restrictions oligarchiques, Erard comptait fortifier sa prépondérance.
Le Pays, grâce à la Neutralité , n avait autour de lui que des Puissances amies.
En 1518, Erard fit agréer par les Etats i, une alliance offensive et défensive avec le Roi d'Espagne, Seigneur des Provinces des Pays-Bas -.
Le Pays cessa ainsi, en quelque sorte, d'avoir
^ sufiisaiis, qui tousjours subvenrout aux Maistres daydde et de ^ conseil.... a [Ihid.^
* Erard avait personnellemeut négocié ^ eu tsecret, avec Charles d'Autriche, le 27 avril 1518, un étï-oit traité d'amitié. Eu voici le passage essentiel ', a .... Soit cou venu, accordé et conclud, que entre ^ ledit Seigneur Roy Catholicque et mondit Seigneur de Liège , sera s^ doresnavaut bonne, vraye et ferme Amitié , Intelligence, Ligue et 3f Obligation mtdmlle, au moyeu de laquelle ledit Seigneur de Liège ;# sera tenu servir le Roy envers et contre tous, sans nidz excepter ; et îs ledict Seigneur Roy sera aussy réciproquement tenu Taider, favoriser i: et assister, envers et contre tous, pour la seurté et conservation des ^ Estats , garde, caution et deffense des Pays et Subjects Tun de Tautre ff respectivement... ^ [Dans le Pâwelhâr; dans le Eecueil des Édiis du Pays de Liège, 1. 1, p. 189.]
* En voici les passages utiles :
sf Nous Prévost, Doyen, Archidiacres et Chapittre; Nobles, Baruus ^ et Vassalz ; liurghemaistres, Eschevins et Gonsaulz des Cité et Bonnes ^ Villes du Pays de Liège, Duchee de Builhon et Conté de Looz , reprea sentans les Trois Estats desdits Pays, Duchie et Conté. A tous Ceulx fi qui ces présentes Lettres verront, salut.... Nous, considerans les fi bien, commodité, utilité et seureté qui pourra succéder et advenir fi par icelle ^ZZiance, non seulement à nous, mais aussy à toute la fi choese publicque de ces dits Pays : Avons , à bonne et meure delibe- :* ration de Conseil, traicté, convenu, accordé et conclud... : Première" fi ment. Que, entre ledit Seigneur Roy Catholicque , sesdits Pays et fi Subjectz, dune parte, et nous lesdits Estatz, d'aultre, est et serat fi dorsena vaut bonne, seure, ferme et estauble Amitié, Voisinage, Confi fédération et Aîliunce deffensive, envers et contre tous.., fi [Dans le Pâwelhâr; dans le llecueil des Edits du Pays de Liège, 1. 1, p. J91.]
des intérôte politiques et commerciaux distincts de ces Provinces, qui lui avaient toujours été si antipathiques. ( Vendredi 12 novembre ^ )
Cette rupture, inutile, avec la France, fut vue (le mauvais œil par d'ardents patriotes* Ils murmurèrent. Erard les fit saisir, et noyer dans la Meuse -.
Le Roi de France, François I«s s'irrita de cette violation des traités. 11 chercha à écarter Tintiuence de TEspagne.
11 réussit à se ménager des intelligences dans la .Cité. Son intention était de faire éclater un mouvement on sa faveur. Des soldats Français déguisés se logèrent dans le Faubourg d'Avroi, attendant le signal convenu pour seconder les Bourgeois. Le complot fut révélé. L'alarme fut donnée. Les Français parvinrent, non sans peine, à faire retraite. Les principaux conjurés, au nombre de douze, furent écartelés vifs sur le Grand-Marché ^.
' Ce Traité d'alliance est signalé, comme un fuit considérable, dans une Histoire universelle écrite par un contemporain : lolH. Idem annuif insignis est icto Foedere inter Leodinos et nostrates Provincias, [ Barlaudi Hiatoriamm Libri III; Louvain, 1532; p. 157.]
Il se peut que cette intime alliance fût, au point de vue commercial, avantageuse pour les deux Peuples. Elle n'en était pas moins destructive de la Neutralité y sauvegarde permanente et bienfaisante du Pays.
' CoHvictipluresinamnemdemersisunt. [Fiaen, Historia Ecdesiae Leodiensis, t II, p. 329. Voir aussi les Mémoires de Du Bellay, etc.]
^ Duodecim f'actionie duces , actis in dlversuni cquiSy in paries diatrah i fecit. [ Chapeau ville , ibid, , p. 277 . ] Nombre de Bourgeois avaient participé à cette cotyuratiou. * Aul-
Un autre danger , bien plus grave pour Erard , s'approchait.
Le Protestantisme venait de faire son apparition (1517).
L'invention de V Imprimerie, vers 1430, avait puissamment servi à propager l'instruction, et surtout, à vulgariser des notions plus saines sur l'histoire et les mœurs libres des temps passés.
La découverte de V Amérique, en 1492, n'avait pas moins aidé à l'émancipation de l'Europe. Elle avait porté dans les rapports économiques une perturbation avantageuse à tous les artisans. L'argent, tout d'un coup, fut abondant; le travail se trouva mieux rétribué. Avec l'aisance, les idées d'indépendance se produisirent plus hardiment. Les persécutés allaient avoir dans le Nouveau Monde un refuge, où ne pouvaient les atteindre les Seigneurs temporels et spirituels i.
^ cuiis Seigneurs de TEngliese de Liège furent tenus suspect de ladite :i trahison, et se absentèrent de la Cité et Païs, que depuis n ont esté :f en icelle ou dedens le Païs. ^ [Chroniques de IAège*'\ — ^ Et depuis. ^ par ledict Ëvesque de Liège , il y eut des Gens de bien des Habitants a de ladicte Ville de Liège qui eurent les testes coupées, à cause qu'ilz sf vouloient tenir le party du Roy de France ; et fut cause de ce , ledict s: Evesque de Liège. ^ [Journal d'un Bourgeois de Paris sous le règne de François I; Paris, 1854, p. 67, etc.]
Pour les partisans du Prince et de la réaction Austro-Bourguignonne, ces Patriotes sont, bien entendu, j* aulcuns traictres, allyés avec le ^ Boy de France, du Pays de Liège. ^ [Macqueriau, Chronicquede BourgoignCy 1. 1, p. 139.]
' Les Historiens n'apprécient pas i\ sa juste valeur lu découverte de y Amérique, Le Nouveau Monde fut un immense lieu de refuge ofiert , tout à coup,
£n Allemagne, la vaste organisation catholicoféodale du moyen-âge luttait péniblement contre les besoins de l'époque. Les Princes laïcs no songeaient qu'à ressaisir les domaines envahis par le Clergé. Les populations étaient devenues indévotes: elles ridiculisaient les prcHres et les moines, insolents, paillards, ignorants. Les nouvelles communications, la science, la littérature, agitaient tous les esprits i.
Grâce à ces circonstances, Luther, plus heureux que ses devanciers, put soulever toute l'Allemagne contre les Papes, et la révolutionner par sa Réforme religieuse.
Dès 1521 , les doctrines de Luther pénétrèrent dans le Pays de Liège.
Elles y furent bien accueillies.
Érard était décidé à maintenir intacts ses prérogatives épiscopales, aussi bien que ses revenus
aux esprits libres de TEurope. Sans YAmériqu>€f Tlmprimerie et le Protestantisme n*aaraient eu qu'une influence insignifiante, et n auraient pas amené, en 1789. la Civilimtion modernr, dont nous sommes si fiers.
* Ceci est à noter.
A peine parvenu à la Principauté (1507), Erard avait obtenu du Conseil de la Cité le pouvoir de poursuivre civilement les blasphémateurs. Cela fut ainsi statué :
^ Item, Quiconcque blasfemera et jurera le Sang, Chair, Vertu. ^ Passion de Dieu, ou autre énorme et villain serment, sera pour le ^ premier fois en lamende dun florin dor; pour le seconde, à deux ^ florins dor; et le troissieme, corrigie au pilory. Le tierce de ladie 5s amende à nous; lautre, à nostre Cité ; et le troissieme , à laccusateur. ^ [Dans le Pâwelhâr; dans le Recueil des Édiis du Pays de Liègf, 1. 1, p. 486.]
épiscopaux. 11 so mit à haïr les partisans dos idées nouvelles i.
En 1523, il supplia les Trois États de faire exécuter , dans toute l'étendue de la Principauté , redit de Charles-Quint contre les adversaires do TEglise Catholique 2.
Sa proposition fut rejetée •^.
Ce nonobstant, en qualité d'Evôque, il transgressa les Franchises et les Coutumes les plus notoires, pour punir les dissidents ^.
* Ce fut riutérêt, rintérêt de position et d'argent, qui excita le Clergé , et surtout la Noblesse , où se recrutaient tous les prélats , à combattre aveuglément la révolution. Les Prêtres vivaient si librement et si grapsement dans la Cité, quVUe était réputée le Paradis des Prêtres.
fi La Cité du Liège est proverbialement appelée Le Paradis des fi Prestres, à raison des riches Eglises, Collégiales, Monastères et fi Couvents compris en son enclos. On y compte huit Collégiales de fi C^hanoines, quatre Abbayes très amples, trente deux Parochiales, fi trois Religions de femmes , et tous les ordres des Mendians , sans fi autres temples, monastères et hospitaux. fi [Crespin, Histoire des Martyrs mis à nwrt pour la Vérité, édition de 1582, fol. (585'.]
^ Anno ÎÔJ33, mense maya y hahitis Leodii CofnHiiSf actum imprimis ut edictum Caesaris contra Lutherutn et Lutheranos , noti soluw j)er Cit'itatem, sod et alia Patriae Oppida publicetur. [Chapeauville, ?fetrf.,p. 290.]
Charles-Quint, qui avait été élu Empereur en 1519, n'avait personnellement aucune conviction religieuse. Voulant prédominer en Europe, il se fit le défenseur du Catholicisme pour avoir Tappui de la Papauté. Ce puissant Monarque, qui s'épuisa en efforts pour arrêter le progrès, n'a laissé qu'un nom exécré.
* Inqua, longà consultatione habita y per varins causas in aliud tempus rejecta, [Chapeauville , ibid, , p. 290. ]
* On ignore sous quelles réserves les Etats avaient, enfin, en avril 1527, autorisé Erard à publier TÉdit de Charlee-Quint. Fuit ComUHs aprili même habit is conchésum de Haereticis, uxta Caesaris Edicfum ,
Dans le mois d'avril 1530, eut lieu la fameuse Diète d'Augsbourg. Elle statua que, provisoirement, en attendant le prochain Concile général, nul ne serait inquiété par rapport à la religion.
C'était décréter, dans tout l'Empire, la liberté en matière de croyances.
Cette liberté, des hommes hardis la prêchèrent à Maestricht, à Hasselt, à Tongres, à Iluy, à Liège.
Entretemps, des Anabaptistes ^ ralliaient à leurs doctrines les populations des rivages de la Meuse, en amont de Liège. Une sourde fermentation ne tarda pas à régner dans les Communautés d'Avroi, de Fragnéo, de Sclessin, de Tilleur, de Ramet,
non itapridem Leodii et vicinis locis publicatum, coercendis. [Cliapeanville, t&icl., p. 295.]
Ce qu*on sait, c'est que diverses protestatious publiques furent aussitôt adressées à Ërard , à propos de ses violences. Le 15 mai 1527 , entre autres, les Maistres^ Jurés, Conseil et Trente-Deux Bons Mestiersde la CUé, FrcMchise et Banli^u de Li£ge , remontrèrent de nouveau au Prince combien ils ;» estoient grevés et oppressés , en suppliant très «s adcei-tes plaire à notredit très redouté Seigneur , nous entretenir et ^ parmaintenir en la jouissance de nosdites Franchises, Status, Liber- ^ tés, Laudables Coutumes, ensquels il nous a trouvé à sa premire et ^ bien désirée entrée en sa Cité, etc. s? [Dans le Pâwelhâr.]
' Les Anabajytistes prétendaient qu*on ne devait être baptisé qu'en âge de raison. Les plus fanatiques voulaient la complète égalité des hommes, rabolition de la propriété, la vie en commun. Les moins exaltés ont formé la secte des Quakers.
Anabaptktarum secta his diébus (1526) vigere coepU..., Hdbent hi mttUa perniciosa dogmata, Negant haptismum parvuïorum : haptiêoias, iêbiadaetatem adultamvenerint y rebaptisant; volunt omnia esse communiay etiam uxores, ut olim Plato in sua Republica. [Chapeauville , t&fd., p. 295. ]
d'Ougrée, de Seraing, de Jemeppe, de Chokier, puis dans celles d'Ans, de Mons, de Montegnée, do Berleur, do Gràze, de Horion, de HoUogno aux pierres, de Flémalle i.
En 1531, le dimanche 2 juillet, pendant que Erard voyageait dans les Pays-Bas, les Rwagems se soulevèrent. Ils s'avancèrent en colonnes massives, tambour battant et bannière déployée, vers la Cité. Ils cherchèrent à y pénétrer de vive force. Los portes en ayant été fermées, ils se disposèrent à les enfoncer. Il fallut des coups de canon et une continuelle arquebusade, pour les éloigner des murs.
Dans cette extrémité, les Bourgmestres et des Bourgeois notables se dévouèrent. Ils se rendirent sur les Champs de S<^-Gilles , où se trouvait un groupe de trois mille insurgés. Ils ouvrirent avec eux des négociations.
Les Rivageois se plaignaient de nombreux abus, très nuisibles, disaient-ils, à la tranquillité publique. Ils avaient dressé la liste de ceux dont ils réclamaient le redressement 2.
' Le «oulèvement des populations de la Banlieue fit l'objet d'un rapport du Greffier de la Cité, Guillaume De Meeff : ce travail, intitulé La Mutinerie des Rivageois, est transcrit, plus ou moins fidèlement, dans beaucoup de Pâwelkârs et de Chroniques. Ce n'est, en somme, qu'un vrai réquisitoire judiciaire. De Meeflf, du reste, ne prenait la plume, comme il la voue, que par ordonnance.
* Les véritables prétentions des Rivageois ne nous sont point parvenues.
De Meeff, qui a dénaturé tout ce qu'on lui avait ordonné de dénaturer,
Il fallait qu'on leur garantît la jouissance des Franchises et des Privilèges de la Cité. Ils exigeaient, en conséquence, qu'on fît sortir de prison un Bourgeois de Tilleur, arrêté illégalement pour fait de religion , lorsque les Lchevins de Maestriclit avaient déclaré qu'un tel fait n'était point un délit. Ils demandaient que les Franchises et les Privilèges, confirmés naguère par les Empereurs, protégeassent tous les habitants du Pays indistinctement. Ils ne voulaient plus être censurés ni excommuniés par l'OfBcial, dont la juridiction était purement ecclésiastique: ils revendiquaient le droit d'être jugés, en tout et pour tout, par les Echevins, et d'après les lois ordinaires. Ils requéraient, enfin, pour faire baisser le prix du pain et de la bierre, qu'on mît en
après avoir dit que les Rivageois ne se soulevaient que contre la cherté du grain, reconnaît que leurs ^ demandiezes ne faisoient seulement If mention des grains, mais de plusieurs auUres choeses qui estaient n contre équité , justice et raison, et ne tendant à aultre choese que à ^ rébellion , sédition et mutenerie.... Leur intention n'estoit seulement ^ d'avoir bleid ou grains, mais pour piller et desrobber la Cité, et y f faire maulx innumerables.... ^
Ce qui, pour Chapeauville , met hors de doute cette dernière particularité, c'est que les femmes elles-mêmes, qui accompagnaient les Rivageois, étaient toutes armées de longs couteaux et munies de sacs pour enserrer le butin. Fraeter mulieres plurimas cultris ohlongis ad jugulandum, et saccis ad spolia colligendum , ut aiéba/nt, instrudas, [J&wî.,p. 306.]
La mutinerie se faisait, évidenunent, pour des principes; maison lui attribua des idées de pillage, et elle fut condamnée. Elle a dû être ainsi un obstacle aux progrès de la réforme religieuse.
Il y a sur cet épisode nombre de détails intéressants dans les Chroniques de Liège,
vente les grains accumulés dans les greniers des couvents ^.
* Cette Potion, comme expression des griefs des insurgés , mérîte d'être relevée. De Meeff Ta insérée dans sa Mutinerie des Rivageoi^. La voici :
^ A vous Us Burghemestres et les XXXII Bons MesHers, et à Ums ^ Bans Bourgois de la Cité de Liège.
^ Nous voulions, que, comme cydevant, les Burghemestres ont tous- ^ jours conservé no2 Previleges et Franchieses , que pour le présent ^ elles soyent maintenues tant des Burghemestres modernes que ^ futurres, et tant pour noz que pour noz successeurs.
^ Nous voulions, que les Previleges donné et octroyé par l'Empereur ^ Maximilien et conféré dernièrement par TËmpereur Charle V"'^ de sa ^ grâce, soyent ohservé, tant pour nous que pour les Bourgois de ^ Liège, Nohles, et Gens de Fieffz.
^ Nous voulions, que Jehan Halbartt comme Bon Bourgoy, soyt èf délivré et relaxé de la prison, puisque les Ëschevins de la Ville de js Treicht Font jugé hors de prison et n'ont trové cause aucune de le gf faire mourir , selon les Loix Impériale et Status du Pays de Liège.
^ Nous voulions , que les ediots touchant le règlement et vente des If grains dernièrement puhlié au Peron de la Cité et point observé . a soyent remis sus et republié devant que nous départions.
if Nous voulions, qu'il se fasse une visite et inventoire des grains. ^ et qu'ils soyent mis à pris, scavoir : le stier de wassein à 22 aydans, î* le stier de frument à 24 aydans , et le muyd de espaut k 4 florins ^ Liegois , sans que l'on le puisse vendre davantaige ny mener hors le a Pays.
:* Nous voulions , qu'il soit deifendu aux Brasseurs et Tavernirs do is vendre le pot de bière davantaige que hiiict sooz, sur paîne de la vie ip et perte de leurs biens.
s? Que les grains qui seront trouvé dans les greniers , oultre ce qu'il en if faudrat pour leurs menaiges jusque» k la moyson prochaine, qu'ils if soyent vendu au pris susdis , et que ce règlement soit observé par If toute les Banlieu, Hesbaye, Condroz, et tout le Pays de Liège.
sf Que les Procureurs de la Court de l'Official ou aulcun Procureurs if fiscaux, n'ayent plus aucun droict ny censure sur noz jurisdictions g! OU personnes des Habitans lays ou secculliers , mais seullement sur a les Clercqs et personnes ecclesiasticques , ensuitte des Previleges gf Imperialz.
n Que nouz actions , faits et dicts soyent apprové avec seurté daulcuuo
Ces propositions furent discutées en plein Conseil de la Cité. Elles furent admises* On signa et on scella la pétition, qui fut reportée aux Rivageois. Ceux-ci, qui rodaient et campaient depuis quatre jours, renoncèrent à la lutte sociale. Ils se dispersèrent paisiblement.
A son retour, Erard censura les actes du Magistrat de la Cité. Il lui plut de poursuivre j comme perturbateurs, les Rivageois.
Il exerça contre tous d'atroces vengeances. Les plus compromis furent torturés, décapités ou bannis, et leurs familles ruinées par d'iniques confiscations. Les moins coupables, au nombre de neuf cents i, eurent à faire une amende honorable. Ils entrèrent à Liège, tête et pieds nus, en chemise, la corde au cou: dans la Cathédrale, puis sur le Marché, agenouillés et mains jointes, ils demandèrent pardon à Dieu, à la Vierge, aux Saints, au Prince, et aux Bourgmestres 2. Us
s? recherche ou punition , et que lesdis articles soyent leu et publié au sï Peron de la Cité , et singné de Conseil de la Ville.
it Finallement, nous sommes resoud à ne démarcher d*un seul point ^ d'iceux articles , ayant trop longtemps souflert les abus. Si nous ^ n'avons vostre response en briefF, estons délibéré de faire nostre If puissance , car nous ne pouvons plus endurer ces choses dorsenavant. ^
Tout cela est dit, on le voit, très vertement, et dans le style le moins diplomatique.
' L'amende honorable fut faite aussi, mais d^une manière moins humiliante, par une foule de Rivageois déclarés non coupables. ^ Lesdits Rivagois estoient bien 5,000, sans comprendre ceux qui 9? furent décollés et bannis. ^ [ Chroniques de Liège. ]
* Bli ad porfam sandae Margaretae dedtwti , ac inde sola ifiterufa
256 CHAPITEE XV
furent privés, pour leur vie, de tous les droits de Bourgeoisie ^
Ces événements servirent le Prince. Ils accrurent son autorité. Soutenu par Charles-Quint, appuyé par les principaux membres du Clergé et de la Noblesse, il prit en main la direction presque exclusive des affaires. Il fit tout plier sous les lois de lunité militaire et religieuse.
Malgré tous les obstacles, le Protestantisme
indutif ni4dispedibtis ac capitHms intectis, capistro a œllo dependentCf Civitatem mgressi sunt... Veniam rogarunt , misericordiam œnclainantes, [ Chapeauville , Ubid, , p. 316. ]
Le Maître-Bourreau , qui rudoyait superbement les IRivageois , qui tenaillait, brûlait, rouait et pendait sans pitié les hérétiques, fut décapité Tannée suivante , lui-même s'étant laissé séduire par les doctrines nouvelles. — *r Le VIIJ^ jourde jung,maistre Jhan,bourrea ^ de la Cité, qui estoit bien en grâce d'ung chascun pour son bonnesté, ^ eut la teste trencbée, et ne sceut-on jamais la cause de sa mort. «: excepté que on disoit qu'il avoit esté à Ësden, et illec reveleis ^ aulcuns secret touchant les affaires des Rivagois. ^ [Chroniques de Liège. ]
* Ce fut une des clauses du pardon, ^ que leurs vies durantes seront ^ privez de touttes Bourgoesie, Franchieses et Libertez de ladite Cité, if et ne pouleront entrer en icelle, à quelcque jour que ce soit, synon ^ avec un couteau à taiUier pain , et tous autres bastons et armurres if leurs serat defiendus de porter, tant en ladite Cité que en Banlieu, ^ surpainede perdre le poigne droict.... ^ [De Meeff, Und.}
Ce triste épisode est ainsi noté par un contemporain : ^ Lan XV^ et ^ XXXI le premier lundi de jullet, fut le mauvais joure des RivtMgois ^ pardevant Liège , don ceux de Tilenz et d'Ans en comencherent la if danche. Beaucho en furent bannis et absens des Pais, beaucho en ^ furent mort, et par justice punis. £n après, il fut ordonneis ung a Obediens, que fut le jor del Saint Pire auguste entrant ensnant, ^ auscuns portant corde en col, les authre py nu et en pure la chemise, fs priveis de tout Franchie, Previlege et Liberté, don cest pité à if remonstrer. Dieu les vult une autre foie garder. ^ [ Chroniques de TAège,]
se propageait dans le Pays, dans la Cité. Les hommes, les femmes, les enfants eux-mêmes, disputaient à lenvi sur les dogmes, la discipline, et les convenances du culte public ^
Érard s effraya de ce progrès moral et intellectuel. Sur ses ordres, il y eut partout une recrudescence de prédication en faveur des absurdités théologiques 2. Il reconstitua les écoles, et y renvoya les personnes dont la foi était quelque peu chancelante. Il fit célébrer les cérémonies religieuses avec plus d'apparat. Il institua à perpétuité, à grands frais, la procession de la Translation des reliques de saint Lambert, où devaient figurer, sous peine de censure, tous les ecclésias* tiques et tous les laïcs de la Cité ^.
' Eodem tetnpore j œeperunt quidam Leodienses , de Lutheranismo saspecti, magnâ licentiâ, de fidei articidis disputare.,.. Les doctrines nouvelles étaient embrassées avec ardeur par les femmes, par les eufants même : Non viri tantum, sed et mulieres, omnis conditùmis et aeiatis. On les acclamait jusque dans les écoles des églises collégiales. Quidam Joannes, scholarum Ecclesiae sancti Pauli magister, quod Lidheranam luieresim pueros docuisset, etc. [ Chapeauville , ibid,, p. 318, 320, etc.]
* Érard défendit de parler des idées nouvelles dans les écoles, et dans les réunions publiques ou privées. Decembris iertia, edicto vetat ne quia cujuscumque conditionis aut sexus fuerit scJiolam aperiat, aut canveniictUa , sive parvo, sive magno numéro virorum, mtdierum, ptêerorum, aut puellarum, in quibus Haereses seu Luifieranae, seu aliae quaecumque doceantur, hàbeat, etc. [Id., ibid, , p. 320. ]
* Nos pieux Annalistes, on le comprend, n'ont que des louanges pour les fureurs théologiques d'Erard. Bouille lui-même, si candidement généreux parfois, nose dégager des faits renseignement qui en ressort, pour ne pas blâmer Érard d avoir préféré ses intérêts au bien public. Voir son Histoire du Pays de Liège y t. U, p. 334, 335, etc.
268 CHAPITKE XV
Quoi qu'il fît, Érard ne put rester tranquilloment le maître i.
11 le vit bien.
Il appela à son aide X Inquisition 2.
A peine créé, le sinistre tribunal causa d'indicibles frayeurs. 11 poursuivit à outrance ceux qui lisaient les Evangiles. 11 décréta des perquisitions domiciliaires, pour rechercher et détruire les livres suspects '^. 11 jeta dans une dure prison les Bourgeois que dénotait le plus léger soupçon d'hérésie. 11 tenait pour indigne de pardon , qui-
* Fullulabat siquidem Leodii etpassim HaercsiSf praesertim Luthe* rana, omniaque sensim ad turbas et seditiones tendébant, etc. [Chapeauville, ibid., p. 327.]
Naturellement, ou tenait pour hé'ésies toutes les idées tendant & modifier Tétat de choses spirituel, c'est-à-dire » à secouer la tyrannie et à troubler la douce vie du Clergé Catholique.
* Le président de cet horrible comité, V Inquisiteur , était un moine Carme nommé Jean Jamolet. H poursuivit avec une ardeur féroce tous ceux qu'il suspectait d'être mauvais Catholiques. Erat id tcmporli Leodii, Haereticac pravUatis Inquisitor, quidam ordinis CarmdiUim, qui dUigentem in inquirendis Lutheranis eorumque fautoribus, navabat operam. [Id., ibid., p. 319.]
Cet Inquisiteur agissait comme agtsiit papal et épi^copal tout à la fois, Qui auctoritate tam Pontificiâ quam Ordinariâ fultus. [Id.,ihid.] Eu cette double qualité, il se crut dispensé de respecter la liberté des Citoyens et d'obéir aux lois. Il était, on le voit, fort difficile de lui échapper.
' Un Chanoine de S*-Denis, entre autres, ayant été trouvé possesseur de quelques livres séditieux ou hétérodoxes , ne sauva sa vie que par une prompte fuite. Fer idem fcre tempits, quidam Ecclesiat D, I>i<h nysii Leodiensis Canonicus, de noris quoque Lutheri dogmaXihus suspectus, cumdiligenti inquisitione factâ, indomo ejua libri Lutheri ^ (diique pïures Haeretici^ reperti essent, fuga vitae suae cansiduU. D'autres encore furent poursuivis. AUerS. Martini CanofiicuSy etiam de Ilaeresi accusatus, etc. [Id., ibid,, p. 319.]
conque parlait mal de la Vierge, se moquait des saints, niait le purgatoire, ou vilipendait les traditions et les cérémonies de la religion catholique.
Énormes méfaits i.
Les coupables étaient torturés et mutilés; les repentants avaient la langue perforée avec un clou; les entêtés étaient brûlés vifs à petit feu 2. Les familles de ces malheureux étaient, en outre, ruinées par de fortes amendes ou par la confiscation de leurs biens 3.
Ces procédures sommaires, ces sentences cruelles, manifestement illégales, sure:î;:citèrent le sentiment public.
Comment résister aux pieux attentats d'Erard?
Partout on était sous Tinfluence d un passé superstitieux.
* Et qui heatam Mariant virginem, attt alios Sandos blasphémasse y aut Purgaiorium negasse, aut contra Traditiones et Caeremonias Eccksiae CcUholicae Romanae loquutus fuisse, convictus fuerit, etc. [Chapeauyille, ibid,, p. 32ô.]
• Lingua davo perfoderetur.,.. Pertinaeem flammis tradunt. Le rivage des Tanneurs était le théâtre ordinaire de ces infâmes brûlements. Nonproctd à Scholarium monasterio ad ripam Mosae factum fuit. [ Id, , ihid. , p. 295, etc. ]
A Liège, les prêtres brûlaient sans grand appareil. Le patient, enchaîné, et priant ou hurlant , était placé dans un tonneau défoncé plein de poix et d'étoupe, que Ton enflammait. En grillant, la chair répandait une odeur infecte. [ Chroniques de Liège ; Crespin, Histoire des Martyrs mis à mort pour la Vérité, édit. de 1582 , fol. 586, etc.]
' Cum..„ impoenitentes gratiam praefixa die non petiissent, perpctuo à Civitate et Patria proscripti, et eorum bona aerario publico adju^ dicata fuerunt, — Alios quoque Cives septem, carceribus propter Uaeresim mancipatos, cum pertinaces essent, bonis eorum CivUatis aerario adscriptis , proscripsit. [Chapeau ville , tbid. , p. 325. ]
Le lundi l^r juillet 1532, les Bons Métiers, après une longue discussion, se montrèrent à la fois courageux et faibles. Ils prohibaient les livres entachés de Luthéranisme, et autorisaient des poursuites contre tous ceux qui en possédaient ou en lisaient i; mais en même temps, ils voulaient que les accusés, en vertu des libertés publiques 2, ne fussent plus renvoyés à Tlnquisiteur, et qu'ils fussent jugés par les Echevins, assistés de la Franchise ^.
' On permit cependant la lecture des Évangiles et des livi'es orthodoxes écrits en n'importe quelle langue, a Quant aux Libres Uere- ^ ticfiueS ou suspects de lier esie, qui prohibez et defifendus sont, les sf Trengte Deux Hons Mestiers ne voulent empaicher que les Liseurs, ^ Riselateurs et lletenteurs de teilz Libres soyent pugnis et corrigez ^ suyvaut leurs demerittes, et à lexemple d'aultruy. Mais quand au ^ Vieulx et Nouveau Testament, et aultres bons Libres de la Saindc s? Escripture, approuvez par TEngliese ou par Previleiges Imperiaubc, a imprimez en quelque lengage qu'ilz soyent, que Ton les puisse icieuk ^ tennir et lirre sans fourfaire ne messuzer. ^ [5to<«<s du 1" juillet 1532, dans le Pâwelhâr,]
* C'était là la principale recommandation des Bons Métiers, it Preg: mierement. Et avant touttes choses, lesdis Trengte Deux Bous ^ Mestiers demeurent planierement et enthierement empres les Fran- ^ chieses et Previleiges anchiens des Bourgois de ladite Cité. £t ^ est leurs intention et voulenté , que suyvant icieulx Previleiges et iff Franchieses lesdis Bourgois soyent traictez et meunez , et point ss aultrement, et sans icelles Franchieses et Previleges, en manière jp nulle ^ debvoir estre enfraind, briesees, ne à icelles ou icieulx conif trevenu. ^ [Id.,ibid.'\
Les Rivageois n'avaient pas demandé autre chose.
* ^ liCsdits Trente Deux Bous Mestiers n'entendent et aussy Jie s: voulent que icieulx qui seront trouvez encoulpez de ladite Hérésie ^ Luthérienne , soyent jugez et condampnez par aultres juges que par Sf Loi/ ou Franchiese . qui sont Messieurs les Eschevins, Burgbe- ^ maistrcb et Jurez. Et se icieulx ne sont assez eut^^ndus, qu'ils ayeut
Erard somma les Bons Métiers de révoquer, tout de suite, leur Statut. Dans sa frénésie religieuse, il les menaça de ses violences et des peines de FEglise , s'ils retardaient de lui obéir i.
Les Bons Métiers n'eurent aucun égard à sa brutale requête 2. Us maintinrent ce qu'ils avaient
^ recours à leurs Clianchelliers , Clercques de droicts et aultres gens a scavans. s?
Pour mettre iîu aux délations, calomnieuses, il fut statué : ^ Comme fi Ton at veii par expériences que aulcuns , par haymes, envie et aultreif ment, legierement soy sont ingerrez rapporter les Bourgois ou a Boui'geoises de ladite Cité, et accuseir de ladite Hercsîe Luthérienne fi et aultrcs cas villains, et n ont icieulx estez trouvez teilz que on les fi auroit rapportez ; la délibération et opinion desdits Trengte Deux fi Ijons Mestiers est, que sy les Accusez ne sont trouvez incoulpez et fi entachez des accusations et rapporte qui auront estez contre culx fi faicty ou qu*ilz soy allégeassent ou descliargeassent sufUsannnent : fi que teilz ïa^ixx et imt{ues Délateurs , ou Accusateurs, soyent punis fi de teile payne qu^ilz porteroient sllz estoient de teilz cas trouvez fi encoulpez , et , avec ce , tennus à restitution de tous despens , domfi mages et interests, et aussy à réparation suiHsamment de leurs fi honneurs, fi [Id., ibid.]
* On peut noter, comme curiosité, que l'Inquisiteur Chapeauvillc blâme l'opposition des Bons Métiers aux pieux désirs d^Ërard , piis justlsque Erardl desidèriis, pour un établissement parfait de Tlnquisition. [i7*/ef., p. 319.]
^ Erard avait requis les Bourgeois de lui demander pardon , sans nul retard , de ce qu ils avaient apporté des obstacles aux poursuites de ses Inquisiteurs. Voici Tacte qui constate cette folle exigence :
fi Le vingtequattreme jour de juUet an 1532. Sur ce que Monseifi gneur Reverendissime Cardinal , nostre metuendissime Seigneur et fi Prince, euisse, en la présence d'ung Nottaire et deux tesmoins, fi requis et commandez Messieurs les Burghemaistres vouloir admofi nester les Trengte Deux Bons Mestiers, et faire l'evocquer lu fi Conclusion par eulx faicte , touchant que les Enquestéz de V Hérésie fi Luthérienne poulent faire leurs dcscharges et allégeances j^icd:: fi libres et hors prison, prétendant, Monseigneur Reverendissime, fi lesdits Trengte Deux Bons Mestiers avoir en ce grièvement offcncé
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décrète. Ils firent plus. Ils obtinrent des Echcvins, coup sur coup, deux Records, où étaient rappelés les privilèges de la Cité et les droits de ses habitants. Par là , ils donnaient à entendre au Prince, qu'ils se refusaient à armer son pouvoir de prérogatives nouvelles, et qu'ils avaient assez fait contre la liberté de conscience i.
Les persécutions, sans être moins odieuses, devinrent plus tracassières -. Erard les multi-
î? et mett'ait , et que , poui* ce , uvec ladite ratiiiicHtion , ilz debvcroyeut Si crier d demander mercy à sa Grâce, ou, eu cas de opposition ou si refus , sa dite Grâce procederoit coutre eulx à toute righeur et par :f justice.
sf Suivant quoy , lesdits Burghemaistres , obeissaus az requestes et ^ mandements susdits , euissent à toute diligence faict convocquer et ifi assembler lesdits Trengte Deux Bons Mestiers, et à chascun dlcieulx fit envoier le double de la requeste et mandement de nostre dit Rêve- ^ reudissime Prince, et admonestant et requérant, comme dit est: if Fut, par la Généralité desdits Trengte Deux Bons Mestiers, passé î? et conclut , qu'ilz demouroient et demeurent enthierement empres ss ladite Conclusion par eulx faicte, et aussy empres leurs Franchieses. ^ Previleiges et Libertez.
^ Suppliant à nostredit Révère udissime et Prince soy vouloir cous? tenter, et avoir la patience jusques au temps qu'ilz auront veû et sr ouyeu le Recorde par eulx demandé à Messieurs la Haulte Jnsficc sî touchant leursdits Franchieses , Previleiges et Libertez , pour après ^ en user eu la forme et manière que faire se pourat. ^ [Dsm fe Fiiicelhâr.~^
' IjCs Echevins délivrèrent ces deux Records le ^ septembre 158*2. Celui qui était relatif aux droits et aux libertés des Bourgeois fut imprimé , en 1669 , sous le titre de : Grand Record de la Cité de Liegi\ concernant les Anchiens Droicts, Prit ilelges et Franchieses d'icelk: Liège, in-4'* de 133 pages.
* En violant tous les droits publics et privés, Erard remplit tle consternation et de terreur la population entière. Il incarcérait, torturait, bauuibbuit; mutilait ou brûlait quiconque u*aUait paii à 1h
plia 1. Par ses mesures de surveillance inquiète et raffinée, il entrava le commerce extérieur: nul marchand ne pouvait pénétrer dans le Pays, s'il Il était Catholique avéré. Par ses vexations incessantes, il força un grand nombre de sujets laborieux à s'expatrier -.
messe ou à la procession , etc. Anno 1534, Dr ardus Igitur adhihiiis Theologiue j^critiSy praesertim Carmelitis et Dominicanis, multos ad Fcmc t)octrinae semitam reduxit ; pertinaces flammis tradidit; quosdam Patriae ejccit; alios eriidiri petentes, vel darccribus detinuH, tel ad scftolas publicas j certo illis praescripto tempot'c, dimisit. — Anno 1535. Inventi nihilominus miUHj quidam pertinaces, nonnulli dubituntii, plurimi suspedi, ignihus traditi, jtiifurimi proscripti fuére. [Chapeau ville, ibid., p. 327, 329, etc.]
Aucun des cris publiés par Erard, pour le maintien des dogmes catholiques, n'est transcrit dans les Pâweîkârs, Les republications qui en furent faites par ses successeurs sont pleines d'ajoutés et de remaniements.
* Annum JDomini 1535, rursus Vraesul vigilantissimus pêne totum insumU in investigandis , cocrcendis , pww iendisqae Haereticis. [ Id. , t6td.,p. 329.}
Des contemporains résument ainsi la situation :
^ Lan mil V*= XXXUJ, par la Cité furent plussicurs exécutez par ^ feu, estranglez, bannis, leurs biens confisqués, pour ce quilz estoient a Sectaires et Hereticques, suyvant leurs jugement, if
fi Lan XV^ et XXXIIIJ furent mult de Bourgoi et de Bourgoises de if Liège bannis, et horse expulsé de Pais. Plusseurs par justice fi executeis , punis et bruleis , pour plusseurs error contre notre Foie fi Catholice. Et furent et estoient appelé Xi/^Amen*. fi [Chroniqîœs de Liège. ]
* On ne connaît pas le nombre des Liégeois qui , pour conserver la liberté de penser, furent contraints de quitter le sol de la Patrie, leurs propriétés, leurs honneurs. — Les uns se réfugièrent à Aix, à Wesel, à Stolberg et dans leurs environs , où ils établirent des fabriques de laiton; les autres se sauvèrent à Sedan, et y élevèrent des manufactures de drap , d'armes , de grosse quincaillerie , etc.
De tous ceux qui émigrèrent , l'Histoire mentionne particulièrement Jean Destordeur, dont le célèbre Calvin épotïsa la veuve, Idclette
'2i)4r CÏÏAPITKE XV
Il ompôclia la vente et le colportage des livres. 11 terrifia les Imprimeurs , au point qu'il ne sortit plus des presses Liégeoises, ni un ouvrage sérieux, ni une brochure utile i.
Il chercha à s emparer de la haute direction de la justice. Du Conseil Privé, simple corps administratif qui était tout entier dans sa dépendance, et qui avait, peu à peu, usurpé des fonctions contentieuses, il voulut faire une juridiction régulière. Déjà, en 1518, il avait obtenu de TEmpereur qu'aucune décision des tribunaux Lié-
Debontr (1540). Un écrivain catliolique parle de cette Tinion eu it^ termes: t: Calvin épousa la vefve de Jean Estordeur, natif de Liège, ff de Religion Anabaptiste, lequel il avoit converti; elle étoit appeUee si Idelcte de Bure. Ce fut des noces condampuees à perpétuelle a stéréli té , encore queldelete fut jeune et belle. «? [Rémond, Histoire de la naissance de V Hérésie de ce siècle; Paris, 1610, in-4«: p. 926.J Ce mariage de Calvin avec Idelette Debœur ne fut point stérile, comme ou s^est plu à le dire: il en naquit trois enfants, qui moururent en bas âge.
* Tout semble même indiquer que Érard proliiba YImprimerk. de peur qu'elle ne mît au jour des livres entachés des idées nouveUes. .lusqua présent, on n'a pu découvrir un seul volume imprimé à Liège pendant son gouvernement.
Avant son avènement à la Principauté , il y avait des Imprimeurs à Liège. Ainsi, par exemple, en 1505, un typographe, du nom de Pierre de Heer, demeurait sur le Marché, dans une maison enseignée Au Sampsùn. Il publia en cette année 1505 un petit in-S**, en caractères gothiques, intitulé : Heures en François à Vusage de Homme. Vers 1580, on retrouve le même établissement dirigé par un Pierre (le Heer , qui était probablement le fils du de Heer de 1505.
Au point de vue intellectuel, le résultat des interdits d'Érard fut déplorable. A la place d'une activité scientifique et littéraire (il y avait alors un grand mouvement intellectuel en Europe), on vit peser ^*u^ tout le Pays une ignorance systématique, regardée, dès lors, coiniiu* le meilleur moyen de défense par le despotisme religieux.
p;eois ne pût être déférée, en appel, aux Cours .suprêmes de TEmpire , qu'après avoir été révisée^ par le Conseil Privé i; mais cette innovation avait été rejetée par les Etats. Cette fois, elle ne fut pas mieux accueillie: on répondit que la nécessité d'un tribunal d'appel résidant dans le Pays n'était nullement démontrée; et que, dans tous les cas, ce n'était pas le Conseil Privé qui pouvait remplir l'office d'une semblable cour supérieure 2,
A force d'instances, le Prince réussit à vaincre, on partie, les défiances des Etats. Le 14 jan-
* Les termes du diplôme de Maximilien sont précis :
Quinimo gravati per hujusmodi sententias deheanf et tenea^itur ffradatim, et prhnùm ad prae fatum Episcopum, et iUius legitimoa sxtccessores pro tempore existentes, seu et ConcHium eorum appellare^ proGOcare aui suppUcare , etc. [ Privikgiorum Imper ialium et Comi» tiorum Pcdriae Leodiensis Séries; Liège, 1662, in-folio; j). 38. J
* Tout cela se disait hautement dans le Pays, s? Ledit Érard ayant
* reconnu que les Juges ordinaires estoient saisiz de la Jurisdiction ^ contentieuse et de Texercice d'icelle privativement . et à Texclusion ^ tant de l'Evesque mesme que de son Conseil Privé, et trouvant cela ^ contraire à son goust, prist une résolution de chercher subtilement a les moyens d'attirer à soy, ou à son Conseil Privé, ladite Jurisdiction , 5? et point privativement sur et à lexclusion des Juges ordinaires , du r moins cumulativement. De fait, dez en Tau 1518 (temps auquel ^ TËvesque n'avoit point de Conseil Ordinaire mais un Conseil Prier.
* lequel n'a voit aucune puissance, comme il n'a encore aujourd*huy, \\ ^ l'endroit de l'exercice de la Jurisdiction contentieuse), il inipetra ^ des Privilèges de l'Empereur.... Comme il n'eut pu disposer les ss Estats à la réception desdits Privilèges , principalement en ce qui fi estoit des appellations , qu'il vouloit introduire k sa personne ou à if son Conseil Privé, il s'avisa en Tan 1521, etc. ^ IMandemens des Seigneurs XXII contre les Seigneurs du Conseil Ordinaire; Liège, 1636, in-40; p. 15.]
vier 1531 , ils approuvèrent son projet, mais après l'avoir modifie dans un sens favorable au droit national. Ils créèrent cette cour d'appel : ce fut le Conseil Ordinaire. Sa juridiction ne devait sVxercer qu en matière civile.
Le Conseil Ordinaire fut tout à fait distinct du Conseil Prive. Il fut composé de neuf juges inamovibles, dont trois étaient nommés par le Prince, deux par le Chapitre Catliédral, deux par TEtat Noble, et deux par la Cité et les Bonnes Villes. Il jugeait, en première instance, des contraventions aux Privilèges Impériaux i, et, en appel, des sentences rendues en matière civile par les Echevins de Liège , et par les Cours Allodiale et Féodale. Il n y avait lieu de se pourvoir contre ses décisions, auprès de la Chambre Impériak, que lorsque les actions, en matière immobilière , excédaient la somme de douze cents florins d or, et en matière mobilière , celle de six cents florins d or 2.
* Les ecclésiastiques et les clercs qui avaient enfreint les Privilèges Impériaux, devaient être justiciables du Conseil Ordinaire, c'est-à-dire (Vun tribunal civil , ce qui est à noter : Etiam Ecclesiasticos et Clericos in quantum transgressores. [PriviUgiorum Impcrinlium et Comtiùrum Patriae LeodienHs Séries y p. 16.]
* Ce droit de non-appel , de non appellando à la Chambre Impériale jusqu'à ces sommes, avait été ainsi fixé par un- Diplôme de 1521 : Ita ut non liceat de caetera à sententiis praefati ConcUii summam 3ir^ taxam mille du^^entorum florenorum auri in imfnobilibuSj ac sexcentorum in mohilihus non excedentem appellare veï supplicare..,. coraw Imperiali Consistorio. [i7M^.,p. 44.]
La nouvelle institution n'amoindrit nullement la juridiction du
Dans cette môme Journée, les Etats votèrent une autre loi plus utile et plus urgente: elle devait satisfaire, en un point, lopinion publique, très propice au Protestantisme,
Se dérobant à tous les impôts, s'enrichissant à chaque «génération par des donations nouvelles, retenant toujours et n'aliénant jamais, le Clergé avait fini par accaparer une grande part de la fortune sociale. .
Il fallait atténuer ce régime d'appauvrissement général.
On statua que, désormais, aucune corporation religieuse étrangère ne pourrait, ni par donation ni par testament , devenir propriétaire , à quelque titre que ce fût, de biens meubles ou immeubles situés dans le territoire Liégeois i ; qu'aucun mo-
Tribunal des Echevins , au dire d'un contemporain. Ils continuèrent à ^ présider, gouverner et modérer non seullement la Cité de Liège tant sî magnifique, mais aussi toutes les Villes, Kourgs et Bourgades du ^ Pays , avec si grande auctorité de décret , que appellacion ne tombe ^ en leurs jugemens, sinon es causes civiles , lesquelles ont reformacion ^ pardevatii ung Conseil, qui représente V Empire. Car jugeans do a mort ou vie de quelqu'un, ilz jugent par arrest, si que aulcun appel n ne tombe, de sorte que leur demeurent tous aultres Juges de beauf coup plus inférieurs.... ^ [ Gilles Boileau de Buillon , Petit Traidf' des Causes criminelles; Anvers, 1555, in-8?, p. 4.]
* # Item, Que nuls Monastères ou Eglises, estantes hors du Pays, if ne puissent acquérir dorsenavant, soit par achapt, succession, ou if autre titre quelconque, des Cens, Rentes, Terres ou autres Biens ^ immeuhles gisants au Pays , et que nulluy Subject audit Pays ne if peut vendre , transporter et donner, soit par testament ou aultrement , ^ tels Biens immeubles ausdits Monastères , Eglises ou aultres Lieux sî Pieux, sur la peine de confiscation d'iceulx , ny aulcune Courte ou < Justice du Pays présumer d'en donner œuvres de loy ou possesion de
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nastère ou couvent, étranger ou non, ne poun-ait succéder aux biens immeubles de ses affiliés, hommes ou femmes i; enfin, que tout immeuble acquis, à titre onéreux, par une corporation religieuse, pourrait ôtre, à toujours, retrait et rachoto par les vendeurs ou leurs héritiers 2.
Erard, par son fanatisme étroit, par ses mesures extra-légales, troublait tout à plaisir. Il ruinait la prospérité matérielle du Pays , arrêtait le développement intellectuel et artistique, empêchait rétablissement de la liberté.
Pour stimuler les fidèles, il s'était jeté dans une dévotion stupide. Quelques uns de ses actes prétendus pieux , ne dénonçaient que de la folie. En 1530, il fit faire son tombeau, qui fut érigé au milieu du chœur de la Cathédrale. Chaque année, le 30 décembre, ses chanoines et ses
^ tels Biens , sur peine de nullité des acts , et d'en payer aultret^nt ^ que lesdits Biens, dont ils auront donnez les œuvres ou possession, a puissent valoir , à applicquer la moitié au Prince , et Taultre moitié a aux Pauvres du lieu, là où que lesdits Biens seront scituez. ^ [PWvilegiorum Imperialium et Comitiorum Patrine Leodiens^is Séries, p. 54. ]
* sf Item. Que, dorsenavant, nuls Monastères, tant dedans que hors s: le Pays , à cause des Religieux ou Religieuses professes en iceulx , ue n puissent succéder en aulcuns Biens Immeubles. ^ [Ibid.}
' «s Item, Que touts Biens Immeubles qui, dorsenavant, seront if achcptez par les Monastères , Collèges ou aultres Eglises ou Lieux :fi Pieux du Pays, se pourront par les mesmes Vendeurs ou hurs Hoirs if et Successeurs , à tousjours réliger et redimer, en rendant à iceulx n le commun prix et estimation de tels Biens, à Tusance du Pays, par ss Justice^ etc. <* [Ibid,'] — Sur ces règles d'ordre public» voir Sohet, Instituts du Droit Liégeois, liv. H, tit. 25, p. 79.
moines célébraient ses obsèques, auxquelles il assistait avec componction ^.
Le mardi 15 janvier 1538, il se gaudissait à table avec des affidés. Selon son usage, il but et mangea largement. Il en tomba malade. Il expira le 16 février 2.
' AnvM 1530 y Erardus Praesul adhvLC vivens, exequias anniversarias sibi celehrandas instituit, et celebrari fadt. [Chapeauville, ilnd., p. 298. ] — if Ërard , voulant entretenir le souvenir salutaire de la :f mort dans le cœur de ses Sujets , commença en 1530 la cérémonie de ^ ses obsèqtÂCSf et y assista depuis régulièrement le trentième décembre, ^ étant le jour auquel il avoit été désigné Evoque. :f [Bouille, Histoire du Pays de Liège, t. II , p. 335. ]
Érard fut imité, en 1558, par son pieux ami Charles-Quint, qui fit également célébrer ses obsèques de son vivant.
* Mieux que les épitaphes officielles qui furent composées en l'honneur d'Erard , celle que fit son Maître -d'Hôtel s'accorde assez bien avec ce qu'on sait de son caractère et de ses mœurs. , La voici :