‹ Histoire du pays de LiègeChapitre 6 sur 38 · EPITAPHE DE M. DE LIEGE ERABDU8 A MARCHA · texte numérisé non relu

EPITAPHE DE M. DE LIEGE ERABDU8 A MARCHA

Je fus Cresus en trésor hàbandanf , Et le tiran Neropar cruaulté, Comme Pilote en jugement rendant , Moins que les Grecqz observant loiauUé.

Plus variant que Franchois, Jay esté Paillart, trompeur, bon avaleur de vin , Grant ypocrite au service divin.

Or, a rompu son fillet Atropos, Et ce corps mort a mis, après sa fin , En ce tombeau doré, pour son repos.

Ce tombeau doré d*£rard se voyait au milieu du chœur de la Cathédrale. C'était un monument singulier, tout en cuivre, et doré. Sur un socle long de dix pieds, large de quatre et demi et haut de cinq, ne trouvait un cercueil, à la tète duquel apparaissait la Mort, qui appelait de la main droite Erard, agenouillé, en costume de Cardinal, de grandeur naturelle. On lisait cette inscription explicative :

Kalgré un long et horrible règne, un règne de trente-deux ans, il mourait à la peine, sans avoir pu réduire Tesprit nouveau do la Réforme ^,

ËR ARDUS. a.Marka.mobtem.habens.pbae . ocuLK . VI VUS . POsuiT. [ Chapean* ville , ibid, , p. 333 , etc.] Ce riche mausolée fîit enlevé par les Français en 1795.

* Ce Prince intolérant, proscripteur et violateur des franchises du Pays et des Bonnes Villes, qui ne voulut jamais se plier aux besoins de la Nation, est ainsi apprécié, en termes bénins, par un contemporain :

tf Erard de La Marche , Cardinal et Evecque du Liège , estoit autant #f grant persécuteur de la Doctrine Evangelique , qu'il en fut oncques : fit car, & raison d'icelle, il avoit que meurtri que tormenté une infinité sf de personnes. Il avoit fait tailler son sepulchre magnifique en la a grande Eglise de Liège , et se faisoit faire services annuels , comme ^ est la coutume des papistes pour les morts ; car il cuidoit que ces *? chanteries des prestres lui serviroyent trop plus de son vivant. s$ ausquelles entre eux attribuent grand mérite, jusques k mériter le if loyer de la vie éternelle. Ceux qui coguoissoyent Thomme de près. n disoyent qu'il faisoit cela par appétit de se monstrer, et par convoi- < tise de gloire desmesurée, et qu'il cerchoit plaisir et passe-tempp en a telle pompe, if [Sleidan, De VKstnt de la JîeUgion cf lîeimhlique , édition do 15G6, liv. XII, fol. 90.]

Fâcheuse influence du poxivoir de Charles-Quint. — La Coadjulhrerie est instituée. — Suite de Princes-Evêques hostiles aux droits populaires. — Troubles religieux. — Tolérance des Trois Etats. — Leur politique extérieure. — Vexations Inquisitoriales. — La Cité réclame la liberté des croyances. — Astuce du Clergé : il ménage une réaction en faveur du Catholicisme. — Résistance du Pays. — Les Bonnes Villes de Hasselt, de Tongres, de Saintron, de 3Iaestrwhty de Maeseyck, se donnent une religion sans clergé, sans culte public. — Le Catholicisme y est violemment rétabli par le Prince. — Invasion tardive de Guillaume de Nassau.

En ce temps, c'était Charles-Quint qui, à vrai dire, était le maître de la politique et du commerce du Pays de Liège.

Pour y affermir sa prépondérance, ce puissant Empereur n'avait trouvé rien de mieux que d'en désigner les Princes.

Sur ses ordres, les Chanoines de la Cathédrale avaient créé un Goadjutmr : ils avaient élu, du vivant d'Erard, celui qui devait le remplacer, à son décès, sur le siège épiscopal i.

* Déjà en 1523, Charles-Quint songeait à faire élire un Coadjuteur, à remplacer Erard par un homme sûr. Coepit Caroïus hoc eodcm tempore cum Erardo à Marka de Coadjutore, qui et in Episcopatus

Telle fut l'origine de la Coadjutorerk.

Cette institution fut introduite par une pensée hostile à l'indépendance nationale. Elle fut subie, pour cause de force majeure, par les Trois Etats.

On vit ainsi succéder à Erard Cormil de Berghes, * et à 'celui-ci Georges dAutriclie. Ce dernier eut pour Coadjuteur Robert de Berghes, qui abdiqua en faveur de Gérard de Groesbeeck ^.

administratione succederet, agere. [ Chapeauville , Chronicon Léodiense, dans ses Gesta Pontificum Leodknsium, t. III, p. 278.]

* A peine ces Princes étaient-ils inaugurés, qu'ils saisissaient les

Etats de propositions relatives à Textermination de tous ceux qui revendiquaient la liberté des consciences et des cultes.

.iinsi fit Corneil de Berghes^ à la Journée du 14 décembre 1541 : sf Messieurs, vous chavez que du passé, plusieurs Villes de cestuy se Pays ont esté infectées d'Heresies , et y vient Secters pour y semer ^ leurs poisons. Parquoy seroit expédient , soubs vostre bon plaisier. ^ de faire ung Statut gênerai que, doresnavant, après information a summere, et ceux qui en seront attaint après le dernier supplis, ^ leur biens meubles et immeubles fuissent confisques \ inhabilles de ss disposer de leurs biens par aliénation, cession , donation ou autres a transports de dernier voilent^, et autres, nonobstant tout Privilège ^ contraire.... ^

Ainsi fit Georges d'Autriche le lendemain de sa Joyeuse-Entrée, le lundi 18 août 1544 : a .... Eu après, Messieurs, est de mettre ordre n contre les maudicts Sexte et Hérésie des LuterienSf Anabaptistes et is autres plusieurs , que , de plus en plus , occultement , enfectent le 1? pauvre Peuple à damnation perpétuelle de leurs âmes , et troublées ment des gens publicques. A cest fin, désirant obvier à telz gf inconveuiens , et que le simple Peuple soit endoctriné selon les ^ anciennes Fois et train des Pères , avons conceu certaines conclusion gs avec constitution pénal, contre tous ceulx qui tiendront ou croiront ^ aidrement et au contraire desdictes conclusions, et qu'ils debveront ^ estre pugnis comme vraies Hereticques, Lesquelles conclusions et g: constitutions , après estre révélées par aucuns Proffesseurs en Théo- ^ logie, à ce comis, summes délibères de faire publier par les Englieses. if et nous emploier à Texecutiou contre les transgresseurs. Kest que

Sous le «ïouvernemeiit de ces Princes, qui n'avaient de fermeté que pour conserver d'énormes abus, le Pays ne cessa pas d'être en souffrance.

Quoi que l'on fît, les esprits généreux ne songeaient qu'à se délivrer du despotisme de Kome , ou à s'affranchir de raristocratie ecclésiastique, des charges qu'elle imposait, des superstitions qu'elle entretenait , des misérables absurdités qu'elle justifiait par des tortures.

Les Bourgeois riches et pauvres, et ceux-là mêmes qui, dans le principe, s'étaient montrés indifférents, s'empressaient d'écouter, de soutenir les enthousiastes qui prêchaient les doctrines réprouvées.

Ce n'était pas sans péril.

Dans le Comté de Looz, des sectaires prétendaient refonder la société, en s'autorisant des textes de l'Ecriture sainte. C'étaient les Aimbaplistes. On les poursuivit sans pitié. A peine

^ aviseis sur le droict des painnes , et principallemeut sur la confiscU' fi twn de leurs biens. ^

L*Etat Primaire applaudissait toujours, bien entendu, à ces belles propositions. ^ .... A point touchant les Luieriens Qi Anabaptistes , p leur semble que Topinion de Monsieur le Reverendissime est exptfi diente et nécessaire ; priant quel soit publiée et exécutée. Et quant fi k\à confiscation, quelle euist lieu contre Ceulx qui seroient obstineis ^ jusques à la mort, et ossi contre Ceux qui aroyent abjureis, et ^ parapres seroyent relapseis: et ossi contre Ceulx qui seroyent fugi- 3? tiff, et contre quels sentence rendue ne seroit exécutable.... ^ [Dans YInventoire des Propositions des Princes faictcs aux Estatz, et des Adcis et Jiesoltdiofis d'iccuLr Estatz, conmienchant en Van XV^ et ipiarante ant; jusqucs en Van 15S0 : manuscrit in-folio de notre bibliothèque particulière. ]

arrêtés, ils étaient suppliciés. Cela se faisait vite. En un jour, à Hasselt, on en exécuta vingt : dix femmes furent noyées dans le Démer, et dix hommes furent brûlés vifs à petit feu ^

Les Trois Etats secondaient mollement le Prince , dans la répression de la propagande protestante. Ils étaient favorables à la liberté de conscience, telle qu'elle venait d'être proclamée^

dans la plupart des Evôchés d'Allemagne.

Leurs tendances étaient vers ce but. En veillant au maintien des antiques Paix, ils protégeaient, autant que possible, les nov3,teurs. Ils pensaient que la tolérance religieuse, si absolue qu elle fût, n'était pas une cause de troubles 2.

* Pîures.... supplkio affecti sunt Viri navem flammis cxiisii; focminue dectm suhmersae, — Le Prince tuait jusqu'aux femmes y qui, jadip, pour aucun cas, n étaient punissables de mort. — Au moment où il allait être brûlé , un de ces malheureux se lit étrangler par le Diable, à la vue de tous les spectateurs. C'est, du moins, ce que rapporte le pieux Chapeau ville : In his quidam , Joannes à Eommers- Jioven.... spectantibtia stupentibusque ctmctis qui aderant, à Diabolo strangulatus est. [/ôîV?., p. 334.] Notre pauvre Inquisiteur affîi'me positivement le fait, on le voit.

' On peut juger de Tesprit inquiet qui animait les Etats, par ce qui se vit à la Journée du 29 décembre 1545. A la demande' du Prince, l'Etat Primaire et l'Etat Noble avaient recessé que les biens des Hérétiques devaient être confisqués. Trois jours après, ils se ravisèrent , l'Etat Tiers repoussant absolument la confiscation , si illégale*

Leurs avis sont ainsi notés :

^ Advis du Chappittre. — Sur le II1« article, touchant le faict contre ^ les Hcreticques, sont d'avis de publier l'Ordonnances conceue, satdff ;? que rien ne soit attempté au préjudice des Privileiges et Liberté de :f la Cité et Vilhes du Fays.

sf Advis des Xobles. — A 111^ poincts, touchant les HereticqneSj dient

En 1542, ils avaient restitué aux Rivageois leurs droits et privilèges, dont les avait privés le fanatique Erard, au mépris des lois du Pays et de l'Empire K

En 1559, ils réussirent à faire nommer le Pays de Liège dans le Traité de Cateau-Cambi^esis, intervenu entre le Roi de France et le Roi d'Espagne, Seigneur des Pajs-Bas. Son indépendance fut ainsi expressément reconnue par la France. Celle-ci eut à restituer tout ce qu elle avait pris pendant les dernières guerres, notam-

^ que tous doibvent estre corrigies et leurs biens demorer à leurs ^ femmes et enfi'ans; mais s^ils estoient fugitifiP, et ne se purgeantEi de sf telle Hérésie y Y on poroit coniisqaer leurs biens à proffit du Prince ^ et des Vassaulx.

^ Advis et Modération tant de FËstat de TEngliese que des Nobles ^ sur le faiet de la devantdicte Proposition.

^ Sur le Wfi Poincty ont persisté empres la resolution du Chappitres , ^ touchant le fatct de chastier les Hereticques; mais quant à la confis-

* cation des Biens, ont déclaré que lesdis Biens de tels personnaiges ^ eschaitie, éfe&t'eron^ retourner az femmes , enfcms , prochains amy s, ^ abolissant le rest dudit article. ^ [Inventoire des Propositions des Princes faictes aux Estatz. ]

* Les Rivageois avaient été réhabilités par Ferdinand d'Autriche, Roi des Romains , au dire d'un contemporain : ^ Par liquel Roye Femandns les predist Bivagois, ayans faict les

* obediens awesk autre innumerable cas^ furent reraissioné, aians ^ Femandus vraie et juste puissance de donneir et restitueir tout

* Franchie, Previlege et Liberteit, par teille condition : Que ne 0 poureront jamais porteir Suyt ne Office sor leurs Mestiers , et que ne ^ deveront à jamais plus, recommencliier, . sor poen destre perpetuele- ^ ment banis et priveis de Païs , awesque confiscation de tous biens. ^ [Chroniques de Liège,']-— A Principe Patriaeque Ordinihus, Pririh' giis, quibus sub Markano cxciderant, restiiuti sunt liiparii. [Chapeau ville, ibid,, p. 344.1

ment la Bonne Ville de Couvin et le Château de Bouillon i.

Par ce Traité, les relations d'amitié avec la France allaient (^tre raffermies. La publication s'en fit à Liège le samedi 8 avril, au milieu de la plus vive allégresse. Les sonneries des cloches et les détonations de l'artillerie annoncèrent au loin riieureuse nouvelle 2.

Quant au Prince, il n'avait de zèle que pour sauvegarder son autorité. 1\ était effrontément hostile au libre choix des croyances et des obser-

' Voici le passage essentiel de ce Traité : sî Ainsi se renderat la a Ville de Couvin à Monsieur de Liège, et dependans, avec Fraisnc. et sr generallemeut ce que présentement s'occupe par ledict Seigneur R03* gs Treschristien ou par Gens tenans son party, de ce que devant le sf commenchement de ceste présente guerre possedoit TEvesque, Cliap- *s pitte et Pays de Liège, et speciallement le Chasteau de Houlhon, gf sans rien en reserver, plainement et de bonne foi, en Testât quelle gf se treuve , sans y rien demoulir, y délaissant artilherie trouvée dedens :f à temps de l'occupa tiou dernier.... g: [Inventoire des Propositions des Princes f aides aur EstaU,] — Cet article est incorrectement imprimé dans Dumont, Corjis universel diplomatique du Droit des Gens, t. V, p. 36, etc.

* Campanne per Ecclesias passim indsantur, tormenta in nwenibus mayno strepitu , letitine tesiandae causa, disploduniur. [ Chapeauville , ibid. , p. 399. ]

Le texte du Traité de Paix fut communiqué aux Etats, dans la Journée du 22 mai, par le Prince, s? Messieurs, nous vous avons faict if convocquer pour vous faire entendre ce qui est relatif à nous de la ^ présente Paia\... dernièrement accordée et conclute entre les Roys fi Catliolicque des Espaingnes et Treschristien de France.... Nonobstant #: les coutradictigns véhémentes des Deputeis de France, avons, enfin, fi receu le particulier bénéfice qui se montre par l'article de la capitufi lation à nous envoiie par sa Majesté Cutliolicque.... Par lesquelz fi capitulation et article, veez estre requis, etc. fi yintentoirc dca Vi'opositions des Princes /'aides aux Entais. ]

vance.s. Il réclamait rextermination de tous ceux qui repoussaient les miracles, les saints, la messe, le jeune.

A toutes les Journées, il suppliait les Etats de rétablir \ Inquisition , avec sa procédure exceptionnelle , ses lugubres interrogatoires , ses peines exorbitantes, extra-légales i.

Chaque fois, il essuya un refus. Chaque fois, on lui répondit que Ion ne voulait pas , pour des faits de religion, suspendre la justice ordinaire, ni décréter d'autres pénalités que celles qui étaient comminées par les anciens Statuts.

En janvier 1561 , les prosélytes de la Kéformc se crurent dans la Cité assez nombreux et assez forts, pour faire, en faveur de leur opinion, une démarche publique. Ils s'adressèrent au Magis-

* Le Prince obteuait sans peine tout ce qu'il voulait de ses partisans. A la Journée du 7 mars 1555 , il disait : s? Nous summes adverty et sf scavons, Messieurs, la meunee des Hercftcques y qui croissent en fi cestuy Pays et uoz voisins. Sy ferons procéder à toutte righeur fi contre iceulx par noz Inquisiteurs, à qui appartient seulement la .< coguoissance, sains attendre que y par enqueste laïcale, apprehention fi soit décrétée ; car l'Empereur nous admonest audict cliastoy , qui fi nous at meu icy toucher ce mot. Et partant, avons délibéré de fi retirer nostre Edict de Tan XLIJ....

fi Advis du ChappUtre, Et finablement, lowent l'intention de Sa fi Grâce, touchant le chastiment des Uereticques, Et quant au poinct fi de confiscation de leurs biens, sont d'avis que les biens des fugitiff fi et que la disposition demeure à Sa Grâce et ses Estatz, et qu'ils ne fi soient en cestuy Pays sustenus.

fi Advis des Nobles. Quant à chastiment des Ileretieques , treuvent fi expédient qu'ils soient corrigies et chastiez, comme ilz ont résolu à fi la Journée de l'an XLV J. fi [Inventaire des Propositions des Princes t'aides aux Estâtes;.]

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trat. Ils le prièrent de proclamer, comme il en avait le droit , la liberté religieuse. Le Pays , faisant partie de FEmpire, devait jouir, disait-on, du bénéfice de la Confession d'Augsbourjj; (1555), par laquelle les Catholiques et les Protestants s'étaient engagés à une mutuelle tolérance ^

Les Bons Métiers turent convoqués par les Bourgmestres pour décider la questiori. Une tactique habile les empêcha de rien résoudre. Le scrutin secret avait été demandé: on le considérait comme le seul moyen d'obtenir un vote libre et sincère. Avant de discuter la motion, les hommes du Prince firent la glorification du Catholicisme, Tantique foi de leurs pères; puis ils requirent tous ceux qui voulaient la répudier et vivre sans religion ^ de donner leurs signatures. C'était proposer de se dénoncer soi-même. Les Bourgeois partisans de la tolérance, saisis de crainte, se retirèrent sans éleVer la voix 2.

' Ncfiiœ (héraut Lœdii, qui ad similem lieligionis Libertaktn aspirantes, cum inpuhlico Civitatis ConciJio, tuni in sinyulis Opificum CoUc(/iis, Cofifessioncm Augustanam ah ImperiOy ut dicehant , probatam j sihi voncedi posttdarcnt, [ Cliapeauville , ihid. , p. 404. ]

La Diète tVAugsbourg , comme ou sait , avait fait de la liberté de couscieuce une loi organique de l'Empire, Pour laisser jouir nos populations de cette loi bienfaisante, il sufiisait de suspendre la juridiction ecclésiastique à Tégard des Protestants. C'est ce que demandaient déjà les llivageois en 1531.

* Qui cum postulassent , ut darent nomina, quibus Haereses placehaut y nemo omnium fuit, qui id pericidi suhire voîuerit. [Fisen, lUsloria Ecclesiae Leodiensis, t. II, p. 354.]

La méprisable ruse des aflfidés du Prince n est pas nettement exposée «lans les Chroniques de Liège.

Cette défaillance fut mise à profit par la faction orthodoxe •

Le Prince ne balança plus. 11 pourchassa avec rigueur les dissidents i. 11 republia tous les mandements qu'il avait édictés contre eux, et il les fit exécuter sans égard ni aux plaintes ni aux résistances ^.

' L'État Tiers eut le grand tort, eu ce moment, de ne pas citer le Prince devant la Chambre Impériale de Spire, le Pays, partie intégrante de l'Empire, devant jouir dets Paix de EcUglmi de Passau et d'Augbbourg.

Ce fut très inutilement i^ue diverses Communions Chrétiennes Véclamcrent auprès de quelques Princes de l'Empire , et demandèrent leur assistance, s? Quelques Fidèles sollicitèrent la délivrance des prison sf niers Liégeois à Frédéric, Prince très Illustre, Electeur Palatin; i* lequel , en faveur d eux , manda lettres à TEvesque du Liège pour ^ leur délivrance , selon les Ordonnances accordées entre les Princes ^ de VEnqnre, Robert de Bergues, pour lors Evesquc, donna excuses, ^ et respondit par ceux qui le gouvernoient. s« [Crespin, Histoire des Martyrs mis à mort pour la Vérité; édit. de 1582, fol. 685*.]

* Le Prince confirma tous les Mandements précédemment publiés contre les Protestants , et il en recommanda fortement l'exécution. Le 9 mars 1562, les Bourgmestres et les Jurés de la Cité, d'accord avec le Conseil , et après avoir consulté les Bons Métiers , protestèrent contre ces Mandements, en déclarant: Quod nidlum deherent suis Priviler/iis , Fraficisiis, Lihertatibus , Pacibus et Statutis ad ferre praejudkitim. [ Chapeauville , ibid,,j}, 406.] — «« L'an 1562, le nuycte délie Letare a Jeinisalem, fut Y Inquisition Ilispanicque publiée; et le lendemain sf par Maistres et Jurez depubliee , à la requeste du Bon Mestier des ^ Fevres et autres. ^ [ Chroniques de Liège. ]

Malgré cette courageuse opposition , les brûlements allaient leur train. Le 5 juin, on vit encore l'exécution d'un malheureux dissident. ^ 11 fut mis en un tonneau defonsé , où y avoit eu de la poix; et estant fi attaché par le millieu du corps , et le feu allumé , il cria à haute voix :* plusieurs fois, 0 Jésus, miséricorde! et Itiy rendit son esprit au ^ milieu des flammes ardentes, s? [Crespltt; ihid,y fol. 586.]

Les femmes n'échappaient point à ce pieux supplice. ^ L'an 1574, » le 27« d'octobre , par un mercredy , fut une femme , natiff de Hasselt ,

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En 1565, le dimanche 3 juin, Gérard de Groesheeck fit sa Joyeuse-Entrée dans la Cité, comme Prînce-Evôque.

Le lendemain, il se rendit à rassemblée des Etats. Il annonça qu'il maintiendrait la Religion Catholique dans tout le Pays i.

C était notifier, en Prince dévoué au Pape, qu'il violerait les lois nationales.

En 1566, il osa promulguer un mandement (jui déclarait les Sectaires Traîtres à la Patrie. Ijes^ Kchevins y donnèrent leur adhésion. En bons Juges, ils ne prononcèrent plus que des sentences de bannissement et de mort 2.

Ces illéfralités surexcitèrent les esprits ^.

:? brublee en cendre au lieu condist Grai'ioule, à cause quelle estoit s: Anabaptiste. Et mourut opiniâtre, s* [Chroniques de Liège.]

* Dans le discours de Groesbeeck, il y avait une s* exoitatiou ut ^ renionstrance de maintenir VAnchientie et Catholicque Eeligiwt, a conmie a esté faict de tout temps en ce Pays. ^

En même temps, Prince nécessiteux, il sollicitait lie présent ^ de lu ^ joc lise Entrée y anchiennement accoustumee, joint les despensdela 5ï Confirmation , et obtenir les Regalies , qu'il esperoit ne luy debvoir s: estre refusée.... *? [Inventoire des Propositions des Princes faicics rntx Estatz,]

- Judicio coram Scabinis Lcodiensibus eus puisavit , et ut S€diti4)sos ci Uebclles, necnon criminis Laesae Majestatis divinae et humanac rcos vondemnaripetiit; et reœgnita et comperta, ut Seditiosi et Kebelbs condemnati sunt. [Chapeau ville, ibid.j p. 423.]

Cela est net.

Quiconque n accepte pas les doctrines ou les cérémonies de rEgli>c Romaine, est séditieux y rebelle, traUre à la Patrie, et encourt la peimde mort. Epoque abominable.

^ On lit dans un document du 4 janvier 15G6, n Que la plus saine ^ partie de Liège est pour eulx (les Luthériens, les Calvinistes),

A Hasselt, à Tongres, à Saintron, à Maestricht , à Maeseyck, à Stockhem, la majorité des habitante se déclara pour la Réforme. On y transforma en temples les églises, après les avoir purifiées; c est-à-dire, après avoir brisé les vases sacrés, brûlé les tableaux, les statues des saints, les vêtements sacerdotaux des prêtres. On ne voulait plus rien de la vieille idolâtrie Romaine ^.

Kn 1567, le culte Catholique était supprimé dans tout le Comté de Looz -.

s* excepté les Gens d'Eglise et quelques Procureurs et Advocatz? s? — On n'attendait qu'un événement extérieur pour se soulever. Nec deerant Leodii ejusdem Lilertatis Conscientiac Sectatares, omnem tumidtnandi occasionetn qu4ier entes, [ Chapeauville , ibid.^ p. 410.]

* a L'an mesme, Ceulx de Hasselt continuants en ceste Nouvelle ^ Opinion , prechoyent publicquement , rompant et brisant les images ^ et églises, piUant les ornemens. sf [Chroniques de Liège.] — Omnia altaria, cum suis depictis tahulis et ornamentis^ confracta redactaque in nihiîum, statuae higenti numéro exustae in Foro, repositorium veneràbiUs Sacramenti minutatim concisum, etc. [Mantelii Hasseletum , p. 73. ]

* Le chef de Tinsurrection Lozaine était un Calviniste Hollandais , Uerman Stuyker. Il annonçait hautement, ^ qu-il soy trouver oit ^ brieffement en la Cite' y où il esperoit avoir bonne adresse et assisa tance. ^

Le Prince publia un mandement par lequel il mettait à prix la tête de l'éloquent novateur. On y lit : sf .... Que personne, de quel estât a ou authorité qu'il soit, ne présume logier, herbegier ou sustenir

# ledit Doctôr Hermannus et aultres semblables faulx et reprouvés ^ Predicaus, sur peine d'estre banni perpetuelement de ladite Cité,

# Franchise et Banlieu; et que quiconcques porat rencontrer ledit fi Doctor Hermannus, et le liverer à Sa Grâce Reverendissime, Officier ^ et Magistrats de ladite Cité, arat, pour ung don gratuyte, la somme fi de cent Philippus Daler ou la vraie valleur. n \Bef/istres de la Noble Cité de Liège, de l'an 1567 , fol. 75. ]

Mon frère , Victor Henaux , lorsqu'il était Echevin de l'Instruction

Le Princo, à la tète des milices Liégeoises, s'en fut attaquer les Bonnes Villes insurgées i. Il les soumit Tune après Fautre 2. H y rétablit la Religion Catholique. Les églises et les couvents furent restaurés aux frais des habitants, qui furent, en outre, frappés de contributions de guerre ^.

publique, a fait déposer à la Bibliothèque de l'Université trent«-ciiiq Registres aux Itechs du Conseil de la Cité , qui se trouvaient dans le «grenier de riIôtol-de-Ville. Ils se réfèrent aux années 1566-1789. C'était tout ce qui restait de quelques centaines de ces précieux Registres, dont le plus ancien devait remonter aux premières années du XIII^ siècle.

(3n rendrait un signalé service à notre Histoire politique et économique, on imprimant les Begistrcs du XVI*^ et du XVII® siècles.

• La Cité, tout particulièrement, avait envoyé une Députation à la Bonne Yille de Maeseyck , pour engager les Insurgés à se remettre sous la juridiction du Prince. Dans la séance du jeudi 20 mars 1567 , le Conseil avait pris cette décision, ^ pour, par les melheurs et plus sf convenyens moyens et raisons que faire soy porat, dire, déclarer et is admonester Ceulx dédit Maseyck de invre en VAnchiene Beligion s? Catholique , et soij réduire à Voheyssance de Sa Grâce Bcvercndis- ^ sime. Autrement, que les Trois Estatz dédit Pays de Liège et ss Conté de Looz soy joinderont avec sadite Grâce Reverendissime , et a s'emploieront, de leurs forches et moyens, pour assister sadite Grâce ^ Reverendissime, et les réduire à ladite subjection et obéissance, sr Ordonné pour ce, par ledit Consel, de faire aux Sieurs Députez 5; commission et asseurance en forme patente, avec Lettre de credence. n [Ilegistres de la Noble Cité de Liège, 1567, fol. 79'.]

- A llasselt, les Calvinistes tinrent bon jusqu'au moment où des Catholiques livrèrent une porte aux troupes du Prince. Le Docteur Ilerman parvint à sortir de la Ville, en se cachant dans une charrette chargée de foin. Suhductus est interea stratagemate Dodor iUe HermannuSj totius incendii fax, currui inter foenum impositus et (d)scansus. [ (/hapeauville , ibid. , p. 426. ]

'* Voici quelques unes des conditions auxquelles s'obligèrent les vaincus : Ut ohsidionis sumptus luant, et coenohia templaque de for-

De retour à Liège, le Prince songea au moyen d'assurer sa sécurité. 11 y avait urgence d'arrêter tout progrès intellectuel. Il fit venir de Cologne quelques Jésuites y poui* renouveler les Ecoles. Il fallait donner a la jeunesse une instruction superficielle et niaise, mais orthodoxe. Toute recherche scientifique, toute investigation indépendante, toute littérature, en un mot, fut tenue pour chose immorale et pernicieuse i.

En 1568, Guillaume de Nassau, Prince d'Orange, qui comptait sur un mouvement volontaire des

mata pi oprio aère restaurent, Fidem deinceps Cathoîicam llomnnam profitmntur, praesidium mllitare recipianij alant ri e.rJnheanf. [ Chapeau ville , ihid. , p. 426. ]

Le Prince viola les conditions de la capitulation, en emprisonnant, entre autres, nombre de Bourgeois de Hasselt. Ceux-ci adressèrent au Conseil de la Cité une pétition, qui finit ainsi : *? .... A Vos Sei- ^ gneuries est cogneu coment entre Sa Grâce Reverendissime et ladite < Bonne Ville de Haske est le différent tout appaisy. Quoy nonobîs stant, eulx lesdits Prisonniers, jusques à ors, nen puelent trouver If moien destre relaxez. Parquoy est-il , quen toutte humilité pryent ^ et requièrent Vos Seigneuries , en ce corne Chieff des Bonnes Villes, ^ quil plaise de leurs donuer ayde et adresse pour estre relaxez, a parmy donnant caution compétente, jusques à ce que par les Députez n du Vénérable Chapitre de Liège et des Nobles , ensemble des Burjtf ghemestres , Jurez et Consel de la Cité et autres Villes de Pays de a Liège, ou autres que cy après pouldront estre députez par les ^ Trengte-Deux Bons Mestiers de ladite Cité, en ce serat ordonné et a conclud de faire et observer.... ^ [Registres de la Noble Cité de Liège, 1667, folSS.]

* Tout d'abord , les Jésuites tinrent leurs écoles ça et là. Ce ne fut qu*en avril 1582 qu'ils purent ouvrir leur splendide collège, à lendroit où se trouvent actuellement les bâtiments de l'Université. — TJltima Aprilis, Paires Societatis, juxta pium eorum insiittitum, Scholas aperiunt, et Juventutem in pietate et bonis literis erudire incipiunt. [Chapeau ville, ibid., p. 519. etc.]

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Bonnes Villes, fit une invasion dans le Pays ^.

' Ce fut alors que Guillaume de Nassau fit parvenir à la Cité une lettre, où il expose noblement les motifs qui lui ont fait prendre les armes. Si la Cité l'avait accueilli, le Brabant, la Flandre, etc., à coup 8Ûr, se seraient délivrés à jamais des Espagnols.

Voici cette lettre , et la réponse ambiguë qui y fut faite . par suite des supplications du Prince et de ses agents :

«s Le Prince d'Oranges, Conte de Nassau, Sek/fiefir-Baron deBreda, ^ Diesf, etc.

■ if Messieurs.

a Me confiant qu'estez assez informez des urgentes causes qui m ont a constraint de prendre à la main la présente defFense, contre l'hor- ^ rible et non jamais ouye cruaulté et tirannye puis nagaires exercée js par le Duc d'Alve et ses adherens, contre les pôevres Chrestiens et if autres Inhabitans de Pays-Bas , ne m'extenderay à Vous en faire icy ^ aucune spécification. £t come , à cest efiect , il a pieu au Seigneur ^ Dieu me donner présentement le moien par ceste Armée, avec laquele, a soubz la conduyte de Sa Divinne Majesté, j'espère de deliverer de a si exécrables oppressions non seulement ledit Pays-Bas , ains aussi if garantir et préserver de semblable tirannie tous autres Pays cira convoisins, sur lesquels ledit Duc d'Alve prétend d extendre, avec le ^ temps, sa raige et fureur, et les mettre aux mesmes Servitudes et if Inquisition come il a fait ledit Pays-Bas , ainsy que puis nagaires il s? a ja demonstré, en occupant et se saisissant des Terres et Seigneuries fi de l'Empire.

if Vous en ay partant bien vouUu sur ce faire ce mot, pour vous if pryer que me vuilliez donner libre passage avecq ceste mienne it Armée par vostre Ville de Liège, come suis informé que ne pouiToys fi avoir meilleur passage que par icelle, où là entour, et m'assister de fi vivres et autres choeses nécessaires, en les paieant à raisonable fi pris ; ce que seray prest de deservir en temps et lieu vers vous.

fi Et espérant que pour la singulière affection qu'avez à l'entretenefi ment des Previleges de l'Empire et de Vostre propre bien et salut, fi mesmes pour ne tomber ci-apres entre les mains de si barbares et fi cruelz tirans, ne me voldries refuser ceste mienne juste demande, fi et, par là, empescher ung si grand bien que le Seigneur Dieu fi présente maintenant, pour la délivrance de tous Oppressez, me fi deporteray Vous faire icy plus longues Lettres, Vous pryant iterafi tivement que les raisons susdites considérées , me vuillies accomoder î? en cecy, et sur ce déclarer et mander Vostre bonne volunté et

Il entra, sans coup férir, dans Stockhem, A la

^ resolation le plustoest qu'il serai possible, du moins en dedens ^ vingte quattre heures , pour point perdre le temps et occasion que ^ Dieu présente maintenant. £t à tant prieray Dieu à Vous, Messei- < gneurs , octroyer eu tout heure sa très beniugne grâce.

^ Ëscripte en la maison forte de Wytthem, chez mon camp, le ^ quattresme jour d'octobre 1568.

^ Messieurs , en faisant ce que dessus vous ay requis , tiendray la ^ main et donneray tel orde vers mon exercite , qu'il n'adviendra nulle ^ folle ou pillage en vostre Pays.

î* Vostre bien bon amy à vous faire service, î* GuiLL'^ DE Nassau.

^ A Messieurs les Burgemestres , Jurez, Conseil et Genei^alifé des ^ Trengtedeux Mestiers de la Botine Ville de Liège. ^

La réponse fut telle :

^ Monseigneur.

if Aieans par la Trompette de Vostre Excellence , porteur de ceste , ^ receu ce jourdhuy, entre les huyt et nueô' heures de matin , Lettres * de Vostre dite Excellence, daultees de quattreme de ce mois, n'avons ^ volu faillir de incontinent en faire overture et déclaration, dont, ^ selon Tadvis et délibération sur ce priese, advertissons Vostre ^ Excellence que les demandes y contenues ne concernent seulement le ^ fait particulier des Burgemestres, Jurez, Conseil et Trengtedeux ^ Bons Mestiers de ceste dite Cité , mais ossy la Grâce de nostre Rêvea rendissime et Illustrissime Seigneur et Prince Monseigneur de a Liège , Messeigneurs de son Vénérable Chapitre , Messeigneurs de la » Noblesse, les Bonnes Villes, Plat Pays, et généralement de tous les ^ Trois Estatz de cestuy Pays de Liège et Conté de Looz.

^ Parquoy ne povons, sur le contenu desdites Lettres de Vostre s? dite Excellence, donner autre responce; espérant que Vostre dite if Excellence , attendu l'équité d'icelle , ne le prendrat de maie part. ^ Et sur ce faisant fin, par noz bien affectueuses recomandations k a la bonne grâce de Vostre Excellence, pryons le Créateur luy octroyer if la sienne.

^ De Liège , le cinqueme d'octobre 1568.

if Les Buboemestres , Jubez et Conseil de la Cité de Liège.

^ A Monseigneur, Monseigneur le Prince d'Oranges, Conte de ^ Nassau, etc. ^

[Dans les Registres de la Noble Cité de Liège, 1568, fol. 85, 86, etc.]

première sommation , Tongres et Saintron lui ouvrirent toutes grandes leurs portes. Il s'avança résolument vers la Cit6, où il avait de nombreux partisans. (Dimanche 31 octobre i.)

Les violences et les dégâts commis par ses troupes provoquèrent une indignation générale. Tous les Bourgeois, sans distinction, se sentirent humiliés dans leur orgueil national. Ils ne voulurent écouter aucune des propositions de Guillaume. Ils déjouèrent toutes ses attaques 2.

Guillaume, confondu, leva le siège. Il rallia ses bandes, et s achemina vers la France, pillant et incendiant les monastères qui se trouvaient sur sa route.

Cette retraite furieuse compléta le malentendu.

Le Pays se rattacha vivement à ses souvenirs et à ses traditions.

* Plerique etlam Cives Hispanorum odlo et Novae Keliffionis awore flagrahant [Chapeau ville, ihid,, p. 443.]

* Omnes demum , Cleriei, Laid Viri, Miilieres cujusntmqne status et conditionis indiscriminatim operi manum adnwvere, oie. [I<1., it)id, , p. 444. ]

Le Pays. — Ambassade des Etats Généraux Belges éconduito. — Les massacres de Maesfrieht. — Attentats du Prince contre les Privilèges des Bonnes Villes. — La Cité. — KUe se déclare République libre et indépendante.

Le Pays de Liège était, au fond, toujours fidMe à la cause du progrès.

En 1576, les Provinces Belges des Pays-Bas, insurgées contre la domination Espagnole, supplièrent les Trois Etats du s'unir à elles pour former une étroite Fédération i.

* .... Leodienses Jiortantur uti se Statibus Belgii contra IJispmws adjungant , ut tandem , jufidis armis et viribus, Pafria pelli possint. [ Chapeau ville , Ckronicon Leodiense, dans ses Gesta Pontifictwi Léo- . dienmm , t. VI , p. 484. ]

Le lundi 5 novembre, les deux Ambassadeurs, Jean de Bourgogne, Seigneur de Froidmont, et Nicolas Oudart, Seigneur de Ranst, se rendirent à rHôtel de Ville , où le Conseil s'était assemblé. Oudart prononça un discours , dont voici le résumé :

fi Messieurs.

fi Vous scavez trestous, en particulier et gênerai, les Voisinage, ^ Amitié et Confédérations qui sont de toutte Antiquité esté faictes et tf entretenues entre ceste Cité et Pays de Liège, avec Ceulx des Pays f de Braibant et autres Pays-Bas. Vous scavez aussy les Aliances et ^ Paix Publicques qui sont estez fnictes en lan 1548 d'entre Sa Majesté

288 CHAPIÏKE XVII

La Journée était ouverte en ce moment» On y examina la proposition. L'Etat Primaire et TEtat Noble la repoussèrent, alors que l'État Tiers était favorable. ,

Cette non-unanimité des Etats fit manquer la négociation. (Jeudi 8 novembre.)

Il fut fait une réponse des plus diplomatiques

p Impériale, ses Estatz et Pays de TEmpire et lesdis Pays Bas^ condist ^ le Landfryt, contenantes, que estant Tang desdis Pays assailly ou fi invahy, les autres le dqyent secourir et assister, comme aussy. fi jusques à ors, on-soy at secoru et assisté Tung l'autre.

^ Or, à ceste heure, comme Foccasion se présente pour se garder et fi deffendre contre les emprieses et invasions que font et ont faict fi ceste Nation d'Espangne, ossy bien au Pays de Liège que ailleurs, fi scavoir : premier, en la Ville de Maestricht, aux lieux de Saincf fi Piere^ Bilsen, Peter schem , Canne , Lideniborch , et autres. De sorte fi que si Ton ne mect remède à ceci , est à craindre qu'ils continueront fi plus avant, et voront assubjectir ung chascun k leur tirannicque et fi orgueilleuse volunté.

fi Les Estatz Gênerais du Pays Bas, à ceste occasion assemblez à fi Bruxelles, ont deUberez y mettre remède et provision, aieans résolus, fi par ensemble, de lever Gens de guerre tant de piedz comme de chefi vais, infanterie et cavallerie, comme ils avoient desja fait et feront fi encour ci-apres.

fi Mais comme ceci touche aussy bien au Pays de Liège que à eulx, ilz fi avoient délibérez et résolus d'envoyer icy quelcque Personage pour fi entendre et savoir de quele intention et volunté Messieurs des Estatz fi de ceste Cité et Pays (ausquelz ils avoient aussy donné Lettres) fi seroient; et, à ceste effect, avoient comis et député Monsieur de fi Froidmont et moy, come soy poroit veoir par leurs Lettres de Crefi dence, pour soy trouver en ceste Cité, faire et exploitier leur charge if et légation, et savoir l'intention de ladicte Cité : Sy icelle soy voroU fi canjoindre avec lesdis Pays Bas, pour soy aidier, assister et fi deffendre Tung VatUre. Autrement, ledit Pays de Liège soy poroit fi perdre et tumber en unne totale ruyne et desastre. Demandant fi pour ce, par iceluidict Seigneur Conseillier, sour ce la responce, fi intention et oppinion dédit Conseil, fi [ Registres de la Noble Cité de Liège , 1576 , fol. 186 , 187 , etc. ]

aux Etats Généraux Belges. Il y avait, disait-on, impossibilité de les assister selon leurs désirs. On le regrettait. L'Ambassade étant arrivée inopinément, les Bonnes Villes n'avaient pu être saisies du projet d'Union, de sorte que leurs Députés n'avaient point mandat pour en traiter i. Un tel pacte, au surplus, ne pouvait se faire qu'avec l'assentiment préalable de l'Empereur et de la Diète du Cercle de Westphalie 2.

' Cela est dit ainsi :

ip Et quant an Troixemrae Estât de cedit Pays , assavoir la Oiié de ^ Liège et les Bonnes Villes d'iceluy Pays : comme les Cpmmis et fi Députez d'icelles Cité et Bonnes Villes sont comparus à ceste Journée fi du Pays pour délibérer et resouldre sur .les Affaires pour lesquelz fi icelle Journée a esté indicte , et n'ont estez preadvertis de ladicte fi Proposition et Réquisition de Voz Seigneuries : iceulx Comis et fi Députez, par faulte de Povoir, eu feront incontinent, après ladicte fi Journée, raport à leurs Communes, pour, de leur part, plus à plein fi respondre sur icelles vos Proposition et Réquisition , au plustost que fi faire se pourra, a [Begistres de la Noble Cité de Liège, 1576, fol. 195. ]

• Ou appuie longuement sur ce motif :

fi Or. comme il appartient à sadite Grâce et sesdics Estatz. comme fi ressortissans dessoub le Sainct Empire, de se régler et conduire fi selon les Constitutions et Ordonances d'iceluy, affin de ne dévier en fi ceste endroit d^icelles Constitutions et Ordonances, signament celles fi qui concernent la Faix Puhlicque par ledict Empire establie, et à fi tout temps povoir justifyer leur actions en iceluy endroit vers la fi Majesté Impériale, leur Souverain Seigneur, et ledict Empire, et fi signament vers les Princes et Estats du Circle Inférieur Wesphafi licque, duquel sadicte Grâce est Estât , et soub liquel sesdicts Estats fi re-ssor tissent, et affin de povoir, en tout cas de besoing en iceluy fi cndroict et ce que pourroit ensuivre, avoir l'assistence et aide de fi l'Empire et dudit Circle.... fi [Registres de la Noble Cité de Liège, 1576, fol. 193'.]

Nous avons publié , en 1858 , les documents relatifs à cette négociation, dans un travail intitulé : La Belgique et le Pays de Liège en 1576.

La Cité et les Bonnes Villes accueillirent avec déplaisir cette résolution. Elles avaient de vives sympathies pour rinsurrection Belge i.

Vers ce temps-là, Maestriclit se souleva de nouveau, et proclama la liberté religieuse. Le Prince ayant invoqué Tassistance du Gouverneur des Pays-Bas, les soldats Espagnols et les soldat^ Liégeois investirent la Bonne Ville le 8 mai's 1579 2, £\\q gc défendit avec héroïsme. Le 29 juin, elle fut emportée d'assaut. Ce fut, pendant trois heures, un pieux massacre des hommes, des femmes, des enfants ^. Jamaijs

' On peut appeler eu témoignage, entre autres, Marguerite de Navarre, qui séjourna six semaines à Liège pendant Tété de 1577. Elle dit de Huy : :* Ceste Ville estoit, comme j ay dict, des Terres de ^ TEvesque de Liège, mais toutesfois tumultueuse et mutine (comme sf tous ces Peuples-là se sentoient de la Révolte générale des Pays-Bas), s? et ne recognoissoit plus son Evesque, à cause qu'il vivoit neutre, sf et elle tenait le parti/ des Estatz,.,, ^ La Ville de Dinant également if tenoit le party des Estatz. s? [Voir ses Mémoires, chap. Vni.]

* Outre un contingent de soldats et vingt grosses pièces d'artillerie, Gérard de Groesbeeck put envoyer au Duc de Parme un grand nombre de Ilouilleurs, pour miner et contreminer les murailles.... Misère Leodienses non solnm tormenta, sed eticim quatuor operarum milUa cum multo hellico instrumento, [Dans le Be Leodiensi lîepublica, p. 504. ]

' Un contemporain note ainsi la prise de la Bonne Ville : ^ Li ^ 29 jung, du matin, fut prins la Ville de ïrect, où furent misa morte g: tout che que on trovoit sur les rues, feme, home et enfans; et plu- ^ sieur se volant saver à Wick, furent noyés. Apres fut la Ville sf enthirement pillée, et home, feme et enfans qui furent prins, forent s? ranchonés; et cieulx qui ne povoient paier, estoient mis amorti* Si cruelement.... s? [Chroniques de Liège.]

Des gravui'es de lepoque représentent cette tuerie inexorable des Maestrichois. C'est hideux.

Maestricht ne put se refaire de cette sanglante exécution i.

Ces graves dissensions, qui bouleversaient si profondément les contrées voisines, n empêchaient pas les Etats de s'occuper des affaires.

En 1570, ils autorisaient Gérard de Groesbeeck à contracter une alliance défensive avec les Princes de TEmpire 2.

' I/Uérésie Maestrichoise vaiucue, le premier soiu de Gérard de Groesbeeck ftit d'euvoyer son Evêque-Suffragant pour donner sa bénédiction à la Ville soumise. ^ Le 4 Juillet après la prinse dé Trect , fi fut reconsacree leglize saint Servais par le Suffragant de Liège, ^ et lendemen il y eut ung procession, estant la Ville encloste... s* [ Chroniques de Liège» ]

Belle compensation pour Maestricht, dépeuplé et ruiué à jamais.

* Le Prince en avait fait la proposition à la Journée du 18 janvier 1570. L'Etat Primaire répondit : ^ .... Et quant à V Union propozee entre If plusieurs principaux Princes et Estatz de TEmpire , à quoy Sa Grâce ^ estoit intimée , semble que Sa Grâce estant asseuree que les Princes # voisins, comme CoUongue, Trêves, Jullers et aultres, vouldroieut fi prendre et estre de ladicte Union , et qu elle Ue soit au Roy Catliofi licque (Philippe II) déplaisante, mesme que les Princes de la Maison ^ d'Âustrice soient de la mesme Union^ et que le tout soy conduise avec fi le sceu de Sa Majesté Impérial , sans difficulté porat déclarer pour fi Soy, son Eglize, Estatz et Pays, désirer d'entrer en ladicte Union. fi Et comme il fauldra amrfs et deniers jusques à VDJ"» florins, semble fi que telz se poront trouver vers le pecul, pour ce que ladicte Union fi est comprinse pour le maintien de la Paix Publicque de l'Empir. ^

La réponse des Nobles sur cette proposition , fut ^ qu'ils ne la troufi voient mauvaise , voir aux conditions leurs remonstrees , verballees , fi et qu'elle se face par l'adveu de Sa Majesté Impérial et du Roy fi Catholicque, et que les Princes voisins y fuissent. ïouttesfois, troufi veroient bon surceance jusque à la Journée Imperialle instante , pour fi entendre ce que se passerat. ^

Les Membres de l'Etat Tiers, plus scrupuleux, avaient répondu: fi Touchant YUnion, dient qu'ilz désirent veoir les conditions et les fi Confédérés, pour en faire rapport à leur Vilhe, et y respondre

En 1572, le jeudi 3 juillet, après de longues discussions i, ils achevaient une Réformatim de la procédure civile , qu'ils eurent le bon esprit de fonder sur les coutumes et les mœurs nationales K

sf comme de raison, ^s llnventoiredes Propositions des Princes faivtes aux Estatz, ]

' En 1544, les Etats s'occupaient déjà de cet important travail. I^e Prince leur disait, à la Journée du 18 août : n Messieurs, il y at UDg ^ autre poinct, qui est le faict de Tordre et police de Justice, sains a laquelle n^est possible bonne paix et tranquillité estre au Pays. fi Parquoy desirons qu'unne bonne Reformation des Courts, tant Spirist tuelles que Temporelles, Haulte, Moieunes et Basses, soit faicte, et *: que , à ceste fin , cliascun Estât veilhe oultredonuer par escris leur fi grietf.... fi

fi Advis du Chappiitre, Sur ce poinct, sont d'avis que Re formation fi soit faicte, suppliant à Sa Grâce le volloir prendre au cœur, fi

fi Advis des Nobles. Davantaige, à Tarticle de la Reformation. fi Messieurs les Nobles sont d'avis que la Reformation ci -devant censée fi soit, par les Seigneurs qui seront à ce deputeis, soient reexamineis fi et revisenteis pour à iceulx aider, si besoigne est , et de leur besoigne fi en faire rapport à la première Journée , pour parapres V imprimer. fi et quelle debverat estre jurée de Tobserver par tous Officiers taut fi spirituels que temporels. Et si avant que cella ne se faclie, fi Messieurs les Nobles n'entendent aucun deniers concéder, fi

fi Advis de In Cité et Yilhes. Quant à la Reform^tiofi tant des Courts fi Spirituels que Temporels, qu'elle soit faicte et miese en exécution, fi

Les Etats retardèrent la publication de cette Loi par des motifïs louables. A la Journée du 18 janvier 1570, entre autres, TE tat Tiers disait : fi Quant à la Rcformatiofi, entant qu'en diverses endroits elle fi ^^e revocque en doubte, et que par icelle ne seroit pourveu à tous fi abus, plaira la surseoir jusques à autre temps, du moins troix mois fi après réception des coppies, et que il seroit permis adjoster aultres fi Commis que Juges, qui ont interestz et qui sont affectionez à leurs fi Judicatures.... fi [Inventaire des Propositions des Princes faictes aux Estât.?.]

' Ainsi , l'article I du Cliapitre XXVII confirme, très surabondamment, tous les droits publics et privés : fi Les Paix de Fexhc et des fi Vingt-BeuXj ensemble les Privilèges, Franchises et Libertés des

La proamlgation en fut faite le lendemain, 4 juillet 1.

Ce fut au fort des troubles religieux, que le Prince reprit le projet de ses prédécesseurs, d'asservir la Cité, les Bonnes Villes. Il exigea, pour le bien commun, disait-il, que les clefs de leurs portes fussent remises , chaque soir, à ses officiers, et non plus aux Bourgmestres -.

A Liège, cette prétention avait fait éclater un mécontentement général ^.

if Eglises, Nobles, Cité, Villes, et Estais, seront en tous leurs poincts a inviolabletnent etUretenus et conservez, ^

La Réfonnation de la Justice resta, de la sorte , une œuvre origiuale, bien Liégeoise. Aucune de ses dispositions ne fut empruntée aux règles judiciaires des contrées voisines. Cela est remarquable.

' La même année 1572, il en parut à Liège deux éditions, Tune in-4« et l'autre in-8®. Cette Loi, qui a pour titre courant Ré formation de la Justice, est intitulée : Statuts et Ordonnances touchant le Stil et Manière de procéder , et V Administration de Justice devant et par les Courts et Justices secidieres du Pais de Liège. On en donna une traduction en thiois en 1594, in-4*^.

* Ce fut surtout à partir d'Érard de La Marck , que les Princes , sous prétexte de régler la liberté de conscience , firent de la religion un instrument de règne. Dès lors aussi , les Bourgeois timorés défendirent moins bien les droits publics et privés, de crainte de paraître impies.

Le groupe de fanatiques, croyant cruellement injurier, nommait Luthériens et Calvinistes les partisans des opinions avancées. [Voir Crespin, Histoire des Martyrs, etc. , fol. G85, etc.]

' Cette prétention du Prince avait commencé à se produire en 1566. Elle fut vivement repoussée par le Conseil de la Cité. Le samedi ol août , il statua qu'il i9 appert que lesdis Seigneurs Burghemestres * de ladite Cité , ou leurs Comis et Députez , sont en usage d'avoir la ^ garde et entremise desdites Cleff'z, Soy confians par ledit Conseil fi eu la fidélité, proidhomie et sincérité desdits Seigneurs Burgheif mesti'es , at esté ordonné et apointye , que les dites Cleffs desdites IL 19

Aux Bourgmestres, secria-t-on, et à eux seuls, avaient toujours appartenu la garde des portes et la garde des clefs. La Cité, maîtresse d'ellemême , veillait elle-même à sa sûreté. Elle était Ville Libre et Impériale i.

fi Portes de la dite Cité deverout demorer en la garde desdits Seigneurs sf Burgheinestres , et astre par eulx (ou autres gens de bieus et fidelz fi qu*ilz poront comectre et députer ) bien et iideleiBeut couservees et fi gardées.... fi

Le Prince étant venu longuement haranguer le Conseil, pour le faire revenir sur sa décision, les Bourgmestres eu inférèrent aux Bons Métiers. En suite de leurs recès , le Conseil statua ainsi le lundi 28 septembre : fi Aieans par les Officiers desdits XXXIl Mestiers fait fi raport et relation de ce que par plusieurs desdits Mestiers avoit sur fi le fait prends esté ad visé : At esté dict, ordonné et apointye, que, fi attendu les attestations parcidevant endit Consei faites et données, fi lesdites Cleffz deveront demorer en la garde et puissance desditis fi Seigneurs Burghemestres de la dite Cité, jusqnes à ce que nostredit fi Reverendissime et Illustrissime Seigneur et Prince, et lesdits Seifi gneurs de la Kathedrale Ëngliese, aront mostré et fait apparoir fi que.... icelles Cleifz soy doyvent, à soire, remporter en la puissance fi de sadite Grâce Reverendissime. fi [Begisires de la N(Me CUé de Liège y 1566, fol. 22, 23, etc.]

* Cette situation politique de la Cité est parfaitement exposée par Guicciardini , qui visita notre Pays vers 1560- Liège, dit-il, est une Cité Impériale, mais sans être dépendante de TEmpereuF : èù» lui doit seulement un faible contingent de troupe , ou une somme de deniers, lorsqu'il est en guerre contre le Turc. Elle est Sujette de TËTêqve, à la vérité, au temporel et au spirituel; mais, d'autre part, elle a de si grands Privilèges, qu^elle est réellement Libre , et se gouverne démocratiquement par ses Bourgmestres et ses autres Officiers. £ Liège Terra Impériale , nondmeno non ha altra suggetûme sustaniiàk &m VImperadorey che quclla d'csserli ohligata, quando egli va alla guerra contro al lurco, di dargli un^ certo numéro ben^ piccolo di gente da guerra, o veramente dargli danari per pagarle; ma h SuggeUa tanto iiel temporale die nello spirituale al suo Vescovo, imper o con tantiet (ali IWeo'degi, che elle quasi corne Libéra co suai Borgomaestri et iiUtt Hlagistrati popolar mente si guvcrna. [Descrittione di tMi i Paesi Bassl; Au ver b; 15G7; p. 285.]

Charles-Quint ne Tavait-il {ms atteste encore à sa dernière visite, le samedi 5 janvier* 1544? Les Bourgmestres, vôtus de leurs robes rouges, étaient allés, selon le cérémonial, à sa rencontre. Lorsqu'ils eurent fait le Serment d'Hommage et do Soumission, ils lui avaient présenté les clefs ^. L'Empereur les avait acceptées ; mais à son arrivée au Palais, il les avait remises aux Bourgmestres, en disant à voix haute : ::; Je vous rends vos ;:î Clefs, et vous prie de continuer à garder ma î; Bonne Cité avec la même Fidélité 2. ^p.

Les Bons Métiers ne s'en tinrent pas à ces déclarations.

Ils donnèrent des preuves de leur absolue souveraineté 3.

* En remettant les Clefs à TEmpereur , les Bourgmestres faisaient acte de Soumission et d^Honmmge au nom de la Cité. En leur rendant les Clefs , l'Empereur reconnaisi^it qu'il tenait la Cité dans sa Féauté immédiate. De part et d'autre, on se conformait à un usage immémorial. C'était la cérémonie du pacte entre le Vassal et le Suzerain. [Voirt I, p. 120, 121, etc.]

' Cum in Palatium venisset. nec vider fU Consules propter Procerutn frequentiam , eos sibi adesse jussit ; nec prias equum reUnquere volait y quàm iUis Claves in manus reddidisset, hoc addito : Qîm hactenù^ fide et vigilantiâ meae Civitatis Claves tenuistis, eâdem in poster àm servate. [Fisen, Historia Ecoles iae Leodiensis, t. II, p. 343.]

* Comme toujours, l'Etat Noble approuvait assez les attentats du Prince contre la liberté de la Cité. Ainsi , à la Journée du 18 janvier 1570, les Nobles recessent : ^ Et quant aux Cle/f de la Cité, a semblé ^ qu'il estoit plus convenable que Sa Grâce les cuisse en puissance, que sf Ceulx de la Cité ; mais s'il ne les sceit avoir par quelcque bon moyeu , ^ prient que Sa Grâce veulhe patienter, à cause de ce temps dangereux , sf craindaut trouble. ^ [Inventaire des Propositions des Princes faicies aux Estât z. ]

29G CHAPITRK XVII

Le samedi 30 juin 1571, ils statuèrent que les Echevins, étant des Juges à la nomination du Prince, ne pourraient plus ôtre éligibles aux offices de la Cité i.

Le jeudi 12 juillet, ils décrétèrent que les a.^semblées générales de la Bourgeoisie auraient lieu régulièrement tous les quinze jours, et que les Bourgmestres, seuls, pourraient y faire des propositions ^.

Groesbeeck osa infirmer ces décrets.

A Tcn croire , le régime politique et économique de la Cité ne pouvait ôtre modifié sans le consentement du Prince ^.

' Ou excluait eu ces ternies les Echevius du Couseil de la Cité : sf Doresuavant , ou u'eslira à l'ofiftce de Bourguemaistres de la CitO i? aulcuus des Escfievins de Liège, à peine, oultre encorir le parjure, ss d'estre ladite Election tenue pour nulle, et demorer les Anchiens ss IJourguemaistres en leur administration , sans rendre les Cleffb ^ ^Magistrales, jusques à nouvelle Election et Création d'aultres Bour- ^ guemaistres, Jureis et Conseil.... ^ Voici le préambule de ce décret, (jui est solidement motivé : gf In nomme Domini, Amen. Comme n non seulement par disposition de Droit et Docuement escrit , mais g^ aussi par Status, Regimens, Paix Faites, Coustumes très lointaines» ^ et inviolablement observées, soit permis à nous, les Trengtedeux a Bons Mestiers de la Cité de Liège, comme faisatis le Peuple et if Université de la ditte Cité.,,, a [Dans le Pâwelhâr.']

* Voici le passage essentiel de ce décret : :f Le Conseil de laditte Cité n soy de vera tenir ordinairement de quinze jours à aul très, à l'heure ii de dix heures, voir que rien ne se debvera audit Conseil proposer. fi sans Vadiris et licence des Seigneurs Bourguemaistres de laditk fi Cite.... fi llbid.]

'* Le langage du Prince est très violent, à l'eftet d'imposer. ^ Gérard*' fi de Groesbeeck, par la grâce de Bien Evecque de Liège, Bue de fi Boullon y Conte de L002 , Marquis de Franchimofit , à tofis ccuir fi qui ces présentes noz Lettres verront et liront, salut. Savoir faisons.

Assertion tout à la fois redoutable et inouïe.

La Paix de Fexhe n'avait nullement dévolu au Prince ce droit d'ingérence ^

A cette heure, comme anciennement, la Cité était une République, qui avait le pouvoir de s'armer, de se taxer, déjuger, de punir, de s'assembler, d'élire ses Officiers, et de se gouverner à sa façon 2. Si le Prince était, parfois, intervenu dans les détails domestiques, c'est qu'elle l'avait bien voulu, par déférence pour sa position seigneuriale éminente^. Nonobstant, elle n'entendait

i: Que comme, depuis quelques jours encha, eussons apparcu que les sr Seigneurs Bourghemaistres , Jurez , Conselle , Trentedeux Bojis tf Mestiers de nostre Cité de Liège, fuissent enclins à innover les ^ Anchiennes Ordonnances establies au fait de la Police et Eegiment a de nostre dite Cité.»,. Nous leur avons, avecque admonition paterî? nelle , deffendu de rien innover sur laditte Police sans l'intervention fi de Nostre Authorité.... Nous leur avons, expressément et par escrit, s? fait prohibition et défense de procéder à l'establissement de tele fi ordonnance , sans intervention de Nostre Authoryté.... ^ [ Ihiâ. ]

* On était d'abord d'intention de ne pas répondre aux prétentions du Prince; mais s* le Populaire, par ce, eut tacitement cogneu et confi fessé n'avoir aulcune Puissance, Jurisdiction ou Administration : fi combien que le contraire se démontre par le prerais.... a [Ihid.l^

' ^ Premier, Que le Populaire de la Cité a, notoirement, Puissance fi et Licence^ par le Droit escrit, de statuer et ordonner, et, conformefi ment, de retourner par Noveaulx aux Vieux Statuts et Droit Comfi muns , sans le consentement du Supérieur , si avant principalement fi que tels Statuts viennent à concerner le Populaire. — Secondement, fi Ledit Populaire a la mesme Authorité et Puissance, par Coustume fi et Anchien Usaige.... if [IMd.'}

^ jf Quant le Populaire veult statuer de ce qu'il a Puissance et Aufi thorité, pour sa Jurisdiction et Administration, en cas et contre fi Personnes Séculiers , le consentement de sa Grâce Reverendissime fi n'est de nécessité, ains de volunté, tant de Droit que d' Anchien fi Usaige. ^f [Ihid,]

pas, sous quelque prétexte que ce fût, soit politique ou religieux, lui déléguer un seul de ses Droits, ni renoncer à un seul de ses Privilèges i.

Groesbeeck n eut aucun égard à ces légitimes remontrances. Il se sentait appuyé par le Roi d'Espagne ^.

' Le Prince adressa une nouvelle missive au Conseil, pour appuyer ses prétentions. Eptre autres affirmations , op y lisait celle-ci : s; Lesquelles raisons saditte Grasce ne treuve aulcunement fondé ne ii suffisante, pour justifier lesdittes Publications, ains tient icelles ^ Publicatiqns estre faite? en prejp(}ice de son Droit, Jurisdiction et If Authorité d'Evesque et Prince d'icelle Sa Cité. «» [Dans le 'Pàwdhâr^

Cette missive du Prince fut communiquée aux Bons Métiers, qui décidèrent qu'il n'y avait pas à y répondre. ^ La présente responce If et présentation , at esté tout au plat rejectee par les XX XII Bons s* Mestiers de la Cité. j# [Ihid^l

* Il est utile de connaître le petit programme des prétentions du Prince. Les poincis en diffîcuUé sont au. nombre de trente cinq : ils ne tendent à rien moins qu'à écarter , qu'à supprimer les libertés de la Cité et des Bonnes Villes. En voici quelques uns :

g! Que la Cité de Liège ne porait faire Confédération avec les Bonnes tff Villes ou autres, sains le consentement de l'Evesque.

^ Que la Cité aroit ordonné de tenir Consel de quinsaine à quinsaiue, ^ pour cognoistre de touttes causes.

^ Que Ton at publyé de non faire les Ësquevins Bourghemestres, et gs de mettre dans le serment des XXXII de point les eslire.

::; Que la Cité présume de casser les edictz de FEvesque.

^ Que les Burghemestre^, Jurez et Conseil excédent leur povoir, et a transgressent les Paix Faictes touchant la Jurisdiction.

^ Que les Cleffz des Portes de la Cité debveroient appartenir au iP Prince , et non à la Cité.

^ Item* Que les Eschevins de l'Evesque n'ont droict d'apprehention ^ contre ung Bourgoy pour crimme , s'il n'est jugie par Loy et par ^ Franchise apprehensibl^.

^ Item- Que la Cité ne vuet pas endurer que l'OÇcial de Liège juge if les Borgois apprehensibles, encour qu'ilz soient Clercques et que le ^ crimme soit ecclesiasticque.

^ Item, Que la Cité présume comander à rO£^cial et Jiiges Eccle-

On lui offrit de soumettre le conflit à des arbitres, ou au jugement des Vin^-Deux i.

sr siastioques, Exécuteurs et autres, de revocquer leurs lettres inhibi- ^ toires et prooes.

ss Item, Que les Borgois jugies par Loy seulement, sont estez relaxez sr par fait de Cité et par Autborité Populaire.

*f liefin. Que TEvesque ne poroit retenir Borgoy en sa prison, ains if deveroit estre mis en la Violette.

^ liem. Que Ton ne poroit prendre malfaicteurs dans les Maisons fi des Borgois sains les Oléiffz des Burghemestres , tant en la Cité que sf Banlieu.

sf Item, Que TEvesque ne puet tirer hors les malfaicteurs des pieux a lieux, sains le consentement de la Cité.

fi Item. Que les XXXII Bons Mestiers et la Cité tienent leurs fais fi pour arrest et non rétractables, et, soub tel prétexte , commandent fi au Prince.

fi Item, Qu'ilz présument priver les Ecclesiasticques de Bourgoisic , fi et deffendre trafficque de marchandises et autres provisions.

fi Item. Qu'ilz ne veulent admettre pour membre du Conseil de In fi Cité de Liège , Mayeur et Ëschevins d'icelle.

fi Item. Qullz présument donner la Bourgoisie à ung chascun et fi roest«r, sains le consentement de TEvesque.

fi Item, Qu'ilz présument de recepvoir appellations des Bonnes fi Villes du Pays de Liège et Comté de Looz.

fi Item. Que la Cité, dans les edictz qui se font conjunctement par fi TEvesque et Icelle, ne veult endurer que Sa Grâce mect Sa Cité.

fi Item. Que les Burghemestres , Jurez et Consel présument confirjnor fi les Status des XXXII Bons Mestiers.

fi Item. Que la Cité de Liège fait contre les Privilèges Imperialz , fi en prendant Jurisdiction sous prétexte d'iceulx.

fi Item. Que Von ne veut endurer que les Hospitaulx soient taxez. fi jacoitque TEmpereur et les Estatz de TEmpire layent ordonné.

fi Item. Que Ton ne veult admettre les remissions de Sa Grâce en fi cf imme , soub prétexte de La Francbiese.

fi Item. Sy les deux partes des Estatz poroient constraindre la fi lu® part du autre Membre, ne consentant h touttes contributions t)u fi autres charges, fi [Registres de la Noble Cite' de Liège, 1576, foL88,etc.l

* La proposition de confier à des arbitres le soin de décider des questions aussi délicates, avait été vivement débattue par les Bons

Le Prince refusa.

Il n'était pas, cependant, trop en mesure d'imposer sa volonté S'il eut demandé aide au Duc d'Albe, le terrible Gouverneur des Pays-Bas, on eut pu, d'autre part, appeler les Gueux au secours i.

Comprenant qu'il ne pouvait faire la guerre , il fit un procès. Il porta astucieusement sa cause devant la Chambre Impériale , dans l'espoir qu'elle forcerait à l'obéissance la fière Cité 2.

Métiers. Les opposants faisaient remarquer, avec raison, que dans les traités de ce genre, faits ^ par la voie des Conférences, il nest que n trop ordinaire de voir qu'on accorde plus au Prince qu'aux Sujets, s* témoin la Paix de Fexhe et autres... if [ Bouille , Histoire du Pays de Liège, t. H, p. 476.]

En effet, l'arme redoutable des Princes, c'est la négociation et la diplomatie; c'est-à-dire, la corruption et l'astuce.

* <? Le Prince ne voulut point , à l'exemple de quelques uns de aes is Prédécesseurs, maintenir son autorité par la force, eu égard à s? l'intérêt qu'en auroient souffert l'Etat et la Religion, s? [Bouille. ihid. , p. 458. ]

* On comprenait très bien , que le Prince voulait emporter de haute lutte le commandement auquel il aspirait, sf Toutes les raisons et ^ motifs susdits (du Populaire), fondés sur les Franchises et Libertés, si Droits et Privilèges de la Cité, et sur les Paix Faites, ne furent *r reçues de Sa Grâce Reverendissfme , mais rejettées; et, qui plus est, sf par un Mandement de sa volonté, affiché es lieux publicques, il sf parut, par évidence, qu'il vouloit tout avoir ou esplucher et remettre î* jusqu'au fond de la matière, afin, ou par double entendement^ mi de a haute luyt, de pouvoir maistriseï' et dominer absolument dans la ^ Cité. ^

En recourant à la Chambre Impériale, le Prince décelait son profond mépris pour les institutions et la volonté nationales, «s Veu doncques ^ qu'il y at (dans le Pays) des Juges premiers et immédiats, et que ^ par especialle convention il y at les Yingte Deux susdits , Députez ^ autoriseis, par Sa Majesté Impériale^ pour la conservation de la if Jurisdiction Temporele de l'Evesque de Liège : semblablement. tf attendeu qu'il y at Hommes et Arbitres nommés , pardevant lesquelz

Dans la requête qu'il adressa au Tribunal Suprême 1, il alléguait la tradition historique, et la perpétuité du pouvoir temporel des Evêques. 11 avançait, dans un langage audacieux, que ses pieux prédécesseurs avaient obtenu, de la munificence des Empereurs, la propriété d'un certain Territoire, et que sur ce Territoire, ils avaient bâti une Ville pour y résider: cette Ville, c'était la Cité de Liège, la Cité égarée, affrontant ses Princes, à qui elle devait tout, son existence, ses lois, ses institutions, son bien-être. Le droit, la justice, le respect, l'obligeaient, elle et toutes les autres Bonnes Villes, sans exception, à obéir au Seigneur Territorial 2.

^ il y ai dispute préjudiciable pendante encoire indécise, et en oultre ^ ce considéré , que en la cause présente Ton at admis les susdittes ^ Ordonnances Imperialles contennantes les certains moyens de justi- ^ fier les actions, tant contre les propres Subjects que aultres, il ^ sensuyt que, sans ordre et ctbtésemefU^ la Grâce Reverendissime et son !f Chappîttre ont prins recours au présent Consistoire Imperialle.... ^ [ Dans le Pâwelhûr, ]

* Voici le titre du libelle du Prince : Le Reverendissime et lUusfrissime Prince et Seigneur Gérard de Groisheeck, Evesque de Liège ^ et ConsorSy Acteurs, contre les Bourghemaistres , Conseillers, Jurez et Trengt^deux Mestiers, et toutte V Université de la Cité de Liège, Défendeurs Intimez. [ Dans le Pâwelhâr. ]

Ce libelle est divisé en cent assertions ou affirmations. Elles sont aussi mensongères qu'outrecuidantes. Il les fallait ainsi, pour plaider triomphalement la cause du Prince.

Ces tromperies malfaisantes eurent aussitôt un tas de partisans. Elles en eurent longtemps , l'intérêt clérical étant en jeu. Elles en ont encore , à Fheure présente.

' j? .... Or, les feux de haulte mémoire Empereurs et Roy des «r Romains.... ont donné à FEvesque et à TEgliese de Tongre , et maina tenant à l'Egliese de Liège, la Seigneurie Temporelle de laditte

A son tour , le Peuple de la Cité transmit à la Chambre Impériale une supplique, courte et nette, en faveur de sa liberté politique ^

Il y signalait Torigine moderne et précaire du pouvoir temporel des Evoques ;

Il y démontrait Fantiquité de la Cité et des Bonnes Villes, la permanence, la légalité de leurs Franchises, de leurs Privilèges;

Il y attestait, surtout, que la Cité était libre et indépendante. Elle ne devait rien, absolument rien , à ses Evêques, son existence remon-

if Principauté, Pays et Dit ion.... Or, du temps passé, le Biege £pi6if copale avoit esté institué en la Cité de Tongre.... et, la parfin, n l'Evesque sainct Hubert , par l'autorité et consentement du Saint ss Siège Apostolicque, at tenu le Siège Episcopale à Liège.,.. Lequel ^ at ediffîé d'ung petit Village, qui estoit en sa Dition Temporelle, une <? (7iYf/ notable , rayant appelée Liège, et l'a environnée de Murailles s* et Portes; en oultre, at ordonné en icelle Cité les Droit, Loy et ^ Magistratz, les Poix, Mesures et Ordonnances Politicques.... A fi raison de quoy, les Bourgois et Subjects de laditte Cité sont de tant fi plus tenus de recognoistre leurs Evesques Seigneurs de ladiite Cité, fi que TEvescbey n'est pas survenu à la Cité , comme si elle eust esté fi par c}^y devant ediffiep , ains que icelle at esté ediffiee et fondée sur fi le fond dudit Evesché de Liège.. .* Le vrai et plain Domaine, toutte fi Jurisdiction , Spirituelle et Temporelle, Haulte, Moyenne et Basse, fi par la Cité et aultres Villes et Lieux du Pays de Liège, ont esté fi appartenant, et appartiennent, audit Evesque de Liège.... fi \Ihid.\

* Voici rintitulé de ce manifeste : Nobles, Spectacles et Magnifiques Seignetirs Bourguemaistres , Conseillers et Jurc^, Gouverneurs, Magistratz, ensemble la Généralité du Peuple de la Cité de Liège, contre le Beverendissime Prince et Evesque, les Doyen et Ckapittre de la Cathédrale Eglise de LAege, et Impetrans, [ Dans le Pàwélhàr.]

Ce mémoire contient cent quatre- vingt dix-buit articles , où l'Histoire , les Paix, les Statuts, Jes Traditions , les Usages, en nn mot tous les vieux principes de liberté , sont invoqués et interprétés tour à tour ayec probité et intelligence.

tant à des temps antérieurs au Christianisme. Toujours, elle s'était démocratiquement gouvernée et administrée elle-même, par ses Bourgmestres et ses Jurés, que les Bourgeois élisaient; toujours, elle avait fait, modifié ou- abrogé ses lois publiques, sociales, économiques; toujours, elle avait pourvu à sa garde, et pris soin de sa défense ; toujours, ses Maisons avaient été inviolables, ses Bourgeois francs; toujours, enfin, le Peuple avait eu toute juridiction, toute puissance ^

• ^ La Cité de Liège at toujours esté,.,, La Junsdiction et raisin sauce ne despend point immédiatement du seul Evesque, ains quant ^ à quant du Peuple mesme , combien que , par presumption de Droit , ^ elle est immédiatement movant du Saint Empire lîomain, et, par :f conséquent; les Ordonnances dudit Empire maintiennent et défendent ^ laditte Cité contre la présente, indeue et illégitime Citation et ^ Evocation.... Hors desquels Anchiennes Chronicqties i lesquelz indu- ^ bitablement font foid^ il est à cognoistre que la Cité, qui est à

# présent Liège , at esté longtemps en estre , avant que saint Hubert «f transportât son Siège Episcopale à Liège , ayant délaissé son Siège ^ premier.... Et, par ainsi, il appert que la Cité de Liège n'at esté

# fondée par saint Hubert, ains qu'elle at esté establie et érigée ^ longuement avant que les Evesques eussent en icelle posé leur Siège : ^ dont, consequemment , il appert que ausdits Seigneurs Impetrans ne ^ compette aulcun droit de dommage pour exclure le droit de la Cité a et Peuple.... Au Reverendissime de Liège et son Chapittre ne com- ^ pettent aulcune Jurisdiction absolutte, Supériorité, Droyt, Haulteur sf Moyenne et Basse, en laditte Cité.... La Cité at toujours eu, et a sf encore au présent. Droit de faire Edit, Status, Ordonnances, Regi- ^ ment et Loix Politicques,... Item, Tant sen fault, que l'Evesque s: aye seul Authorité et Jurisdiction : que, au contrayre, de soy mesme af et par soy , n'at nulle Authorité de fayre Loix , mais icelle despend ^ de ses Estatz ; signament en la Cité de Liège , en laquelle il ne peut ^ faire seul aucun Edit, sans le consentement des Magistrat de la ^ Cité.... L*Evesque et Prince n'at non plus grande Authorité luy ss concédée par les Estatz, que celle qui est contenue en laditte Paix ^ de Fe{the.„, Item, Que les susdits Droits du Peuple sont confirmés

304 CHAPITRE XVll

La Chambre Impériale allait décider à qui, Peuple ou Prince, appartenait le Pouvoir dans la Cité , quand Gérard de Groesbeeck mourut , le 2 décembre 1580 K

m par exprès Seriments de TEvesque moderne , do ses Predicesseurs . ss et son Chappittre.... tf [Ibid.]

* Le Conseil Général de la Cité savait très bien ce que voulait le Prince. C'est ce que montrent ces mots , qui clôturent le procès-verbal de la séance du samedi 31 mars 1576 : ^ Et enfin, toutte la question ff est et revient à deux poincts, savoir : Qtiele Jurisdiction a VEvesque, fi et Qucle Jurisdiction a la Cité? Donc, touttes les Paix et Regimtns fi seront à revoir de comenchement jusques en fin. ,

fi Pour un dernier poinct , que TEvesque prétend Ghuait et Garde fi en la Cit^!... fi [^Registres de la NohU Cité de Liège, 1576, fol. 90'.]

En 1720 on écrit : fi Ce procès des Clefs n^est pas encore décidé. ^ [Loyens, Recueil héraldique des Bmirguemcstres de la Noble Cité de Z/tè^e, p. 301.]

La Nation toujours souveraine. — Ernest de Bavière élu Prince- Evéque. — Serments qu'il prête à sa Joyeuse-Entrée. — Son humble attitude à la Journée d'État. — Son aversion pour les Franchises et les Privilèges du Pays et des Bonnes Villes. — Son fanatisme. — Ses efforts en faveur de Tignorance. — Résistance des Bonnes Villes. — Les Uutois accueillent les Hollandais, pour jouir de la liberté des croyances. — Le Prince, assisté des Espagnols, expulse les Hollandais. — Carnage de Uuîf, — l^a religion Catholique y redevient dominante.

A la faveur des troubles religieux, les Princes parvenaient à enfreindre les lois publiques.

Ces coupables violences étaient, d'ordinaire, de com'te durée.

Au décès de chaque Prince, la souveraineté nationale, grâce à la Paix de Fexhe, redevenait

prédominante.

Sur ce petit coin de terre si attaché aux choses du passé, la liberté semblait ne devoir jamais périr.

Le 30 janvier 1581, un mois après la mort de Groesbeeck, Ernest de Bavière fut élu Evèque par le Chapitre Cathédral, qui n'avait vu en lui que

le membre d'une puissante famille, toute dévouée aux intérêts du Catholicisme ^

Son inauguration eut lieu suivant les vieux usages.

Ce fut une véritable fôte populaire.

Le dimanche 18 juin, sur les trois heures tle raprcs-midi, Ernest, vôtu en laïc, à cheval, arriva à Coronmeuse, où l'attendaient les Officiers de la Cité. Les deux Bourgmestres descendirent de cheval pour le complimenter, l'un en langue Française, l'autre en langue Allemande. Ils lui lurent l'antique formule du serment qu'il avait à prêter, avant d'être reçu, comme Seigneur, dans la Cité 2.

Ernest jura dans leurs mains, en vue d'une foule immense , de respecter les Institutions politiques de la Noble Cité, ses Libertés, ses Franchises, et d'observer strictement les Paix, et, notamment, la Paix de Fexhe ^.

* Ernest de Bavière avait été recommaudé au Chapitre Cathédral par le Prince défunt , Gérard de Groesbeeck. Quemque vivens Gerardus designaverat. [Chapeauvine, Ckronicon Leodiense, àaiïs ses Gesla Vontificum Leodiensium , t. III, p. 511.]

* Principem igiturporrb adcentantcm cùm conspex lisent, ilicitj eqms denmsi, Consulcs ohviam procedunt, faustuni eu; jucundum ipsi adventum congratulantes..,, dit Polit, en sa Solcnnis InaugurcAio Principis Ernest i , utriusque Bavariae Ducis, in Leodiensium Principem, illiusque in siiam Civitatcmy ac reliquas Leodinae Patriae Urhcs; 1583, in-8«; p. 22. — Jean Polit, né à Liège vers 1560, s'intitulait très humblement Historiographe d'Ernest de Bavière.

Cotte Joyeuse-Pùntrée est longuement détaillée dans les Chroniques de Liège.

^ .... Se intrgrh obsercatarum et dbsercari curaturum Pacis Fechiaiie

Les Bourgmestres remontèrent à cheval, et invitèrent Ernest à se placer au milieu d eux ^. A rentrée du Faubourg, ils lui remirent les Clefs de la Ville; mais à Tinstant il les rendit, en disant: i? Vous les avez toujours gardées, et f ose ^ espérer que vous les garderez toujours loyalement -. ^^

Le cortège trouva la porte S^Léonard fermée ^.

Un Gentilhomme d'Ernest s'avança, et cria d'un ton fier aux portiers, à trois reprises : ^ Le ^ Prince! Ouvrez la porte au Prhwe! ^

La porte resta close.

Les Bourgmestres s'approchèrent, et, à leur premier commandement, la porte fut ouverte toute large ^.

pddtf, ac (trtkulos statuia etiam atque (jubernatUmem Ckitatis, ac MunicifiL [Polit, ibid., p. 23.]

Voici la formule de ce serment :

^ Monseigneur jurera solennellement, en Parole et Foy de Prince, ^ qn*il observera , et fera observer , à tous ses Officiers , la Paix de ^ Fexhe, ensemble toutes les autres Paix faites, Statuts et Régiment ^ de la Cité, Franchise et Banlieu; en outre, entretiendra laditte Cité ^ et les Bourgois d'icelle en toutes leurs Franchises, Privilèges et fi Libertés, sans ou souffrir estre aller à rencontre dudit Serment, ^ [Dun&le Pâwdhâr.]

* Quibiâs hune in modtim peractis^ Cansules equis denuà canscensis , Principis îati$s hinc inde claudentes, iter Leodium versus instituunt,.. [Polit,t5îU,p. 24.]

* Coenobium quod à divo Leonardo nuncupatur, appropinqumiti Principi , Leodinae Urhis sue Claies à Consulibus offeruntur , quas ille modicum pênes se retentus restifiiit, dicens..,. [Id. , ibid., p. 25. ]

' CivUatis porta adventanti Principi, ex more ocdudiiur.,,, [Id., «6<<i.,p. 26.]

^ A cette Joyeuse -Entrée , afiirme un témoin oculaire , ce fut le Prince lui-même qui cria, à trois reprises, qu'on ouvrît la porte : Cifm

En deçà il y avait, sous les armes, la libre Compagnie des Arbalétriers. Elle présenta son drapeau au Prince, qui, en le touchant, promit de ne pas la troubler dans ses privilèges et ses habitudes séculaires ^.

Sur le Marché, le Prince entra dans la Chambre ou Destroit des Echevins. 11 prêta, en leur pré-

ad ham portam sanati Leonardi venitur, otnnibus illa paiet, qui Episcopum antedecebant ; Episcopo occludiiur, Jubet Episcopus tei\ ut custodes aperiant, jussi non parent ConsuîibuSy qui hinc inde tegébant Episcopo latera, jubentibus ipso momento aperUur, Statu haec est caeremonia altissimè rcpetita à prima majorum memoria. Ingreditur Eplscopus.,., [Turueri Inau^uratio Leodii Ernestî Duels Bacariae; Iiigolstadt , 1G09, in-S»; p. 137.]

* Ipsorum Vexillo manum admovcns, soîitum praestitit Juramcntum. [ Polit, ibid. , p. 26. ]

La libre Compagnie des Vieux Arbalétriers, qui avait été abolie en 1467, avait été réorganisée en 1482, le 9 avril. Voici quelques extraits de la charte qui la rétablissait :

gt Nous les MaistreSy Gouverneurs, Jurez, Conseil et Universitr, sf Franchiese et Banlieu de Liège, A tous ceulx qui ces preseutes £s Lettres veront et oront , salut : ... Nous, ayant accordé et cousentu ^ aux Companons Arballestriie de nostre Cité, nommez \^^ Arbaksit feriez Serimentez , de "poYoir remettre sus et rassembler leur Comif paingnie et Confraternité , ausi reprendre tout leurs Biens teils que :fi laditte Compaifignie avoit jouy auparavant lesdittes gerres et pour ?î -diceulx ensembles de tout teils Droit, Privilegges, Franchiese et sf Preminences que souloyent avoyr de touttes anciennytez, jouyr et !f user dez lors en avant... Consentons et accordons les Droits, ;* Franchieses, Privileiges quils soUoient avoir, et que sensuivenl: fi c'est assavoir : Que en laditte Compaingnie debvent avoir de chascuu g: desdis lions Mestiers trois Hommes , et que avecques autres porout si avoir encoire des Bourgois de la Cité jusque au nombre de 40 Perfi sonnes, que debveront estre gens idoens et propice pour uzere de s: lurballesterie , et donc laditte Cité puis avoir honneur; Icsquelleb fi Personnes debveront estre appoincties, montés, abilés de arbalestt'- *: riez et hernas honnorablcment et plantereusement , etc. sf [Dans le Fâtvelhâr,]

sence, le serment de faire rendre la justice selon les Coutumes et Usages du Pays i.

Quand il fut devant la Cathédrale, Ernest quitta sa monture, et on le revôtit d'une soutane et d'un rochet 2. On le conduisit processionnellement devant le maître-autel, où il s'agenouilla; puis, ainsi que le voulait la Paix de Fexhe, on lui fit jurer de ne pas enfreindre les lois publiques, et de ne pas souffrir qu'elles fussent enfreintes par dautres.

Cette Capitulation ^, écrite,' résumait tout le

' Ad Senatarias CwUatis aedes aœedit,... Juramentum renavavit. [PoUt,iWd.,p. 60.]

Voici quelques lignes plus explicites :

is Seriment du Prince de Liège , à sa première Enti-ee , à la maison ^ du DestroU aux Ëschevins de Liège, avant entrer dans TËglise sf Cathédrale : Qu^U entretiendra la Cité^ Franchise et BoâûieUy et les ^ Bourguemaistres d'icelle, en toutes leurs Libertés, Primleges et ^ Franchises, tels qu'ils ont eu d'antiquité; et pareillement, quHl s? entretiendra la Paix de Fexhe, et toutes autres Paix Faites et ^ Accords, ^ [ Vindiciae Lïbertatis Inclytae Civitatis Leodiensis , p. 199.]

* Extremo Foro continentes sunt gradus uedis, quae est sancto Lamberto sacra. Hic Episcqpus descendit ex equo, qui exutus ephippiis Cantoris est.,, Uis pro more adis, Ejmcopus exuitur veste militari, induitur eccUsiastica , talari scilicet, et superpellicio , etc. [Turner, ibid., p. 150.]

' Le serment inaugural était nommé Capitulation, parce qu'il était divisé en articles. C'était à Timitation de la Capitulation des Empereurs. [Jacquet, Droit Public d'Allemagne, 1 1, p. 54, etc.]

D'après la Paix de Fexhe, le Chapitre Cathédral avait mission de rédiger et de conserver la Capitulation, Cela explique comment il parvint à y glisser, dans son intérêt, des clauses qui étaient contraires à toutes les Paix. En violant ainsi la Constitution , cet ambitieux collège politique s'adjugea des droits que Ton n'avait jamais songé à lui reconnaître.

droit public positif. Le Prince s y engage à observer toutes les Paix, particulièrement la Paix de Fexhe ; à vivre et à s'entretenir de ses propres revenus ; à veiller au maintien de Tordre, et à ladministration de la justice. Il nomme à certains offices, mais il ne peut y appeler que des nationaux, capables, et possédant assez de bien pour répondre de leurs prévarications. 11 ne peut céder ni aliéner aucune partie du Territoire. Il convoque, à ses frais, les Trois Etats. C'est dans l'assemblée de ceux-ci que doit se traiter tout ce qui intéresse le Pays: faire les lois, décider de la paix et de la guerre , ordonner la levée des troupes, voter les impôts, en déterminer . la rentrée et l'emploi i.

C'étaient là les principes essentiels du régime démocratique et républicain.

Le lendemain, les présents d'honneur obligés

* Toutes ces stipulatious sont nettemeut formulées :

^ Item, Qu'il observera la Faix de Fexhe faicte entre feu Monsieur fi Adolphe de la Marck, Ëyesque de Liège, et les Bourgeois et autres ^ de Pays.

fi Item. Qu'il entretiendra et gardera à ses propres despens, comme fi de coustume , les Diettes du Pays.

fi Item. Qu'il ne fera ny entreprendra aucune Guerre contre quelfi que Prince ou Seigneur, ny se mettera à aucune Ligue y sans le fi conseil et consent des Trois Estatz du Pays de Liège.

fi Item, Qu^il sera fidèle à TËglise et Patrie, et qu'il n'aliénera rieu fi des Biens de rEvesché.

fi Item, Qu'il ne chargera ses Surceants d'aucunes Tailles ^ Subvenfi tions ou Corvées, si ce n'est pour le soulagement de la commune fi nécessité : ce qui se fera avec le consent des Trois Estatz du Pays.,,, fi I Scriment de VEvesquedc Liège; 1639, in-4o; p. 3, 5, 6.]

furent offerts au Prince par les Bourgmestres et les Jurés. Ils consistaient en plats et assiettes d'argent, d un poids de cinquante-cinq marcs; en deux charretées de vieux vin du Rhin; en six bœufs gras, dont les cornes étaient dorées* et les housses aux couleurs de la Cité; en cinquante moutons; en trente muids d'avoine, portés par soixante Porteurs-aux-sacs ; et en un bassin d argent, contenant six mille florins ^.

Le même jour, le Prince alla gravement et lentement à rassemblée des États. Il exprima, en termes respectueux, ses sentiments de reconnaissance de ce qu'on l'avait appelé, lui indigne, à la Principauté 2. Il serait heureux do se dévouer, lui et sa famille, à la défense des intérêts publics et religieux ^. Il croyait qu'on ne devait pas cesser la levée des impôts établis , . car il fallait réparer les places fortes 4. Si

' Ergo offerunt: Primo, Argenteas scrdeUas, totidemque orbes f ponderis 55 marcarum argenti; duos praestantissimo Ehenensi vino anustos citrrus, etc. [ Polit , ibid, , p. 66. ]

^ Ad Beiptêblicae Leodiensis apicem, [Id» , ibid, , p. 70.]

' Iljttsdein mensis 19, Comitia Leodiihàbet, quibusprimum gratias agit de Frincipaius honore sibi ante oMos Principes deUUo, se suamque FamUiam et Domum ad Patriae Ecclesiaeque defensionem offerens, etc. [ Chapeauville , ibid. , p. 515. ]

^ UL... quae hactenu,s ad aliquot tantum annos pro tuitione et conservatione Arcium concessa fuerunt, in aliquot àHos continuentur. [Id., ibid., p. 615.]

En 1581 y le Pays n entretenait plus en bon état de défense que six places fortes ou châteaux. G^étaient ceux de Bouillon , de Binant , de Huy, de Stockhem, de Franchimont, et de Curenge.

312 CHAPITRE XVIIl

Ton daignait lui accorder le donatif traditionnel, il Taccepterait volontiers. Il agirait de son mieux pour donner sécurité et bien-être au Pays 1.

Les Trois Etats, après s'être concertés, se rendirent au Palais. Ils remercièrent le Prince de ses bienveillantes dispositions à Tégard de la Patrie. Ils lui annoncèrent que leur résolution était de continuer la levée des impôts pendant deux ans encore. Ils lui présentèrent le don gratuit usité à l'avènement du Prince 2.

Ernest s en alla répéter les cérémonies do rinauguration et du serment à Franchimont, à Bouillon, Thuin, Fosses, Dinant, Ciney, Huy, Tongres , Looz , Saintron , Hasselt , Maeseyck , Brée, Stockhem, Maestriclit 3.

' Le discours d'£rnest de Bavière u était pas une nouveauté. Se^ ])réducesseur8 , à leur première visite à rassemblée des États , avaient débité les mêmes lieux communs sur leur respect pour les libertés nationales. £n 1565 , entre autres , Gérard de Groesbeeck commençait sou discours par un ^ Remerchiement, de ce qu^il avoit pieu à Chapes pittre avoir heu si bonne opinion de luy, que l'avoir esleu à Testât if Episcopalle et Principaal de cestuy Pays, etc. a [InvetUoire des Propositions des Princes faictes aux Estatz. ]

* Maturâ consuUatione et deliberatione factâ, Ordines vicissiin Serenissimum Principem gratius agunt, quod Patriae et Dithnis conservandae et protegendae digtwia sit onus suscipere , etc. [Chapeauville , ihid, , p. 515. ]

' Serenissimus Prificeps.,,. ad Urbiuni amplissimae suae DiiUmvs, majorum more, Inaugurationes, maturo consilio, animum intendUy etc. I Polit, ê[^tW., p. 86-102.]

Ernest fut le dernier Prince qui alla «e faire reconnaître dans le^' liounes Villes, et y jurer, entre les mains du Magistrat, le maintien

11 rapporta de cette tournée les impressions les plus défavorables. Arrivant du fond de la féodale Allemagne, et issu dune Famille Ducale qui exerçait un pouvoir arbitraire dans se^ vastes domaines, il fut surpris de loutrecuidance des Populations: partout, au lieu de lui montrer une humble soumission, elles n'avaient parlé que de leurs Libertés, de leurs Franchises, de leurs Droits.

n ne dissimula point qu'il se conformerait difficilement aux idées, aux mœurs, aux institutions de la Nation i.

de leurs Libertés , Privilèges et Franchises. La formule du serment prêté était, à peu près, partout la même.

Voici le serment de la Bonne Ville de Dinant :

^ Vous warderez et ferez warder THonneur, Franchieses, Statuts, sr Usaiges, Libertés, Lettres et Seels que vostre Ville de Dinant a de ^ vos prédécesseurs Evesques de Liège, et aussy de vostre Vénérable ^ Chapitre, sique nostre Droicturier Seigneur, les Droictures de vostre «r Voué et des autres que droict y ont; et mènerez et ferez mener ^ touttes manières de Grens, Grands et Petits, par les Loix de vostre < Pays. — Si vous aide Dieu et les Saincts qui icy sont , à vostre sens f et scavoir. ^ [Dans le Pâtveîhâr.]

* Ainsi , il continua avec ardeur le procès dit des Clefs, intenté pnr son prédécesseur à la Noble Cité (Inclyta Civit(ns),

De son côté, la Cité songea à se défendre. Le 22 juin 1594, le Magistrat délégua un notaire pour acter, conjointement avec le notaire du Prince, les dits et contredits des personnes appelées à témoigner. Le préambule de cette délégation est tel : st Nous les f Burgemesires , Jurez et Conseil de la Cité de Liège. A tous Ceulx ^ qui ces présentes veront et oront, salut. Scavoir faisons. Que come «; en la cause et querelle pendante indecidee à la Chambre Impériale , ^ d'entre monseigneur Illustrissime et Beverendissime de Liège nostre ^ Prince et Messeurs de son Vénérable Chapittre, d'une part, — et ^ nous lesdits Burgemestres , Jurez , Conseil et Généralité de cestedite ^ Cité, d'autre part, soit ci-devant ordonné et apoint^^e que nous

Il essaya bientôt de transgresser les prescriptions les plus importantes de Tordre public Liégeois.

Le 27 mars 1582, il exposait à rassemblée des Etats un projet dont il souhaitait la réalisation. A len croire, Torganisation judiciaire exigeait de grandes réformes. Il fallait aussi s'occuper, selon lui, de la rédaction d'un code général des Coutumes, afin qu'il n'y eût plus qu'une loi uniforme dans tout le Pays i.

^ poryons comettre et députer ung Notaire, etc. ^ \B,egisirei de la Noble Cité de Liège , 1594 , fol. 90*. ]

Le 9 juin 1595, le Magistrat délégua ravocat Bartoldy pour rechercher dans les Archives les documents utiles, i^ Nous les Burgemeske$t if Jurez et Conseil de la Cité de Liège. A tous Ceulx qui ces présentes ^ veront et oront, salut. Scavoir faisons. Que corne ainsy soit que «e cesdite Cité de liiege ayet plusseurs causes et querelles pendantes ^ indecidees par^devant les Seigneurs Président et Juges de la Chambre ^ ImpericUe à Spiere.... Nous, confians totalement es sens, proidhomie ^ et honne diligence que scavons estre et dominer en la personne de ^ maistre Lauren Bartoldy: Avons iceluy pris, choisi et denomé, ^ corne par la présente le prenons, choisissons et denomons poar if Advocat Fiscal de ceste dite Cité.... it [Registres de la NoUe Cité de Liège, 1595, Î01267K]

Le travail de Bartoldy fut imprimé sous le titre de : QmsiUwm Juris resoltUum*,.. pro Civitate Leodiensi. C%vm EpUoma rerum ad Oausatn Clavit4m... pertineniium ; Liège, 1644, in-4o. L'analyse des documents est très imparfaite.

* Ce désir est ainsi exprimé dans le chapitre rubrique : ^ De rédiger gf les Coustumespar escrit. En outre , pour abréger les procès d^entre 0 nos Sujets et les relever des grands dépens qu'ils endurent à pro- ^ poser, alléguer et prouver divers Usages et Coustumes de nosdits ^ Pays de Liège et Looz, et y oster toute matière de variations et ^ contrariétés : Ordonnons que toutes Coustumes et Usages de nosdits ^ Pays soient rédigez et mis par escrit. Auquel effet , avons autho- ^ risez nos mesmes Commis susdits, comme aussi ont fait noadits

L'Etat Tiers n'agréa pas ces propositions. Tous les Députés avaient reçu de leurs Bonnes Villes l'avis exprès de renvoyer la codification des Coutumes à un moment plus opportun , quand le Pays serait dans son calme ordinaire ^.

Le Prince eut en dédain cette désapprobation, si sérieuse pourtant. Il lui plut de faire à son bon plaisir 2, i\ publia avec ostentation, en

^ Ë0tatB des leurs, pour recueiller, visiter et disposer en bon ordre ^ lesdites Coustumes et Usages, afin ne juger selon autres, qui aussi ^ seront escrits et accordez, if [ Ordonnances et Statuts de Son Altesse sur le Règlement de la Justice en son Païs de Liège, ]

* Les Députés de TÉtat Tiers voulaient aussi, selon Tusage, que le projet de loi fut envoyé aux Bonnes Villes , afin que le Peuple de chacune d'elles pût Texaminer en détail. Ainsi le demandaient les Députés de Htéî/, de Binant , Cine^, Couvin, Waremme, Saintron, Loot, HasseU, Maese^fck, Stochhem^ Brée, Herck et Bilsen. ^ Lesdits tf Commis protestent de nullité d'icelles Reformations , ensemble des

* publications faites ou à faire, avant lesdites copies délivrées et les ^ resolutions desdites Bonnes Villes sur ce données. ^ [Dans le Fâwelhâr.^

Avec de pareilles conditions, le Prince était dans Timpossibilité d'obtenir des votes de complaisance ou de surprise des Députés.

* Cette première publication eut lieu, au Pérou, le 29 novembre 1582, et une seconde, avec la plus grande solennité, le 26 juin 1592, ^ en » présence de Son Altesse Serenissime et Reverendissime. t^ Ces projets de loi furent imprimés dans le format in-é^.

I^^ procès- verbal de publication du premier projet contient quelques lignes qui ont des détails utiles :

s? Anjourd'huy 29 de novembre Tan 1582, en la Cité de Liège, au ^ Grand-Chapitre, lieu communément ainsi dit de TEglise Cathédrale ic de Liège, et auquel ordinairement se font les Propositions d'un a Evesque d Prince de Liège aux Trois Estais 'des Pays de son

# Eveschéet Principauté de Liège, en présence de Messieurs les Pre- :f vost. Doyen et des Chanoines de ladite £glise Cathédrale ou de la ^ pluspart d*eux, ensemble des Souverain-Mayeur et aucuns Eschevins n de la Haute Justice de Liège , aussi des Bourguemaistres et bonne

présence des Eclievins, des Statuts réglant la manière de procéder devant les divers tribunaux. (20 août K)

Malgré cette promulgation, malgré radhésion bénévole de ses affidés, son œuvre fut regardée comme un simple projet. Elle n'obtint force de loi nulle part 2.

Ernest n'avait pu imposer directement Texëcution de ses Statuts. Il s en irrita. Il avisa au moyen de rendre désormais sa volonté prépondérante.

Pour annuler la résistance de TÉtat Tiers, il décida d'abolir Tusage constitutionnel en vertu duquel une résolution n'était valable, qu'autant qu'elle fut prise à l'unanimité des États. Il fit cette tentative dans la journée du mois de novembre 1583. Il requit l'assemblée de conclure

s* partie du Conseil de ladite Cité de Liège, et fort grand nombre de if Notables Bourgeois d'icelle Cité, Jurisperits, Avocats et autres, quasi i! k la, même manière que (hors mise la présence de Monseigneur ^ Ernest , Ësleu et Confirmé Prince moderne de Liège , estant absent ^ en Allemagne ) est accoustumé de ce faire et advenir es Journées du ^ Pays , a esté leue publiquement et à haute voix la ci -dessus escrite ^ Lettre-Patente de mondit Seigneur Esleu et Confirmé et Prince, des* tt Statuis et Ordonnances pour la redresse et reformation des Tribu- ^ naux et Justice de sesdits Pays, etc. if

* Ernest oubliait , d'une façon étrange , qu'il se trouvait dans un Pays constitutionnel, lorsqu'il apostillait son Règlement en cette forme : Ita Yolumus, Ordinamus, Statuimus, Puhlicamus, et observari Praecipimus, et serio Mandamus.

* Vim Legis non hàbet, nec haherepotest, tam generaliter quam in iipecie, au dire même de Méan, en son Jus Civile Leodiensitim, t V,

que , à lavenir , on n exigerait plus que la simple majorité.

Cette proposition fut repoussée.

" L'État Tiers déclara sen tenir à Tantique maxime: Un Etat y deux Etats, point d'Etats. Trais Etats, un Etat ^

Dans ce moment, Ernest ne suscita pas d'autre conflit. Son attention était attirée sur la guerre de religion qui venait de s'engager sur les bords du Rhin.

A l'exemple d'autres Prélats, le Prince-Archevêque de Cologne s'était converti à la Réforme, et avait épousé une Chanoînesse (1583). Il était appuyé par le Prince-Evêque de Munster, qui avait également adopté la Réforme et pris femme (1585).

* Propositum qtwque, ut quod per duos ex Tribus Ordinibus con^ cordifer statueretur, ratum esset; verum Popuîari Statu tergiversante, nihil resohUum. [Chapeau ville, ihid., p. 528.]

C'est grâce à ce veto, on Ta vu, que la puissance du Prince, deTÉtat Primaire et de TËtat Noble était vivement rembarrée. L'Etat Tiers avait ainsi le droit et le moyen d*empêcher, de mettre à néant, en un mot, tout acte tendant à violer et à diminuer ses Privilèges, qui n'étaient autres que ceux des Bonnes Villes, ou , plus exactement, de la Nation entière.

En revanche, TEtat Primaire et l'Etat Noble avaient le droit d'entraver l'œuvre de législation que demandait l'État Tiers. Ainsi, la liberté des croyances aurait été naguère décrétée dans le Pays, sans l'opposition de l'Etat Primaire.

Le droit égal de veto des Etats était une excellente chose pour conserver les anciennes libertés, pour maintenir l'ordre public établi, pour arrêter les empiétements du Prince ; mais il était destructif de tout progrès social , vu l'opposition , soit de la Noblesse , si privilégiée , soit du Clergé , si dominateur et si égoïste.

Emest avait été élu à rArchevôché de Cologne, puis à rEvêché de Munster, par des Chanoines dissidents.

Il ne se mit pas aisément en possession de ces nouvelles Principautés, Pour en expulser les titulaires , pour s y soutenir , il se fit accorder par les États des levées d'hommes et d'argent i.

En se voyant investi de tant d'Évêchés, Emest ne put que devenir lun des plus ardents défenseurs de Torthodoxie Eomaine 2,

Dans la Cité, il influença avec habileté les élections du 25 juillet 1586. Il réussit à faire arriver nombre de ses fidèles au Conseil.

Le lendemain, le Conseil, à peine installé, eut une sorte d efiVoi religieux. Il rédigea une profession de foi Catholique, qui fut imposée à tous les Officiers élus, sous peine de poursuites Inquisitoriales 3.

' Pour empêcher ces levées d'hommes et d*argent, TÉtat Tiers alléguait en vain la Neutralité. Le 5 mars 1586 , il refusait encore de ^ secorir icelle Alteze en la guerre qu'elle at à raison de sa Principaulié s» de Collongne : hors quoy Ton poroit coUegier et inférer que cela as tendroit à rupturre et infraction de la Neutralité, en laquelle ces :f Pays sont tenus et déclarez.... ss [Registres de la Noble Cité de Liège, 1586, fol. 148, 163, 167, etc.]

* Lorsqu'il avait été élu Prince de Liège , Ernest était déjà Ëvêque- Prince de HUdesheim et de Fresingen. 11 régissait cmg Évochôs. Cela était contraire aux usages canoniques.

' Voici le serment des Bourgmestres et des quatre Conseillers avec Velouté orthodoxe :

«r Tous jureres solempnelement sur les sainots, que pour vostre Office gt avoir, vous n'avez donné ne promis, ne donnerez ne promectteres à g! persone quelconcque, par vous ne par autruy, en secret ny en apert.

Ernest était Catholique par intérêt. Il fut inexorablement intolérant i.

Far un mandement du 21 mars 1589^ il renouvela les peines prononcées par ses prédécesseurs contre les partisans de la liberté de conscience et du culte 2. Tout habitant qui ne pratiquait pas

# devant ny après, quattre deniers monoie Liegoise, ny la valeur, et

# que vostre dit Office ferez et exercerez bien et lealement, en gardant sr les Franchieses, Privilèges et Libertez de la Cité et des Borgois, et

# ferez toutte diligence de faire le profit et utilité de ladite Cité, et des ^ Biens, Deniers et Revenus d'iceUe, sains de rien comettre ny con-

# vertir à vil profit Is^i maintiendrez la Saincte et yraie Foy et ^ Edigian Caiholicque, Apostolicque et Bomainey de toutte Antiquité ^ maintenue et observée en ceste Cité et Fays* ^

0 Nota, Que les susdites trois dernières lingues ont esté adjostees ^ à susdit Seriment par ordonnance des Vieux et Noveaux Burgbes» mestres, ensemble des Commissaires, Jurez et Conseil de la Cité^ ce

# vingtesixemmejour de Jullet 1586. ^f [Begistres de la Noble Cité de Liège t 1585, fol. l^ Voir aussi Fisen, Historia Eccleeiae Léor^fms, t. n,p. 393.]

* Dès son avènement à la Principauté, Ernest, par son intolérance et sa cafarderie, s^était aliéné toutes les Bonnes Villes sans exception, même Liège et Huy, quoique en dise ce passage d'une lettre écrite le 9 juin 1582 : # Toutes les Villes du Paï's de Liège, excepté Liège et Hu, 0 se sont opposées à Vlnquiêiiioh de TËvesque. Ce Presbstre appreste ^ sa ruine, comme ont faict plusieurs aultres.... ^ [ Archivée de la Maison d^Orange-Nassau , t VUI , p. 111. ]

* Les considérants de oe mandement sont curieux :

^ .... Gomme Ton void à Tœil que à roccasion des Erreurs, Hérésies 0 et Sedes susdites, la craincte de Dieu et révérence vers Luy et ses 0 Saincts, et suivament vers les Supérieurs et Magistrats, tant Spiri- 0 tuelzque Temporels, est grandement diminuée,. et en sourde une 0 merveilleuse et débordée licence et détestable coustume tant en gens ^ d'aage de discrétion comme aussy en jeunes gens, et quasi jusques 0 en enfans. Comme de vivre par ainsi, aussy de parler à Tabandon, 0 jurer irreverement, et horriblement blasphémer et exécrer Dieu et 0 sesSaincts, aussy blasphémer et diffamer par énormes opprobres 0 leurs prochains, soient-ils leurs Supérieurs ou autres, et ce par

320 CHAPITEE XVIII

ouvertement la religion Catholique, devait quitter, sans délai, le Pays i. Rien ne pouvait ôtré enseigné dans les Écoles, sans l'autorisation du Grand-Vicaire 2. H était défendu d'imprimer ou de vendre aucun livre 3, ou de représenter aucune

fi parolles et de bouche ou aussy par chansons deshonestes , dissolues , a séditieuses, etc. ^ [Dans le Pâf€elhâr,*\ Ce mandement est en latin dans le Recueil des Edits du Pays de Liège, t. II, p. 69, quoiqu*il ait été publié ^ en François au Wallon, et Thios, ^

' fi Que ung chacun, Surceant, Mannant et Habitant de nosditz fi Pays, soit-il natif ou estrangier, ou d'aucune leur Ville, Franchiese, fi Villaige ou Lieu, vive, soy tienne, reigle et conduise selon ladite fi Foy et Religion Catholicqi^e, sans croire, sentir, alléguer, maintenir, fi lire et enseigner ou prescher publicquement ou secrètement, ny aussy fi mectre, permectre ou endurer à quelcun qu'il aura en son Pain, fi Famille ou Mesnage, ou soubz sa charge, gouvernement et discipline, fi croire, faire, sentir , alléguer , etc. fi [Dans le Pâwelhâr.]

* fi Davantaige, statuons et ordonnons, que nulluy desdits Surceans, fi Mannans et Habitans ne présume, en manière quelconcque, en fi nostres dits Pays ou quelque Lieu d'iceux , entreprendre d'estre on fi estre Maistre cFEscolle, ou d'enseigner aucuns enfans ou autres, fi communément ou particulièrement, lire, escrire Langues d'aucune fi sorte. Compter, Ciphrer, Musique ou semblable ai*t, science ou fi practique quelquonque , beaucoup moins d'enseigner la Philosophie fi ou Prescher, sains qu'il y soit preallablement authorizé par nous, fi nostre Vicaire en Spirituel gênerai, etc. fi [Ihid.'\

' fi Les Imprimeurs ne pourront riens imprimer sains estre preaUfi lablement visenté et approuvé par celuy ou ceux qui par nous y sont fi mis et députez.... Laquelle approbation iceux Imprimeurs feront fi aussy mention expresse en leurs livres ou autres pappiers imprimez, fi au frontispice, au conmiencement d'iceux.... Les Imprimeurs, et fi ceux qui voudront faire exercice de Libraire , debveront faire den fi inventoire de tous et chascuns leurs livres et choeses" imprimés, et fi monstrer icelluy inventoire à nos dits députez, etc. fi [Ilnd,}

De ce moment, aucun écrit ne put se publier sans Vimprimatur du Censeur; et l'impression d'ouvrages non oPensurés , fut punie des peines les plus sévères. Il fut aussi défendu d'imprimer partout ailleurs qu'à Liège. Pour sauver l'influence et le bien-être du Clergé Catholique ,

pièce, aucun jeu de spectacle, sans la permission des Censeurs ecclésiastiques i.

Ces empêchements n arrêtèrent point la divulgation des idées nouvelles.

Leurs sectateurs, infatigables, s'étaient concilié la bienveillance des Etats-Généraux des Provinces-Unies.

Ce gouvernement entreprit des négociations avec les Trois Etats. Il les invitait a proclamer la liberté religieuse, liberté légale, puisque le Pays était essentiellement Neutre et soumis aux Constitutions Impériales (1592 2),

Comme toujours, l'Etat Primaire et l'Etat Noble demandèrent qu'il en fût référé au Prince.

Le Prince ne tergiversa point. Il répondit qu'il avait charge de maintenir la Eeligion Catholique dans le Pays, et qu'il n'y tolérerait jamais aucun hérétique 3.

le Prince ue balança pas a jeter dans Tignorauce la Nation , en empêchant la publication et la vente des ouvrages entachés des idées nouvelles. 11 ne pouvait mieux compléter son système de domination sur les consciences.

* L'on ne pourra aussy jouer aucuns a^ Jeux qu'on appelle, de Eeih(h ^ ricque, Comédies, Farces et semblables , s'ilz ne seront préalablement ^ exhibez , visitez et approuvez par ceux que desja sont ou ci-apres gi seront par nous à cest elFect et semblables choeses commis et ^ députez, etc. ^ [Ibîd.]

* Status Hollandiae, missis ad Ordines Leodienses literis , queruntur eos qui aîterius sunt Beligionis quam Catholicae Bomanae, h Patria Leodiensi, contra Jus Neutri et Constitutiones Impériales, ejici. Rogantque instantery etc. [Chapeau ville, ibid,, p. 578.]

' Ut Patrlam Ecclesiamquc In ea Fidc Catholica-llonutna in violai c consenareL [ Id, , ihid. ]

En 1594, il y eut, çà et là, des symptômes d'insurrection. Des pamphlets surexcitèrent les esprits. On proposait de constituer la Cité et les Bonnes Villes en une Union de Républiques municipales, à lexemple des Provinces-Unies et de certains Cantons Suisses. Tout d'abord, il fallait supprimer les Collégiales, les Abbayes, les Couvents, et vendre leurs biens au profit de la caisse des États. Le temps n'était-il pas venu de mettre fin aux spoliations , aux infinies tyrannies du Clergé Catholique i?

Dans la Cité, le système d'intimidation des Inquisiteurs entravait les desseins des Bourgeois les plus dévoués à la Réforme. Les Bourgmestres, eux-mêmes, étaient hésitants, peureux, au point

^ La plupart des pamphlets politiques et religieux publiés à cette époque, ont été détruits par les Inquisiteurs. — Ces opuscules étaient écrits avec une vive énergie de style, à en juger par les extraits suivants , tout gâtés qu ils sont par les rimes qu'y a mises le pieux Polit :

tt Liégeois, où estez-vous? Bormez-vous maintenant ?

^ Il est temps vous oster de V avare domaine

^ Desprestres et roiaus, qui vot^ font tant de peine.,..

sf Les Prestres jadis ,

^ Joins aus Peuples voisins ^ cruélement ont- mis * A sanÇf à fer, à feu, la (Me mémorable,...

if Les Prestres

if Attrapèrent les biens meilleurs de nos Ancestres, sf Par fallace, et par dol couvert de sainteté : a ... Ils les doivent rendre à la Postérité, ^ . . . N^attendezplus,... car de nulle saison gf Vous n'eûtes, et n^ aurez si belle occasion, etc. if

[ Voir Polit, Prognosie de VEstttt de Liège, et Responce à un EscrU sedUicux espars par Plsle de Liège, lors de la surprime du Chasieau de Huy; Liège, 1598, in-4o; p. 12, 13, etc.]

qu'ils laissaient violer le domicile, lorsqu'il s agissait de saisir un Protestant i.

Les Huguenots de France et les Réformés des Provinces-Unies passaient parfois les frontières, et couraient le Pays, en attaquant ou en fuyant les Espagnols qui guerroyaient en Belgique 2.

' La juridiction de La Franchi^ef présidée par les bigots Bourgmestres de ce temps, laissait agir très librement les Inquisiteurs. [Chapeauville, ibid, , p. 085, etc.]

Grâce aux yieux Privilèges, il était difficile de faire rarrestation des prévenus.

^ Or^ corne Iceulx soy retirent bien souvent en leurs Maisons, «ocAan^ 3f bien quHls y sont Francka, pour ce que Ton n'y peult entrer sains ^ les Cleffg M(igi$trale8 ^ et que pendant que Ton vient en oeste Cité ^ pour les avoir , ilz soy retierent et senfuyent telement, que par le ^ moien de ce, demeurent impugnis. ^ En 1594, les Bourgmestres de la Cité remirent au Mayeur de Seraing une Lettre, ^ par laquele luy ^ douons permission et authorité entrer eus Maisons scituees en Banlieu ^ de ceste Cité, soubz son Office, tout ainsy et comme il eiusse noz Cleffz ^ Mctgistrales , pour ens et hors dicelles prendre et tirer seulement ^ Ceulx qui sont encoulpez et condampnez apprehensibles par Loy et ^ par Franchiese.... :f [Reffistres de la Noble Cité de Liège, 1594, fol. 136, 137, etc.]

* Les bandes Espagnoles, à la poursuite des Hérétiques , avaient-elles rautorisation de pénétrer dans le Pays ?

Le jeudi 15 septembre 1594 , le Conseil de la Cité eut à se prononcer towihant aucuns propos séditieux, * Là miesme, sur les remostrances tf £ûcte8 par les Seigneurs Burghemestres de ladite Cité , contenantes tf qu'il leur seroit esté fiait Raport, que estant au zu« jour de présent ^ mois ledit Conseil assemblé , ung personage , aieant uUg blan porpoint, ^ deveroit avoir dict qu'il auroit esté présent où que le Mayeur Dans ^ auroit dict et déclaré d^avoir veu et leu lettres adressantes aux Gens if de guerre mutinez de Zixhem, par lesqueles leur seroit esté donné * puissance et autfioritéde venir branskater cesituy Pais, et de mettre fi en feu tous Ceulx qui ne voroient condescendre à leur intention et 9 les donner con^sUion.... ^ Quelqu'un assura qu'il avait demandé 9 au susdit Gérard Dans, sil avoit quelcque cognoissance desdites fi Lettres, Liquel at dict et déclaré que non, et nen avoir veyu

Co fut un prétexte pour porter atteinte à la liberté des Bonnes Villes.

Les Députés des Etats statuèrent que toute

Bonne Ville devrait ouvrir ses portes aux soldats du Prince, quand ceux-ci auraient à se poster pour repousser les Hérétiques i.

Depuis quelque temps, les Hollandais cherchaient à se rendre maîtres d'une Ville sur la Meuse, afin de faire de ce fleuve une route commerciale, et d'assurer Tenvoi de secours aux Réformés de France.

L'idée de s'emparer de Huy vint à l'un de leurs plus hardis capitaines, nommé Haraugier, qui était Gouverneur de Bréda 2.

A cette époque, ïluy, si bien défendu par son Château - fort , avait une exceptionnelle impor-

«: quelcquuue iiy en oyu parler, a [Begistres de la Noble CUe de X%c, 1594, fol. 130.] L'aifîrmation et la dénégation de TOfficier du Prince sont étranges.

' Ainsi, tout d'abord, en fut-il avec Tongres. :? Là miesme (29 ::: Septembre 1594), sour plusseurs dévisses et communications tenues sf par lesdits Seigneurs Députez , at esté ordonné et apointye que les n Compagnies.... deveront aller en garnison en la Ville de Tongres..*. ifi Ceulx de ladite Ville ne les voloient recepvoir , ainsy que ron at ^ entendu.... Et à leôect de premis, seront escriptes Lettres sérieuses ^ aux Magistrat et Consel de ladite Ville, avec menasses drestre sf tenus pour Rebelles, en cas quilz ne recepveront lesdites Gens de s? Guerre, etc. gf [Registres de la Noble Cité de Liège, 1594, fol. 137, 159, 173, 175», etc.]

* Den Stadvoogd Heraugier van Breda, [ Van Goor , Beschryvingi dcr Stadt van Brcda; 1744, p. 138.]

Ilollandi vidcbant cnhn illam Arccm loci situ fortissimam , pcrfadh Imintsso pracsidio se contra hostcs munire, indcquc longe lateqnc, etc. [ Chapeauville , ibid. , p. 590. ]

tance. Sa prospérité manufacturière était établie. Ses Bourgeois, éclairés par leurs relations avec les commerçants étrangers, étaient, pour la plupart, partisans de la Réforme.

En somme, cette Bonne Ville pouvait devenir, ainsi que Maestricht naguère, le refuge .des Protestants Liégeois i.

En 1594, l'un des conjurés, né à Uasselt et nommé Voes, vint demeurer à Huy comme marchand de drap. Il loua une maison située au pied du rocher, sur lequel s élève le Chàteaufort 2. De là, on pouvait aisément gravir le

* C est ce qu'on lit dans une enquête qui fut faite par les Échevins de Liège le 4 juillet 1595 sur la prise de- Huy : ^ Et partant, dicut et ss rapportent qu'il appert, tant par notoireté du faict que par lesditcs ^ enquestes et instructions sur ce dressées, qu en postposant le debvoir ^ auquel ladite Université de la Ville estoit tenue, signament.... les ^ Ordonnances et Edicts exprès émanez de la parte de Sadicte Altesse ^ contre les dangiers imminents, semonces et advertissemens spéciale - ^ ment faict^ de sa parte allendroict des Hutoys, ou leurs Officiers ^ et Magistrats, en conformité desdits Edicts : ce neantmoins, il ^ appert grand nombre desdits Bourgeois et Surceans , tant Officiers , ^ Magistrats qu autres, estre grandement suspects et enveloppez é^ avoir fi suivi et favorisé les Hérésies,,.,* au très grand préjudice et danger de fi nostre Ancienne, Catholicque, Apostolicque et Romaine Religion, et fi de la Souveraineté, Haulteur et Jurisdiction de Son Altesse, et aussi fi de tout le Pays de Liège, Terre et Membre du Saint Empire.... fi [ Dans le Pâîcelhâr. ]

Tout cela revient à dire que, dans Huy, fi la Religion et Pieté estoient fi presque toutes désertes et bannies, fi et que tous ses Bourgeois étaient partisans de la liberté religieuse, en un mot étaieift Crueutissants i comme s'exprime Melart, en son Histoire de la Ville de i/M2^, p.498,502.

* Ce Voes avait épousé une Hutoise, fi nommée Agnes, fille dun fi certain Martin Coppée, fi [Melart, tWd., p. 502.] Cette Agnès

326 CHAPITRE XYIU

rocher, puis atteindre une petite fenêtre et y suspendre une échelle de corde. Quand tout fut préparé, il fit venir de Bréda trente soldats d élite, qui se réunirent chez lui le samedi 4 février (1595). Vers minuit, Voes en tète, ils escaladèrent le rocher et le mur, pénétrèrent dans le Château par la fenêtre, et se cachèrent dans un réduit abandonné. Le matin, ils arrêtèrent et emprisonnèrent , lun après l'autre , le commandant et ses hommes, qui se rendaient à la Chapelle pour ouïr la messe ^

Haraugier, qui s'était avancé jusqu'à Diepenbeck avec un petit contingent de troupes 2, fut, le jour même, prévenu du succès de l'entreprise. Il hâta sa marche, A la soirée, il se trouvait aux portes de Huy, dont il demandait l'entrée aux Bourgmestres. 11 ne leur accorda qu'une heure pour délibérer sur le parti qu'ils avaient à prendre. Il promettait aux Catholiques le respect de leurs biens, de leurs croyances, et du

Coppée, qui fut pendue sur le Marché de Liège, était-elle la 8<Bur du poète Denis Coppée ?

* La réussite de cette escalade suiprend moins, quand on lit que les Hollandais ^ scavoient bien que dedans le Ghasteau la garnison 2? estoit petite, et que les Soldats dormoient de profond sommeil, saouls ^ et pleins de vin, es jours de Caresme prenant, selon l'abius des ^ ChresUens. ^ [Cliappuys, Histoire généraie de la Guerre de Flandre; Paris, 1633 , in-foL; voir liv. IX, p. 473.]

' Six cents cavaliers et quinze cents fantassins, selon Grotius : Dubia adhuc luce cum EquUibus sexcentis, mille quingentis e cohortibus, Dux ipse aderai» [De Eelms BelgiciSy édition de 1657 , liv. IV, fol. 206. ]

libre exercice de leur culte. Les portes lui furent ouvertes ^

Haraugier permit aux Protestants d approprier quelques églises pour l^s prêches 2. H fit approvisionner le Château et la Ville, et construire des redoutes. Il ordonna aux Abbés et Abbesses des environs de se rendre auprès de lui, pour régler les contributions à payer ^.

Cet événement enfiévra le Pays. Çà et là,

* he Mayeur de Uuy, nommé De Brialmont, avait des intelligences avec les Ilollandais ; aussi , ne voulut-il appeler au Conseil de Ville , pour examiner leurs propositions, que les Bourgeois qui pouvaient leur être favorables. Idem mandavU extra Consilium egredi eos qui pro defensione Oppidi hene consulèbant [Brevis recitatio ex actis 0]fqndi Huensis redditianis, dans le Pâwdhâr,]

^ Surquoy, les Magistratz et Borgois de ladite Ville, sains cop a donner , les ont overt les portes et laissé entrer en icelle , de laquele fi et dudit Chasteau soy sont fait Maistres et Seigneurs. ^ [Segistres de la Noble Cité de Liège, 1595, fol. 1,]

Des gravures du temps représentent Feutrée des Hollandais dans Huy. Une partie de Tinfanterie circule dans les rues, et la cavalerie chevauche sur le pont. Ça et là, des bateaux, chargés de Hutois et de bagages, prennent le large, etc.

* Le pieux Melart raconte cela à sa façon. ^ Ils s'émancipèrent, et fi se mirent à piller les Cloistres et Eglises tant de la Ville que des fi Faubourgs; ce que je peu dire, pour Favoir veu, prennans à Saint fi Mengeold les ornemens sacerdotaux et le calice, se moquant et fi gabant des Gens d'Eglise.... fi [Ibid.j p. 492.]

' Le 20 février, Haraugier écrivit aux Chanoines d'Amai, ainsi qu'aux Abbés et Abbesses de Flône, de Neumostier, du Val Saint Lambert, de la Paix-Dieu, etc. , fi qu'ils ayent à comparoir dains tyrs fi jours , après ceste receupte , au Chesteau de Huy , pour venir contrafi rier et soy accorder avec nous , autrement serat contre eulx , leurs fi maisons et biens , procédé par voie de pillemens , feu et autrement , fi selon que nous ordonerons. fi [Registres de la Noble Cité de Liège, 1595, fol. 214.]

• 328 CHAPITEE XVIII

on songea à profiter de Toccasion inespérée de s'affranchir de la servitude Catholique i.

Le Prince et ses Conseillers étaient en désarroi. Ils usèrent d'audace, et multiplièrent leui*s efforts l)Our écarter le danger.

Ils levèrent des troupes, et les envoyèrent dans les localités qui revendiquaient la liberté religieuse. Tongres, Hasselt, Herck, Peer, Saintron, refusèrent d'héberger des hommes d'armes soudoyés. Ces Bonnes Villes s'étaient toujours gardées elles-mêmes: elles voulaient conserver cet antique privilège. Après des pourparlers, elles se soumirent ^.

' Le 11 février, Haraugier avait écrit à la Cité une lettre dont voici quelques passageH :

^ Messieurs. Estant venu en ceste Place avec la Compagnie que ^ povez avoir entendu , je ne doubte point que plusseurs esprits, mal ^ aifectionez vers nostre parti , uen aront parlé et jugie selon leurs ^ passions, qui inclinent par trop, corne j'ai bien entendu, à favoriser :» l'Espangnoul, Tenemi comun des Provinces du Pays-Bas, et de vous >' autres. Mais il m'a semblé raisonable vous debvoir esclarcir par ::■ ceste , et vous asseurer de ma bonne volunté et intention envers la a Noblesse et le Peuple du Pais de Liège.... Ne doubtant point que , fi pour le bien de vos propres affaires , trouverez convenable de vous y fi conformer, et de faire continuer le traficque acoustumé, que j'aideray fi à maintenir de tout mou povoir.... fi

Le 13 février, la Cité lui répondit, eu prétextant, à sou. ordinaire , fi que n'estant que partie du Tyrce Estât de cestuy Pais, ne povous fi faire choese au desceu de Son Altesse nostre Prince, etlarestde fi ses Estatz.... fi [Eegistres de la Noble CUé de Liège , 1595, fol. 2.]

* fi Touchatit le refus des Tongrois de recepvmr garnison,,,. Neant-

fi moins, ilz lesdis de Tongre, contempnans Tordonnance desdit^

. fi Estatz et comandemeut de Sadite Alteze, auroient refusé d'accepter

fi et recep voir ladicte Garnison.... fi — fi Dynant Là miesme (mer-

fi crcdi 1 mars) sour une requeste oultredonnee par les Burgeme&tre;»,

Dans la Cité, on mit sur pied et on arma tous les hommes valides. Bourgeois et Ecclésiastiques, et on plaça des guets à toutes les portes, le jour comme la nuit i.

Le Prince se plaignit aux Etats- Généraux de la prise de ïïuy, comme d'une violation de la Neutralité Liégeoise 2. Us lui répondirent qu'il

if Jurez, Conseil et Généralité de la Ville de Bynant , contenante en ^ effect requeste et demande qu'ils font à Sadite Altezc Serenissime et n Estatz, de, en lieu de la Garnison de Grens de guerre que Sadicte ^ Alteze Yoroit metti*e en ladicte Ville, leur accorde unne partie des ^ deniers qull conviendroit donner et payer à teles Gens de guerre , s? pour remployer à la fortification et réparation de la Maison et ^ Chesteau dudit Dînant et entretenance d*aucuns officiers, et ilz soy ^ Yoroient de toutte leur puissance employer , de avec leurs Borgois

* et Subjectz , garder ladicte Ville.... if [ Registres de la Ndf)le Cité de Liège, 1595, fol. 222, 223, 223* , etc.]

* ^ Le Conseil de la Cité ordonne mettre deux pièces d'artillerie ^ deYant les Degréz de sainct Lambert. Item , deux pièces au Molli u ^ de Saulcy et autres lieux propres pour garder et deffeudre les

# advenues de ceste Cité, comme aux Begarts et ailleurs. Item, faire jT serrer et enterrer les portes de Hochaporte, postice des Begarts et ^ autres ayeans sorties hors la Cité. Item^ redoubler les ghaits et if gardes.... *? [Registres de la Noble Cité de Liège, 1595, fol. 199, etc.]

Toutes ces précautions étaient très nécessaires, car dans la Cité ^ il y aYoit plusieurs qui cornoient avec les Hollandois ou favorisoient ^ leur party. ^ Aussi, redoutait-on que ^ la marmaille et lie du ^ Peuple ne se mist en armes , pour piller et forcer les maisons des < Gens d'Eglises et des Riches. ^ [Melart, Histoire de la VUle de JT«^,p.486.]

* Tout d*abord , les Trois Etats avaient résolu de se plaindre euxmêmes. Ces lignes , entre autres , le démontrent :

of En V assemblée de Messeigneurs les Députez de Son Alteze Sere- ^ nissime de Liège et de ses Estatz, tenvte en jitdi XV^ jour de sa mars 1595, en Palais Episcopàle de Sadite Alteze et en la présence ^ d'icelle. — Là miesme at esté ordonné que Ton deverat envoyer en ^ Hollande les Seigneurs de Lonchin et de Waroux, pour faire

la violait le premier, en favorisant les Espagnols envers et contre tous i; que, d'ailleurs, ils lui restitueraient Huy, aussitôt que le Roi d'Espagne se déciderait à ne plus leur faire la guerre.

Entretemps, le Prince sollicitait lassistance de r Archiduc Ernest, Gouverneur des Pays-Bas. Des secours lui furent promis: le Roi d'Espagne ne pouvait admettre que la Réforme prévalût sur les bords de la Meuse 2.

^ deplentes et doléances aux Ëstatz Oenerabs de Hollande , Zelande et sf autres Pais Confederez , du grand tort fait et inféré en cestuy Pais *s de Liège, ^ar la surprise des Chesteau et Ville de Huy. Demans? dant et requérant eh efitre fait restitution. Remostrant que Sa ^ Majesté Catholicque n'endurer oit jamais qu'ilz demorassent en la ^ puissance de ses Ennemis, pour le gfànd interestz que ses Pais s? voisins et contigus y endureroient joumelement. Dont sy Sadicte If Majesté le venoit à reprendre , le poroit retenir et conserver , qui ^ importeroit ausdis de Hollande.... ^

Le lendemain, on fit courir après les Envoyés. ^ Là miesme, at ^ esté ordonné d'envoyer unne trompette ou autre messagier en if Holande, pour rapeller les Seigneurs de Lonchin et de Waronx, à n ce qu'ilz ayent à retourner.... ^ [Registres de la Noble Cité de Liège y 1595, fol. 233, 234, etc.]

* Selon De Thou, Ernest favorisait secrètement les Espagnols contre les Provinces-Unies. Licet in occulta Ernestus Philippicis faveret , et Ordinihus Foederatis quantum citra apertam hostilis anitni démonsfrationem licehat, incommodaret. IHistoria sui Temporis, édition de 1733 , t. V , p. 467. 1

* Le Roi de France , Henri IV, voulut s^entremettre en cette affaire , pour empêcher le PHnce de s'aidei* des fanatiques Espagnols. H écrivait , entre autres , le 27 mars :

g! Mon Cousin. Desireu de vivre en paix avec mes Voisins et pre- :f venir touttes occasion de trouble avec eulx , et miesme avec Vous et sf les Estatz de Liège, anciens Amis de ceste Coronne, aieant scèn oe if qui estoit advenu à Huy et se preparoit contre eeulx qui sont dedens, sr je vous avoy offert par mes lettres de XIJ de ce mois.... de faire

Les forces Liégeoises, se montant à environ huit mille hommes , s en vinrent investir la Ville Hérétique.

Les Hutois se défendirent avec énergie. Ils contraignirent les assaillants à faire retraite.

Le vendredi 10 mars, les Liégeois reprirent le siège avec sept mille Espagnols. Le lendemain, un pétard ayant fait sauter une porte, ils pénétrèrent dans la Ville. Ils massacrèrent tout, hommes, femmes, enfants. Dans une seule rue, ils tuèrent cent quatre-vingts personnes. Ils firent des prisonniers, et les rançonnèrent i.

sf Toffice envers Messeigneurs les Estatz des Provinces-Unies des if Pais-Bas. De quoy ilz m'ont prié de vostre part , en me baillant voz sf Lettres.... Prevoyeant les inconvenyens que indubitablement vou8 ^ adviendroient sy vous procediés en ce fait par la voie des armes ,

* spécialement sy vous vous aidiês ou fortifyés de celles des Espa- ^ gnotdes, corne le bruyt couroit que vous voliés faire, d'autant ^ qu'estans mes Ennemis, je ne porois faire de moins que de m'y if opposer , et tenir pour telz Ceulx qui les metteroient en besongne ïf contre mes Amis : ce qui ne pourroit s'exécuter qu'à vostre domage . ^ et des Liegois, desquelz j'ay tousjours affectioné le bien et repos....

* Partant, sy vous desirez empescher vostre dit Pais d'estre la proye ^ des ung et des autres , et vous ihaintenir en bonne paix et amitié ^ avec moy et mon Royaume , faictes retirer lesdis Espangnoulz , lever p le siège , et cesser teles voie de fait. En ce cas , vous m^ trouverez ^ aussi désireux de vivre en paix et amitié avecq vous , que nul autre

* de vous Voisins.... it [Registres de la Noble Cité de Liège ^ 1595, fol. 249.]

* La pauvre Ville de Huy , étant tenue pour Hérétique , fut livrée, sans nulle pitié, au carnage et à la dévastation. ^ Alors ce sac fait, if ce fut à s'espandre et à s'estendre par la Ville , y prendre quartier , a entrer dans les maisons, y faire à toute violence leurs mains, et tf prisonniers les Bourgeois qu'ils y trouvèrent, les constraignans de 0! leur payer des grosses et immenses rançons, n'esparnans ny Femmes ,

Lès Espagnols attaquèrent le Château avec vigueur. Une batterie de dix-huit canons, placée sur une hauteur voisine , le battit en broche. Le premier jour, elle lança mille soixante quinze boulets contre les murs. Le 20 mars, vers midi, Haraugier se trouva sans poudre. Il offrit alors de remettre le Château, à condition quil pût librement retourner en Hollande, avec armes et bagages, saris être inquiété. On accéda à ses demandes i.

Après lorgie sanglante des soldats, survint lorgie non moins sanglante des Juges 2.

if ny Filles, ny Enfans, et exerceans en tous endroits toutes sortes 5^ d'outrages et de cruautez , vendans leurs meubles , jusques aux fers ^ et plombs des verrières , qu'ils desclouerent, tellement que la Ville sf fut entièrement demeublee , ne restant plus que les parois des mai- ^ sons, où ils brusloient les formes de lict, les châlits , les armaires, s? buffets, tables et semblables choses qu^ils ne pou voient vendre, ou ^ qu'à raison de leur vileté on ne vouloit achetter pour en fairç du a feu... a [Melart, ihid,, p. 498.]

^ Foelix deditio, remarque Chapeauville.

En effet, si Haraugier avait pu tenir encore quelques jours, il eut été secouru par le Prince Maurice de Nassau, qui accourait avec sept cents cavaliers et deux mille fantassins, et par un capitaine de Henri IV, Roi de France, qui s*avançait avec mille cavaliers. Ces troupes n& purent arriver à temps, à cause de la neige et des pluies, pour dégager Huy. [ Chapeauville , ihid, , p. 595. ]

* Les États Généraux des Provinces -Unies firent quelques tentatives pour empêcher le massacre des prisonniers. Us écrivaient aux Trois États , le 29 mars :

^ Monseigneur et Messieurs. Il y a quelcque temps, come Vostre a Alteze et Seigneuries scèvent, que par aucunnes Gens de guerre de î? ce Pais at esté saisi la Ville et Chesteau de Huy, Par où nous estiff mons que Vostre Alteze et Seigneuries auront esté touchées de gf quelcque diffidence , comme sy cela fuisse fait pour rompre la Neit-

Cent-deux Hutois furent appréhendés, comme suspects d'Hérésie, par les Echevins de la Cité: la plupart furent pendus ou décapités i. L un

^ traîné du Pais de Liège. Mais il en at esté faict unne déclaration ^ toutte vraie au contraire par Messieurs les Estatz Generalz... : ^ assavoir, que la prinse de la Ville et Chasteau de Huy n*a esté faitte, ^ par lesdits Gens de guerre , pour autre fin que pour servir de passage ïf et commodité vers la France, et, de là, vers ces Pays.... Espérant sf partant que Votre Alteze et Seigneuries ne jecteront aucun malvais a oyenl ni soupçon , alendroit ce qui est passé en ce regardt, sur aucuns ^ de leurs Subjectz ny les Manans dudit lieu , ne miesme sur Ceulx qui , If pour éviter la tiranie Ëspangnoule, se sont sauvez sur le Chesteau ^ et y sont détenus prisonniers, d*autant qu*il nous seroit mal au cœur if d'entendre que, par ceste priese, quelcun encoureroit aucunne ^ peine.... ^ [Begistres de la Noble Cité de Liège, 1595, fol. 247.]

' Trente-trois Hutois , grâce à des recommandations , parvinrent à échapper au soupçon de complicité , quoique ayant été ^ presens à la ^ resolution du Conseil de recepvoir TËnnemis, et à la porte à parle- ^ menter après à introduire, a Les noms des cent-deux Suspects fV Hérésie, relevés sur les registres des Echevins de Liège, se trouvent, rangés alphabétiquement, dans divers Pâwelhârs, Voici quelques citations :

if Arnould de Pont, potstenier , Suspect d'Heresie.

sf Amoul de Beauretcart, jadit gendre du Cearier, at Livres Hereîf ticques, et Suspect d'Heresie.

^ Le fils André De Pont, marit à la fille Arnould Art, famé d'avoir a esté à la Presche à Huy.

^ Arnould de €^-Vittu, famé d'Heresie.

if Alexandre de PaUhe, beuvoit à la santé de noz Gens.

^ Arnould Le Saige, encoulpé d'avoir assisté à piller St-Querin et taché forcer Religieuses.

*s Berthelemy Baiivoz, Lombard, Suspect d'Heresie, at contribué A après la prinse de la Ville pour donner aux HoUandois.

^ David de Froidmont, fort Suspect d'Heresie, et qu'il a dansé sur ^ le Pont de joye.

^ Guillaume Leblan et ses deux frères, fort Suspects d'Heresie, et ^ notoirement.

^ GUchon Laveur, Couturier, Suspect de favoriser les HoUandois.

^ Gérard de Linceél, Sclaideur, Suspect d'avoir mangé chaire aux ^ Croisiers en Quaresme.

des deux Bourgmestres, Henri de Pailhe, avait opiné le premier qu'il fallait accueillir les Hollandais: il fut condamné à être démembré par quatre chevaux. Pour échapper à ce supplice, il se rétracta; et, par grâce, il eut la tête tranchée sur le Marché de Liège i.

Voulant terrifier les autres Bonnes Villes, le

< Gérard Gerlache, Suspect d'Heresie.

«« Giel de Floen, Merchier, Suspect d'Heresie.

^ GielLébeau, Suspect d'Heresie.

5S Jean Perpontj Suspect, disant : Vive noz Gens!

if Jean Denys, Aveugle, Suspect d'Heresie.

^ Jean Lonneux, capitaine de Fauxbourg, fort Suspect d'avoir mal ^ versé de sa charge.

^ Jean Goret f Vigneron, mangé chaire, et prins armes avec ^ Hûllandois.

:* Laurent de Chesne j Sernrier , fort Suspect d'Heresie, se mocque If de la Messe , crie Vive nos Gens !

^ Piere de Vaulx, Capitaine, très fort Suspect d'Heresie, crie Virr If nos Gens! et grandissimement favorisé Tennemi.

:f Albert de Hasque, Eschevin, présent à la resolution de recepvoir fi rennemis.

fi Servais de Hoyoul, présent au Conseil.

fi Michel d^Oidtremont y présent à la resolution.

fi Arnoul de Houltain, come fort Suspect d'Heresie.

fi CoUar Fiwez, Suspect d'Heresie.

fi Nicolas Kinety Maistre des Pauvres; Olivier Micha; Lebeau, fi Orphevre; Léblan, Orphevre; Piere Preudhomme; Pirard deMean, fi Johan Pasquot, Henri Tichon, Johan Delimisse,... Suspects d'Heresie, fi mangé chaire, conversé HoUandois

fi Nota. Ici ne sont comprins plussienrs Ëstrangers non Bourgeoix fi ou Résidens à Huy, qui se reservent à déclarer au horsport de Tenfi queste générale.... Item, Les siex Capitaines des Bourgeoix ont fi failli à leur debvoir au jour de la reddition de la Ville.... fi

* fi Henry Paye, Grand GreflBr et Burgemestre de Huy, grand fi HereHcque , lequel a heu la teste tranchée sur ung eschauifau devant fi Nouvi8;et crenant d'estre cartelé, se confessa, fi [Chroniques de Liège,]

Prince supprima les Franchises et les Privilèges de Btuy i. Il le fit régir par des Bourgmestres de son choix. Il remplaça les Echevins par des Juges amovibles. Il pourvut à tous les Offices éligibles. Il disposa impudemment des revenus communaux 2.

Ce régime arbitraire fut maintenu durant six mois.

* Voici an extrait du mandement illégal que le Prince publia le 12 juillet 1595 :

• ^ Ernest, par la grâce de Dieu, etc., scavoir faisons. Que comme ^ BUT les prinses de ceate nostre VUÎe et Chasteau de Huy, desordre, ^ abus, excès, delicts et inconyeniens en dépendant, ayant encbargé ^ noz chers et feaulx les Escheyins de nostre Haulte Justice de Liège ^ pour en prendre information, tant particulier que gênerai, nous a ayent faict Rapport de leur Ordonnance ou Âdvis declaratoire de la ^ notoirieté des crimes et excès de rébellion commis par les Corps et ^ Greneralité de ceste nostre ditte Bonne Ville de Huy , et que, par ce , n et aultres causes, plus amplement de leur part référées : Comme ^ Prince, et comme ayant recouvert icelle ditte Ville et Chasteau par ^ armes, porions poryeoir de bon Gouyernement et Officiers nouveaux; 0' faire Ordonnances, tant pour la conseryation de T Ancienne Religion $

* que de Gueit et Gardes, du Règlement de la Justice, etc. ^ [Dans XeFâwélhâr,^

* Un mandement, du 12 juillet 1595, avait ordonné que Texécution de ces scandaleuses violences se ferait sans sursis. En voici quelque^ extraits :

^ Ernest y par la grâce de Dieu, etc. (Il défère à trois personnes les If fonctions de Commissaires) pour se trouver en nostre Ville de Hup , et ^ illecque, avec l'avis du Seigneur Jan de Groesbecq, Gouverneur d'icelle

# nostre ditte Ville, y establir nouvelle Police , Règlement et Conduitte ^ d'icelle nostre Ville, avec puissance de, en nostre nom, faire et créer if deux Burghemaistres : — item, sept Sschevins, lesquels, jusques à ^ auHre nosti'e Ordonnance , seront annalles , ou , à nostre bon plaisir , ^ amovibles, pour exercer et administrer Justice ; — item , faire , créer if et deputter tel nombre de Sergeants ou Serviteurs de la Ville et ^ Justice, comme treuveront convenir; — item, faite et constituer

Le Prince, enfin, restitua aux Hutois leur libre gouvernement i.

^ Becepveurs et CoUecteura de touttes sortes de gabelles , reTenues et ^ entrées qu^ils treuverout à nous partenir et estre escheus ou à ^ escheoir.... avec puisscmce de oester ou destituer Ceulx qui ja auroyent ^ esté estably , et y mettre aultres. se ils trouvoyent ainsi convenir ou ^ estre expédient.... ^ [Ihid,]

* Pour recouvrer leur libre Gouvernement, les Hutois eurent ^ payer au Prince, pour qui tout était possible, une somme considérable. ^ Ont esté tous Bourgois mis à grand ranson , pour ravoir leurs Pri-

< vileges. ^ [ Chroniques de Liège, ]

Le 24 décembre 1595, le Prince délivra à la Bonne Ville un mandement dont voici quelques lignes :

^ Ernest, par la grâce de Dieu, etc. Scavoir faisons à tous auxquels ^ ces présentes parviendront, que aieant, en conformité des déclarait tions pieca faittes contre nos Subjeds et la Communauté de nostre ^ Bonne VUîe de Huy., et, en exécution d'icelle, prins à nous les ^ Gabelles, Biens, Prouiits et Emoluments, Droits, Prérogatives et ^ Privilèges d'icelle ditte nostre Ville de Huy, Corps, Communauté et

< Université dlcelle : estant requis et supplié par les modernes Officiers ^ et Surceans de nostre ditte Bonne Ville , de vouloir uzer envers eux ^ de quelque clémence et miséricorde , par prières et intercessions de' ^ plusieurs leurs Bons Amis et Bien Vueillants , esmuz , et préférant ^ nostre bienveillance à la rigueur , de laquelle eussions et pouldrions ^'envers eux user, de grâce spéciale leurs avons accordé et rendu. ^ comme par cette leurs rendons et accordons , leurs Privilèges telz et s? en tele sorte et par condition , comme sVnsuit :

^ I. Rendons et permettons à nostre ditte Bonne Ville de Huy, ses ^ Bourghemaistres et Officiers du Conseil, telz que seront cy après ^ désignez de par eux et leurs comis....

^ V. Qu'ils auront onze Compagnies , Confrairies ou Collèges des ^ Mestiers, come ont eu du temps passé....

it VI. Touchant les Bourghemaistres de la Ville et leur Election : s? Accordons et permettons ausdits noz Bourgois de Huy, qu'ils puissent ifi chasque année eslir et choisir , comme de coustume , -deux Bonrghe- ^ maistres et ung Rentier : voir qu'ils seront tenus choisir Personnes ^ honestes , prudentes , et de la religion Catholicque et Romaine....

^ IX. Tous lesquelz Officiers seront annalles, sans pouvoir ou ^ debvoir être continué....

^ XVI. En oultre, accordons que personne ne paisse juger sur

Le culte Catholique ne rencontrait plus aucune contradiction dans la Bonne Ville, dépeuplée, appauvrie, humble à jamais.

Le triomphe de lorthodoxie y était assuré i.

îî riioiiiieur des Bourgois de nostre ditte Ville de Huy , que les Esche- ^ vins d'icelle....

^ XXXU. Leur avons en outre reudu , comme par ceste leur ren- ^ dons , le droit et pouvoir , privilège et autliorité de, chasque au , ^ choisir et eslir deux personnes pour exercer et desservir les estais fi et offices des Vingt-Deux,.., s? [Ihid.]

* Trois siècles ont passé sur Iluy , sans qu'il ait pu recouvrer son ancienne splendeur. Sa population est restée telle que Tavait façonnée le Prince , tremblante devant un prêtre ou un fonctionnaire , et sans goût pour les lettres et les sciences. En 1789, on trouvait dans cette pauvre Bonne Ville, I Collégiale, 14 Paroisses, 1 Abbaye, 17 Couvents, etc.

Le Pays. — Les Bonnes Villes refusent d'être gardées par les soldats du Prince. — Les Protestants Lozains persécutés. — HasseU et Maeseyck dépeuplés par Texpulsion de leurs Bourgeois. — Les procès de sorcellerie. — Ascendant politique du Prince. — Il soumet YEtat Noble au régime représentatif. — Esprit de liberté qui se manifeste dans la Cité. — Bègîement de 1603. — Réforme électorale. — La démocratie restaurée. — Desseins hostiles du Prince.

Pour maintenir la foi Catholique , pour expulser les Hollandais du Territoire Hutois, le Pays s'était mis tout en armes.

Le but atteint, on désira jouir d'un peu de tranquillité.

Les Bonnes Villes, ïongres et Hasselt notamment, demandèrent à être délivrées de leurs onéreuses garnisons. Elles insistèrent vainement. Au. dire du Prince, elles étaient mieux défendues par une poignée de ses soldats mercenaires, que par leurs Bourgeois i.

* Cet incident est ainsi résumé dans le procès-verbal de la séance des Députés des Etats :

if En rassemblée des Seigneurs Députez de Son Alteze Serenissime :s et de ses Estatz, tenue en mardi vingtemejour de mois dejung 1595,

if Là miesme, bout diverses Propositions et deplentes faictes tou-

Bans le Comté de Looz» on continuait avec courage à revendiquer la libertér de culte. On espérait toujours que les Trois États se conformeraient, enfin ^ aux Constitutions Impériales.

Le bruit courut qu'ils l'avaient fait i.

Croyant qu'ils pouvaient user de leurs droits, à Hasselt, à Maeseyck, ainsi que dans les environs, les Calvinistes et les Anabaptistes rouvrirent des prêches 2.

Le Prince leur intima Tordre d'abjurer, ou de s expatrier, dans les trois jours, sous peine de mort.

Les uns obéirent; les autres préférèrent lexil. (Octobre 1593 3.)

fi chant les Bnrgemestres de Timgxe, Hcusselt fdi aulti^es ViUes de ^ cestuy Pais , tendantes à fin de les deschargier des Gens de guerre js qui sont en garnison en leurs ViUes. At esté ordonné rescripre aux s? Burgemestres et Conseil desdites Villes, pour scayoir et entendre ^ d'eulx quele asseurance qullz voroient donner pour la bonne garde ^ et conservation de leurs Villes , pour , après ce , et s^il est trouvé a convenable, remercyer les Gens de guerre qui sont ensdictes Villes, a et les dischargier desdictes garnisons. ^ [Begistres de la Noble Cité de Liège, 1595, fol. 170'.]

* Au vrai, le bruit courut que le Prince n'était plus hostile à la liberté de conscience. Bepositis apud Praesidem querelis, de nonnvMis sibi libertatem consdentiae concessam jactantîbus. [Chapeauville, Chronicon Leodiense, dans les Gesta Pantificum Leodiensium, t m, p. 579.]

^ Sub octobris mensis exitum, muUi Haasdeti et Maseckcte dekguntur CaJ/vinisUie et Anàbaptisiae. [Chapeauville, ibid., p. 681. ] Les Chroniques de Liège ont là-dessus des détails.

' Quibus tempus praefixtim fuit f quo coram Inquisitoribits professionem fidei faciant , Haereses abjurent, aut Patria excédant. Profem ftêêre quidam, aiii recessêre. [ Id. , ibid. ]

Ceux-ci étaient les enthousiastes, proclamant la liberté des croyances.

Les Inquisiteurs scrutèrent ensuite habilement les consciences. Ils découvrirent bon nombre de marchands et d'ouvriers de manufactures, qui étaient infectés d'Hérésie. Ils en bannirent à perpétuité trente-six de Maeseyck, et plus de soixante-dix de Hasselt. (IÇ août 1596.)

L expulsion de ces braves gens ruina, à jamais, la prospérité industrielle et commerciale du Comté de Looz 1.

Le Prmce, pour entretenir les superstitions et les préjugés, fit emploi d'une honteuse tactique. Il organisa et multiplia les procès de sorcellerie. Il fit poursuivre les Iléformés, non plus comme Hérétiques , mais comme sorcier Sy et , ainsi, comme coupables d'aflfreux et sinistres méfaits, perpétrés mystérieusement dans la nuit 2.

* fi Le saixieme d aoust, uoBtre Evesque Ëruest bannit hors de la fi Ville de Maseyck trengtesiex Hereticques. fi [ Chroniques de Liège.] — Becimo sexto Augusti, Ernestus ex Oppido suo Masccka sex ci triginta; ex Hasseleto, non pauciores de Uaeresi suspectos proscrihii [ Chapeauville , tbid. , p. 600. ]

Les Bonnes Villes Lozaines , jusques-là industrieuses et opulentes, ne purent résister à ces terribles désastres. On les vit, dès lors, se dépeupler rapidement, déchoir, et devenir uniquement agricoles.

Aujourd'hui encore, ce sont de petites bourgades, sans importanas bans lettres, sans initiative, mais, en retour, bien bigotes.

* Pour se soustraire aux persécutions, les Sectaires tenaient Icui*b réunions la nuit, soit dans une masure abandonnée, soit au milieu d'un bois touffu. Le Clergé Catholique qualifiait ces réunions de Sahats Diaboliques.

Le pieux Bouille trouve le moyen de ne faire nulle mention det

L'un de ces procès préoccupa, pendant deux années, Timagination des ignorants. Ce fut celui d'un moine de TAbbaye de Staveiot. Il se nommait Jean Delvaux i. Là torture lui fit avouer, au milieu des larmes et des imprécations, qu'il était réellement sorcier; qu'il se servait de maléfices ; qu'il avait pour protecteur secret un démon de première classe, le fameux Belzébuth; que celui-ci le transportait à des assemblées nocturnes de démons, de sorciers et de sorcières; qu'après d'inénarrables orgies de boire et de manger, les démons se changeaient en jeunes hommes ou en jeunes filles; qu'à la première lueur du jour, chacun se retrouvait subitement chez soi. Grâce à ses pieux antécédents, ce prétendu malfaiteur ne fut condamné qu'à une prison perpétuelle 2.

procès de sorcellerie, a Cette matière odieuse, dit-il, ne uous parait s: point assez intéressante, ss [Histoire du Pays de Liège, t. ni, p. 69.] En effet, on est peiné à parler de cette matière odieuse. C^est avec la rongeur au front, qu'on voit cette dégradation des intelligences.

' Ce pauvre Delvaux avoua qu'il y avait plus de cinq cents sorciers dans les environs de Staveiot ; et il en cita deux cents par leurs noms et prénoms. Aecusdbat enim supra quingentos nuileficiorum socios,,,. Reciiatis prope ducentis n&mine et cognomine sortilegis. [Cliapeauvaie,t6îd.,p.594,596.]

* Ad quae loca ad fiocturnos conventus per daemonum suum transliUus fuisset... Recitavit Behehtib primae classis Daemonem.*^, Ad amplejcus promiscuos tam cum Daernonibus, qui se ad formam viri atit tnulieris ejchibent , etc. [Chapeauville, itirf., p. 597.]

Chapeauville et nombre de Prélats étaient présents lors des aveux de Delvaux, aux prises avec Tlnquisiteur ou avec le bourreau. Notre annaliste relève dévotement toutes les billevesées, toutes les sottises, que l'émui ou la douleur luisait débiter au patient.

Par ses procédés arbitraires, par son intolérance , le Prince s'était aliéné tous les gens instruits. Il ne rencontrait pas encore dans le gros de la Nation, une résistance bien sérieuse. Son autorité, toutefois, s'amoindrissait de jour en jour ^

On vit alors se former deux factions. L'une se composait des partisans serviles du pouvoir; l'autre, c'était le Peuple entier, qui réclamait le maintien de toutes les libertés, et, avant tout, la liberté de conscience.

Une querelle de Nobles contre Nobles surgit également.

L'Etat Noble avait encore son ancienne organisation. Il comprenait les Gentilshommes et tous les Feudataires, ou Possesseurs d'un Fief. Il était nombreux, et se distinguait souvent par sa fière indépendance -.

' On le rôfonda, pour l'affaiblir.

Ernest, par mandement du 15 avril 1600, dé-

' Beaucoup d'homuieb distingués quittaient uotre Pays , pour uëtre pas en butte à la persécution religieuse. — Théodore de Bry , entre auti^es, né à Liège en 1529, avait été s établir , vers 1562, & Francfort, où il monta une librairie et un vaste atelier de gravure. Dans les préfaces de ses admirables publications sur V Amérique, qui parurent à partir de 1590 j il se soussigné fièrement : Natif de la Cite de Liège ^ ~ Leodiensis, Civis autem Francofurtensis , — Von Luttich, jetzt Bûrger von Franckfurt,

^ Les simples Gentilshommes de TEtat Noble étaient en fort grand nombre. Le Prince, sans doute, craignait leur aiHuence dans la Cité , où ils pouvaient se laisser séduire par des prédicauts de la foi évaugélique.

Clara que tous les membres de TEtat no seraient plus désormais admis aux Journées, mais que ceux-là seulement y seraient convoqués, qui pourraient faire preuve de Noblesse i.

Par cette élimination, cet Etat se trouvait réduit, tout d'un coup, à cent et une personnes. De Féodal qu'il était, il devenait purement Nobiliaire 2.

' Voici ce maudemeiit :

^ Ernest f par la grâce de Dieu , etc. A tous ceux qui ces présentes p verront ou lire oiront, salut. Comme par plusieurs fois nous ait ^ esté remonstrez par TËstat de Nostre Noblesse de cestuy nostrc *s Pays et Principauté de Liège et Comté de Looz , que plusieurs sont ^ appeliez et comparent en nostre Estât de Noblesse et Chevalerie, ^ lesquels, encore qu'ils tiennent et possèdent quelques Fiefs ou if Nobles Tenements, ne sont néanmoins à ce qualifiez assez, comme ^ s*use et pratique par les Provinces de Sainct Empire : Scavoir faisons. ^ Que Nous, avec meur avis et délibération, avons ordonné, comme ^ ordonnons par ceste , que doresnavant ne soyent appeliez audit if Estât autres que ceux ci-embas par la liste suivante dénommez. ^ OrdoimonB et commandons bien expressément, à nostre Cliancelier et if Grand Maistre d'Hostel, Secrétaires et tous autres, à qui ceste ^ affaire pourra toucher , de n'appeller , ou faire appeller , autres que a ceux en la présente Liste dénommez. Bien entendu que si quelqu'un si se sentoit intéressé ou forclos, se pourrat présenter ou qualiiier :f devant TEstat susdit de la Noblesse et Chevalerie , et faire apparoir, fi sinon de tous points, du moins de la Noblesse du costé paternel. j: Car nostre plaisir est tel. Fait en nostre Palais de Liège, ce 15 ^ d*avril Tan mille six cens , sous le nom et scel secret. Ernest. ^

Ce mandement, et la liste des Feudataires qui devaient être convoqués à l'Etat Noble, ont été publiés, entre autres, dans une Information à Messieurs les Gentilshommes de VÉtat Noble; Liège, 1724,in-4o; p. 12.

Beaucoup de membres de l'Etat Noble protestèrent contre ce mande-* ment illégal. Us revendiquèrent leurs droits en vain.

' Cette transformation de l'Etat Noble a été parfaitement remarquée. ifi Cest à cette année 1600 que commence la première époque de

Le rHnce s'acquit le dévouement des membres criin tel Etat Nohle. Il leur distribua tous les emplois honorifiques.

Dans la Cité , les rixes fréquentes et meurtrières (le la place publique décelaient le malaise, le mécontentement de la population. Une petite oligarchie, forte de Tappui du Prince, dirigeait seule les affaires. Elle tenait Tégahté politique pour une vieillerie; elle disposait à son gré des revenus communs; et chaque aniiée, d'accord avec les Commissaires, elle élisait Bourgmestres des hommes qui n'avaient souci que de présents et de festins i.

Cette domination fut renversée.

sf rétablissement qu'on peut dire, ajuste titre, d'un Etat Noble, puisas qu'avant ce tems il n'y avoit autre preuve à faire, sinon de posséder ^ un Fief ou Tcnemcni Noble, sf [Information à 3Iesst€ur8 les Crcntlhhommcs de VEtat Noble, p. 4.]

Par l'expédient d'Ernest, l'Etat Noble fut profondément modifié. La plupart des membres perdirent la prérogative de siéger personnellement à l'Etat. Ce devint le droit exclusif d'un petit nombre d'entre eux, des Nobles à quartiers. Ceux-ci allaient, désormais, représenter toute la Noblesse et toute la Chevalerie.

* Oii suivait, pour les élections magistrales, le Begiment de 1424. , dit de Heinsberg, qui avait été remis en vigueur en 1507. D'après ce statut , les vingt-deux Commissaires de la Cité , dont six étaient nonmiés par le Prince, choisissaient, dans chaque Bon Métier, une personne , et c'étaient ces trente-deux personnes qui nommaient les Bourgmestres.

sr Et nul ne pouvoit estre Trentedeux , s'il ne promettoit aux Gomss missaires qu'il feroit tels, qu'ils nommoient , Bourguemaistres ; de is manière qu'on scavoit , un an devant la Sainct Jacque , qui le seront , p tant estoit grand l'abus entre ces Messieurs. Et celuy qui donnoit s? des banquets , ils ne le manquoient à l'Office. Ainsi estoit la pauvre ^ Cité gouvernée, etc. ^ [Chroniques de Liège.]

Le 31 décembre 1602 , il avait oto établi , sans l'assentiment des Bons Métiers, une taxe sur le vin et sur la bierre. Le jour môme, il y avait eu anxiété et trouble. Les Bourgmestres s'étaient enfuis dans le Palais. Ils furent ramenés à l'Hôtel de Ville, et forcés de se rétracter. Ils avaient publié leur décret au son d'une trompette. Ils le dépublièrent le lendemain au son de cinq trompettes i.

A la nouvelle de cet événement, le Prince raccourut de la Westphalie 2. H vit qu'une révolu-

* ^ .... Les Bourgois voiant leur graud otrecuidance , furent plu- ^ sieurs Bons Mestiers ensemble, lesquels sont venus au Palaix, et :* sont entrés en la chambre du Privé Conseil pour chercher les t* Burghemaktres, telement que les Seigneurs du Privé Conseil cui- * derent estre perdus, entre lesquels le Grand Mayeur de Liège disoit : s* Siçneurs Bourgois, respectez 7twn authorite.,,. Nonobstant, les ^ Bourgois saisirent les deux Burghemaistres , et les ont conduit sur 0 la Maison de la Ville , et ont voUu que les Burghemaistres fissent ^ que ce qui avoit esté publié le jour devant, fut depublié. Ce oyant, ^ les Burghemaistres ont mandé les Trompettes de la Cité , où ont en ^ présence des Bourgois faict discrier ce qu'ils avoient le jour devant st faict crier honteusement.... ^ — ^ Et ils y prirent lesdits Bourgue- ^ maistres, et les amenèrent par force, non sans indignité, sur la ^ Maison de Ville, où ils les contraignirent de despublier avec cinq 3* Trompettes, ce qu'ils avaient fait publier avec une, s? [ Chroniques de Liège,']

Chapeauville [ibid., p. 659] est silencieux sur tout cela.

' Le Prince donne lui-même une idée de la gravité de cet événement, lorsqu'il raconte que ef nonobstant nostre indisposition, et încommos? dite du temps d'hyver, et postposant toutes aultres affaires et sf difficultez , avons bien vouUu nous mettre en chemin et trouver en ^ ceste nostre Cité; où, arrivé, et voyant tant de dissentions nuUeif ment convenables, et très dangereuses, au temps présent, et telles, ^ que si Dieu n'y mettoit la main et ne nous assistoit de bon conseil s? pour y pourveoir, n'estoit à attendre aultre, sinon une calamiteusc

tion était imminente. Pour Técarter, il jugea urgent d'acquiescer à tout ce que demandait la Bourgeoisie i.

Les comptes de la Cité, depuis Tan 1581, ftirent soumis à une vérification. Les receveurs furent convaincus d'abus et de malversations. Ils furent contraints de rembourser tout ce qu'ils avaient extorqué 2.

A quelques jours de là, le 21 février 1603, le Prince se hâta d'approuver une résolution du Magistrat^ qui rendait plus aisée Tadmission daqs les Bons Métiers.

Aux termes du nouveau Statut, tous les Bourgeois majeurs, résidant dans la Gitéj Franchise et Banlieue^, étaient, de droit, membres, des Bons

^ ruine de nostrc Cité, voir de Fenthier Estât.... ^ [Dans le PâfreU hâr ; dans le Recueil des Édits du Pays de Liège, 1. 1, p. 59.]

' ^ A son arrivée, les Grands luy firent scavoir, k leur advantage, it le tout, pensant brouiller les cartes; mais les Bourgois, de leur sf costé, mandèrent la vérité et les causes des esmotions.... ^ [Chr(h niques de Liège. ]

' Le remboursement ne fut pas effectué , à en croire Bouille , par la raison que «? les ordonsances de cette nature , qui regardent le Bien 3f Public, sont étouffées au berceau, et qu'il n'y a que les charges et ^ les impositions du Peuple qui demeurent. Il en fut de même de gf celle-ci, qui s'en alla en fumée, gf [Histoire du Pays de Liège y

' Par ces trois mots, CUé^ Franchise et Banlieue, on désignait toat le territoire communal de Liège. Chacun de ces mots, on Ta dit déjà , avait sa signification propre. La Cité, c'était tout ce que les murs enserraient; par Franchise, on entendait letendue du ressort judiciaire du Tribunal des Eche vins ; la Banlieue embrassait les alentours qui étaient sous la juridiction de la Cité, c'est-à-dire quarante Communautés.

Ainsi, par le Bèglement de 1603, les habitants de la Banlieue

Métiers. ÏIs avaient séance et voix dans les assemblées i. Les assemblées devaient ôtro annoncées aux carrefours par cri public, et chacun était tenu de s y rendre sous peine d'amende 2.

Ces concessionB furent trouvées insuffisantes.

Il fut question de modifier le régime électoral qui était en vigueur depuis 1507, et de le conformer aux habitudes d'autrefois. Le Prince et la coterie dominante eurent des peurs. Malgré leurs efforts, la révision se fit dans un sens très large.

recouYrèrept à Iviège les droits de Bourgeoisie, de Suffrage, etc., à régal de ceux qui résidaient dans les murs mêmes. On remettait pleinement en vigueur une disposition de la Lettre de Saint Jacques, de Tan 1343. [Voir 1. 1, p. 432. ]

^ sf Premiereipent. Que tous Bourgeois, Chefz, ou Pères de Famille, if soyent-ilz de la Cité, Franchiese et Banîieu d'iceWa ^ de quelle quagf lité, condition, prééminence ilz puissent estre, seront tenus, endedans ^ huict jours après la publication de ceste, choisir ung Mestier, pour a* le hanter; et que icieulx qui font ou exercent ung mestier pour s* mestier manuel, ne pourront choisir ny hanter que celluy qu'ilz ss exercent actuellement.... st [Pans le Pmoelhâr; dans le IfecuHl des £dits du Pays de Liège, 1. 1, p. 60. ]

Nos citations sont empruntées aux imprimés du temps.

' s? Ordonnons que doresnavant les assemblées desdits Mestiers pour stf délibérer et resouldre.... se feront par convocation et semonce de noz î:s Bourgeois, tant en nostre Cité que Franchiese, par les Serviteurs ^ ou Varlets Serimentez de chascun Mestier, comme aussi par cris ai publicques, sons de trompette ou tambour, aux principaulx Carre - If tours de la Cité.... p [ J2^.]

Dans les assemblées délibératives , chacun faisait sieulte; c'est-à-dire, chacun , à son tour, et de la place où il était assis, donnait son opinion à haute voix , ^ sains clameur, cris ou desordre. ^ — Pour les élections , lancien mode de la croie était conservé : c est-u-dire, chacun , aussi par rang d'âge, venait tracer une ligne de craie sous le nom du candidat qu'il préférait.

Le Règlement dit de 1603, fut publié le lundi 14 avril i.

Il réformait avec précaution.

Tous les Bourgeois sont électeurs, et directement éligibles aux oflâces de la Cité 2.

La création des Bourgmestres et des Jurés leur est ainsi rendue :

Chaque année, le jour de la S^Jacques (25 juillet), les Trente-Deux Bons Métiers s'assemblent, chacun dans sa chambre respective. Dans chaque chambre , le sort indique trois Bourgeois. Ceuxci désignent trois autres Bourgeois, qui sont immédiatement soumis à un scrutin de ballottage : lun devient Trente-Deux, et les deux autres. Jurés. Le Trente-Deux de chaque Bon Métier est conduit à THôtel de Ville. Les Trente-Deux y sont réunis, et ils sont enfermés dans une salle. Là, ils rédigent une liste de candidats à la magistrature, et la font parvenir aux vingt-deux Commissaires , qui siègent dans une salle voisine ; ceux-ci biffent les noms des candidats qui ne réunissent point les conditions d'aptitude voulues: d'être né et nationné ^, d'honnête famille, de

* liC Jîèglement fut imprimé en placard et in-4®, en cette année 1603.

' gt Quant à l'élection des Officiers de chascun Mestier, comme sf Conseillers, Vingt-Deux, Gouverneurs, Bewars et aultres semblables. ^ laissons icelles libres ausdicts Mestiers au vieu pied, pourveu qae n touttes brigues, beuveries, dons et promesses cessent, et sains aucun if haulbert. s? [Ihîd.l

' Etre né et nationné, c'était avoir une double origine Liégeoise : c'est-à-dire, il fallait être né dans le Pays de Liège, d'un père qui y

bonne renommée, marié ou veuf, et, surtout, non suspect (ïHérésie ^ Sur cette liste, ainsi épurée, les Trente-Deux choisissent, à la majorité des voix , les deux Bourgmestres 2. On n est rééligible à cet office, qu'après un intervalle de quatre ans ^.

Désormais, sur toutes les affaires mises en

était également né. Voir les explications de Ijouvrex, en son Recueil des Edits du Pays de Liège, 1. 1 , p. 23, 27 , etc.

Cette exigence avait un motif louable. On voulait que le candidat eût les mœurs de la Cité , et qu'il en connût les traditions politiques.

' ^ Auquel estât et office seront capables Nobles, et tous noz Honno- ^ râbles Bourgois, nez et nationnez de nostre Pays de Liège; de s# legittime mariage; scavoir, de père, mère, grand -père et grandefi raere (et seront exclus Ceulx qui auront espouzé une bastarde ^ illégitime); mariez ou veufz; de bon nom, falme et renommée, et de s* Religion Catholicque. Bien entendu , que Cieulx qui par Statut , ^ Ordonnance et Usance praticque sont exclus, n'y seront esleuz, sauve «s le droit d'ung cliascun. a [/Z/w7. ]

Toutes ces conditions avaient pour but de régler, d atténuer la démocratie. Elles réduisaient singulièrement le nombre des Bourgeois aptes à loffice de Bourgmestre.

' :f Hors desquelz (noms) lesdits Trente Deux choisiront , à 5/et/7/e ^ et croye, scelon Tancienne manniere, deux Burghemaistres, dont sr Cieulx qui auront le plus de voix, joinctement aux qualitez que Il dessus, seront receus audit estât et office, sf yihid,'] .

Par le choix à sieuîte et croye, on entend ceci. Chaque Trente Deux donne d'abord son suÔrage à haute voix , pour la déclaration des candidatures. . La liste des candidats étant ainsi arrêtée , leurs noms sont écrits sur une planche ou tableau , et chaque Trente-Deux va tracer une ligne de craie sous le nom des deux candidats qu'il appelle à Fn dignité magistrale. Si le sort, les boites, ne jouent ici aucun rôle, c'est qu'on avait l'espoir de diriger les élections , comme par le Jicffiment de 1424.

' if Que les Burghemaistres ne poront derechief estre eslus audit *? estât et office, sinon après quattres Années enthieres escoulees depuis s? l'essue de Jeur Bourghemaistrize. is [/&/e?. ]

délibération à TEtat Tiers, ou au Conseil de la Cité, les Bons Métiers devront être consultés. Ils ont quinze jours pour donner leur avis. La proposition est acceptée, si, dans ce délai, aucun d'eux n'a protesté 1.

Ce Règlement restaurait, en beaucoup de points, les vieux usages. Il rétablissait le gouvernement de la Cité par la Cité. C'était un renouvellement de la vie démocratique.

La tranquillité revint 2.

' ^ .... Chacun desdits Mestiers , dorsenavant , aurai à se resouldre sur semblables aliaires endeans hulot ou quinze jours, au plus tard, ^ après que la Proposition leur aurat esté communioquee par nosdits a Burgliemaistres, à peine que ceulx ou celluy des Mestiers qui, ^ endeans ludit terme, n*aurat donné sa resolution, serat réputé corne ^ consentant à icelle Proposition; au surplus, Ton se reglerat selon if TAnchienne Coustume. is \Ih'id,'\

Dans les affaires, le Peuple de la Cité, comme les Peuples des Bonnes Villes, n^abandonnait jamais à ses Députés le pouvoir àe conclure h. l'Etat Tiers. La souveraineté du Peuple est ici formellement reconnue, et maintenue selon VAnchienne Coustume.

* Pour assurer Tordre et la sécurité le jour des élections magistrales, jour où la Cité allait être, désormais, envahie par les nombreux électeurs de la Banlieue, on prit, entre autres précautions, celles-ci ;

s? L^on faict assavoir de la part de Son Altesse Sercnissime de Liège, ^ et de Messeigneurs les Burguetnaistres , Jures et Conseil de cestt fif Cité de Liège. Que afin que bon ordre et poUice soit donnée à ;^ VElection qui se deverat faire des Magistrats et Ofiiciers de ceste gf CM le vingte-cincquieme jour du présent mois de Julette, jour do U ff Saint Jacque , les portes de ceste Cité s ouvreront à trois heures du gt matin (ausquelles y aurat bonne garde), et seront ouvertes jusqaes s* à cincq heures et demy, pour y entrer ceulx de UanUeu. Lesquels, s? touttefois , n'apporteront avec eulx et ne marcheront parmy la Cité -BT avecq harqueboiise , demie picques , forchcs et telles et semblables ^ armes défendues, ains laisseront tels dites armes à la porte, sur s? paine de trois florins d'or d'amende. Les cincq heures et deniy

Le Prince , ayant de retourner en Westphalie , convoqua les Etatg. Il en ouvrit la Journée le dimanche 4 mai (1603).

Comme il le fais?kit d'ordinaire , il demanda un subside i. Après de longs débats, on résolut de prélever un aommtième sur la valeur do toutes les marchandises importées 2; à frapper dune

^ fMmees, les portes seront fermées, à ce que chascun puist aller sur ^ son Mestier. Et comme il y aurat unne cloche à S^ Lambert qui if comencerat à soner à cincq heures et demy et finerat à six , chascun ^ se deyerat trouver sur spq dit Mestier au son de ladite cloche, et ^ ayant que icelluy sou soit fine, autrement perderat sa yoix. ^

^ Personne, de quelle qualité il soit, ne serat si ozeit, ledit jour de ^ la S^ Jacque future, de mettre mains en arm^s, comme à espee, * dague et choses semblal^les, tirer icelles, si;r paine quant à Tinya- ^ seur de dix florins d'or d'aipende, à repartir selon les reformations.

if Nulluy, de quelle qualité il soit, se présume, en secret où eu ^ publicque, estant assemblé sur son Mestier ou aiUieurs, de dire ou If proférer propos séditieux tendant à tumulte.... Que personne ne soit *: si ozeit, estant sur soq |d!estier, d'injurier ni dimentif ses Compaiif gnons.... j? [Dans le Pâwelhâr, ]

* Le Prince, comme nombre d'autres Princes nécessiteux , ses contemporains, s'adonnait à V Alchimie, et gaspillait une bonne partie de ses r^yenus & la repherohe de la fameuse pierre philosophale. Très accessoirement , on lui reprochait aussi de se soûler et d'aimer trop les femmes. ^ Ledict Ernest estoit fort adonné & la luxure; p^r quoy il ^ ayoit plusieurs bastards, tant fils que filles, sf [Chroniques de Loge.]

* Vers 1580, pour remettre uu p^u d'ordre dans les finances de la Cité, le Magistrat recourut à uue contribution indirecte : il établit le soixantième.

Le 26 noyembre 1594, les Bons Métiers prièrent les Etats d'étendre cet impôt à tout le Pays ^ par cette résolution :

tf Consentent et encordent ;

if \^ h continuation de la leyee des drois de sortie qu'on appelle le ifi Soixantième^ et ce pour l'espace de trois ans. Apres 1^ reyolution ^ du temps piecha accordé, yoir-encour autres trois ans, sy aux Villes

contribution les foyers; et à maintenir l'impôt sur le vin et sur la bierre. L'État Tiers am^ait préféré imposer indistinctement tous les biens, terres et capitaux; mais sa motion avait été rebutée par les privilégiés i. Ensuite^ pour remédier à l'abus des absences fréquentes et pro-* longées du Prince, on offrit de lui payer, s'il consentait à résider dans le Pays, quatre mille florins par mois 2. Ernest accepta. Aussitôt

^ Voisinnes semblable l\^ est levé , ou ossy longtemps qu^ilz continuent ront à le lever. Bequerant et priant Son Altesse et les Députes des ^ Estatz qu-iceluy soit parmy tout le Pays également levé, et &n tot^e «s riglieur exécuté, sains port, faveur ou acception des personnes,

^ 2^ A la levée d'un autre semblable Soixantiesme pour le terme ^ d'ung an , ou Centiesme pour le terme de deux ans , sur touttes mar- ^ chandieses de quelcque importance notable qui se consumera en gg ceste Cité, Villes et Pais, sauve toutefois et reservez les Vins, gf Cervoises, Draps et Houlles, desquelz Ion payet gabelle particulier if k\& Cité, avec touttes sortes de Orains, comme aussy Ton consente st un Soixantiesme de ce qui se venderat, et ne se consumerat non g^ subject aux drois d'yssue. gf [Registres de la Noble Cité de Liège, 1594, fol. 177.]

Les Trois Etats adoptèrent le soixantième. Ils continuèi*ent à le voter, de trois ans en trois ans, jusqu'en 1795.

* Quin etiam propositum de reditibus annuis, inodiis, censibus, florenis , agri^ et haercditatiàus cujusque censendis, quo pauperes et miser àbiles sublevarentur :,.. attamen verosimile potentiorum jyrocrastinatione impeditum. [ Chapeauville , ibid. , p. 633. ]

* Assigruitis quoque de publico Principi in singulos menses, quibus in Patria resideret , quatuor florenorum miïlibus, quue à novisslm suo in Patriam reditu censerentur, [Cbapeau ville, ibid., p. 633.]

Depuis longtemps déjà, on n'accordait un donatifan Prince, qu'avec la recommandation de résider dans le Pays. C'est ce que montre, entre autres, cette liesolution prinse et arrestee par Messieurs du Vénérable Chapitre le 14 mai 1506 :

^ Messeigneurs du Vénérable Chapitre de Liège , pour les raisons

il prit un nouveau congé, sous prétexte d'aller régler ses affaires d'au-delà du Rhin.

L'exagération des impôts, l'intolérance du Prince, l'espionnage violent et tracassier des Inquisiteurs , nouveautés si étranges, avaient ramené l'insécurité. Le commerce et les arts manufacturiers étaient en souffrance. La misère devint extrôme. Des bandes de voleurs butinaient partout. La Barque de Liège à Huy fut plusieui-s fois dévalisée, en plein jour, comme elle montait ou descendait la Meuse. Il fallut l'armer en guerre, et avoir à bord six mousquetiers (1606 1).

«f susdites et autres plus particulièrement débattues et discourues

«! avec les Députez des autres Ëstatz , espérant aiissy que par la pre-

^ sence de Saditte Alteze, et la préparée bonne correspondance avec

a les Princes et Pays voisins, cestuy Pays sera mieux soulagé et

^ contregardé, et estantz informez qu^icelle sera pourveue de bons

^ moyens à Tadvenir , d'aillieurs , pour se soustraire : ont trouvé bon ,

^ encor pour ceste fois , de continuer le subside de trois mils florins

^ par moys, pour un an , à prendre sur les deniers publicques (sans le

^ tirer touttefois à conséquence), à compte desquels deux moys seront

^ payez à son retour, et les autres durant sa résidence en ce Pays, et

^ sous espoir que les autres Estatz trouveront aussy convenir d^estre

^ ainsy faict.... ^ [ Dans le PâwrcZAcîr. ]

< Cet armement de la Barque, qui révèle si bien la misérable situation du Pays, est prescrit par un mandement du 7 octobre 1606.

Voici ce mandement, solidement fortifié par cette fastueuse énumération de titres :

s? Ebnest, par la grâce de Dieuj ArcJievesqtie de Coloigne, du ^ Saint-Empire Boniain pour V Italie Archichaneelier, Prince-Elcc- ^ tetM-y Evesque et Prince de Liège, Postulé de Munster, Administrateur ^ de Hildeshein, Frisingen et Stavélot, Conte Palatin du lihin, Luc if (les Deux Baviers, Wesphalen, Engeren, Bouillon, Marquis de af FrancJmnont, Conte de Looz, Loigne, etc.

^ Â tous Ceulx qui ces présentes nos lettres patentes veroiit ou lire

A la Journée du mercredi 28 mars 1607, le Prince réitéra ses instances pour obtenir de Targent. La meilleure part de ses revenus, disait-il, était absorbée par ses ambassades et par l'entretien des châteaux. Les Etats ne lui allouèrent qu'un faible subside, car ils n étaient tenus qua

^ oront, salut. Scavoir faisons. Que veuillans pourveoir à la senreté * tant des "Netz marchandes que Bissawes ordinaires, montantes de a ceste nostre Cité de Liège la rivière de Moeuse vers nostre Ville de if Huy , comme aussy dévalantes dudit Huy vers ceste nostre ditte Cité. ^ contre touttes invasions, pilleries et larcins que les voleurs, y aborif dant , pouroient conunettre : Avons , avecque ad vis et délibération ^ de Messieurs les Doyen et Chapittre de nostre Ënglieze Cathédrale a de Liège, et consentement des Bourghemestres de ceste nostre ditte ^ Cité, pour autant que touche icelle, la Franchiese et Banlieu, ordonné ^ et statué, ordonnons et statuons par ceste : Que les Maistres desdittes ^ Neefe marchandes et Bissawes ordinaires, chascun à leur tom*, ^ seront tenus , pour la seureté desdits Batteaux, Bourgeois , Passais gieres, Marchandise etDensree estante sur iceulx, avoir par chascun ^ jour , tant en montant que dévalant , convoyé de siex Musgudiers ^ bien pourveus de pouldre, balle et mèche, lesquels ilz payeront hors ^ du rehaussement cy dessoubz exprimé; deverout aussy, oultre ce, ^ avoir leurs Batteaux, d^autrcs siex musquettes avecque fournement, ^ pouldre, balle et mèche, et siex bonnes, demees picques, pour, la p nécessité arrivante, armer Ceulx qui n'auroient armes, sur paine et ^ amende dung florins de Braibant pour chascune musquette et pic- ^ quette qu^il y aurat faulte, à applicquer à Taccusateur.

^ Pour Tentretenance desdits, ilz lèveront de chascune personne ^ estant sur lesdits Batteaux : au premier roux, sept pattars de ^ Braibant, et de ceulx quy seront dens la Barque, siex pattars sem* if blables. Et seront Ceulx qui sont libres du payement de neawaige, ^ tenus payer pour le convoyé susdit deux pattars de Braibant p chascune personne; seront aussy tous Ceulx quy monteront, ou es p batteaux attachez ausdittes Neefz marchandes et Bissawes, chascun p à deux pattars de Braibant. Tous Cahoticrs ou Neaveurs se portans p devant la Neefz marchande, seront tenus d'observer les anciennes a Costumes et Usaiges touchant la recognoissance deue à la ditte Neefa p marchande.... p [hsLnsle Pûweîhâr.]

payer les légations faites en leur nom , et à entretenir, non les maisons de plaisance, mais les places fortes qui servaient à la défense du territoire. Et comme le Prince, malgré les remontrances, continuait à dépenser à letranger, ils décidèrent que le traitement de quatre mille florins par mois ne lui serait plus payé. Selon eux, il pouvait aisément vivre avec sa Mense; toutefois, ils étaient prêts à lui venir en aide, mais à la condition, bien expresse, qu'il résiderait dans la Capitale i.

Celui des États qui ménageait si bien les deniers publics, et qui veillait si soigneusement aux intérêts généraux, c'était l'Etat Tiers. En cela, ses membres ne faisaient qu'obéir aux instructions des Bourgeois de leurs Bonnes Villes.

Le Prince, qui voulait en tout les allures de la servitude, attribua l'esprit rétif de l'Etat Tiers à l'influence de ses Présidents, les Bourgmestres de la Cité.

Pour changer ces choses, il fallait modifier le système électoral récemment établi.

Malgré toutes les suggestions, le Peuple de la Cité se refusa à y porter atteinte.

* De oneribus vero ad Suant Cetsitudinem uti Principem Leodiens&nt spedantibus , variant Ordines, etc. [Chapeauville, ibid., p. 656.]

Les demandes réitérées de subsides faites par Ernest, ^ mortifioient ^ d'aujbant plus le Peuple, que le Prince alloit consumer chez les n étrangers les donatifs que nos Etats lui faisoient généreusement, et if qu'ils ne levoient pas sans de grandes difficultés, if [ Bouille , Histoire du Pays de Liège, t. UI , p. 121. ]

35() CllAriTllK XIX

Lo Prince trouva moyen d'arriver à son but, et d'éluder le péril.

Contrairement à tous les précédents politiques, il sollicita de l'Empereur l'abolition du Règlement de 1603, et la remise en vijçueur du Régiment de 1424.

Cette indigne rébellion, appuyée par la coterie aristocratique, raviva l'antagonisme.

Tout annonçait que la Cité allait être de nouveau livrée aux plus tristes dissensions, loi'sque Ernest mourut, le 17 février 1G12.

Le ruvtj. — Ferdinand de Bavière est inauguré Prince-Evêque. — Les Trois Etats. — Le» Bonnes Villes. — La Cité. — Sou existence républicaine. — Sa Bourgeoisie souveraine. — Perspectives d'avenir.

Le Pays de Liège n'était pas au bout de ses émois, de ses anxiétés.

En 1600, le Prince Ernest s était fait donner pour Coadjuteur son neveu, Ferdinand de Bavière ^

Apres la mort de son oncle, Ferdinand accourut à Liège pour soutenir sa postulation. Ses agents prodiguèrent Tor, Tintrigue et les menaces: et il fut admis pour Prince-Evéque à Tunanimité des voix. (17 mars 1612 -. )

* En cette qualité de CoadjtUeur , Ferdinand ouvrit, le 27 septembre 1602, la Journée des Etats, qui Taccueillirent avec un certain empressement. Quocirca et cxceptus fuit ah omnibus pari honore quo pcUruths. [Chapeau ville, Chrofiicon Leodiense, dans les Gesta Pond- (tcutn Leodknsitim, t. IH, p. 63L]

' Ferdinand hérita de presque toutes les dignités de son oncle, le Prince Ernotit de Bavière. 11 fut, comme lui, Prince-E vcque.de Libye, et aussi Electeur- Archevêque de Cologne, Prince-Evêque de Munster. de Jlildesheim. de Paderborn , etc.

358 CHAPITIIE XX

Le diuiaiiche 27 janvier 1613, VElu fit son entrée dans la Cité. Cette solennité eut lieu conformément au cérémonial traditionnel.

La joie était partout.

Ce qui enivrait la population, ce n était pas la venue du Prince, mais Texercice de vieux usages profondément affermis dans les faits, dans les lois, dans les mœurs i.

Le nouveau Prince-Evôque était- violent, dissolu, avide d'argent; grand et robuste, il ivrognait avec délices. Chose plus grave, il n'avait jamais montré d estime pour les institutions, les coutumes et le langage de sa future Patrie 2.

A son avènement, il trouva le Pays géré par les Trois Etats, et réglé par les Paix, surtout par la Paix de FexJie ^.

* A partir des premières années du XVU'-' siècle, il y a sur les moindres faita surabondance de matériaux. Outre les Chroniques, qui, maintenant, ont une certaine originalité, Timprimerie a publié une foule de mémoires ou pamphlets très importants.

* Rentré à Liège après avoir visité quelques Bonnes Villes, vers la fin de juillet, le Prince engagea les États à créer un Impôt stir les Vairieres, c^est-à-dire sur les feuctree. Cette Proposition fiit rejetée par les États, mais après des discussions assez violentes. [Historia Fopidi Leodiensis, p. 5.] — s? Le Prince Ferdinand vint à ^ Liège demander cinq patars sur chaque fenêtre, qui loi forent ^ refusez; ce qui causa de grands troubles. Et peu après il y eut :f quelques Bourgeoi« faits prisoniers, entre autres Hognoule et Croiset, g: qui furent suppliciez, «r [Chroniques de Liège,]

^ Chaque Prince, par son serment inaugural, se soumettait à cette Loi fondamentale de la Nation Liégeoise. C est ce que le courtisan Méan , né à Liège eu 1604 ; reconnaît explicitement : Cujus Padi de Fexhe observantiam jurant singuU Principes Leodienses. [Jus Civile Lcodknsium, t. V, p. 32*]

Les àitats n'étaient pas animée d'un esprit bien favorable auJt anciens Statuts, Cependant, bon gré mal gré, ils en respectaient les principes fondamentaux, rÉtat Primaire et l'État Noble ne pouvant rien faire sans le concours de l'Etat Tiei's. Or, les Députés de cet Etat étaient les délégués du Peuple de la Cité et des Bonnes Villes. A chaque Proposition du Prince, ils devaient en référer à leurs commettants, aux Bons Métiers, (jui étaient consultés en assemblée générale, et qui décidaient à la pluralité des suffrages ^

L'intérêt de la démocratie, de la liberté, du Pays, se trouvait ainsi sauvegardé ^.

' £u 1615 ^ le Prince se plaignait aux envoyés de l'Empereur , de ce que ^ à Fimitation de la Cité, les Députés de chasque Ville veuillent If rapporter semblablezuânt à leurs Corps et Conseil iie leur Villes et ^ Communaulta^ les Propositions du Prince, pour les y délibérer et ^ débattre avant que de donner leur voix. — De là arrive que les reso- ^ liions des Journées sont souventës fois empeschees , ou doncques 3? retardées, non seulement de pnois, mais des années entières, pour ^ grandes et notoires que les Qecessités soyent, etp. «» [Pans le Fâwelhâr.^

C'était uii usage très ai^cieu, que les Députés des ponnes Villes, ayant entendu la Projpositiop , retournassent dans leurs YUles respectives pour leur en rendre compte.

* Le Cardinal 3entivoglio, en 161Ô, remarquait que le Pays de Liège était plutôt upe République qu'une Principauté. Se ben gode PHvUegi si ampU, che quella forma di reggimento ritienne di Bepublica assaipiîi che di Prencipato. [Délia guerra di Fiandra, liv. V.J

Le Nonce Carafa, ve^s 1629, observait que la Constitution Liégeoise différait des Constitutions des contrées voisines, en ce que les formes étaient féodales et républicaines : il pn résultait que le Pays avait, tout à la fois, un Prince et une grande Liberté. Jlaec eadem Fatria LeodicnsiSjiJarùim ex Superiarum Caesarum privilegiis aique imnm*

Les Bonnes Villes se régissaient selon leurs Privilèges particuliers. Elles élisaient annuellement, leurs officiers i. Aucune d elles ne souffi^ait dans ses murs, ni garnison ni commandant militaire aux ordres du Prince 2.

La Cité donnait l'exemple. Elle dirigeait ellemême ses affaires intérieures et extérieures ^.

nitatibuSj partim ex lieipublicae forma , quam Ordines très Ckri, XobilUatiSy et Plebis constituunt, ita est suhjeda EpiscqpOy ut nec sine Principe, nec sine Ltbertate omnino esse videatur,,,. [Legatio apostolica Aloysii Carat ae^ ad Provincial infe^'ioris Germaniae ah anno 1624: usque ad annum 1634 ; Wircehurgi, 1840, p. 52.]

Eu brave compère du Prince, Carafa, on le comprend, trace uu tableau peu flatté du Peuple Liégeois. Comme il est contemporain, nous utiliserons ses remarques, là où il est, bon gré mal gré, impartial.

* Oppida et Laça in imiversiim dicti Prinoipatûs, hdbent Judices et Magistratus suos proprios et immediatos. a quihus reguntur. [Docttnicnts de 1606, dans le Pâwelhûr.]

' Il en était également ainsi dans la Cité. D'après un ancien Statut, renouvelé le 18 juin 1485, le Prince ne pouvait y avoir une garde de plus de soixante cavaliers. Episcopo designafo liberum non est UrheM intrare cum majore comitafM, quam equitum sexaginta. [Fiseu, Historia Ecclesiue Leodiensis, t. II, p. 300.]

^ Cela est ainsi dit par un Liégeois contemporain :

:* Nonobstant que le Pays de Liège relevé de l'Empyre par TEvesque, i9 la Cité de Liège jouist de tant de Privilèges, Immunités et Fran- ^ chises, qu'elle semble plustost Bepublicque qu'autrement. Tous les ^ ans, elle crée ses deux Consuls, à guise des anciens Romains, lesquels ^ sont nommés Bourguemaisires , parce qu'ils tiennent la défense du îs Peuple, et se peuvent proprement rapporter aux Tribuns du Peuple p des Romains, gf [De Glen, Des Habits ^ Mœurs, Cérémonies et Façons de faire anciennes et modernes; Liège, 1601, in-8^: voir fol. 117'.]

Voici des renseignements plus ijrécis :

Solas Poptdus, sine cou sensu Principis et siu Capiitdi. de Consulat n et aliis Officiatis disponit,,., Vermn est quod pênes dictum Cons'dhm sicc Senatum Civitntis est Jus et Potestas vondendi statuia . cdiccndi et

Tous ses Bourgeois étaient agrégos à run ou Tautre des trente-deux Bons Métiers. Ils étaient électeurs et éligibles aux Offices publics.

Deux Bourgmestres, quatre Conseillers, et soixante-quatre Jurés composaient son gouvernement. Us se renouvelaient tous les ans, le 25 juillet ^. Ce jour-là, de grand matin, les Bons Métiers s'assemblaient respectivement pour élire chacun trois Bourgeois. De ces nonante-six Bourgeois, le sort en désignait trente-deux pour être Trente Deux; les soixante -quatre autres étaient Jurés 2. Les Trente Deux étaient conduits à THôtel de Ville, où ils élisaient, à la pluralité des suffrages, les deux Bourgmestres. Les quatre Conseillers étaient nommés par quatre» des Bons Métiers, à tour de rôle '^.

publicandi plébiscita f prc^sertim quando concernnnt PopuH régime» et frandiisiam j veluti Jus digendi ConsuleSy ConsHiarios, Juratos, Gubernatores, Civesquoque et eorum creatianes et modum procedendi cùram Judidbus PoptUi, et alia Jura Pùp^Uaria, etc. [ />oe»#twY?«/ de 1615, dans le Pàwelhàr,']

* Ht duo Consules una cum quatuor Urhis Cancellariis , cl sexaginta quatuor Jnratis, constituant Magistratum , ad quem anni consequentis regimen spectat : iidemque stmt veluti Senatus Civitatis, seu quod ruîgo appeUant Conciliom Civium, [Carafae Legatio, p. 135.]

* Oirca primam lucem, triginia duae Tribus y in quas universus P<^mlu8 distribuitur , ad comitia veniunt, suasque cellas seu stationes sUas eirca Forum , seorsim singulae adeunt. Ibi urna ternos renwitiat ex unaquaque Tribu, ex quibus unùs Trigint-adiium vir, bm? aZf/ vero Jnrati appellaMur. [Id,y ibid,, p. 134.]

* Trigintaduum Viri mox ad Curiam Civitatis veniunt , et novos Civitatis Consules créant cofnmtmibus calculis, Sed necesse est, partem dimidiam excédât numerus calculorum. [Id. , ibié. , p. 135.]

^installation des Bourgmestres avait lieu avec solennité. On la

La juridiction de ce Magistrat était à la fois politique et contentieuse ^

Un comité de quatorze Jurés, sous la présidence des Bourgmestres, jugeait les crimes et délits, ainsi que les causes civiles et commerciales. On allait en appel des Maîtres et Jurés devant quatorze Trente Deux, également présidés

trouve décrite dans nu document officiel de Tépoque. Voici à quelle occasion.

En 1627, le 6 février, une vacance survint, par la mort de Tan des deux Bourgmestres. Il fallut pourvoir à son remplacement. Les Maîtres et Trente Deux furent convoqués pour le 9 février, à neuf heures du matin. Ils élurent Chiiîlaume de Blisia,,,, ^ Lequel après ^ ladit« Election estant conduit par ses amys à la Maison de la Ville 5f avec les Serviteurs de la Ci té,. Trompettes, Fifres et Tambours. ^ après les remerciements accoustumez par luy faits, print séance an fi costé droit dudit Bourghemestre Plenevaux, laquelle luy fut déférée tf par icelluy , d'aultant qu'il estoit en Estât Magistrale pour la prefi miere fois, et que le Bourghemestre Blisia avoit encor autrefois porté fi ledit Estât. Et, après ce, ayant preste le serment accoustumé, fi receu la Clef Magistrale dudit Bourghemestre Plenevaux, soncon* fi frère; de là fut conduit, avec lesdits Serviteurs de la Cité, Trompettes, fi Fifres et Tambours, à TEglise de S* Jacques, accompaigné desditâ fi Sieurs Trengtedeux, marchant entre les deux Maistres d'iceux. fi scavoir. Messieurs Jan Woet et Eustache Liverloz, jadits Bourghefi mestres, et en mesme sorte fut ramené en la Maison de Ville. Et fi après le disner (qui se tient au jour des élections des Bourghemestïes fi sur la Maison de Ville), (Hit tenu en la maiBon Mathieu Liverlos, fi Renthier de la Cité ; et iceluy finy , fut reconduit en sa maison avec fi lesdits Serviteurs, Trompettes » Fifres et Tambours, marchant avec fi ledit Bourghemestre Plenevaux, et estant suivy desdits Sieurs fi Maistres et Trengtedeux, et de plusieurs autres siens parents et r amys.... fi [Registres de la Noble Cité de Liège, 1627, fol. 92. "J

* Dans la Cité et dans les Bonnes Villes, ainsi que, dn reste, dans toutes les Villes Libres de T Allemagne, on appelait 3IagisircUwe , ou plutôt Mctgistrat, le collège des Officiers communaux* Dans quelques localités , par Texpreseion Magisircd, on entendait aenlement les Conseillers.

par les Boui'gmestres {les Maîtres et Trente Deux). On pouvait »e pourvoir en révision devant un comité composé des deux Bourgmestres, de deux Échevins, de deux Jurisconsultes et de deux Commissaires, agréés par les parties i.

Les Bourgmestres exerçaient le pouvoir exécutif. Ils avaient la garde des portes de la Cité ; il» mettaient sous les armes les Bourgeois; ils veillaient, en un mot, à la police de la République 2.

La liberté individuelle et Tinviolabilité du domicile étaient, comme autrefois, soigneusement garanties; Le Bourgeois inculpé d'un crime ou délit, ne pouvait être poursuivi quen vertu d'une sentence de La Franchise, composée des deux Bourgmestres et do quatorze Jurés, auxquels étaient adjoints les Echevins. L arrestation ne pouvait être opérée que par des agents spécialement porteurs de la Clef magistrale d*un des Bourgmestres 3.

• Teculia$*ikr cum in eatms Civium senteniiam Cwicellarii et Jvrqti tttlerint, licet ah ea provocare ad Tribunal Trigintadumn Tirum , qui Candides preaveranf, iterumgue ac tertio discu^sio UtiB denuo à JudiiHbf4S hahetuT, tjuoft iidem Trigintaduum Viri designarint. [Carafae LegatiOj p. 135.] Voir une note de Loiivrex. en sqn JRecueil des Édits du Pays de Liège ^ 1. 1, p. 118.

* Hujus ea est JurisdicttQ, ut Urbefi} et Pomoerium, hoc est Suhurhia, et Pagos finitimos undique ad mmw miUiare mofinutn, regant.,,, 4,d léoec ipsi ConsuîeSf uti moderatores Plebis imiperfoe, Cives ad arma , si nécessitas ingruatyP^o imptrio vacant; hahentque Claves Civitatis: excubias dispanunU,,. [Carsfoa Legatiû, p. ^35,]

' Nullus porro Cirium potrst eapi in a^dibus prûpriis, smi prapier

Dans la Cito et dans les Bonnes Villes, les liabitants avaient conservé les libres mœui's, les habitudes d'indépendance, le sentiment d'égalité politique, la réciprocité de bienveillance et de droiture, qui avaient distingué leurs ancêtres. Très peu avaient des propriétés; les plus riches, autrement les plus aisés, vivaient de leurs rentes ou se livraient au négoce, à la manufacture; tous les autres pratiquaient les arts et les métiers manuels i.

Le Clergé était d'une opulence excessive. 11 jouissait de revenus de toutes sortes, et d'innombrables immunités. Il possédait les deux tiers des propriétés foncières 2. i\ était loin,

aes altenum, seupropter quasvis civiles causas,,.. Dein vero ne cap guideni possunt, nisi alter Consuîum Praetori Clavem cofisularem dederit , et quasi cmicessam donmi immunitatem aperuerit,,,. [Carafiie LcgatiOj p. 135. ]

* Partout la vie était sobre, frugale même, active et réglée. Bona Civium et Incolarum dictae Patriae magna ex parte consistunt in reditibus,,., Ordo Popularis dictae Bitionis, earum praecipue qui Urhes inJwbitanty maxima ex parte constat Mercatoribus, ArtificQnts et Opificibus..., In Civitate Leodiensi Locisque et Oppidis iUim DitioniSy est ingens numerus Incolarum qui de operis suis indiem vivunt y atque décupla et supra major illis , qui reditibus suis susientantur vel questu forensi vel negotiatione,.., IJDocument de 1606, dans le Pâwelhâr, ]

' In dicta Prindpatu, Clerus passidet amplissima lona immoMia, quae consistunt inlatifundiis, damibus, aquis, sUvis, necnon reddUibus et censibU'S annuis et hereditariis,.,. In dido Principatu, Clerus passidet insignia Baminia cum Jurisdictione j mero et mixto imperio. Bicta Baminia dupla, tripla et quadrupla excedunt illa qwie possidentur per Seculares.... Massa dirf^arum bononém ex omnium bonorum pretadi Territarii tribus partibus, ronstifnaf duos partes,,,, [Bocnment de 1606 , dans le Pâwelhâr. ]

copondant, d'avoir toute la puissance résultant (l'une condition économique aussi extraordinaire. Ignorant et corrompu , il était peu fait pour avoir de Tascendant sur une population sobre, active, instruite, jalouse de ses droits, et rompue aux controverses politiques ^

En somme, la situation était assez mauvaise.

Elle pouvait être améliorée.

Il ne s'agissait que de concilier les prétentions du Prince et du Clergé Catholique, avec les vieilles lois et les institutions progressives du Pays.

* En 1565, un Gréographe a fait une appréciation de nos pères, qui peut être notée ici. Il constate que les habitants du Pays de Liège ont du génie, du courage et de Tintelligence. E terra multo popolata , et le sue genti sono ingegnose, di grande spirito, et atte a ogni cosa»,.. [Guicciardini, Deserittiofte di tutti i Paesi Ba^si; Anvers, 1567: p. 284.]

Malgré ces rares aptitudes, les Liégeois ne se distinguèrent alors ni dans les lettres ni dans les sciences, tant ils étaient harcelés et affolés par les vexations Catholiques.

t r ■! I ii;,i n , ■ ' I • ti%

La Cité. — Elle veut le maintien de ses libertés. >- Les convoitises du ' Prince. — Troubles. — Empoisonnement du Bourgmestre Beeckman. — Négociations. — Le Prince, moyennant argent, met fin à ses violences. — Jîèglement de 163 h

Le nouveau Prince débuta par un acte irréfléchi.

Quelques mois après son inauguration , le mer* credi 24 juillet 1613, à la veille des rénovations magistrales, il publia dans la Cité un mande^ ment, commina,nt des peines contre ceux qui troubleraient les élections i.

Cette mesure, peut-être, était bonne; mais il n'appartenait pas au Prince de la prendre seul.

A rheure môme, les Bourgmestres convoquèrent le Conseil. Ils se rendirent ensemble près des Echevins, et protestèrent contre le mandement

* Un article, entre tous, parut excesBif. Ce fut celui-ci: :? .... Et ^ s'il advient que quelqu'un se présume ou s'advance de troubler ledit ^ ordre, injurier, menasser ou renverser le cofl're ou pannier où sont #r les boettes, ou bien eftacer ou tracer (biffer) les marques decroye : sf iceUuy poura estre immédiatement , au rapport et plaincte de deux sf dudit Mestier , saisy et constitué en prisons; et pour ce fait, sera as non seulement privé dudit Mestier, mais eschera en un bannissement a: perpétuel, j» [ Dans le Pâwelhâr. ]

illégal; puis ils en annulèrent publiquement les dispositions qui portaient atteinte aux Privilèges des Bourgeois i.

Ferdinand ne s'attendait pas à rencontrer une opposition aussi véhémente , et il en ftit fort surpris.

Quoi , il ne pourrait pas gouverner à son bon plaisir, à la mode des Rois et des Princes voisins ?

Ce qui le préoccupa dès lors le plus, ce fut l'élection des Bourgmestres de la Cité. 11 trouva les moyens de la diriger à son profit.

Le 8 octobre 1613, il obtint de l'Empereur Mathias un rescrit qui, rendant aux Commissaires l'élection des Bourgmestres, abrogeait, en ce point, le Règlement de 1603, et faisait revivre le Régiment de 1424. En outre, et cette innovation était exorbitante, il serait désormais député trois personnes, l'une par le Prince, l'autre par le Chapitre Cathédral , et la troisième par le Conseil

• ^ Ledit jour, et tantost après la publication faicte du présent ^ Mandement, ont comparu à la greffe de nous , Mayeur et Esche vinR ^ de Liège, le sieur Grand-Mayeur de Son Altesse, accompagné du sf sieur Bourguemaistre Trappe , et du grand ' nombre et principaulx ^ du Conseil de la Cité, en présence et du consent desquelz ont esté ^ tracez hors de ledict et publication susdits les motz suivantz , en a Tarticle commençant Et s^il ad voient... En oultre, ledit jour, environ ^ les quattres heures après midy, sont comparus à la greffe susdite ^ les ambedeux Seigneurs Bourguemaistres : lesquels ont déclaré ii*en- ^ tendre advcuer Tarticle dudit edict, commençant Et s^il advient ^ etc.. : ^ selon quoy, ils veulent et entendent se conformer, et point autrement. ^ Qui fut mis en garde, n [/&m?.]

do la Cité, pour assister à toutes les opérations électorales. Elles devaient terminer, comme elles voudraient, les débats ou discordances, et admettre ou rejeter les candidatures i.

Ce diplôme avait un sens fort inquiétant. Il ne réglait pas, il annulait la liberté des élections magistrales 2.

A la demande du Prince, l'Empereur envoya deux de ses Conseillers à Liège, sous le prétexte de pacifier les esprits. C'était, en réalité, pour soutenir la cause de son protégé.

Les États furent assemblés le mardi 19 mai 1615. En ouvrant la Journée •^, Ferdinand parla

* Les termes du diplôme sont formels : ErU jus ac potestas decidendi, eu: Nominatum vel admittendi , vel repelJendi, [Dans le JRecueU des Edita du Pays de Liège, 1. 1, p. 71.]

* Les Chroniques de Liège critiquent le Diplôme Impérial avec bien moins d^énergie que les factums.

^ Ce Mandement de TËmpereur Mathias , c'est pour ravir au Peuple ^ le thresor de la Libre Election Magistrale , et en mettre le pouvoir sr de la création au Prince, pensant par ce moyen -là , qu'estant maistre ^ et créateur des Chefs, obtenir la domination sur la Cité.... ^ — ^ Tout au beau commencement de Tavenement de Vostre Altesse Sere- ^ nissime àTEveschô de Liège , (vos ministres) n'ont-ils pas aoUicité if des Mandements Impériaux pour ravir au Peuple YEledian Magis- ^ traite , et la transporter aux Officiers de Vostre Altesse et à d'autres ^ personnes, lesquelles, depuis la création du monde, n'ont pas esté a admises à s'en mesler, et i^e le seront, avec la grâce de Dieu, tant ss qu'il y aura des Liegeoi-s sur la surface de la terre.,., ^ [Pan^pMel^ du temps. ]

Ce que le Prince voulait, on le voyait nettement: que l'élection magistrale fût une pure comédie.

' Le discours du Prince commençait ainsi : ^ Messieurs! La bonne if opinion et confidence que nous avons de vos bons et loyaulx juge- ^ mens, à l'endroit de noz actions, nous persuadent qu'il n'y a nul

des troubles fâcheux suscités par des malveillants, à l'occasion du Rescrit Impérial; il réclama ensuite d énormes subsides , pour réparer les places fortes et pour y placer des garnisons, afin d empêcher, disait-il, les incursions des gens de guerre étrangers; il présenta, enfin, un projet de loi qui définissait les attributions des tribunaux ^

Les Trois Etats ne prirent pas au sérieux les allégations du Prince; ils ne se laissèrent pas davantage séduire par les fallacieuses paroles des Conseillers Impériaux. • Ils refusèrent les subsides extraordinaires, et ils rejetèrent le projet de loi sur la réorganisation judiciaire, parce qu'il était contraire aux droits publics et privés 2.

^ entre vous qui irait pu coguoistre très evideinmeut , avec couibieu ^ de soiug et de peine nous avons , depuis nostre entrée eu cestuy fi nostre Pays , tasché d*oster tous les abus et desordres qui , par le fi cours du temps , à l'ordinaire du monde , et par la malignité de ce fi siècle présent, ont esté introduits contre les Loix, Privilèges et fi Louables Coustumes qui, autrefois, par les Ancestres ont esté estafi blies.... fi [D&us le Pâtoelhâr.]

Ces frayeurs étaient calculées, ces alarmes étaient feintes : ce n était qu une tactique du Prince, pour justifier le refus de reconnaître à la Nation les garanties de ses droits.

* Ce projet de loi, qui est divisé eu dix-huit chapitres, a été, peutêtre, imprimé; on en trouve des copies dans quelques Pâwelhârs, 11 est calqué sur une Béfarmatian identique que le Prince Ernest avait fait publier en 1582. Il ne fut jamais observé, quoique Ferdinand en eût recommandé l'exécution fi bien sérieusement, et que les trausfi gresseurs soyent punis des peines contenues en icelles.... fi

^ La réponse des Etats est très explicite :

fi .... Iceux Députés ayants eu vision desdits coJicupts . ont trouve y fi avoir mancquemcut, tant eu la forme que l'on y at practicquec , qu'en ::: la uiatiere mesme de reformer les abus.... Et quant est au mancquc-

A son tour, la Cité déclara com-ageusement quelle n'observerait point le Ke^crit Impérial, Elle fcjoutint que rien ne pouvait être diq^ngé à son régime que du gré des Bourgmestres, du Conseil, et des Trente-deux Bons Métiers K

Le Prince , violant le pacte de son avènement, dénonça la Cité à la Chambre Impériale de Spire; et le 6 juin 1615, il Ty fit attraire comme hostile à ses volontés 2.

:* meut, eu la mauiere de reformer les abus, la vérité eat q^u'au concept ^ outredonné et commuuicqué se trouvent articles notoirement contre ^ les Droictures des Estats, et contre les Statuts, Paix Faictes et ^ Privilèges du Pays, et mesme de ceux qui sont litigieux en la Chambre if Impériale.... Que si Son Altesse prétend les Estats avoir plus qu'à gf eux n'appartient, ou quest sien, cela ne regarde la Refannationde fi Justice ni la commission desdits Députez, lesquels ne sont authorisés fi pour en disputer ou délibérer.... Déclarants et protestants bien fi expressément qu'ils u ont jamais enten4u et n'entendent accepter le fi concept en la forme que dit est.... fi [Dans le Pâwelhâr.]

' Tout cela est fortement démontré dans les factums populaires. fi .... C'est estre un faux prévaricateur et mauvais Compatriote , que fi d'attribuer les droicts de nostre Election Magistralle à unjjouvoir fi et privilège du Prince, car nous ne tenons ces droicts que de Dieu fi seul. De tout temps, cette puissance a appartenu au Peuple, sans fi aucune dépendance du Prince, comme il appert par des authentiques fi preuves, et mesme par des tesmoignages du Prince, entre autrea fi eu la Paix de Jeneffc, en daete de Tan de grâce 1831.... fi [Pamphlets du temps.]

* Aux termes des Paix , c'était une véritable rébellion de la part du Prince. ^ .... Nous ne contestons ny ne mettons point en doubte les fi devoirs et respects et le service que devons au Prince , suivant son fi authorité, laquelle est bornée par noz Paix y ainsi que se void par la fi Paix de Fexhc de l'an 1316.... Et l'establissement des nouvelles fi Loix ne se doit faire par le Prince , mais par les Trois Estats du fi Païs , ainsi qu'il est réglé à la susdite Paix de Fexhe ; et touchant la fi police des Bonnes Villes, la pluspart du gouvernement politique fi dépend de l'Authorité Magistralle. Au surplus, aosti'e Estât m

Après le parjure, il «e permit Timposture.

La Cité cherchait dans la liberté politique, la garantie de Tindépendance religieuse.

Pour éluder cette demi tolérance , le Prince se servit d'un expédient odieux.

En 1618, quelques personnes, instiguées par les Jésuites, arrangèrent une conjuration ayant pour but le pillage des églises, et le massacre des notabilités du Clergé et de la Bourgeoisie ^ Tout cela devait être exécuté pendant les matines de NoCl. Cette nuit même, le complot fut découvert. Le péril parut grand. Les Bons Métiers furent subitement mis sous les armes. La tranquillité ne fut pas troublée. Il fallait des coupables. On inculpa nombre d'habitants et jusqu'à des prélats 2. On tortura, on décapita. Les

^ toute» les Loix et Ordounauces nécessaires pour sa subsistance et if conservation, et il n'est besoin de nouvelles, piais de bien faire * observer celles qui sont desja establies, ausquelles vous (Prince) et fi voz associez avez, il y a longues années, contrevenu, et tasché fi d'abolir Tauthorité du Peuple pour introduire les vostres, qui tendent ^ â la ruine totale du fondement de TËstat... ^ [ Pamphlets du temps.]

* Unelongne Enquête contient de nombreux renseignements sur cette conspiration. Elle est transcrite dans les Registres de la Noble Oité de Liège, 1633, foL 1 et suiv.

* Le principal coi^juré, un prêtre nommé Hersin , obéissant à des instigateurs secrets, impliqua dans le complot une foule de gens notables. Les Bourgmestres firent saisir ce misérable dans le Couvent des Croisiers , où il s'était réfugié , et le confinèrent dans la prison de rUôtel de Ville.

Cet emprisonnement eut lieu par suite de la résolution suivante : fi En Conseil de la Cité de Liège y tenu au septième jullet mil six fi cent et vingt.

fi Sur ce que plussieurs plaiuctcs et doléances soyeut esté faictes ,

moins suspects furent bannis, ou firent amende honorable i.

Les Bourgeois, tremblants, s humilièrent -.

L'orthodoxie Catholique triomphait encore ^.

s* taut publîcquemeut qu'autrement , de ce que plussieurs bruicts out i! esté semés , tant parmy ceste Cité qu'aux environs , qu'il y aui'oit eu :f cofnptots faits enti-e aucuns Bourgois , Habitants et autres en cette a Cité, tendants à ruine totalle d'icelle, niesme changement de l'Illstai. fi de sort que ladite Cité et Bourgois d'icelle ont esté diffamés , jwur if respect de ce, entre les voisins. Et comme par vuydange des fi Ënquestes faictes sur ce sujet, ayt esté recognu qu'un nommé Hamii fi auroit faict certains rapports fort obscurs, implicants contrariétés fi et répugnances : At esté ordonné, attendue la déclaration faicteà

*: TEnqueste, qu'icelluy devera estre arresté et attenu jusques à autre fi ordonnance, fi \Uegistres de la Noble Cite de Liège, 1620, fol. 1»2. 104.]

' Un contemporain résume ainsi cet épisode : fi Lan ensuyvant 1619, fi Ion at esté en grand, trouble en la Cité, à raison des Here^ie, par fi quel at esté trouvé et discouvert grand nombre iïHereticquc avoir fi fait plusieurs assemblée, tenu la presche, tant la cène. Dont en at fi esté exécuté deux à trois, et plusieurs banî à perpétuité du Pays, f [ Chroniques de Liège. ]

Le Bourgmestre Beeckman avait repoussé tous les émissaires. Il avait deviné que cette conjuration n'était quun piège, pour découvrir les partisans de la liberté religieuse. Lui-même ne se disculpa pa« sans peine , au point fi qu'il en engendra une grosse maladie qui luy ;:: durat fort long temps, fi [ Ihid. ]

^ Il y eut alors dans la Cité une émulation sans pareille de bigotisiue.

Le nombre des établissements religieux et monastiques s^accnit désastreusement.

fi L'on met depuis l'année 1618 jusqu'à 1620 inclusivement, lç> fi. admissions dans la Ville des Religieuses Ursulines, puis des Augiis* fi tines, des Carmélites déchaussées, des Célestines , Bénédictines, fi Dominicaines, Franciscaines, Capucines, Recollectines , Conceptiofi nistes, Urbanistes, Tertiaires, qui s'épandireut aussi dans les autn"fi lieux du Pays, fi [ Bouille , Histoire dit Vaga de Liège, t l\l, p. lô(*. |

^ Ce fut par une innovation abusive, extravagante, illégale, que It^ Bourgmcstrcfe! de 1620 statuèrent que. pour être re^-u Bourgeois, il

Des actes violents de despotisme aidèrent i. En l(j2(j, le Prince surprit un nouveau rescrit de TEmpereur contre la Cité.

fallait faire profession de foi Catholique. Voici ce décret réactionnaire :

^ Nous les Bourg uemaistres de la Cité de Liège,

tf A tous Ceulx qui ces présentes veront et oront , salut. Que tous 5? et quelconcque, se voulants faire publier Bourgois de ceste Cité, sont :* tenus et obligés, avant d'estre receu à la Bourgeoisie, oultre aultres ^ conditions portées par les Statuts et Faix Faictes, de faire et prester, s: entre noz mains , serment de maintenir et observer la Sainte Vraie ^ Fog Catholicqn€, Aposlolicque et Romaine; et que pour de ce en ^ faire foy publicque, à tout te lettre qui se dépêchent de l'acqueste et :f publication de ladite Bourgoisie, entre autres clauses substantieles y ^ afferantes , est tout au loing repris le serment susmentioné : de tout s: quoy il nous est clairement apparu par les chartes et registi'es de :5 cette dite Cité. Et en confirmation de ce, avons faict munir les ^ présentes de Timpression du seel aux causes et de la signature du :f Greffier Souverain dlcelle , ce septeme janvier saize cent et vingt. ^ [Registres de la Noble Cité de Liège, 1620, fol. 26.]

' Sous le prétexte du bien public , le Prince ne respectait ni le droit lii la loi. Ses agents l'imitaient impudemment. A la journée de^ juin 1620, TEtat Tiers recessa : ^ Qu;au futur, ne soient donné par les s: Gents de Son Alteze empêchement à lexecution des sentencos rendues n par les Juges ordinaires, les Vingt-Deux, Députés des Estats, et du :s Conseil Ordinair. n [ Ibid, , fol. 89. ]

On protesta maintes fois contre les violences du Prince. iVinsi lit encore la Cité le 22 février 1620. :f .... D'autant que dans YEdit des ^ Monnoies, en date du 18 febvrier 1620, sont contenues plussieureu ^ clauses répugnantes au Droict commun , Statuts , Privilèges et Paix :f Faictes , les Seigneurs Bourguemaistres , Jurez et Conseil , ensembles ^ les Sieurs Commissairs de la Cité, ont protesté et protestent, au nom fi de ladite Cité , que pour ces causes lesdites clauses , en tant qu elles g: sont contrariantes comme dict est, ne debveront apporter aucun fi préjudice aux Droits, Privilèges, Franchises et Libertés de ladite fi Cité^ ny des Bourgois d'icelle, ains que nonobstant la publication fi desdittes clauses , lesdits Droits , Privilèges , Franchises et Libertés fi demeureront en leurs forces et vigeur , et les Bourgois de la dite fi Cité deveront estre meunés et traictés en conformité des dits Droict fi commun, Statuts, Privilèges et Paix Faictes.... fi llbid,, fol. 32.]

Pour en obtenir la mise à exécution » il adressa à la Chambre Impériale une requête relatant tous ses griefs i.

Des cinquante huit affirmations articulées, il n y en avait pas une qui ne tut une attaque contre les plus chers Privilèges, contre les plus vieilles Libertés du Pays 2,

Ainsi, il se plaignait de ce que ses officiers ne pouvaient, sans Tordre des Bourgmestres, pénétrer dans aucun domicile ^; de ce que, dans les affaires criminelles, les Echevins, ses juges à lui, étaient

* L'exposé des griefs du Prince a été rédigé eu langue û'auçaise et en latin : la version en français n'a pas été imprimée ; la vemon latine se trouve dans divers i*ecueils, et notamment, dans un mémoire qui parut en 1630 sous le titre de : liefutatio pcr modum InfornuUUmia duntaxat pro parte Serenissimi Principis Leodiensis, etc.; in-4^ de 244 pages. — On ressasse dans ce fatras la thèse soutenue par les Conseillers de Gérard de Groesbeeck en lô71. On y cherche, surtout, à faire prévaloir ce principe , fatal à la liberté communale , que les Bourgmestres des Bonnes Villes sont, en tous points, les inférieurs hiérarchiques des Officiers du Prince. En somme , c^est une œuvre de mensonges insignes : on y fausse tout, les Diplômes , les Paix, THistoire, avec Fassurance qui est de tradition chez les scribes officiels.

* fi .... Ces CinqwMkie huit Articles sont autant de pièces de batteries fi contre les Privilèges et Franchises, pour rendre le Prince absolu et fi souverain. D'autre côté, on en promet raccroissement; mais quels fi en Boauroit-on donner ou procurer meilleurs que ceux que les £mpefi reurs, Roys et' Princes ont donnes, confirmes et laudea passé tant fi d^annees et de siècles?... fi [ Chroniques de Liège* ]

' fi .... Que la prise des criminels soit libre en tous lieux, sans les fi retirer, celler et maintenir es maisons des Bourgeois, comme il se fi fait et voit ordinaii'ement; et que Tentree dlcelles soit donnée à gi rOffîcier sans ClefF, ny réquisition du Magistrat, ce qui est une fi absurdité inouie.... fi [ Exposé du Prince , dans le Fâwelhâr. Ou eu trouve une version, un peu écourtée, dans les Registres de la N<Mc CUcdc Lièsfe, 1633, fol. 149.]

obligés de juger avec, l'assistance de La Frandiise 1 ; de ce qu'il ne pouvait prendre des mesures relatives à ladministration de la Cité, sans lassentiment des Bourgmestres et du Conseil 2; de ce qu'il ne pouvait, seul, convoquer les Compagnies Bourgeoises ou en nommer les Capitaines ^; de ce que les Bourgmestres publiaient des décrets d'emprisonnement et de bannissement, et exerçaient, conjointement avec les Jurés, la Juridiction civile et commerciale ^; de ce que la Cité,

* Le Prince voulait diminuer , de la moitié au moins , les membres de La Franchise, ^ .... Pour le grand nombre de personnes, lesquelles ^ concourent avec la Justice du Prince en sa Cité, pour le regard des if Bourgeois , au point d'homicide et rupture de Franchise , si comme as de quatorze Jurez et deux BourgemaistreSy là où un moindre nombi-e ;:: scmbleroit suffire, soavoir deux Bourgemaistres et six Jurez, qui fi seroient huict, comme il n'est requis plus grand nombre pour le ^ regard des Ëschevins, et que les uns et autres jugeassent en un ^ mesme Corps et tous ensemble , et que la majorité des voix preva- ^ luisBe. ^ [Ibid,}

^ Les Bourgmestres et les Jurés s? ... fout EdUe et Commandements fi sur amende , jacoit qu'ils n'aient pouvoir do fiedre ny l'ung ny l'autre; fi empeachent que le Prince, suyvant les occurrences et nécessites, ne fi puisse faire édita et commandements en sa dite Cité , sinon par leur fi intervention; et lors, ou ils refusent les editz, ou donc les limitent et fi déterminent à leur poste.... ^ [ Ibid, ]

^ Les Bourgmestres et Jurés fi ... ont pris l'Authorité de &dre et fi dénommer Capitaines dans la Cité; d'assembler la Bourgeoisie et la fi mettre en arme , sans adveu du Prince... De mesme , ont empesché , fi par deffenses et prohibitions , que les sujetz du Prince , appeliez et fi sommés par son ordre et commandement, de marcher en arme au fi son de la cloche, n'ont obey, suivy, ny marché.... fi [ J6irf.]

* ^ .... Ils présument, de leur authorité, arrester et appréhender fi estrangiers , ensemble cognoistre de leurs causes , oresque par "Paix fi Faictes ilz u'ayent que la simple cognoissance de certains cas entre ^ les Bourgeois ; et ne veuillent permettre appellations de leurs sen-

37(i CHAPITRE XXI

sans sa permission, réglementait les Bous Métiers S se confédérait avec les Bonnes Villes ^, et envoyait des Agents près des Princes étrangei-s 3; de ce qu elle s'intitulait République '^; enfin, de (x qu'on lui déniait le droit de corriger ou d'annuler les résolutions prises par les Bourgmestres, le Conseil et le Peuple ^.

Ce manifeste était une sourde provocation.

On y répondit.

La Cité, en 1627, présenta à la Chambre Impériale une supplique, où elle exposait, dans un

^ teiices, uy au Prince, iiy à aulti'e juge quelconque, privaus de ^ Bourgeoisie et baunissaus ceulx qui le fout, teUement qu'ils sont ^ constraius dy obéir.... Us prétendent priver de Bourgeoisie gens ^ d'Eglise, et donnent mandemens contre Juges Ëcclesiasticqnes.... ^ [Ibid,]

' Les Bourgmestres et Jurés ^ preuoient aussy de coutirmer leu if Statuts et Privilèges des XXXII Bons Mestiers à l'exclusion du ^ Prince, à qui appartient la concession et confirmation d'iceux privaif tivement... gf [Ihid,']

* S? .... Ils présument de faire Liguas avec les Villes du Pays et tf autres, sans le sceu et consentement de leui* Prince; sans advea ny :s licence, ils traitent et entrent en conférence avec icelles.... ^ [Ihid.]

^ Les Boul'gmestres et Jurés avaient gf pris aussy d'envoyer Ambas- ^ sadeurs, et faire Légations aux Princes et Ëstats estrangers. ^ [Ibid.]

* if Ils usurpent çn leurs patentes et lettres de dire Nostre Cité de if Liège f nonobstant qu'elle soit au Prince privativement, et se disans a Republicque, ^ [IW(f.]

^ ^ Ce qu'est résolu au Conseil de la Cité , ils le reputent pour faits ^ et points souverains, prétendant n'admettre contre iceulx aucuuv ^ appellation et contradiction , nonobstant toutes absurdités qui s'y sf peuvent commettre.... «* \lbid.\

Ou oubliait à plaisir, on le voit, que la juridiction de la Cité était souveraine et au-dessus du contrôle du Prince.

langage fier et digne , les convoitises tyranniquos de Ferdinand.

Elle prouvait, par les faiis historiques et parles Paix, quelle s'était toujours gouvernée d'après ses propres Coutumes et par son propre Magistrat; qu elle n'avait jamais été sous l'autorité des Princes, Chefs féodaux du Pays; que ces Princes ne possédaient dans ses murs qu'une Juridiction criminelle, qu'ils faisaient exercer par un Mayeur et des Echevins. Depuis un temps immémorial, elle était Ville Libre, Impériale, Immédiate: si, à ce titre, elle n'avait pas séance et voix à la Diète de

l'Empire , c'est que naguère , en des temps cruels , elle avait négligé d'user de cette prérogative i. En somme, prétendre qu'elle cherchait à se donner des libertés nouvelles, c'était effrontément mentir. Ce qu'elle voulait, c'était de jouir paisiblement de ses antiques Franchises 2.

' Les matricules de TEmpire sont, en effet, unanimes pour dire que Liège est une Ville Libre, — Leodium, Civitas Libéra, Imperiaïis ,ef Frovincialis , qui immédiate Imperatorem, salvis caeteris Juriljus^ recognoscit. [ Goldast , CaUectio GonstUutUmum ImperinUuw : Francfort , 1713: 1. 1 , p. 32. Voir aussi Orteiius , Mercator , etc. ]

* Le mémoire de la Cité parut en latin, sous le titre de : Ad Sacraiissimam Caesaream MajestcUem, Indytae Civitati^ Leodiensis DeiegaHo: Liège, 1629; in-4o de 225 pages. — Ce travail est un plaidoyer savant, mais timide : les avocats de la Cité n osent dire toute la vérité sur le passé, lorsqu'il semble trop froisser les prétentions ou annuler les usurpations du Prince.

L'avocat Rausin en était le principal rédacteur. Il se laissa gagner par Ferdinand, et, en 1639, il se réfuta en un gros in-4o de 671 pages intitulé : Leoditm Eccîeaiae Cathedralis, sive de Dominio, Regalihus, mero miaioque Imperio ac omnimodâ Jurisdictiane serrnissimo Prin-

La Cité était dans son droit i. Pour s'y maintenir, elle eut recours à la diplomatie. Elle était trop faible, pour faire prévaloir autrement sa cause.

Les Bourgmestres allèrent trouver le Prince à Bonn, où il résidait habituellement. Infatué du pouvoir arbitraire, il se montra altier, intraitable. Il exigeait, avant tout accord, que Ton exécutât ponctuellement, et sans plus tarder, le rescrit de 1613 2.

Au retour de leur mission, les Bourgmestres

cipi Ferdinando ffavarQ-^r CQmpetpniibfM. Cest une pauvre et verbeuse n^oquerie du gouvernement pqpulaire, et une ridicule apologie de la tyrannie d'un seul. Cette misérable rétractation rendit Rausin si odieux ; qu'il s'exila volontaipen^ppt. Voici com1Xl^nt un de nos annalistes p^rle de cet homme, (|ui trahit son devoir et trafiqua de sa Patrie. lÀhéllum exaraverat Dominus Rausin, quo fusiùs exponébat fundamenta Privilegiorum , Libertatum atqœ Immunitatum OivitatiSt à tempore Julii Caesari9 d^uotçk. Verùm po8t0ii Libellum m$erè retractavit, quo facto Populi odium ita in se concttavit, ut ad cavendam ejus indignationem exulare sponte reliquum vitae tempus coactus fuerii. [Historia Populi LeodiemiSy p. 73.]

* Le Prince savait très bien qu'il mentait, en se posant comme le défenseur du droit et de Tordre. On le lui disait : ^ .... Vous feignez # et faites semblant de n'estre pas informé que le gouvernement de ^ nostre Estât est Populaire , et que nous avons le pouvoir d'establir f Maistres 4^ la Cité ceux d'entre fious que nous jugeoi^s les pl|is gens 0 de bien , et çUgn^s dfi ppmmapdement et de Justice. Avqns-nous f rien changé à la face x\j au corps de la Ji^stioe? I^'ordr^ n est-il ft point tpu jours en son entier) et le respect ^ ceux qui administrent 0t les Loix et Ordonpa^çes, et a-t-pn condamné personne à mort qui ne ^ se soit trouvé, par suffisantes preuyes, l'avoir très bien mérité?... ^ [Pamphlets du temps. ]

^ f A quoy en après leur fot donné pour apostille , qu'Us eussent 0 avant tout à oheyr en bref ausdis Mandemens.,., 0 [ Chimnéques de Liège,]

assemblèrent les Bons Métiers, et leur commviniquèrent l'outrageante réponse.

Le risque était grand.

Les Bpns Métiers résolurent , à Tunanimité , qu'il ne fallait rien abandonner de la Liberté ni des Privilèges de la Cité ( 1627 \ ).

Un envoya une Députation à Vienne. L'Empereur vouUit être juste. Il condamna les prétentions et les vexations de Perdins^nd. Il renijt aux députés un mq^nd^ment par lequel \\ interdisait au Prince de faire usage de la force, avant que la Cfaq-ijibre Impériale eût prononcé; en outre, il permettait à la Ci^é et aux Bonnes Villes, si c'était nécessaire, de lever des gens

f 0 Estant f|.rriv@s^ dans Liège, firent ^sspi^bler les Tfjent^-Deqx #f Mestiers de la Cité , et leur firent entendre la volonté de Son Alteze. sf Pour à quoy sattisfaire, demandèrent d'avoir une bonne et fixe ^ resplutipn de ci? qu'ils dévoient t^ai^r : J^squel^ l^estier^ déclarèrent ^ de ne vouloir donner paritiop , disants que plustost ilz exposeroient if leurs vies , que de perdre leurs Privilèges sans causes.... g: [Chroniques de Liège. ]

Pour mettre cette fésofutio]^ en fait, il fut ptatué^ le 21 juillet 1^27 ^ que le Bèglement de 1603 serait lu et affiché partout :

^ Làmesme, ledit Conseil ordonne que le jour de demain vingte ^ deuxième de courant, jour de la S^ Magdelaine, chasque Greffier i« des Mestiers ayent à faire lecture , en séance publicque de leursdits «f Mestiers, de la Befomiation de Van 1603, et, de plus^ qu'information if Boitprinse de tous ceux lesquels, en préjudice desdites Beformations a: auront donné, receu ou pron^is, donneront, receveront ou promette - ^ ront chose que ce soit, affin e^tre procédé à Fencontre d-eux, aux ^ peines comminees par lesdites BeformaitOfis. ^

^ La susdite Ordonnance a esté ^fficl^^ aux pqrtes de Palais, au a cirucifix du Pont dlsle, au Pont des Arches, i la Grande Halle, ^t ^ ^ ^ Lambert , par Henry De Chaisne , Serviteif r de la IH^aiBoq de la ^ Ville. ^ [ BegiMrPS de la Nohh Cifé (Je ISgç , 1P27 , fol. 131 '. ]

de guerre pour repousser toute agression. (25 juin 1629 K)

Ferdinand n'observa point ce mandement. Il couvrit le Pays do bandes armées, les y fit cantonner, et leur laissa requérir des vivres et mé^mo une paye extraordinaire 2.

Ses soldats comprirent ce qu'on leur demandait.

Ils se livrèrent partout au pillage, égorgèrent les villageois, abusèrent des filles et des femmes. Ils finirent par s'attrouper, 'et bloquèrent la Cité 3.

Vers la fin de juillet, à. rapproche de la rénovation magistrale, le Prince réitéra l'injonction de se conformer au rescrit de 1613.

Pour arrêter l'exécution militaire, les Conseillers du Prince supplièrent les Bourgeois d'obéir, sous la promesse de favoriser les candidats populaires.

Ces Candidats, par une insigne fourberie, furent éliminés par les Commissaires.

Lorsque les Bourgmestres élus furent proclamés, les Bourgeois protestèrent vivement. Ils

* A DUectione Vestra requirimus eique interdicimus nostrâ Catsartà auctoritate ac dignitate Supremi Judicis , ne quid quocumque modo in Leodiensem Civitatem armis aggrediatur sub quocumque praetextu.,.. [ Dans VHistoria Populi Leodiensis, p. 75.]

* *f Ses Ministres luy firent croire qu'il estoit nécessaire d'envoyer s? des soldats pour adompter le Peuple, et avoir occasion de mettre et g: lever des tailles.... n [Chroniques de Liège.]

^ if En ce temps se trouva la copie d'une lettre envoiee par noetrc gg Prince au baron de Helinghoven , contenante ce que les Allemans if debvoient faire pour oppresser la Cité... a [ Chroniques de Liège: Historia Poptdi Leodiensis, p. 72, etc.]

coururent aux armes, et investirent THôtel de Ville 1. Des coups de mousquet étaient déjà échangés, et une rude collision se préparait, lorsque les Conseillers du Prince et les Commissaires renoncèrent à leurs Candidats. Ils acceptèrent, à titre provisoire, ceux qu'ils avaient écartés, Guillaume de Beeekman, avocat, et Mathieu de La Haye, marchand. Ces Bourgmestres furent accueillis avec acclamation 2.

Le choix de Beeckman était significatif. Depuis 1605, ce grand Citoyen n'avait cessé de défendre les libertés publiques. Il aimait la Patrie, et on le savait incapable de la trahir. On avait confiance en son généreux courage ^.

* ^ Cependant toutte la Ville futesmeue, chascun recouroità sa maison ^ pour empoigner ses armes ; les autres demoroient sur le Marché , s- avec leurs armes : tous estoient en craincte d'avoir un pillage ot j? grande tuerye.... s: [Chroniqties de Liège.]

* Beeckman protesta contre l'irrégularité des deux élections magistrales, n refusa même de prendre possession de Toifice. Sur les supplications des principaux membres du Conseil Privé et du Chapitre Cathédral, il accepta, mQ,is provisairement , d'être Bourgmestre.

Si l'élection de Beeckman prévalut, ce fut bien ^ malgré les Grands, gf qui ne le desiroient pas, pour n'estre de leurs ligues, mais de celle des a Bourgoys , les voulant maintenir en leurs Privilèges : à cause de ^ quoy , il est haï de tous Ministres et Officiers de notre Prince, s? [/c/.]

^ Les partisans du Prince exécraient Beeckman , parce qu*il ne voulait pas se vendre, et trahir le Peuple. ^ ... Si ledit Beeckman eust ^ vouUu caller voille et tenir la partie de Son Altesse , comme il tenoit ^ la partie du Commun , c^eust esté un riche homme comme les aultres , ^ au lieu qu'il at dispandu du sien propre pour maintenir les Petits , gf desquels il estoit fort aymé... ^ [ Chroniques de Liège. ] — Magnoperè tanto viro fidébat Populus^ singtdaremqti^ hahébat amicitiam: sed erat vir Principi Prindpisque sequadlms ingratus. [Historia PopuH Leodiensis , p. 68. ]

Les cUections de 1630 choquèrent bien autrement Ferdinand, quoiqu'un Cqnseillep de FEmpereur fftt venu les présider, pour les diriger.

Les Trente Deux nommèrent Bourgmestres ^eechman ^ et Sébastien de La Riêelle, autre avocat distingué , et comme son collègue , esprit droit et répugnant à l'intrigue 2.

Le Prince censura, puis annula ces élections, on prétextant que les formalités n'avaient pas été suivies 3.

* En 1629, on vient de le voir, les Commissaires avaient accepté Beeckroan comme Bourgmestre, mais à titre provisoire. Us lui laissèren|; Finté|rimat; pendant tf)^t^ Tannpf!.

11 n'y eut donc rien d^irrégulier ^ quoi que ou on ait dit, dans la réélection de Beeckman. Ce fut avec droit qu*il se représenta comme candidat à la rénovation magistrale de 1680.

* Un contemporain note ainsi cette élection : s? .... Et ont eslu les I» Trengte-deux awec Beyckman ung Advocat nomeit M^"» Bastien de ^ La Ruelle, awec grand tumulte et discorde parmy les Borgois et ^ XXXII Mestiers , et contre la volonté de plusieurs Seigneurs , Borî* gois et Gens d'Englieses. ^ [ Chroniques de Liège. ]

La Ruelle était comparable à Beeckman pour le sens droit et rhon* nêteté rigide. Electus ac prorogatus in annum sequeniem Dominu9 Beeckman cum Domino La Ruelle, quetn alterum Beeckwannwn praedicabant..., [ Historia PopuU Leodicnsis, p. 83.]

':».... Il y eut de la contention et débats pour ledit Bechman, à a cause de sa continuation audit estât, comme estant contre les Previ- ^ leges et Status, en estant deux ans de suitte Bourguemaistre... ^ {Chroniques de Liège,]

Le Prince déclara l'élection de Beeckman illégale , sous prétexte que nul ne pouvait briguer une nouvelle magistrature avant qqatrr années révolues. Le Eèglement de 1603, en eliet, statue ainsi: ^ Les Bourguemaistres ne pourrqnt de rechef estre eslu^ i^udit Estât s» et Office , sinon après quattre années entières écoulées depuis Vissttc a de leur Bourguemaistrige.... ^ [Dans le Jiecueil des Édits du Paps de Liège, 1. 1, p. 63.]

La nomination de Beeckman, il est utile do le répétpr, n était poipt

On n eut que dédain pour ce procédé inouj.

Les Bourgmestres élus ftiront investis de leurs offices.

La situation s'aggrava.

Le mercredi 29 janvier 1631,Beeckman mourut tout à coup. 11 avait été empoisonné ^.

Les Bons Métiers regrettèrent ce vaillant citoyen 2. Par une résolution unanime, ils lui érigèrent une statue de bronze sur le Marché 3.

contraire h cette di6po8iti0n du Règlement , car Tannée devant, au su et du consentement de t(mSy il avait régi la Cité non en Bourgmestre, mais en simple Administrateur. [ Bouille , Histoire du Pays de Liège, t. ni, p. 178.] Il avait réservé tous. ses droits pour l'élection suivante, celle de 1630.

' Les Princes dealers , suivant les traditions de la politique Italienne , ne se faisaient nul scrupule de se débarrasser d'un ^nnemi par un empoisonnement ou un assassinat. Ferdinand s'ep fit up moyen de gouvernement. *i ..., Le4it Beckm^n fut empoisoné, et mourut; ce ^ qui fnit encor 4avantage la Bourgeoisie pn trouble , qui disoit qu'on ^ ypuloit les mettre en psclavage , que le Prince faisoit empoisoner les ^ Bons Bourgeois et Magistrjats qui pe vouloipt furnir des mines d'or ^ et dargent pour assouvir son insatiable avarice, afin dp pourvoir et ^ avancer ses parens.... a [ dhfoniques de Liège, ]

£n 1629, on avait intercepté une lettre du Prince , lettre paf laquelle il conseillait à ses affidés de 9e défaire au plus tôt de Beeckman : ... De œmprehendendo Beechmanno, merifâque poenâ affickndo. [Histpria Populi J^eodiensis, p. 77.] — ^ M. Beeckman, ce restaurateur ^ de la Liberté Publicque , Thonneur de la Patrie , la gloire des Fidels ^ Bourgeois.... a esté empoisonné d'un venin qui agissoit lentement , s? afin que la mort fat imputée à la nature et à l'accident, non à la ^ violence et à la perfidie.... ^ [Pamphlets du temps. ]

* On grava et on publia à grand nombre le portrait de Beeckman , dans le format in-4<> , avpc cette suscription :

Sou^pir^'^ p ^(iurgoys , Ips Orqnds et les Petits , Beecifman est trépassa, qui estoit vostre appuy,

^ Le statuaire eut l'heureuse idée d'appuyer la main droite de

Quand le calme fut revenu, le Prince trouva convenable de reparaître dans le Pays. Il convoqua les Etats à Huy.

La Cité protesta contre une telle convocation. Ce n était que dans ses murs, que les Ltats pouvaient (Hro ajournés ^

Rassuré par les instances de ses partisans, Ferdinand se décida, vu lurgence, à se rendre à Liège, où il n'avait pas paru depuis sept ans. Il fut applaudi à son entrée. (Mardi 1^^" avril 1631.) Il aifecta d'être débonnaire. Il se fit

Beeckman sur un grand écu, où se trouvaient gravés les emblèmes héraldiques des Bons Métiers.

sr L^an 1638, pour signe d^affection et perpetueUe mémoire, les îf Trengtedeux Mestiers firent dresser une statue de bronze à la phigf sonomie de feu le Bourguemaistre Beeckman, lequel avoit mourut if empoisonné pour le service du Publicque, tenant en sa main les a armes des Trengtdeux Mestiers , estant dressez à bout du Marché. ^ — tfi Pour tesmoiner Taffection qu'ils portoient à Beckman , jadit leur s? Bourguemaistre , les 32 Mestiers tirent jeter une stcUue de cuivre sf k sa, semblance , estant appiee de la main droite sur un escusson qui if contenoit les armes des 32 Mestiers , laquelle fut enlevée et dressée ^. sur un colonne de piere sur le Marché , vers Fironstraye , regardant ^ de sa face TEglise de S* -Lambert, sf- [Chroniques de Liège.]

Un voyageur, qui vint à Liège en 1646, écrit : ^ Sur le Marché, ^ proche TËglise de saint Lambert , est une Fontaine ; et un peu plus gf loin , on voit la Statue d'un illustre Bourgmaître. ^ [ Guide de tous les Pays Bas; Paris, 1665; p. 79, etc. ]

* s? .... Les Bourguemaistres n'y veullerent comparoytre ny envoyer ^ leurs Députés, allegant et soustenant par leurs protestations que if le lieu des Assemblées d^Estats du Pays se tenoynt ordinairemefU a dans la Ville Capitalle , qui ne peut estre inferrieure aux autres n Villes. If [ Chroniques de Liège, ] — ^ Quelques uns des principaux a de la Ville, et surtout les créatures du Prince , trouvèrent bon de se ^ couler de Liège pour aller joindre Son «Altesse à Hui. ^ [Bouille. Histoire du Pays de Liège, t. lE, p. 180. ]

offrir un doiiatif de cent cinquante mille patacons. Il renonça volontiers à toutes ses prétentions, auxquelles il semblait tant tenir naguère.

Un arrangement s'ensuivit.

Par le Règlement du 2 juillet 1631 ^ la réforme électorale de 1603 fut maintenue en tous ses points. Deux dispositions nouvelles furent ajoutées: pour être électeur, on doit cHre âgé de vingt-deux ans accomplis, ou marié, ou gradué -; et pour être bourgmestre, il faut avoir trente-cinq ans au moins ^.

Le Prince y mit son mot. Il s engagea à protéger le régime politique de la Cité, et à n'en laisser rien modérer, sans Tassentiment des Bourgmestres, des Jurés, du Conseil, et de la généralité des Bons Métiers ^.

' La mentiuu de la publication eut ainsi relatée : ss Ukglkmknt public ^ au Perati de Liège, au son de Trompettes, et mis en garde deLog ^ le deuxiesme de juillet 1631, en présence du Meverend et Illustre i: Seigneur Christofle de Blocquerye, Chancelier,.». Présents aussi sf Noble et Illustre Seigneur Henry Comte de Rivière , Heers , etc. , et ^ Hannoré Seigneur Sebastien de la Ruelle, Conseiller , Bourguemai^tres fi delà dite Cité. «? [ Imprimés du temps. ]

* fi Que nul ne puisse tirer boettes , ny balotter , s'il n'a l'aage de fi vingt-deux ans complets, ou bien qu'il soit marié, ou gradué, fi [ Dans le Becueil des Édits du Pays de Liège , 1. 1 , p. 73 , etc. ]

' fi Que les Bourguemaistres soyent aagez de trente-cinq ans pour fi le moins, fi [Ibid."]

* js Et s'il arrivoit qu'aucuns voulussent donner occasion de modérer fi ou changer noz predictcs lieformations : ordonnons que telle modefi ration ou changement ne se poudra faire, sinon avec ladveu des fi Bourguemaistres, Jurez, Conseil, et Greneralité des Trentedeux Bons fi Mestiers. fi [Ibid.]

Cette fois, enfin, le Peuple et le Prince «accordaient ^.

' Le Peuple de la Cité avait dû ainsi lutter pendant dix^sept ans t pour conserver Ih libre élection de ses Bourgmestres. Atque ita quiecêrc nwtus,per septemdedm annos oh eîectianem Cofisulum concitati. [Historia Popidi Leodiensis , p. 93. J

Le Pays. — Zèle des parti»auB du Prince. — La tolérance religieuse est proclamée à Maestricht, conquis par les Provinces-Unies. — Les Chiroux, — Les Grignoux. — Tendances politiques des detix factions. — Les Origûoux aspirent à une complète indépendance nationale. — Ils favorisent le progrès de toutes les libertés. — La Guerre de Trente Ans, — Le Prince veut gouverner à son bon plaisir. — Ses troupes mettent le Pays à feu et à sang. — Les Ghirottx tentent à Liège une insurrection en faveur du Prince. — Ils sont défaits et expulsés par les Grignoux. — La Cité et les Bonnes Villes renouvellent leur Confédération.

Le Peuple Liégeois venait de se redresser dignement.

Il allait encore subir de grandes épreuves.

Le retour du Prince avait renforcé le dévouement de ses partisans i.

* Le Prince ne résida que huit jours dans la Cité. ^ Son Altesse

* estant appelles aux affaires d* Allemagne, partit de Liège le 9 avril

* et «*en alla à Bonn, sa résidence ordinaire, laissant le Baron ^ d*Hullinghoven à Liège pour continuer les Ëstats qui s'y tenoient. ^ [Le Mercure François, de 1631 ; t. XVH, p. 662.]

Ce Baron de HoUinghoven était un des nombreux bâtards d'Ërnest de Bavière. Il avait été fait Abbé-Coadjuieur de Stavelot par Ferdinand.

Ce digne lieutenant du Prince intrigua avec tant d'effronterie dans les Bons Métiers ^ que la plupart de ses pai'tisans furent élus aux

388 CIJAPITUE XXII

Un événement inattendu, après les avoir stupéfiés d'abord, les rendit audacieux.

Le 22 août 1632, Maestricht, qui avait soutenu un siège de deux mois, tomba au pouvoir des Hollandais, et les Espagnols en furent chassés à toujours ^

La Bonne Ville redevint indépendante dans son administration intérieure, sous la suzeraineté Hollando - Liégeoise. Les vainqueurs avaient respecté les droits seigneuriaux du Prince de Liège ^.

La liberté de conscience y fut proclamée. Lqs Catholiques eurent à vivre côte à côte, en bons rapports, avec les Luthériens, les Calvinistes, les Anabaptistes ^.

réuovutiuns niagibtrales de 1631 , de 1632 , de 1633 et de 1634. Peiidaut ces tristes années de réaction , les francs Bourgeois furent eu butte à de continueUes persécutions.

Ml y a d'amples détails sur ce siège de Maestricht dansLeCieix. Histoire des Provinces- Unies ; édition de 1728. t. II, p. 139.

* Cela est nettement stipulé dans la Cajtitulation : if VI. Que k> fi Seigneurs-Estats des Provinces Confoederées du Pays-Bas n'entrefi prenderout dedans Maestreclit ou sa Jurisdiction chose autre Çuc ce fi quap2'artient au Roy d'Espagne, comme Duc de Brabant, suivant fi les Chartes,... comme d'ancienneté.... — VII. Que lesdits Seigneursfi Estats gouverneront avec ledit Prince TEvesque de Liège ensemble fi la Ville et Appendices, comme un Estât et Province séparé de^ fi Provinces autres de chascun desdits Seigneurs.... fi [Bccueil dea lieces émanez de la part des deux Seigneurs et Princes de Maestrecht, édition de 1716, p. 293; Uccueil des Edits du Pays de Liège, 1. 111. p. 432. ]

* La Capitulation est très explicite aussi sur ce point : fi 11. ^ue fi doresnavant en la Ville de Maestrecht sera librement et publiquefi meut admis l'exercice de la Keligiou Kcrorméc, eu botte quelle est

A Liège, le monde bigot vit avec effroi la tolérance s'établir pacifiquement à Maestricht.

L'exemple était pernicieux.

Pour en écarter les effets, le Prince et les Prélats s'entendirent avec les chefs du parti oligarchique, redevenu tout puissant.

Le 19 avril 1633, il fut décrété, ^au nom du Prince, que quiconque ne professerait point la religion Catholique , serait contraint de quitter le Pays dans le terme de quinze jours ^

Nombre de ménages s'expatrièrent ^.

Ces rigueurs précisèrent la situation ^.

^ exercée es Provinces- Unies.... -^ IV. Suivant quoy, demeurera eu ^ la Ville de Maestrecht Texercice publique de la Religion Catholique # Romaine.:.. ^ [Recueil des Recès de Maestrecht, p. 291; Recueil des ÉdUs du Pays de Liège , t. IIl, p. 431. ]

Maesti'icht , pour être plus libre , ne devint pas plus prospère. Sa position géographique le mettait à la merci du Gouvernement des Pays-Bas Espagnols. Celui-ci, avec ses lignes de douanes, empêchait à plaisir le développement de tout commerce et de toute industrie. Les Drapiers Maestrichois allèrent s'établir à Leyde.

• Appuis décima nonà ad Podium jussu Suae Celsitudinis, Capituli, CoHsulum ac Senatus Civitatis edicimn proinulgatum est, quo omnes quibus esset in Ofiinio aliam colère Religionem quam Catholicam, Cimtate Bannalique Leuca ac toto Leodiensi solo intra quindecim dies egredi jubebantur. [Historia Populi Leodiensis, p. 105.]

' Quo factwn est, ut complures familiae Trajectum aliaque in loca sese receperint [Ihid, , p. 105.]

^ Un Annaliste vénal et plat de ce temps , écrit ces ligues frappantes : ^ Les Ligeois sont bons Catholiques , mais ils aiment fort la nouveauté, ^ Peuple franc, à cœur ouvert, un peu trop colérique, et fort jaloux n de ses Privilèges. — .... L*authorité des Factieux croissoit, qui ne ^ preteudoient que la conservation des Privilèges et de la Liberté ^ (prétexte gênerai de tous ceux qui aiment la iiouteatilé), et les ^ étrangers servoieut à attiser ce feu de division , priucipalemeut depuis

390 CHAPITEE XXII

Dan« le mois de juin^ trois cents jeunes gen^, des plus riches familles^ s organisèrent en compagnie militaire. Ils se mirent au service du Prince pour défendre la foi Catholique. Ils portaient un pourpoint étroit et des culottes flottantes de couleurs sombres, qu'ils relevaient par une gorgei-ette blanche et des chausses blanches.

Un jour qu'ils assistaient, sur le Marché, à la décapitation d'un Hérétique, un plaisant les appela Chiroux. Ce mot, qui dans l'idiome wallon désigne l'hirondelle de fenêtre, blanche sous le cou et sous le ventre, eut un rare succès ^

Les Chiroux traitèrent les railleurs de GrignoM, c'est-à-dire d'impies , de mutins ^.

s« la prise de Mastricht.,, a [Paiival, Histoire de ce Sièdedtfer: BruxeUes , 1666 ; t. I, p. 448. ]

* Uu contemporain, FouUon, fils de Chiroux, et Chiroux lui-même, rapporte que ce fut le costume bizarre de ces jeunes gens qui leur valut ce sobriquet : Visus est similis Chiroutio , sic vtdgo hirundifieni apodem vacant, plumis brevia crura contectam. On appela aussitôt Chirmui tous les partisans du Prince. Transiif mox appeUoHo ad' omnes Principis fautores, [ Historiae Leodiensis Con^ndium, p. 225.]

Sub id tempus, turma dicta des Chiroux treceniarum eircUer juvenum à Consul^ms confirmata..., [ Historia PopuU Leodiensis, p. 105.]

if .... Laquelle Compangnie estoit composée de la Jeunesse la plnfi it apparente de la Bourgoisie de Liège. Touttesfois icelle Ckmipangnie, ^ nommée par le Peuple des Chiroux ^ qui estoit grande (non pas allons is mais depuis) deux à trois cents, comme on disoit, tous enroUes, fiit ^ print en hayme du Peuple tellement, quils ne s'osoient monstrer en sf publioque à cause qu on crioit après eux : Chiroux ! £t meame ^ estoient aucunes fois battus, à cause que le biniict couroit que ^ c'estoieut tous jeunes hommes de la Sodalité, et que tout cela se fi faisoit au pourchasse des Pères Jesuittes, qui, tousjours, se mcsleut ^ des aifaii'es publicques.... ^ [Chroniques de Liège.]

' Au dire eoGoi-e de FouUou , les franc's Bourgeois fiiKni nonmiéd

ia31 — 1636 3U1

Ces sobriquete de Chiroufo et de Grignoux devinrent le^ noms des deux fftctipns qui dé^ol^ient la Cité 1.

Dans le parti des Ghiram se trouvaient les dignit£|,ires du Clergé, les foQctiomiaires du Prince et leurs tenante» les marchands enrichis et, comme toujours, la foule dea gens timides qu'entraîne rinfluence religieuse ou aristocratique, Ils n avaient d antre souci que d'obéir et de com-

Grigtioiu , parce qu'ils ridiculisaiept tout. Aîii cantra dicti Griguoutii, quod nomen renidentes, ri^umvè didudis labiis simulantes^ sanaL [Historiae Leodiensis Compendium, p* 825.]

Un Grignoux parle ainsi de s,e3 ^dvefsairps ; ^ Vous êteti bjen spuiit blables à cet ojseau que les Grecs appellent la Glottide, et nous ^ Chyfôux, qui est une fausse hirondelle, bkmche sous le ventre , f. laquelle na fait rien £|^ue j^a;^Quill^r aveo exees lorsque Tair est chaud ^ et riant; mais aussitost qu'elle sent les premières prises du froid, 4» elle est morfondue , rampante , et traisne faisle comme demy-morte.... jr Ne voyla-t-il pas justement vôstré pourtrait? Comme la fausse ^ hirondoUe bfibillarde , vos braveries et rpdomoiitiuies ne donnent des ^ fr^eurs «t pâleurs de mort qu'à loertaimf petits vArmisseaux.... ^ [ Pamphlet du tsmpfi. ]

On ât les mots Orignautie et Chirouite, Chirautiste »t Ghiroutierie.

* * Ceux qui maintenoient le respect du Prince, faisoient gloire ^ d*estre appelles Ohiroux; et les Grignoux se vantoient de main- * tenir la liberté, ss [Pari val, Histoire de ce Siècle de fer, t. I, p. 4«».]

Vrhs autem m duos praecip%te Factûmes dividebatur , Chiroutiorum ac Qrignottioiiiun. lUi prvmores CUvium erani, Patridi plerique ac Literati; M, è VufgOf sed pUrwnque numéro ae tribus superiores* Ces lignes sont d'un contemporain, Brachelius, ffistoria nostfi Teni* porisî Cologne , 1652, 1. 1, p. 259. — Tout ce que dit cet historiographe sur nos troubles est très partial, écrivant sous les yeiix du Prince. De plus, il ne prend ses renseignements que dans les libelles des Chiroux, et notamment, dans la Tramlatio Cafhcdrcdis Capituii et Tribunalium Leodiensium ad Oxypidum Huense; 1(34^, in'4» de 1-13 pages.

plaire en tout au Prince, à la condition de partager avec lui les honneurs et les revenus du Pays 1.

Le parti des Orignaux était bien supérieur en nombre: il réunissait les francs Bourgeois, les hommes qui chérissaient les démocratiques habitudes des vieux temps 2. Us voulaient toutes les libertés qui pouvaient se concilier avec Tordre et la sécurité. Sans porter atteinte aux droits légalement reconnus du Prince, ils entendaient qu'il maintînt strictement la Neutralité; qu'il n'assistât l'Empereur d'argent et de soldats, que pour combattre l'ennemi commun , les Turcs ; qu'il respectât l'indépendance de la Cité, les privilèges des Bonnes Villes et les franchises des Bourgeois , tels que les déterminaient les Paix antiques ^.

' Les Chii*oax ne manquaient pau de be dire les seuls défenseui*» de la vieille Religion, et naturellement de la justice, de la liberté, de 1 urdre public. Vulgabatur instUui istam Fadionem ad tuendam F idem Catholicam, ad promovendum îiberum JustUiae exerciHum, ad fùcenda fœdera.... — Mirum videbatur quod turma des Cbiroui.... qiiae dicébatur pt'aecipuè inutituta ad tuendam Catholicam Fidem,... lllistaria Populi Leodiensis, p. 105, 107. J

^ Pour les hautains serviteurs du Prince, on le comprend, le& Grignoux sont tous ambitieux, «r des gens de néant, qui n*ont rien à ^ perdre, ains seulement à gaigner parmy les troubles, oppressions et s? ruyne des gens de bien.... ^ [Pamphlets du temps.]

^ Voici le progranmie politique des Grignoux :

sf Demeurer sous TEmpire (comme nous sommes) et assister TËmpe- ^ reur lorsqu'il fera la guerre contre Tennemy commun, qui est le gf Turc, et non pas autrement; — laisser le Prince dans ses droicts et s: preminences; — maintenir la Cité en ses Anciens Droicts, Privilégias ^ et Libertez; — tenir correspondance avec les Roys Catholiqueb a voisins , et se deffendre contre tous ceux qui entreprendront de faire

Les Chiroux accusaient leurs adversaires d'avoir d'autres volontés i.

Pour eux, les Grignoux étaient des hommes entreprenants et dangereux; ils rêvaient un progrès moral et matériel impossible; ils se faisaient les fauteurs de la liberté de conscience, pour détruire la foi Catholique; ils ne cherchaient rien moins qua détacher de l'Empire le Pays, pour lo constituer en République fédérale 2.

Les Grignoux gardaient le silence sur les desseins secrets qu'on leur attribuait. Ils réclamaient seulement, avec une énergie toute particulière, l'observation de la Neutralité. Ils s'en

^ des actes d^hostilité et des tyrannies contre nostre Pays ; — la Nei4' ^ traîUé avec un chascnn. a [ Pamphlets du temps. ]

C'étaient là les doctrines de Beeckman et de tons les sincères Patriotes. Voir Historia Pqpuli Leodiensis, p. 78.

' Les Chiroux et les Grignoux en arrivèrent à porter des couleurs. ^ Les Chiroux portoient hleu'mowrcmt , couleur de Son Altesse; et les ^ Grignoux avoient à leur chappeau des rubans de soye vert geay, ^ laquelle couleur a esté accordée aux Liégeois par TEmpereur Charle- ^ magne, lors appellee vert-gris. ^ IChroniques de Liège.li Ce vert geay est la couleur du noyer , le verd naissant.

* On faisait un grand reproche aux Grignottx d'incliner vers la liberté religieuse, le Protestantisme, pour obtenir l'assistance de quelques Puissances voisines.

Un Grignoux répondit avec finesse à ses adversaires, qu'ils ne montraient pas tant de susceptibilité en fait de religion, lorsqu'il s'agissait de leurs intérêts. ^ Pourquoi ne vous plaigniez-vous pas , ^ lorsque vous appellastes les Trouppes Allemandes de la Ligue dans ^ nostredit Païs, où vous leur avez permis l'exercice public de leur ^ Religion, contraire à la nostre, au pervertissement de plusieurs, et ^ au scandale de tous? Mais vous n'aviez garde de vous esmouvoir ^ ny mettre en colère , puisque c'estoient ceux qui dévoient seconder if vos desseins!... ^ \ Pamphlets du tiemps.]

vantaient. La Guerre cfe Trente An8 passionnait: ils n'adhéraient ni à la Ligue Catholique ni à la Ligue Protestante. Nonobstant le risque, ils ne se prononçaient en faveur ni de FEmpereur, ni des Hollandais, ni des Espagnols ^

Cette politique, qui satisfaisait la France et les Provinces - Unies , était approuvée par ces puissances. Dès 1623, les Provinces - Unies avaient reconnu la Neutralité Liégeoise, telle qu'elle avait été stipulée sous la garantie de la France, de TEmpereur et du Souverain des Pays-Bas 2. De son côté, en 1630, Louis XIII,

' Pendant la terrible Guerre de Trente Ans^ les États refusèrent de payer à l'Empereur des subsides extraordinaires : celui-ci n était en droit d*en demander ^ que lorsqu*!! était en lutte contre le Turc.

Ils disaient le 14 mai 1686 : ^ Les Estats ne denyent point absolusf ment d'estre obligée aux Contributions Impériales, âiais soubs «: certaines et coustumieres forme et manière acceptées par Sa Majesté fi Impériale.... ^ [Registre de la Noble Cité de Liège, 1636, fol. 232.]

C'était avec grande raison ) que les Gcignoux répondaient à leurs adversaires : ^ Nous voyons tant de contrarietez et répugnances dans fi VOIS conseils, qn*a moins d'estre folt ils ne peuvent esire aggréés. fi Car prendre le party, dc^ns ces occurrences de guerre, du Prince, fi qui est du party de la Itigtêe, il n'y a point de doute que du lendefi main nous sommes subjects aux Contributions , et no^ Bourgeois et fi Marchands jugez de prise, et par ainsi, nostre Neutralité perdue.... ^ [Pamphlets du temps.]

* Voici un extrait de cette reconnaissance : fi Jjgs Estais Cfmenntx fi des Promnces-TJnies y ayant ouï et examiné la Proposition de 1» fi parte des Seigneurs Estate du Pa^s de Inege et Comté de Zoor, fi ftkiete par le Sieur de Groesbeek, Comte du Saint-Empire, en fi TAssemblée de leurs tlaultea et Puissantes Seigneuries , et exhibée fi par esoript le 17 de Janvier dernier, et ce en vertu des Lettres fi oredentialles desdita Seigneui's £atat« de Liège datées du 4 du mesme fi mois de janvier : après avcHr meureraent examiné et délibéré sur la fi déduction des raisons alléguées et y reprinaea.... Pour 1» benne et

Roi de Franco, s'en était déolaré le défenseur vis-à-vis des Princes voisins, et, bien expressément, contre l'Empereur et le Prince de Liège lui-môme ^.

Dans la Cité, dont la population était de plus de cent mille habitants 2, il y avait des rixes fréquentes entre les Chiroux et les Grignoux 3.

^ droicte inclination et resolution de leurs Haultes et Puissantes Sei- ^ gneuriesi de maintenir et continuer , avec lesdits Estatz du Pais de ^ Liège et Comté de Looz, une vraye Neutralité, bonne Voisinance et ^ Correspondance : sont leurs dites Qaultes et Puissantes Seigneuries < contentes, et accordent par ceste, etc. ^ [Dans le Pâtrelhâr.}

' Déjà en 1630, le 20 février, Louis XIII, Roi de France, écrivait aux Trois Etats une lettre , qui commence ainsi : ^ Très Chers et Bons Amis,

# I/état déplorable auquel votre Pays se trouve réduit par les foules ^ et exactions des gens de guerre des Etats voisins, et par les courses . sr passages et logements qu'ils y font avec toute sorte de licence et ^ d'impunité, au préjudice de la Neutralité, qu'ils sont obligés d*ob- ^ server envers vous par divers Traitez faits sur ce sujet : Nous avons if pensé de vous faire soulager de ces oppressions par nostre propre ^ inclination, etc. 0

Cette lettre et autres du même Roi en faveur de la Neutralité Liégeoise, se trouvent dans les Chroniques de Liège; dans le Mercure François, t. XVI, p. 435, etc.

* Ce cbifire de la population semble avoir été relevé sur les notes des curés des trente-deux paroisses de la Cité. C'est en homme bien informé, que le Nonce Carafa écrit : ... Urhem Leodiensem, in qua et in amplis stUmrbiis ejus, minimum censentur Civium centena millia,., [Legatiû apostcliea ad Provindas inferioris Germaniae, p. 13L]

^ L'influence de la politique extérieure sur les affaires du Pays, était considérable. Ce fut avec anxiété que Ton apprit les projets de guerre de 1b Franoe, alliée avec les Provinces-Unies. Ces deux Puissances, par le traité conclu à Paris le 8 février 163Ô, s^arrangdrent pour la conquête et le partage des Pays-Bas Espagnols. [Sehoell, Histoire des Traités àe Paix, 1. 1, p. 103, etc.]

Pour tenir tête à l'Empereur, le Roi de France attirait dans sa ligue

Chaque rénovation magistrale amenait quelque ochauflfburée meurtrière.

Aux élections du 25 juillet 1635, les Grignoux eurent une prépondérance marquée. Deux de leurs chefs, La Ruelle et De Sélys, furent oliis Bourgmestres ^

Toutes les élections pour les divers offices,

tous les petits Etats , ou les engageait à rester abeolnment neutres. Il accordait des subsides à ceux dont la neutralité devait être armée. Le Pays de Liège fut dans ce cas , lorsque les Grignoux eurent ressaisi la prépondérance.

Le Roi de France avait un Bésiclent h Liège. C'était René de Ficquelmont, Abbé de Mouzon.

* Avec de tels Bourgmestres à sa tête , le Conseil de la Cité ne vonlnt plus se laisser fouler, à tort et à travers, par le Prince. Il recouTra le commandement des armes, et le droit dlmposer les Bourgeois. Voici des extraits de quelques unes de ses résolutions :

«f En Conseil de la Cité de lAege, tenu le 17 de novembre 1635, en ^ la Salle Haulte.

if .... Là miesme , lecture faicte d'un prétendu Edict émané du Conseil is Privé par un prétendu Ad vis du Chapitre Cathédrale, en date du as 80^ d'octobre dernier : le Conseil de la Cité a deffendu et deffend if sérieusement à tous Capitaines et Officiers du Banlieu d'obéir audit g! Ëdict, mais bien ordonne d'observer VEdict fait par Messieurs les a Bourguemaistres, Jurez et Conseil de la Cité le 25 d'octobre an con* fi rant, à peine d'estre despublié de Bourgeoisie. ^

— is En Conseil de la Cité tenu le 29 novembre....

fi Là miesme, lecture estante faicte d'un Project en date du 27 nofi vembre 1635 , émané de la part de Messieurs les Députez des Estais. fi touchant quelque donative à faire à Son Altesse : le Conseil respond fi ne pouvoir présentement se resouldre à faire quelque donaiite. fi d'autant que la Cité n'at aucuns deniers à la main....

fi .... Et quant aux tailles mentionnées par ledit Project : le Conseil fi proteste de force , de violence , de tous dommages et interest-s, pour if les recouvrer allencontre des personnes qui se présumeront les lever fi sans le consentement des XXXII Bons Mestiers , pour le préjudice fi que la Boorgeoisie y at. s» [ Registres de la Noble Cité de Liègej 1635, fol. 202 ss.]

notamment pour le siège des Vingt-Deux, furent également favorables aux Grignoux^.

Le Prince s'irrita de ces succès. Non content de laisser ruiner la Hesbaye par les Espagnols , ses alliés, il engagea Piccolomini et «lean de Weert, généraux de la Ligue Catholique , à s'emparer de la Cité 2. Pendant les cinq mois qu'ils la tinrent

' La Magistrature précédente , composée de tons Chiroux , sëtait astuciensement opposée à Texécution d'une sentence des Vingt-Deux. Voir divers libelles du temps, notamment : Maintien des Paix des Seigneurs Vingtedeux ; Liège, 1635, in-4<>. Le début est ainsi : ^ Nez Devanciers, prévoyants sagement que ce Pays de Liège n^estoit «s perdurable en sa Constitution sans quelques Loix particulières et ^ fondamentales, soubz Tauthorité desquelles lambition des plus forts if fusse contenue es bornes de la raison, et un chacun guaranty des

< oppressions des plus puissants et audacieux.... ^

A la rénovation du 13 décembre 1635, quatre GrignoiAX furent élus Vingt-Deux, Voici comment sen lit la publication à la baille de motel de Ville :

^ Messieurs ! 11 a pieu à la Généralité des XXXII Bons Mestiers ^ d^eslire, par la pluralité des voix, pour Seigneurs Vingtedeux du

< Pays de Liège et Comté de Looz : de la part de la Cité : Honnoré ^ Seigneur Piere Bex, Docteur es drois et jadit Bourguemaistre par ^ deux fois, Honoré Seigneur Crespin MasiUan, Docteur es drois et ^ Advocat de la Vénérable Cour de Liège; — sur le Bon Mestier des ^ Couveliers : Honnorable Charte dél Chassie; — et sur le Bon Mestier ^ des Corbesiers : Honnoré Seigneur Maistre Gérard Haden, Docteur is es drois et Advocat de la Vénérable Court de Liège. Ausquels por- ^ tarés toutte honneur, et respect convenable, n [Registres de la Noble Cité de Liège, 1635, fol. 205.]

' ^ Que n'a-t-on point fait, pour nous vouloir sousmettre soubs ^ ce pesant joug , d'estre commandé par un seul ! Pour cest effect , ^ n*a-t-on pas appelé Jean de Weert, Picolomini, le Duc Charles et le ^ Prince François, avec chacun une armée, du plus profond de TAlle- ^ magne, dont les sacrilèges commis, les Eglises pillées, les Villages jT bruslez, le meurtre et le sang en demandent encor justice et ven- ^ geance à Dieu et aux hommes.... ^ [Pamphlets du temps.]

On intercepta et on publia plusieurs lettres du Prince, par lesquelles

bloquée, ces pieux forcenés firent des courses dans le Plat-Pays, pillant, ravageant, brûlant tout ce qui se trouvait sur leur passage i. L'un tomba sur la Bonne Ville de Bilsen, et la réduisit en cendres; le second emporta la Bonne Ville de Tongres, la saccagea, et en emmena cinq Grignoux àHuy, où on les décapita, après leur avoir coupé le nez et les oreilles 2.

il engageait Jean de Weert à saccager le Pays. Nu) n'ignorait ce bài — Le Prince 0 donna charge à Jean de Wert de s'y en aller log0r et s» faire entretenir ses troupes ; ceux de Liège sy opposèrent.. « ^ dit notamment le Cardinal de Richelieu, en ses Mémoires; édition de 1823, t. IX, p. 205.

' a Us pillèrent touttes les Esglieses et ornements le pins scanda- ^ leusement que Ion se scauroit imaginer, sans respect de Noble ny gg Ëcdesiastioque , tuant, forçant, viollant, meurdrissant, brûlant. ^ pillant, et faisant touttes autres choeses inouyes... a [Chroniques de Liège.^

On rappelle tous ces brigandages dans une protestation du 29 avril 1636. Les premières lignes du préambule sont à citer : # De la part ^ de Messeigneurs les Doyen et Chapitre de l'Eglise Cathédrale en ^ Pabsence de Son Altesse Serenissime, et les Bourguemaistres , Jurez ^ et Conseil de la Cité de Liège , on fait scavoir à tous et ung chacun ^ qull appartiendra. Que comme parmy les trouppes des gens de 10 guerre conduictes par Jetm de Wert et autres , s estant hostilement ^ fourrées dedans ce Pays et ayoisinees de ceste Cité, avec démonstration s? de voulloir entreprendre sur icelle, exerceant en cestuy Pays, voir sf mesme au Banlieu de ceste dite Cité, toutte sorte dacts d'hostilité, ^ cruaulté , barbarie et inhumanité^ bruslants, pillants, ravageante. ^ saccageants, meurdrissants, viollants, ranconnans et dévastants eu ^ violation de la Paix Publicque, et des Droits, Pacts et Concordats de *f cest Estât jurez par le Prince et advouez par les Empereurs raesme, «F corroborez par sauvegardes particuliers d'icenlx.... gs [Jiegisirts de la Noble Cité de Liège, 1636, fol. 226.]

* ^ Le 13 de juin 1636, les Croates assaillerent la Ville de Tongre. iP Taiant autrefois semond , dont ils entrèrent le 15 par le moyen des ^ Chiroux de la Ville qui tennoient leur partie , et ce par apoinctement.

Ces brigandages de commande ne purent abattre les Grignoux.

Au contraire i.

La Cité leva une milice de quatre mille mousquetaires , et de trois cents arquebusiers à cheval , auxquels se joignirent nombre de volontaires*

Les Croates de Jean de Weert furent harcelés et traqués jour et nuit. Ils firent retraite partout. Il était temps. Ils avaient incendié plus de huit mille maisons de la Banlieue ^.

# où ils 86 logèrent es maisons de ceux qui n'estoient phs Chiroux , if qu'ils ruinèrent... ^ [Chroniques de Liège, ^

Un Ghiroux , véridique à son insu , constate ces fureurs du Prince , ^ pratendant avec les armes de Jmn de Wert constraindre les Liégeois ^ & luy ouvrir les portes de la Cité , pour recevoir Tobeissance qu'il ^ s*attendoit d'eux; à quoy il n'a sceu parvenir pour la résistance ■* qu'ils luy ont fait, fondée sur le maintien de leurs Privilèges » Franif chises et Libertez : pendant quelle , je ne scauroy esciûre ny ramen- ^ tevoir sans douleur les branscbats, concussions ^ rapines, pilleries, «r larcins, inhumanitez, outrages, violences, injustices et sacrilèges 0 que les soldats dédit Wert ont exercé sur le Pays de Liège,.*. ^ [ Melarti Histoire de la Ville de Huy, p. 31.]

* Sub id tempus erat ah hostibus grave imminensqm perioUlum y nec prqptereâ frangebaniur Leodiensium animi, [Hiitoria Populi LéodiensiSf p. 132, etc.]

* 0 lue 26 de juin 1636, vers le midy , Jean de Weert, le Comte Picodf lomini et le Duc de Loraine levèrent le siège ou blooquement de la 0 Cité, à la grande rejouissance des Liégeois, soy retirants en grande 0 baste hors du Pays , ayants laissé pour gaige plus de quinze cents 0 des leurs aux environs de la Cité, laissants pour marque de leur rage 0 la désolation et les fondements des Ënglieses et Maisons par eux 0 brufil«es au nombre de a^t è^ huit mille, eto. ^ [ Chroniques de lAègt» ] — 0 L'on oomptoit plus de huit mille maisons qu'ils avoient 0 «oiunmées par les flammes , quantité d^églises profanées , ce qu'il y 0 avoit de pins sacré foulé aux pieds , eto. s? [ Bouille , Histoire du Pays de Liège, t. III, p. 224.]

Les Chiroux avaient cherché, pour ressaisir la prédominance, à s'aider de ces calamités ^.

Le mercredi 9 avril, alors que la Cité était étroitement cernée, ces fanatiques s'attroupèrent tout à coup. Ils assaillirent THôtel-de- Ville , avec rintention d'égorfier les Bourgmestres et les Jurés, qui délibéraient. Les Grignoux soutinrent cette brusque attaque. Ils se renforcèrent bientôt. Ils prirent Tofifensive, et firent reculer les Chiroux, qui pénétrèrent dans la Cathédrale et s'y défendirent opiniâtrement. Les portes furent enfoncées à coups de canon 2. Pendant la nuit, les

I Pendant cette attaque des Chiroux, Jean de Weert devait être introduit dans la Cité pour leur prêter main-forte. Ce général, arrivé sous les murs, fut vivement canonné, et forcé à une désastreuse retraite. :? Jean de Werd venoit pour entrer par treïson en la Ville avec Tadjmic- ^ tion des Cîiiroux, et dévoient tuer et massacrer femmes, filles, hommes ^ et pettis eniians^.. ^ — ^ Les Chireux avoient dessein d*y massacrer a les Magistrats, et introduire les Croates dedans, affin par ce moyen ^ d^obtenir ceste souveraineté tant désirée avec le commandement sf absolud à Son Altesse , et ainsy estre Prince Souverain du Pays.... n [ Chroniques de Liège, ]

Cette insurrection est narrée dans les Pamphlets du temps.

* ^ .... On tira contre cette nouvelle citadeUe avec les fluttes, ainsy if nommées, qui sont pièces de fer assises sur roues quatre à cinq 3; pièces ensemble, qui donnèrent au travers; après ce, on amena uie a pièce de bronze, avec laquelle ils approchèrent la Grande Fontaine, if qui servoit de gabion, d'où ils tirèrent au travers desdits portails... * — ^ Nonobstant, ne peurent ce jour que faire ouverture des premières it portes , car la nuicte survenante le cannon cessa jusques an lendeip main ; et les Chiroux s'estants ainsy maintenus dans FEglise contre if leurs Magistrats, au lieu de se retirer cà et là, comme ils en avoient if le moyen, soy fortifièrent, trawant et rompant les vossnres des If encloistres pour leur de£Pence, faisants des canoniers dans le if portai.... ^ [Chroniques de Liège,'^

Chiroux les plus compromis s évadèrent; les autres recommencèrent à escarmoucher le matin; dans laprès-midi, ils demandèrent grâce ^ Ils sortirent de la Cité par la porte S^e-Walburge, honteusement, un flambeau à la main. Afin de protéger leur fuite, le Bourgmestre La Ruelle tenait le Peuple assemblé sur Avroi 2.

Ce triomphe se compléta.

Le Clergé se tourna du côté des Grignoux.

Pour se rallier les sympathies , il fit du zèle.

Le 17 juillet 1636, le Chapitre Cathédral adressait au Pape une lamentable requête, où il exposait

' ^ Le lendemaiu 10 ditto^ messieurs les Chiroujc recommencereut ^ la guerre de plus belle manière, dont plusieurs Bourgois furent encor 2? tuez et d'autres blessez ; dont le canon recommençât encor contre les ^ dernières portes jusques vers les neuf heures , qu*ils demandèrent à ^ pai'lementer.... £niin on leurs accordât trêve pour trois heui*es, à ^ condition de sortir de la Ville sans arme, donnant leurs noms par ^ escript. Mais ne voullant quicter les armes, recommencèrent lu ^ guerre vers les douze heures,... et aucuns Bourgeois furent encor ^ blessez à la morte; mais les médiateurs arresterent laccorde, qu'ils :f sorteroient avant le soleil couchant.... ^ [IMd,]

Il y eut des deux côtés nombre de tués et de blessés. ^ On tient que ^ de la parte du Magistrat (les Grignoux) il y at eu quelques vingt sf cinq hommes de tuez, sans les blessez. ^ La Cité ne fît grâce aux Chiroux que ^ moyennant qu'iceux eussent donné honneste réparation 1^ aux vefves, qui estoient dix-huit en nombre, desquelles ils avoient ^ tué les marits. :# [ Ibid» ]

* ^ Aucuns ont voulu dire que le Bourguemaitre La Euelle fit une ^ grande faute en ce temps, qu'il ne les fit pas tous passer par les armes ^ comme séditieux et perturbateurs approuvez , voyant qu'ils étoieut ^ en sa puissance ; il auroit conservé sa vie, et la ruyne de tant de gfi Bourgeois, qui depuis, par leur rage, ont été exilez et entièrement gt ruynés; mais il a préféré la douceur à la rigueur, et il en a été mal ^ recompensé Tannée suivante, tf [Ibid.]

les méfaite dont le Prm(je s'était ri^ndu coupable, et que rien, disait-il, ne justifiait ni -n'excusait i. Ses soldats, y avouait-on, avaient tout dévasté; ils avaient plus que décimé une inoftensive population; ils avaient violé les religieuses dans leurs cloîtres, les femmes en présence de leurs maris, les jeunes filles sous les youx de leurs mères 2. Ses agents se livraient à de tels excès, que plus de dix mille habitants s'étaient volontairement réfugiés dans les Provinces-Unies, où ils avaient abjuré le Catholicisme. Quant au Prince luimême , sa conduite était infâme. Il transgressait toutes les lois. Insatiable de richesses, il avait extorqué plusieurs millions de florins de tailles, et il ne cessait point ses exactions. Il avait mis en gage les biens de la Mense. Il avait saisi les fonds des Monts de Piété, la seule ressource des pauvres gens dans des temps aussi durs. Depuis vingt-trois ans qu'il était sur le siège épiscopal, il avait à peine résidé six mois dans le

* Non po88umu8, SandUsime Paier, dissimulare iniernecmum héUum ab Episcopo nostro kuic Ecdesiae^ CivUati a4) Mae Pairiac illaium.... * Neque coniieere passumva aut suspkari^ quid addmtcre poUberU Episcopum ac Principem nostrum ad ista in Ecdesiam nottram X)atranda , ac indicendum tam funedum, tam ctudeh heUum,... [0»ns VHisioria PopuU Leodiensis, p. 136.]

Des copies de cette supplique , conformes à la version que Ton adressa à Rome, furent imprimées; on en fit des traductions en langue Tulgaire.

^ Lugenms expulsas undique Postures ,,.. niortuas sine bapUsm Infantes, Aduitos sine sacrafHentis vitâ fundos, viokUas anie ora patrum ac oonjugum Virgines et Uxores, temeratas in dausim Moniales, etc. [Historia popidi Leodiensis, p. 136.]

PftySt Lorsqull y a^pparaissait , ce n'était que pour trafiquer de la justice, des offices publics, et exiger de nouveaux subsides.

Le Pape daigna s'émouvoir à cette vivo énumération des misères du Pays, et des vices de celui qui avait Thonorable mission d y faire régner Tordre. Il se refusa toutefois à sévir, et même à réprimander. Il répondit ceci : il allait prier son cher fils Ferdinand de ne plus tourmenter le bon Peuple 1.

En ce moment, Ferdinand, d'accord avec l'Empereur, travaillait pour placer le Pays sous la domination de TEspagne. A tout prix, ils voulaient maintenir le Catholicisme sur les bords de la Meuse 2.

' Aux jiuiÉ4$8 plaiuteb qui s'élevaient couire le Prince, le P»pe se borna, en effet, k faire cette plate réponse : ... Se quantociùs hortaturam esse E^isoopufHt ut ab iUa vexanda àbsisUU, enisuramque toiis viribus lUillumadducat ad amandes, ac carikttepaternâprosequendos tam dîfftMS SubdUos. [Dans ÏHistaria Populi Leodiensis, p. 141.]

Le Pays aurait été déUvré, bien probablement, du Prince, des Impériaux et des Espagnols , si les Provinces-Unies avaient voulu agir de concert avec le Boi de France. ^ .... Le Boi sollicita en vain plu- * sieurs fois Messieurs les Ëstats de secourir les Liégeois, et de ^ commencer à mettre leur armée ensemble , pour entreprendre d'un :f commun consentement le secours de Liège , Messieurs les Etats mars? chant à jour nommé par leur Pays du côté de Maestricht droit aux :f ennemis, et nous par le Luxembourg; ce que nous demeurions ^ d*accord de faire le 1®' d^août (1636), s'ils en vouloient convenir; if mais il ne les trouva pas disposés à faire aucune entreprise , s'excuif sant sur ce que le siège de Schench leur a voit consommé quantité ^ d*argent, et qu'ils avoient besoin de se reposer cette année. ^' [Métnoires an Cardinal de Richelieu, t. IX, p. 206.]

* ^ .... Les Liégeois avoient soupçon, depuis plusieurs années, quou

404 CHAPITRE XXll

Les Liégeois virent le péril. Ils Taffrontèrent.

La Cité engagea les Bonnes Villes à unir leurs effoi-te aux siens. Le jeudi 31 juillet 1636, les Députés de la plupart d entre elles s'assemblèrent à Liège, et contractèrent une fédération à leffet de défendre en commun la Nationalité ^.

La France encouragea la Cité, et la félicita de sa ferme attitude 2.

^ vouloli entreprendre auv leur liberté, et ne déficient, et de leur itf Prince, et plus encore de ladite Maison d'Autriche; mais cette année ^ (1637) ils en eurent une asseurance très certaine, car ils surent, de ^ bonne part, que TËmpereur etoit foi't pressé des Espagnols, avec le t? consentement de TËlecteur de Cologne (Prince de Liège), defaii-e ^ que leur Ville et Pays relevassent désormais de la Flandre, eo ^ recompensant ledit Ëlecteui-: et que pour parvenir à cette fin , ik ^ a voient résolu de continuer à leur envoyer des troupes de TËmpereur gi pour les ruiner peu à peu, et quant à quant les diviser, sous prétexte fi de diverses négociations. ^ IMénwires de Richelieu, t. IX, p. 493.]

' C'était la répétition du Traité d'Alliance de 1435 : ainsi, les Bonnes Villes if ont trouvé V Union très nécessaire , utile et importante poar if le Bien publicque ; et , de fait , ont icelle là même renouvelée jouxte fi le contenu des Lettres d\iUiuncc cy-devant dépêchées en date du fi 19 février 1435 : le contenu desquelles ont déclaré vouloir être tenu fi icy pour repetté, comme si de mot à autre elle y fust insérée, accords dant la permission aux autres- Villes absentes, voir les conviant, eu fi vertu de la dite Alliance et Confraternité ancienne , de se ranger au fi même rafraîchissement de ladite Uniofi,,,, fi ^ Alliances et Confcdérations des Bonnes Villes du Pays de Liège j p. 6.]

* Le Roi de France, Louis XIII, tenait, en effet, un langage tout sympathique dans les lettres qu'il adressait aux Trois Etats. Il écrivait aux Grignoux le 4 juin 1636 :

fi Très Chers et Bons Amis, Nous avons très grand desplaiiûr fi d'aprendre la continuation des vollerie et violence que Ton vous fi faict, pour vous oster la juste Iiibei*té dont vous jouissez; mais ce fi nous est au mesme temps Un grand contentement, de scavoirque fi vous vous deffeudez avec toute la générosité quil est possible, et avec fi un courage digue de personne. A quy ccste Liberté est connue.

Cette assistance rassura sur lavenir. Les esprits les plus timorés se dévouèrent à la cause populaire i.

Le Prince étant écarté , le Pays veilla lui-môme à rintérèt de tous , à la siireté générale.

fi elle doit estre plus chère que la vie. Nous vous exhortons à persister ^ en la ferme resolution que vous tesmoignez de la maintenir contre js rinjuste oppression que Ton veut vous faire. En quoy vous asseu- ^ rons d'une très affective assistance dans le mois de julette prochain , fi et- mesme plus tost , si vous nous faicte scavoir que vous en avez un fi pressant besoing, estant résolu d'employer la puissance de nos fi armes et tout le moyen que Dieu nous at nus en main, pour vous fi conserver.... fi [Chroniques de Liège.]

< fi Cette Lettre Françoise donna du courage aux Liégeois de se fi maintenir, et de la jalousie à Son Altesse, ses Ministres, nos Chiroux, fi et Partisans d'Espagne , de voir qu'un si puissant Roy prenoit la fi peine d'écrire à un Magistrat et Conseil déclarés Rebelles et ^ SedUieiÂX..., ^ [ Chroniques de Liège, ]

Aspirations de la Cité et du Pays. — Sourdes manœuvres du Prince. — Assassinat du Bourgmestre La Ruelle, — Ferme attitude des Grignoux. — Ils sont leurrés par le Prince. — Congrès ouvert à Tongres. — Paix de Tongres, — Elle maintient les institutions démocratiques , et impose la Religion Catholique.

La prépondérance appartenait au parti populaire^

Le Prince s'exaspéra de cette opposition , qui se fortifiait de jour en jour.

Instigué par les Jésuites, il résolut de se débarrasser du chef des Grignoux ^.

* Un jour, après avoir récriminé contre La Ruelle, le Prince dit froidement : sf Tollatur! a Les Chiroux essayèrent d^excuser cet ordre de meurtre , eu disant que le Bourgmestre projetait de livrer le Pays à la France. Grossière calomnie. Jamais il ne fut question d'introduire des soldats Français ni dans la Cité ni dans une Bonne Ville , alors cependant qu'ils ne cessaient de traverser et de retraverser le territoire. Les Grignoux étaient de sincères Patriotes. ^ .... S'ils a ont cherché de Tappuy en France et chez les Ëstats Généraux , c'a a esté pour se mettre à Tabry des horribles persécutions qu on leur sf suscitoit de tout costé. Quel mal y a-t-il , de chercher la protection if d'un plus grand que soy? N'est-ce pas le devoir d'un puissant ^ Prince, de prester la main aux oppressez injustement?... ^ [Pamphlds du temps.]

C'était en Homme d'État intelligent, que La Ruelle sollicitait la

La Ruelle en sut quelque chose.

Il s'habitua, peu à peu, au danger.

Un son*, comme il rentrait dans sa maison, un coup de pistolet lui fut tiré à bout portant. La balle le manqua. Elle atteignit sa femme, qui fut grièvement blessée. (3 novembre 1636 i.)

Le meurtre n'était que différé.

Le Comte de Warfusée avait conçu un projet qui devait lui livrer, simultanément, La Ruelle et la Cité.

Le Prince , adoptant ses vues , le mit en rapport avec le Gouvernement des Pays-Bas. Celui-ci promit de les seconder l'un et l'autre avec un nombreux corps de troupes ^.

Dans la matinée du jeudi 16 avril 1637 , soixante-dix soldats Espagnols, sans armes et

protection de la France. Verùm id credi de tatUo Viro non potest : erat enim Fatriae liberiatis studiosior. [Historia Populi Leodiensis, p. 134 ]

* ^ Ils blessèrent griefvement dans Tespaule sa femme qui gardoit ::: son marit, pour luy sauver la vie. ^ [Chroniques de Liège.]

* On trouva dans les papiers de Warfusée une lettre du Prince , qui lui écrivait que ce ^ service nous est agréable, et que ne manquerons ^ de le recognoistre et faire, de nostre costê, ce qui sera trouvé if expédient , comme vous dira plus amplement le présent porteur, s? £n même temps, et en son nom, son conseiller intime sollicitait Warfusée de hâter Texécution du crime.

Il résulte des récits contemporains , que le Prince avait commandé et payé Tassassinat de La Ruelle. C'était aussi Topinion régnante à la Cour de France, «s .... L'Electeur (Ferdinand) et les Espagnols, if reconnoissant le Bourgmestre La Iluellc homme de coeur, affectionné ^ à son Pays, et incorruptible, résolurent de s'en défaire, et en don- ^ nerent charge au Comte de Warfusée. «r [Mémoires de Richelieu, édition de 1823, t. IX, p. 495.]

munis d'un sauf-conduit, arrivèrent à Liège, sous le prétexte d'en emmener un transport de munitions de guerre. Ils se réunirent furtivement dans rilôtel de Warfusée, situé place S*^-Jean. Le Comte donnait, dans ce môme jour, un banquet, auquel il avait invité plusieurs Cliiroux, le Résident du Roi de France, et La Ruelle, avec qui il était parvenu, par de faux semblants , à se lier d'amitié. Au dessert, au moment où Ton portait la santé du Prince, les convives aperçurent avec effroi des canons de mousquets braqués sur eux par toutes les fenêtres du salon, i:^ C'est Tordre de TEm- ^ pereur et du Prince, ^ s'écria Warfusée. La Ruelle fut garrotté, et entraîné dans un cabinet. Il y était à peine entré, que des soldats se jetèrent sur lui, et le tuèrent en le frappant de dix-huit coups d'estoc et de taille ^

Le mouvement inusité qui s'était fait autour

' Tout ce drame est narré en quatre lignes par un contemporain : ^ Le Comte de Warfusée convie à dîner ledit La Buelle ; et au milieu if du festin , fait entrer ses assassins , qui se saisissent de sa personne , ^ le mènent dans une chambre, et après Ta voir fait confesser, le tuent if de douze ou quinze coups d'épée et de poignard. ^ [Mémoires de Richelieu , t. IX , p. 496. ]

Connaissant Tordre du Prince , La Ruelle s'attendait à mourir par le poignard ou par le poison. Ses familiers étaient dans une même appréhension, ainsi qu'on le voit par un mot de son domestique. if Ledit Jaspar estant desja lié, ledit Seigneur Bourguemaistre fut lié ^ les mains derrière , et en cest estât il regarda Jaspar fort pitoyables? ment, qui luy dit : Monsieur ^ fay tousjour dit que cela nous ^ arrivcroii !,.. ^ IHlstoire tragicque, ou Relation véritable de tout ce qui se passa au tp'ogique Banquet Warfuscen; Liège, 1637, in-4'>; p. 12.]

de THôtel de Warfusée, avait éveillé Tattention de quelques Grignoux. Ils soupçonnèrent une trahison, et en eurent bientôt la preuve.

La nouvelle de l'assassinat de La Ruelle se répandit rapidement. Les Bourgeois accoururent en foule, pénétrèrent dans la cour, et se ruèrent sur les Espagnols: de cette bande de meurtriers, deux seulement réussirent à s'échapper. Warfusée fut trouvé blotti dans un lit : poussé dans la rue, il fut renversé et assommé. Il fut dépouillé de ses vêtements, et attaché par les pieds à une potence, pour être, un instant après, décroché, démembré, puis brûlé dans un tonneau de goudron. Ses cendres furent jugées indignes d'une sépulture. On les jeta dans la Meuse i.

On honora La Ruelle d'une fête funèbre. Son corps avec ses blessures béantes, fut exposé, dans la nef de la Cathédrale, aux regards de la multitude désolée 2. H fut mis en terre au milieu du deuil général, où se mêlait l'anxiété du lendemain 3.

* sf .... Le corps de ce misérable Comte fut enfin bruslé en une tonne a an daget, et les cendres portées et jettees en la Meuse par quelques if garçons, a [ Chroniques de Liège, ]

Ce fut une sorte de brûlement civil , à Finstar des horribles brûlements religieux.

* Dans les gravures du temps, La Ruelle est représenté couché sur un lit , les yeux presque fermés , la poitrine découverte et percée de huit coups d'épée. 11 a deux moustaches retroussées et une petite barbe en pointe, à la mode du temps.

' ss .... Parmy tout cela avec larmes, non pas des femmes ny des ^ enfans, mais des hommes vieux et jeunes; et il fut loué comme un n Héros par une harangue funèbre, que la Vefve et les enfans en

Le Conseil de la Cité décréta qu'une statue do bronze, à leffigie de ce Citoyen intègre, serait érigée sur lunp des places publiques. On décréta aussi ^ vu qu'il était mort pauvre, que Von offrirait à sa veuve, comme rémunération, et en présence du Peuple, une somme de vingt-cinq mille florins 1.

Des lettres trouvées sur Warfusée avaient révélé de nombreux complices. On se mit à leur recherche aux cris de Mort aux Chiroux! Mort aux Prêtres! Les Jésuites furent expulsés, et leur couvent saccagé ^. Plusieurs Chiroux furent

s? doivent estre non seulement consolez, mais à jamais honores et s? glorieux. :? [Chraniqi4€S de Liège,] — Edidêre p}urimos fieius non puellae tantum , non mulieres , sed viri ipsi , ipsi senes, [Historm Populi Leodiensis, p. 146.J — «? Sa mémoire fut rafraîchie plusieurs amiees ^ ensuitte par les cloches de la Cathédrale, qu*on sonnoit au jour ^ anniversaire de cet horrible parricide, sf [Loyens, Recueil héraldique des Bourguemesires de la Noble Cité de Liège (ms. aut.), p. 371.]

Le porps de La Ruellp fut placé à côté de celu^ du Bourgmestre Beeckman, dans le caveau de l'église paroissiale de S^-Martin en De. Lors de la démolition de cette église, en octobre 1798, on retrouva intact le cercueil de Là Ruelle.

' «? Puis fut ordonné par le Conseil que Ton honorerpit les funérailles ^ du feu Bourguemaistre La Buélle, et qu'une rémunération honorable if seroit faite à sa Vefve par un présent de vingt cinq mille florins, et if qu*elle pourroit encore disposer de l'état du Gonsiliarat Ordinaire ^ à son profit, et que ses obsèques seroient faites au dépens de la Cité; ^ ordonnç^nt que toutes }e^ Eglises primaires et secondaires, Cloîtres, ^ GouvenSy Abbayps, Paroisses et autres sonneroient solenmellement ^ toutes leurs cloche ^ , où les Bourgeois alloient sonner suivant leur ^ volonté, dont les cloches de S^-Lambert eurent ce jour-là fort à ^ souffrir sans en oser rien dire.... a {^Chroniques de Liège.]

^ Plusieurs Jésuites se défendirent, et furent blessés; }eur recteur fut tué. Ihi Hector i iethale vulnw iUatum; sex autem alii accq^is

traînés sur le Marché, ot arquebuses sans miséricorde. Les plus notables qui étaient parvenus à s*évader, et avec eux la plupart des Echevins, furent bannis à perpétuité, et leurs têtes mises à prix 1.

La situation était grave.

Le Prince se coalisa avec le Gouvernement des Pays-Bas, et porta, de nouveau, la guerre dans le Pays. Tandis que les Espagnols s'emparaient des Bonnes Villes de Thuin, de Châtelet, de Couvin, de Fqsses, et menaçaient Liège, il appelait à Huy ses ministres et ses affidés, y installait ses tribunaux ecclésiastiques , y plaçait une forte garnison, et ordonnait des courses dans la Ilesbaye, qui fut toute ravagée.

iiem vulnerlbus non tamen mortiferis.,.. IJIiatoria Popuïi LeodiemîSi p. 144.] Cette expulsion des Jésuites indique, très surabondamment, que La Ruelle fut surtout une victime du fanatisme Catholique. Les Carmes déchaussés furent également expulsés , et leur couvent dévasté.

< ^ .... Veus les enquestes et pièces probatoires advancees de lu ^ parte du Sindicque de la Cité, touchant la sédition, conspiration, gi siège , blocquem^nt et autres attentats et violences contre la Cité et ^ Pays de lâegei le Conseil at condamné aprehensibles, comme traistres tf et ennemis de la Patrie :.... Voire que si aucuns desdicts jugez peut tf livrer ou tuer aucuns d'icieux qui sont jugeg avoir Coopéré à la a meurtre de feu le Bourguemaistre La BueUCf aura, au dessus de ^ son pardon , deux cent pattacons ; et pour les autres Bourgeois qui tf pourront attraper et tuer ou livrer ai|cuns d'iceux , il aura trois cens if pattacons; et qui poura pour cause livrer en la Cité un des Ëccless siasticques susdicts, il aura cincqz cents pattacons.... n [ Chroniques de Liège, ]

Les ffomplio^s de Wai*fu9ée, morts ou vivants, furent notés d'infamie. Leurs enfanta et petits-enfants eurent grande peine à réhabiliter leurs noms dans Topinion publique.

En agissant ainsi , il espérait terrifier et réduire la Nation.

C'était une étrange méprise ^.

Dans la Cité, Barthelemi Rolans avait la confiance du Peuple. Il était un autre La Ruelle, pour son généreux dévouement, pour son intelligence des vrais intérêts de la République 2. H

* Le Roi de France approuva fort cette attitude indépendante du Pays, qui était favorable aux relations internationales. Il le manifesta par cette missive , qui fut aussitôt imprimée et publiée :

i« Très Chers et Bons Amis, ^ Nous avons donné charge au Sieur Abbé de Mouzon, de vous ^ tesmoigner la parte que nous prennons au ressentiment que vous ^ avés de l'assassinat commis en la personne du feu Sieur de La BueUe, if et de vous asseurer sur ceste occasion , et pour toutes les autres qui es se pourront présenter, que nous employerons tousjours de très bon ff cœur tout ce qui sera en nostre pouvoir pour la conservation de voz ^ Libériez et Franchises , en la de£Pence desquelles nous vous exhor- ^ tons de continuer avec la mesme vigueur et fermeté que vous avés ^ fait paroistre en ceste dernière occurrence. Sur quoy nous estant ^ plus au loing expliqué audit S^ Abbé. Nous desirons que vous if adjoustiés entière croyance à ce qu^il vous dira en nostre nom. A if quoy nous remettant, Nous prierons Dieu qu^il vous ayt, Très Chers if et Bons Amis, en sa Saincte garde. £scrit a S. Germain en Laye, if le dernier jour d'avril 1637. Louis. ^

* s? Le Sieur Bartèl fut élu par le Peuple pour leur chef, et lui sf donnèrent vingt cinq gardes aux dépens de la Ville, pour la sûreté a de sa personne. £t peu après fut élu pour Bourgnemestre en la a place de La Buelle, duquel il imita lé courage et la générosité. # [ Mémoires de Richelieu , t. IX , p. 494. ]

Le Cardinal de Richelieu voyait juste.

Erat aptid Leodienses Vir quidam nomine BartJiolomaeus Rolans, d ictus vtdgo Barthel, qui apud Populum plurimâ gratiâ polMfat, fuitque deinceps à Bt*ella secundus..,. Sed et Dominus Barthel corpori tuendo satellites decem aut duodecim hàbere permissus est^ ceu fuerat permissum Consuli de la Ruelle. [Historia Popuîi I^eodiensis, p. 146.] — Chaque Bourgmestre eut une garde particulière, composée de six hallebardiers et de quinze mousquetaires.

était secondé par plusieurs hommes de talent, notamment par Pierre De Bex ^.

Sous leur inspiration , la Cité forma une sorte de petite armée complète, composée de cavaliers et de fantassins, auxquels se joignirent des milices 2.

Cette poignée de soldats fit tête aux Espagnols et aux bandes effrénées du Prince (1638).

La Cité adressa aux diverses Cours un manifeste, où elle exposait que, sans égard pour la Neutralité, le territoire était livré aux Espagnols par le Prince ^.

* Rolans et De Bex furent élus Bourgmestres à la rénovation magistrale du 25 juillet 1637. Vigesimâ quintâ, Consules creati sunt domini Petrus Bex, in jure licentiatus^ ac Barihoîomaeus Rolans, mercatar, viri Populo gratissimû [Historia Populi Leodiensis, p. 153.]

Lorsque Rolans fut ainsi en vue , les Chiroux dirigèrent contre lui leurs sots libelles. Us lui firent un crime de son dévouement au Pays ; de ne pas remplir ses devoirs religieux; d'être un mécréant, comme son aïeul; d'imiter son père, qui résidait fréquemment à Péville, pour ne pas aller à la messe , ^ et finalement s^est retiré dudit Pevye à if Neufville en Condroz, en une partie de maison, et y mourut, et a esté sf ensevély au desceu du Pasteur, sans exequ-es, prières et autres ^ cérémonies accoustumees aux bons Catholiques,,,. ^

On le voit : Rolans , comme ses parents , était un courageux lihrepenseur. Il y a mieux : il s'honorait de Yenterrement civil de son père.

Quoique protégés, aujourd'hui, par d'incontestables libertés constitutionnelles, il est peu de Liégeois, c*est notoire, qui osent se conduire comme les Ancêtres, comme les Grignoux.

^ La Cité se soutint sans l'assistance étrangère. ^ Le 3^ d'avril , ^ troia belles Compagnies de Cavallerie Liégeoise ont faict le seriment sf accoustumé avec les Estandarts dans la cour de l'Abbaye de Sainct if Jacque , etc. ^ [ Chroniques de Liège. ]

' Une gazette du temps a publié ce manifeste. En voici le passage important :

if .... \jeà\i Conseil , comme chef du Tiers Estât, a jugé ne devoir

Les États-Généraux des Provinces-Unies et le Roi de France accueillirent ces plaintes l.

Le Roi de France engagea les Trois Etats, qui siégeaient dani^ la Cité, à défendre la liberté nationale de toutes leurs forces , et il leur promit assistance et protection dès qu'ils len requerraient 3, Il informa en même temps Ferdinand,

^ attendre les extremitez , lesquelles ont failly à tout perdre en Tan 1^ X6Q6; mais ppur prévenir le mal et la perte conjurée de pe Pays, a ^ trouvé nécessaire de fi^ire ecrif ^ et notifie^ tout le fait t&n^ à Ba ^ Sainteté qu'à tous Roys, Princes, Estats voisins et à toute la Chres- ^ tienté, et les requérir très instamment de ne vouloir permettre la s? rupture de nostre NeutraliUL,. s? [Dans le Mercure François àe 1630,t. XXm, p. 387.]

* Le 26 novembre 1639, les États-Généraux répondirent par une lettre A leurs Très Chers et Bons Amis les Estats du Pays de Liège y par laquelle ils les engageaient à :^ se montrer affectionnez à leur if Neutralité, ^ les ^ asseurant en outre , que Nous ne manquerons ^ jamais à apporter à vostre repos et subsistance tout ce que vous if pourrez désirer de vos meilleurs Amis, tf [ Chroniques de Liège.}

* Le Roi de France écrivait le 16 mai 1639 aux Trois Etats :

^ Très Çhers et Bons Amis,

sf Ayant tousjours à désir de veoir vostre P^ys en repos et tranquilif lité par le moyen de la Liberté et Neutralité dont il doit jouyr : il s: novis a semblé vous dpvoir advertir et exliorter de la maintenir ss tousjours pour vostre propre bien , auquel noua prennpns interest ss selon Taffection que nous avons pour vous, comme voisins, et anciens if amis de la France.... if

U leur écrivait encore le 22 octobre :

a Nous avons eu très grand desplaisir d'apprendre ce ^ui se passe «s au préjudice de la Neutralité, qui a esté depuis si longtemps observée :f dans vostre Pays , et que les Princes voisins , qui sont affectionnez à «f vostre repos, ont tousjours gardée, et les desseins que Ton a conti'e gf voz Privilèges et vostre Liberté, qu'il semble que Ton veuille oppri- 0 mer. C'est ce qui nous oblige à vous escrire la présente , pour vous if exhorter à vous opposer vigoureusement à tout ce que Ton voudroit a entreprendre contre vosdits Privilèges, la dite Neuiralité, et le

par plusieurs lettrps missives, de sa déoieion bien sérieuse ^.

Péponcerté par cette conduite des Provinces- Unies et de la France , le Prince se remit, comme en 1631 , à négocier. Il se rendit à Saintron , où il ajourna les Trois Etats. Certain d'être appuyé par rÉtat Primaire et par TÉtat Noble, il exigea de TEtat Tiers le rappel dps Chiroux bannis, la renonciation expresse h la liberté religieuse, et enfin, la votation d'impôts extraordinaires 2.

il Jfepos de vostre Patrie qvii y est aXis^bp..». a {^Chroniques de lAège.'^

Cette fameuse Neutralité du Pays de Liège , on ne doit pas Foublier , mettait en sûreté une cei*taine étendue de frontières de la France et des Provinces-Unies.

* Voici le texte de Tune des lettres que le Roi de France adressa au Prince :

if Mon Coimn.

sf J'ay eu avis que Ton prépare et que Ton fait desjà des grandes îs nouveautez dans le Pays de Liège au préjudice de la Neutralité, qui ^ s'observe, d'un commun consentement, par les Princes voisins à ^ Tesgard dudit Pays , et que Ton moleste bien fort la Ville de Liège , ^ et principalement ceux qui se monstrent affectionnez à la dite Neusf tràlité. C'est ce qui me donne sujet de vous escrire la présente pour ^ vous dire, que si vous désirez que ledit Pays soit maintenu en repos, ^ il est nécessaire d'empescher et faire cesser tout à fait telles nou- ^ veautez , lesquelles si nous voyons continuer , nous serons obligez d'y ^ prendre nos avantages pour en ester la commodité à nos ennemis , ^ et de faire au surplus tout ce que nous aviserons à estre à nostre ss avantage sur ce sujet. Priant sur ce Dieu qu'il vous ayt, mon ts Cousin, en sa saincte et digne garde. Ëscrit k Lyon le 23 d'octobre ^ 1639. Louis, s* \Ibid.]

Tous les document et lettres relatifs aux affaires du Pays, étaient livrés & la publicité par le Gouvernement Grignoux , soit sous l^ forme de placards, soit sous celle de ][)rochures.

^ En lisant les pièces relatives & ces négociations , on est indigné du

Les Députés des Bonnes Villes n'étaient pas gens à accepter de pareilles conditions. Ils réclamaient^ eux, loubli du passé, le retrait des impôts, et surtout, la liberté religieuse, conformément aux lois de TEmpire.

Sur ce désaccord , les Etats se séparèrent.

A quelque temps de là, des conférences se rouvrirent à Saintron, puis à Tongres i.

Dans la Cité, le Peuple était las de ces fluctuations. Il était, d'ailleurs, à bout de ressources, et dans la détresse. Il était prêt à tout renoncement, pour recouvrer une sécurité devenue urgente 2. H fut amené ainsi à répudier momen-

ton altier et impudent avec lequel le Prince et ses agents parlent anx Trois États. Comme exemple, voici quelques lignes d'une lettre adressée à la Cité , le 6 décembre 1639, par le Prince : ^ .... Par noz ^ présentes, vous notifions nosdits Reces et Bonnes Volontez, et tout ^ ensemble, par nostre Authorité Principalle, commandons à tons a Tenans et Administrans le Magistrat de nostre dite Cité , et chacun ^ d'eux , soubs peine d'estre chastiez comme Chefs et Rebelles , Sedi- ^ tieux et Perturbateurs du bien et repos publicque , de mettre bas les ^ armes, casser leur prétendue Milice, et abstenir entièrement de ^ toute sorte d'hostilité , quitter les places et postes.... r

Dans une réplique, la Cité s'écriait avec raison : s* .... Mais quel ^ horreur! de voir dans les mesmes lettres les termes furieux de ^ conjuration f de séditieux, factieux et rebelles, lesquels il applique ^ aux Liégeois, qui ne respirent que le repos de leur Patrie, et la ^ parfaite conservation de leurs Droits et Neutralité.^, ^ IPamphkts du temps. ]

^ Interea de pace agebatur; assignata erat Urbs Tongrensis coUoquio. [Historia Pqpuli Leodiensis, p. 185.]

* Des gens stipendiés s'en allaient criant, ça et là, qu'il fallait, coûte que coûte , une réunion avec le Prince. Voici un document qui montre comment on maîtrisait avec peine la reaction.

ss En Conseil de la Cité de Liège tenu le mardi 22 novembre 1039,

taiiément la fière doctrine des Grigiioux, pour qui la liberté politique impliquait nécessairement la liberté de religion et de culte ^

Cet abandon dun principe si cher au Pays, valut à la Cité d'être adulée et choyée par Ferdi-

# en kl Salle haute, — Le Conseil deffend iterativement, a tous et un ^ chacun, de s'attrouper, mesme vomir des propos scandaleux et ten- ^ dans à esmotion et tumulte, à peine d'estre saisis au mesme instant ^ pour estre chastiez en toute rigueur ; et en cas de résistance , de les if tailler en pièces. Et qu'il soit imprimé et affiché. Par ordonnance if dudit Conseil, st [ CJironiques de Liège. ]

' Cette question , qu'on pouvait exercer ses droits de Citoyen sans être tenu de remplir des devoirs religieux quelconques^ est traitée avec un remarquable bon sens par les Grignoux. Ainsi ils disaient, en termes bien nets :

if .... Les avantages que la nature et uostre naissance nous a donnés, ^ ne peuvent nous estre arrachés, sans une injustice manifeste, jjar la jf seuk considération de nostrc Religiofi.... Il n'y a point de loy ifi fondamentale dans l'Ëstat , qui nous fasse perdre nostre Bourgeoisie ^ et nos Mestiers, si nous ne sommes Catholiques Bomains. Nos is Âucestres l'ont recogneu en l'an 1562.... Il n'est pas absolument ^ nécessaire d'estre bon Catholique pour estre bon Citoyen ; et quand ^ bien on nous jugeroit faillir contre les devoirs du premier, il ne if s*ensuit pas de là que nous ayons rien commis contre les devoirs du ^ second.... ^ — ^ Un Liégeois perdra-t-il , et ce nom , et son Mestier , ^ et ses immunités, pour ne pouvoir en tout et partout assujettir sa ^ conscience à la doctrine de nos Prestres, conscience de laquelle Dieu ^ s'est réservé l'empire exclusivement à tout autre ? Et sera-t-il dit p que parmi un Peuple si jaloux de sa Liberté y rien n'y soit moins libre ^ que ce qui peut estre moins forcé, et ce qui ne doit estre assujetty à p la discrétion des Hommes, c'est assavoir, le cœur et la conscience?

* Rien ne doit estre si volontaire que la Religion.... ^ [Pamphlets du temps. 1

On le voit : pour les Grignoux , pratiquer ou non des devoirs de religion, c était de petite conséquence. Chacun pouvait avoir telles croyances religieuses qu'il lui plaisait, à la condition d être bon citoyen.

Tout cela, assurément, atteste chez les Grignoux une rare intelligence du progrès moral.

nand i. Elle fut contentée en tout. Néanmoins elle se défiait encore des promesses du Prince, dont la perfidie était vérité d expérience. Elle demandait, au préalable, que la Neutralité fut garantie par les Trois États. En outre , elle voulait qu'il ne fût plus permis au Prince, sous aucun prétexte, de faire intervenir ses Alliés dans les affaires domestiques.

Le vendredi 13 avril 1640, les Etats fournirent ces assurances. Ils déclarèrent que la Neutralité serait strictement observée; que le Pays resterait partie intégrante de TEmpire, et qu'il ne contri-

' Ce qui montre bien que Finfluence des Grignoux n^était plas prépondérante, c^est la retraite à Maestricht du Résident de France en octobre 1639. Cette circonstance fut alors très remarquée. Un contemporain écrit : ^ Les affaires de la France dans le Pays de Liège fi commencèrent à décliner vers le milieu de cette année , et ensuite à fi se ruiner tout à fait, jusqu^au point que F Abbé de Mouzon,qaiy fi tenoit comme lieu (poste) de Eesideni, se retira tout à fait ^ [Mémoires de Bassompierre, édition do 1823, t lU, p. 401.]

Louis XIU ne put, par ses lettres bienveillantes, relever Tesprit d*une population égarée. Il écrivait encore en novembre 1639 : fi Très Chers et Bien Amez.

fi Nous avons envoyé ordre au Sieur Abbé de Mouzou de retoorner fi vers vous pour vous assister en nostre nom, comme il a faict cy-devant fi de ses bons avis, et de plus, il a charge de voir avec vous les moyens fi plus propres pour empescher les desseins de ceux qui veulent ruiner fi vostre Liberté et Neutralité j à quoy il vous fera entendre la resolufi tion que nous avons prise de contribuer de bonne sorte. Cest ce fi que nous avons voulu vous faire scavoir derecheff , en attendant que fi le S** Abbé se puisse rendre en vostre Ville , ce qu'il fera en bre£ fi Priant sur ce Dieu qu'il vous ait, Très Chers et Bien Amez, en sa fi saincte garde. Ëscrit à S^ Germain en Laye , le 28 novembn^ 1639. fi Louis, fi

fi A Noe Très Chers et Bien Amez les BourguemaistreSy Jurez et fi Conseil de la VUle de Liège, fi

huerait à aucune taxe , excepté lorsqu'il y aurait îçuerre avec le Turc ^

On discuta et on accepta ces préliminaires dans la Bonne Ville de Tongres , le 26 avril. Le Prince y donna son approbation le 14 juin, La Cité n'accorda la sienne, et non sans difficultés, que le 4 juillet 2.

Ce mercredi 4 juillet, la Paix de Tongres fut publiée au Pérou de la Cité.

Elle résolvait des questions très importantes.

D'une part, elle statuait que le Pays continuerait à être État d Empire; que la Neutralité, malgré cette dépendance, serait inviolablement main-

' Voici les passages essentiels de cette déclaration :

^ Nous les Trois Estais du Pais de Liège et ConUé de Looz.

^ Comme il est notoire que la conservation de ce Païs , situé aux fi Confins les plus esloignez de FËmpire, et aux Frontières de tout ^ costé des Puissances voisines, dépend uniquement d^une vraye et ^ parfaite Neidralité avec tous Princes, Potentats et Estat^ voisins. fi G^est pourquoy nous avons unanimement déclaré, promis, conclud fi et arresté , conmie par ceste déclarons, promettons, concludons et fi arrestons, d'observer et maintenir une parfaicte, entière et sincère fi Neutralité SL^ec tous Princes, Potentats, Estats, Circles, ou Ligues, fi quels ils puissent estre, sans obligation ou contribution aucune fi envers Iceux, voir demeurant sous les aisles, fidélité et obéissance fi deue au Sainct Empire, fi

Le même jour 13 avril, les États déclarèrent que, fi en cas que, cy fi après , il fust contrevenu au prends par aucun Lieu ou Membre de fi ce Païs : ils joinderont et employèrent unanimement et conjunctefi ment. toutes leurs forces pour le maintien de leur Neutralité, Droict fi et Deffence du Païs , à la charge du Défaillant et Contraventeur.... fi [Dans le Becueil des Édils du Pays de Liège, 1 1, p. 76, etc.]

^ ^ Le pourparler de paix fut innocemment accepté par les Seigneurs fi Bourguemaistres , Jurez et Conseil, ensuite agréé par les Trentedeux fi Bons Mesiiers. fi [ Chroniques de Liège, ]

tenue; et que, désormais, la Religion Catholique, seule, y serait observée ^.

, D'autre part, elle décidait que les Chiroux bannis rentreraient dans la Cité, à rexception de ceux qui avaient assailli THôtel de Ville le 9 avril 1636 2; que les élections magistrales se feraient suivant le Règlement de 1603 et \ Addition de 1631 3 ; et enfin , que , en attendant la sentence de la Chambre Impériale sur l'étendue des prérogatives du Prince, Ion se gouvernerait selon les Lois, Privilèges, Paix et Usages antiques ^, lesquels seraient imprimés dans un bref délai 5.

* ^ Que la Religion Catholique , Apostolique et Romaine devra estre fi inviolablement observée, en suitte des Ëdicts et Ordonnances sur fi ce faictes. fi [Imprimes du temps; et dans le Recueil des Editsdu Pays de Liège, 1. 1, p. 77, etc.]

' fi Qu'il semble (sans autre conséquence) que tous et chacun, tant fi Aulbains que Jugez appreheusibles, se pourront exonérer selon les fi Loix, Franchises, Droicts, Privilèges, Paix Faictes, Raisons, bonnes fi et légitimes Usances, sans port ny faveur, voir toutesfois que ceux. fi lesquels se treuveront , par bonnes et suffisantes preuves , attaints fi d'avoir attacqué ou assisté, de faict ou par complot, à Tattacquede fi la Maison de Ville , seront reputez et demeureront Aulbains hors la fi Cité, Franchise et Banlieu.... fi [Ibid,'}

' fi Qu'es Elections Magistrales soient observées la Reformata fi de 1603 et son Addition de Van 1631, et ce punctuellement ^ [Ibid.]

* fi Quant aux Poincts litigieux à la Chambre Impériale sur les fi Regaux et Droicts de Son Altesse et son Eglise , et les Droicts de U fi Cité, semble que ce pendant qu^iceux sont pendants indeterminez fi définitivement à la dite Chambre, que, provisoirement, Fon se fi réglera selon les Loix, Privilèges, Paix Faictes, et Bonnes Usances. ^ [Ibid.]

^ fi Et aura la Justice son cours, comme du passé, pour estre un

La Paix de Tongres fut accueillie, comme loi de conciliation, avec de vives démonstrations de joie ^

Répudiant les principes de tolérance, elle ne méritait que huées et mépris.

Pour les esprits clairvoyants, c'était une loi d'oppression.

^ chacun traicté suivant les Ijoix, Statuts, Faix Faictes, Privilèges ^ et Bonnes Usances; à quel effect seront publiez les Edicts et Man- ^ déments à ce requis. ^

if Et deveront pareillement lesdites Paix Faides et Privilèges estre s? imprimez , à fin qu*un Chacun se règle selon iceux , et que personne ^ ne s'en j)uisse excuser. ^ [ Ihid. ]

' «s Laquelle Paix fut acceptée avec tel applaudissement, qu après if en avoii* remercié Dieu par une messe specialle et procession solen- # nelle, l'on fit retentir le ciel de coups de cannon, et Ton fit parmy ^ la Ville plus de dix mille feux ; par toutes les Eglises les cloches ^ son noient; ce qui dura l'espace de plusieurs jours continueiz. if [ Chroniques de Liège. ]

Ac publiai lactitia significata est, displosistornientis bellicis, accensis ignibus totâ nocteplus decem fnillibus,2^^satisque omnium templorum campanis, [ Uistoria Populi Lcodicnsis , p. 190. ]

La Paix de Totigres n'était qu'une paix fourrée. — Le Prince rentre dans la Cité. — Grâce à ses intrigues , les Chiroux y dominent. — Ils se donnent tous pouvoirs sur la vie et les propriétés des Grignoux. — Nouvelles luttes. — Défaite et fuite des Chiroux. — Les Grignoux essayent de ramener la tranquillité. — Ils favorisent rinstruction laïque et la tolérance religieuse.

Au lieu do diaiinuer les prooccupations publiques, la Paix de Totigres les accrut.

A peine était-elle publiée, que les Grignoux s'aperçurent qu elle était louvrage de Timposture, et d une politique timide qui ne tendait que des pièges 1.

Elle n'était, en effet, qu'un frauduleux compromis 2.

' Les Chiroux l'avouaient impudemment : pour eux, la Paix de Tongres n'avait été qu une simple suspension d armes. Hespondebant pacta in comitiis Tungrensibus non esse veram Pacemy sed solumfnodo armorum suspcnsionem. [Historia Populi Leodiensis, p. 207.]

* jf .... C'est par trop prophaner le sacré nom de paix, qui se cou- ^ tracte par une foi inviolable , que d'attribuer ce tiltre sainct à leur a: frauduleux Conipramis de Tongre, lequel ledit Ëvesque Ferdinand sf ne feistavec aucune sincérité , mais par termes ambigus et captieux, a k dessein seulement de décevoir et mieux surprendre le Commun ^ Peuple de Liège, abusé et abaissé par la soupplesse d'icelle Paix, fi qui s'escoula en peu de jours, par la rentrée et restablissement de»»

Le Prince et les Chiroux ne l'avaient acceptée que par contrainte, et avec Tarrière-pensée do n y obéir en rien i.

A la faveur de cette Paix fourrée, ainsi quelle fut justement nommée ^, Ferdinand revint à Liège le 22 juillet 1640.

C'était pour influencer les élections magistrales, qui avaient lieu trois jours après.

Toujours fourbe et dissimulé, il intrigua, corrompit, menaça avec tant d'audace, que les principaux offices furent obtenus par ses affidés ^.

^ Chiroux bannis , et le dechassement et oppression injuste des Francs ^ Bourgeois, pour après tant mieux cabaçonner cestc Bourgeoisie ^ inconstante , et desja regrettante ses Franchises perdues. ^ [ Clironiques de Liège, ]

* ^ N*a-t-on pas veu audit an 1640, tous ces Fidels Bourgeois et Bons i? Patriots estre pipeusement trompés au piège d'une feinte Paix de ^ TongrCy et amnistie imaginaire dudit Evesque, miroir pour tous gf Princes et Estats de jamais ne se fier à sa foy ny à ses accordes.... a [PainphMs du temps.]

' Elle est caractérisée par cette expression populaire dans les libelles des Grignoux. ^ Geste Paix fourrée de Tongre n'a point esté utille , :f honneste, ny asseuree. Au contraire, elle ruy ne tout, ne conserve if rien.... ^ — ^ On s'est laissé prendre aux pièges de la perfide Paix de ^ Tongres fourrée de malices , traîtreusement rompue par la desloyauté ^ des Chyroux, qui violant tout droit divin et humain, s'en servent ^ pour colleter, emprisonner, massacrer, chasser les Bons Bourgeois.... «^

Voici ce que Bouille en dit : ^ On donna à la Paix de Tongres le nom ^ de Paix fourrée, lorsque Ton vit les Ministres du Prince, conjointe- ^ ment avec les Cliiroux, prendre le timon du vaisseau, et gouverner :f la Cité et Pays à leur gré , à la faveur de la susdite Paix. ^ [Histoire du Pays de Liège, t. III, p. 254.]

' ^ Il est véritable , selon le bruit commun et la croyance universelle gf des Bourgeois , que le Serenissime Evesque a toujours esté et est ^ encor de la faction des Chyroux , les advançant aux Honneurs, Offices

Lovolutioii politique était accomplie.

Les Chiroux se retrouvaient à la tête des affaire^?.

Ce succès eut des suites terribles.

Les Chiroux malmenèrent la Cité à leur guise, avec l'appui des ministres du Prince ^. Ils rappelèrent de lexil tous leurs partisans, môme ceux dont la Paix de Tongres avait expressément confirmé la proscription 2. Les Jésuites raccouriirent, puis d autres moines aussi frénétiques 3.

sp et Tribunaux publiques, leur conférant des Canonicats et Prébendes. sa et qu'il a toujours eu , et a encor à présent , leurs parens et amis ^ auprès de sa personne et à son service. :f [Pamphlets du temps.]

' sf Les Chyrotix advantagez des honneurs, se voyans les juges et ^ arbitres de la vie et de la fortune d'un chacun, ont et retiennent les sf resnes et le gouvernement de la Cité entre leurs mains , et à leur :? discrétion.... s? [111(1,1

^ E contrario Chirousenses omnes , (lui proscripti erant, adpurganâum crhnen admissi sunt ; ne unus quidem fuit, qui non purgavcrif crimcn oppugnassc Civicam Domutn, [llistaria Populi Leodiensis, p. 197.]

lie Prince accordait ost-ensiblement sa protection aux Chiroux les plus mal famés. «î II est notoire que le Serenissime Evesque et Prince ^ a prins et tient lesdits Chyroux, et mesme les jugez, soubs sa sauve- :f garde et protection ; ayant défendu à tous ses Mayeurs et Officiers ss de ne les pas appréhender ny molester en aucune façon. Au cona traire, leur a commandé de leur prester toute sorte de faveur et s: d'assistance. D'où vient que ces Chyroux font paroistre et contia nuent d'autant plus efirontement leur Superbe et Arroganee, qu'ils ^ se sentent puissamment appuyez et asseurez de cette Protection et i? Authorité. ^ [PawpAZc<5 du temps.]

' Les Chiroux contrevenaient effrontément aux textes les plus claiis de la Faix de Tongres, Ainsi, quant aux religieux Carmes, qui avaient coopéré à l'assassinat de La Ruelle, ils les gracièrent tous, sauf un seul, par semblant de justice. Voici le recès du Conseil :

if En Conseil de la Cité de Liège y tenu le 2U d'aoïist 1610, en la sale a haulte.

fi. Sur requeste présentée parles Pères Carmes deehaassez^ le Conseil

Dès lors, les délateurs laïcs et religieux rivalisèrent de zèle. Les Francs Bourgeois qui revendiquaient les vieilles libertés, ou qui ne se montraient point Catholiques bigots, devinrent les jouets de vils accusateurs i. Ce ne fut plus, au mépris des règles judiciaires, que tortures , bannissements , arrestations , supplices , confiscations 2.

^ permet aux Suppliants leur retour à leur cloîstre , eu suitte de la 0 Paix de Tongre, excepté le Père Alexandre de Jésus ; leurs accor- ^ dants noz sauvegardes, voir à condition qu'ils feront serment, es ig mains du Magistrat , de fidélité à la Cité et Pays, sans s'entremesler ^ d'affaires d'Estat. ^ [liegistres de la Noble Cité de Liège , 1640, fol. 12'.]

* Le 30 juillet 1641 , le Prince remit en vigueur les édits qui proscrivaient la liberté religieuse, ^ .... à rencontre d'aucuns nos Sujets, ^ si comme Bourgeois et autres domiciliés de nos Villes, Bourgades, ^ Villages et Plat Pays, lesquels estant séduits et mal conseillés, feroient ^ profession de la Prétendue Beligion reformée , contraire à nostre tf Ancienne Religion Catholique.... ^

Cette absurde intolérance eut ses conséquences ordinaires. ^ Ce qui

# est cause que le nombre des Catholiques et Surceants du Pays est ^ notoirement et notablement diminué dans cet Evesché , le culte et

* service divin négligé, et V Hérésie accrue et fomentée par les Presches , fi Libels imprimez.... ^ [Pamphlets du temps.]

' gf Les Chyroux se saisirent de Tautorité de tous les Tribunaux < tant civils que criminels , les inquisitions furent dressées, les faux it tesmoins furent produits, les dépositions des tesmoins incorruptibles fi furent falsifiées , les gens de bien furent condamnez pour criminels. fi Ceux-cy furent dechassez , ceux-là saisis et appliquez à la question , fi etquoy qu'ils fussent également innocents, les uns passèrent par le fi fer , et les autres furent eslargis , mais estropiez , et ruinez de leurs fi biens.... fi

fi C'estoit alors chose pitoyable, de veoir comme cette misérable fi ViUe de Liège estoit démembrée : ce n'estoit que tesmoins corrompus fi et supposez , que calomnies , que dénonciations , que defiiances , que fi questions, que tortures et exils des Vieux Bourguemaistres et d'un

La fameuse Paix de Tongres ne garantissait personne des violences du Prince, de Tiniquiti» du tribunal des Echevins, ni des méfaits des Chiroux ^.

Tous se mettaient, à Tenvi, aU-dessUs des lois.

Pour assurer l'impunité à son parti, le Prince prohiba le port dé toute espèce d'armes 2, interdit tout rassemblement, et prononça la peine de mort contre quiconque injurierait les Echevins, ou critiquerait leurs sentences. ( 1640 3, )

a grand nombre d*honorables Officiers et de Bons Bourgeois, desquels a plusieurs sont morts dans Toppression et dans la misère... n

On vit bannir jusqu*à soixante ou soixante-dix Grignoux à la fois. Les biens des principaux d'entre eux furent vendus publiquement. Quorum hona proscripsêre ac vendidêre stib hcksta. [ Uislaria Populi Leodiensis, p. 197.]

' Les Cbiroux se moquaient de la Paix de Tongres, et de ceux qui rinvoquaient. Sed cùm interrogareniur Chirousenses, quare infringèrent Pacem Tongrensem, quorum praecipua capita esserU pax utrinque, NeutralUas et praeteritorum abolUio, subterfugiis ludificahantwr,.,. [Ilistoria PopuU Leodiensis, p. 207.]

Comme toujours, les Chiroux, à l'exemple du Prince, ne voulaient obéir h la loi que quand elle favorisait leurs intérêts de parti.

* ^ Il est deiïendu et interdit à totis et un chacun , de quelle quaUté ^ il soit, de porter aucunes sortes d'armes à feu, stillets , marteaux if d'armes et autres desloyales et prohibées; sauf que ceux entrant et ^ sortant de la Cité pourront porter carabines, mousquets et pistoUets g: de selle.... ^ [Dans Bouille, Hist. du Pays de Liège, t. III, p. 255.]

' ^ En outre, est deffendu et prohibé de ne rien faire, dire, repro-

si cher , calomnier , injurier ou attenter par voyes de fait ou auitres

t: illicites, contre les Juges, Magistrats, Officiers, Ministres de justice,

<i Bourgeois et autres que ce soit , ni même de s'assembler de leur

sf autorité privée , faire émotioii et sédition , pour empêcher le cours et

g! fonctions ordinaires de la justice, à peine aux contraventeurs d'estre

if saisis au corps et irremisiblement châtiés comme perturbateurs du

:fi repos public... ^ (Dans Bouille, itfid., t. UI, p. 255.]

Un noihbre infini de Grignoux, les uns sous le coup de poursuites, les autres appréhendant d outrageantes vexations, s'expatrièrent. Ils se retirèrent à Maestricht, où les Provinces-Unies leur accordèrent une généreuse hospitalité ^.

Le Gouvernement Hollandais, si sagement tolérant, écrivit aux Bourgmestres Chiroux, pour les engager à se relâcher de leurs rigueurs, à rappeler les bannis, à leur rendre leurs biens 2.

Les ChiroUx, comme le Prihce, se rirent de

* Les Chiroux ne voulaient plus que des Chiroux dans la Cité. — Il fût même interdit d'attacher à ses souliei's ou à son chapeau des rubans vert gaie, coulent que chérissaient les Grignoux. Un mandement du 12 août 1640) que le Prince publia de concert avec les Bourgmestres, les Jurés et le Conseil , fit défense de ^ vendre, achapter ^ et distribuer naslé et ruban de couleur verdgaye.,.. 11 est ordonné ^ et deifendu & tous et un chacun B(^rgeois de porter aucune livrée ^ rerdgaye ny dautres couleurs tendante & aucun attrouppement, ou ^ à faire party, en ceste Cité.... n — Le 13 juillet 1641, un nouveau mandement fit encore défense p de ne porter aucune {couleur de If nâUs ou marque,.,, a [Registres de la Noble Cité de Liège, fol. 9, 119, etc.]

* Le gouvernement Chiroux répondit sèchement aux États-Généraux, qu^ils avaient tort de Se mêler des affaires intérieures du Pays. Il les engageait à réfléchir quelque peu, et alors, ils ^ estimeront ne pouvoir ^ estendre la main à la Justice d'un Prince et Estât voisin, ny leur «f protection à couvrir ses Sujets contre ses décrets.... s? [Registres de la Noble Cité de Liège, 1643, fol. 47, 49, 313'.]

Llnfluence de la France était devenue aussi impuissante à Liège, que celle des Provinces-Unies. Son Résident, TAbbé de Mouzon, avait été en butte & tant d'avanies , qu^il avait demandé son rappel. [Registres de la Noble Cité de Liège, 1640, fol. 32«, 37, etc.] — La Cour de France envoya, pour remplacer FAbbé de Mouzon, le Président de Lombres , qui déplut tout de même aux Chiroux. [ Historiu Populi Leodiensis, p. 212; Flassan, Histoire de la DiploiHatie Française, édit. de 1811 , 1. 111, p. 182.]

tous les avis, de toutes les prières ^ Ils usaient de leur triomphe avec impudeur et bravade 2. Plus ils prononçaient de bannissements , plus ils s'enrichissaient. Ils faisaient de la terreur un moyen de domination 3.

Un jour ils prirent peur, et ils firent de Tarbitraire à outrance ^..

* gt A quoy on ferma les oreilles, car ils n*a voient aucune volonté de #? jamais rétablir les GrignouXj ny dans leurs états et condition, ny ^ moins les descharger , mais de les ruyner et extirper , et se maintenir 0 dans r£tat à quel prix que ce fut.... ^ [Cîironiques de Liège.]

' Les Chiroux dédaignaient de songer à Tavenir. sf ;... Us ne peuvent if devenir sages par autre exemple que de leur ruine ; faute ordinaire tf de Ceux qui sont eslevez aux grandes dignitez, qui ne sont sages f qu^ après le coup : et ayant le moyen de descendre à leur aise , attendent if qu'on leur fasse sauter les degrez. Mais quoy! les exemples ne ^ redressent point les esprits dépravez.... ^ [^Pamphlets du temps.]

' Les Grignoux les plus paisibles, les moins marquants, vivaient dans des alarmes continuelles. ^ .... Ils ne sont ni libres ny asseorez/ ^ pour les inquiétudes et vexations que leur font continuellement les ^ Chyroux. Car arrivant le soir, ils sont obligez, pour mettre leur ^ vie en asseurance, de se renfermer et se tenir dans leurs maisons, ^ sans oser mettre le nez à Tair ; ce qui est directement contre les ^ Franchises et Libertez Liégeoises. ^ [Pamphlets du temps.]

Les Chiroux voulaient que le silence se fît dans la Cité. Ce recès rindique :

if En Conseil de la Cité de Liège, tenu en la Sale HauUe le 1^ de sf septembre 1641,

^ Sur les plaintes faictes par le Sindicque de ceste Cité , de ce que ^ les uns useroient des termes de Chiroux, les autres de Grignoux. if par où il pouroit arriver plusieurs maux, querelles, desordres et g! confusions, mesme une division entre les Bourgeois : le Conseil, pour ^ y obvier, défend à tous et un chascun d^user doresnavant de tels if semblables termes, ny de chanter aulcuncs Chansons afiectantes tels 0 noms et choses semblables, à peine, etc. <r [Registres de la Nobk Cité de Liège , 1641 , fol. 215. ]

* Les Bourgmestres furent autorisés par le Conseil à canonnerles

Résistance, réclamations, murmures, tout fut prétexte à des emprisonnements ^

Quiconque fut dénoncé comme Grignoux, perdit le droit de voter, ou d'être élu à un office 2.

rassemblements de Grignoux, n'importe où, en suite de ce recès :.

^ En Conseil de la Cité de Liège, tenu en la Sale haulte, le ^ dncquième janvier 164 L

gf Sur plainte faite de ce qu'hier après midy, en la maison du Sieur ^ Bourguemaistre Wilmart il y avoit des attroupements avec armes à ^ feu, et Rapport nous fait qu'il auroit respondu que c'estoient Ceux qui ^ craindoient ou pensoient estre jugez apprehensibles qui s'estoient a réfugiez en sa maison, et que sy on les attacquoit qu'ils se defifenif deroyent : Le Conseil permet que, en cas d'attroupements ultérieurs, a Messieurs les Bourguemaistres pourront user de canon et main if forte, sf [Registres de la Noble Cité de Liège, 1641 , fol. 60.]

* On résistait, comme on pouvait, à la tyrannie des Chiroux. Des faits nombreux le démontrent. £n voici deux des plus caractéristiques.

«* En Conseil de la Cité de Liège, tenu le XX de décembre 1640, en * laSalehauUe,

^ Là mesme, lecture a. esté faite de certaine Gasete intitulée : sf Estât des Affaires de la Ville de Liège, contenue en une lettre du a 23 novembre dernier. Le Conseil, après l'avoir meurement avisé, if at trouvé icelle estre farcie de mensonges et calomnies notoires, ne if tendant qu'à esmouvoir sédition et trouble en ceste Cité : Défendant a à tous et un chacun qui peuvent avoir telles dites Gasettes, de les a retenir ou communicquer, qui que ce soit, soubz peine arbitraire. ^ Ordonnant au Mambour (Procureur) de faire enqueste contre les p auteurs et tous ceux qui peuvent avoir coopéré et semez lesdites a Gasettes, if

a En Conseil de la Cité de Liège, tenu le 7 de febvrier 1641, en la :f Sale basse,

if Le Conseil, en ces conjunctures du temps, deffend pendant ces if Carnevalles toutes sortes de mascarades en publicque , à peine de ^ dix florins d'or d'amende, et d'estre saisis au corps et chastiez arbi- ^ trairement a [Registres de la Noble Cité de Liège, 1641, fol. 46, 50, 69', etc.]

' Chaque année, à l'approche de la rénovation magistrale, le Conseil avait soin de ^ déclarer incapables de voix actives et passives tous

Un tel régime ne pouvait longtemps durer.

Il cessa, en effet, à la rénovatioii magistrale du mercredi 25 juillet 1646.

Ce jour-là, de grand matin, les Boili^ois, selon lusage, se rendirent sur les Chambres des Bons Métiers, et y élurent les Trente -Deax. Comme ceux-ci allaient à THôtel de Ville ^ ils apprirent qu'il était occupé par des Chiroiix armés d'épées et de carabines : ils se déterminèrent, sauf deux, à s'assembler dans les cloîtres des Frères- Mineurs 1. Là, légalement réunis, ils nommèrent Bourgmestres François de Liverloz, un Chiroux, et Renard Jamar, un Grignoux 2.

«f callengez ou recherchez pour cas de sédition , et ceux qui ouvertemeilt if leur ont adhéré et adhèrent, comme aussy ceux qui ont puhlicque- ^ ment contrevenu aux ordonnances dudict Conseil.... ^ [ Eegistres de la Noble CUé de Liège, 1640, fol. 271' , 351 , etc.]

< C'était par ordre du Conseil, que cela s était fait. L'avant-veille, le 23 juillet, en effet, il avait s^ requis Messieurs les Bourguemaislres ^ de prendre pour leur garde et d'asseurer la Maison de Vdle^ et gs autres lieux , par les Dix Hommes , et tous autres Bourgeois qu'ils «« trouveront convenir. **

Les Chiroux, seuls, avaient le droit d'être armés, comme le montre ce recès , qui témoigne aussi de leurs cl:*ainteB :

gt L'on défend à tous et un chacun de comparoir et se retreuver sf dans la Cité, moins (encore) sur les Mestiers, avec armes à feu, :f picquots ou autres armes desloyales, exceptez les Gardes des portes, ^ de Messieurs les Bourguemaistres , Officiers et leur suitte, ny de !f commettre aucune action tendante à émotion ou sédition , à peine , g: oultre l'incapacité d'estats, offices et suffrages, d'estre saisis au corps gt et chastiez en toute rigueur de justice, suyvant les Statuts.... ^ [ Registres de la Noble CUé de Liège, 1646 , fol. 44. ]

* g! .... Et dénommèrent Bourguemaistres JF'rawcoî/s Xifcrfo;? comme s? estant du cousté des Chiroux, et Benard de Jamar , jadit Coronel gt au service de la France. «# [ Chroniques de Liège. ]

Les Trente-Deux espéraient, par ces choix de transaction, contenter les deux partis. Ils revinrent sur le Marché pour proclamer au Pérou les Bourgmestres, Ils furent accueillis par des cris. Il y eut une confusion extrême. Au moment où Ton s'y attendait le moins, les Chiroux tirèrent sur les Grignoux. Ceux-ci, effrayés, s enfuirent dans toutes les directions i.

Les Chiroux, profitiant de la stupeur, arrêtèrent un certain nombre de Trônte-Deùx, les ramenèrent à THôtel de Ville, et les contraignirent de procéder à de nouvelles élections. Ils firent nommer Bourgmestres deux Chiroux, François de Liverloz et Charles de Méan 2.

C'était un coup de force.

' Les récits contemporains ont là -dessus des détails curieux.

s* .... De là, je fus vers les Frères Mineurs, pour voir qui seroient ^ esluB Bùutguemaiatres , où je m'arrêtai à Topposite de la porte de a derrière de Saint- André, afin de les mieux voir passer; d*oùj*ouïs ^ foire uiie grande descharge vers le Marché, et vis que tout le monde ^ se sauvoit et prenoit la fuite ; dont je fus constraint de faire comme ^ les autres , et tirai Hors Château , où étant passé la maison Michel ^ Germeau, on tira dehors contre les Orignaux assemblez avec les ^ armes près des Mineurs.... ^ [ Chroniques de Liège.]

* Charles de Méan et son frère Laufent, Chanoine-Tréfoncier, qui tua un GHgnoux d*un coup de Carabine , furent tous deux gi*ièvement blessés. Charleâ né déposa sa Clef mskgistrale qu'après la déroute des Chiroux.

Charles de Méau, espHt distingué, auteur du Jus Cimle Leodiensiwn , était , comme hbmthe politique , digne de peu d'edtiiUe. Il fut vénal, traître et bigot. ^ Mean a vilainement tourné casaque.... a Pour avoir senti la douceur d'Une petite rosée jaune et blanche, il ^ quitta honteusement le parti des Bons Liégeois , qu'il dèfendoit à la ^ Negotifttioti de Tongre. if [ Pamphlets du temps. ]

Dans Taprès-midi , les Grignoux, qui s étaient ralliés, commencèrent une lutte meurtrière, qui ne cessa qu'à la tombée de la nuit. Le lendemain 26 , ils rengagèrent le combat dans les . environs du Marché, que les Chiroux occupaient avec du canon. En trouant les murailles de maison en maison, des Grignoux s ouvrirent un passage jusqua l'Hôtel de Ville: ils l'envahirent, et s'en emparèrent après avoir massacré ceux qui le défendaient. On se fusilla alors dans les rues avoisinantes i. Les Chiroux, assaillis de toutes parts, reculèrent. La plupart se réfugièrent dans l'Église Cathédrale et dans le Palais. Ils attendirent en vain les secours qui leur étaient promis de la Hesbaye et du Condroz. Le 27, dans la matinée, ils se sentirent vaincus. Ils mirent bas les armes 2.

' ^ .... Les Chyroux entrèrent dans le cloistre et lieux contigos au ^ chœur de ladite Eglise Cathédrale, d'où (avec un grand scandale et ^ violement des immuni tez ecclésiastiques) ils tirèrent plusieurs coups ^ de carabines et de fuzics contre les Grignoux , qui estoient à Foppofit site par-delà le Marché; et de fait, ils en tuèrent quantité.... ^ [Pamphlets du temps. ]

Des femmes de Grignoux prirent part à la lutte. On vit même de jeunes Grignoux , des enfants de seize ans , qui ne pouvaient entrer dans la mêlée, traîner des pièces de canon. Trahébant tarmenta pueri, quod erat miraculi instar, cùm nonnisi plurimorum equorum validis viribus trahi possint. [ Uistoria Populi Leodiensis , p. 219. ]

^ Cette lutte est ainsi rapportée dans un libelle du temps : «: .... Il j9 est notoire et véritable que les Grignoux sont venus aux armes jT contre les Chyroux, le jour de saint Jacques 1646, à cause du renon- ^ vellement du Magistrat, les Chyroux prétendant le Consulat eu if faveur du Sieur Mean à Texclusion du Sieur Jaimaer, qui estoit sf esleu ; ce qui fut si asprement disputé par les armes , mesme avec le

Cette lugubre journée, qui coûta la vie à plus de deux cents Bourgeois ^ fut surnommée la Saint Grignoux 2, Elle raffermît le vieux parti de la liberté et de l'égalité, et lui restitua sa prépondérance. Les prisons furent ouvertes. Les bannis et les fugitifs revinrent en foule, et se réintégrèrent dans leurs biens 3.

^ canon, entre les chefs des deux factions, les paysans et autres, que sf les Chyroux avoient appeliez et introduits dans la Cité, que plu- ^ sieurs de part et d'autre demeurèrent morts sur la place ; ce qui jetta ^ une terreur et espouvante universelle. La victoire demeura dans ^ ce combat du costé des Grignoux, les Chyroux leur quittant les ^ aimes, surprins jusques dans leurs stations armées.... ^

' On releva au-delà de deux cents cadavres. Le chiffre des morts fut plus considérable , car nombre de combattants moururent de leurs blessures. Le bruit courut que les Chiroux avaient tiré avec des balles empoisonnées, sf On tient que de part et d'autre plus de cent if hommes y perdirent la vie , avec un grand nombre de blessez qui, :f depuis, en moururent dans les Hôpitaux d'Outremeuse , qui en ^ estoieut remplis, même de légères blessures, dont il couroit un bruit, ^ que les Chiroux avoient tirez avec des halles empoisonnées.,., ^ [Chroniques de Liège.] — Fama fuit usos fuisse Chirousenses venenatis glohulis , quodxûurimi levissime vulnerati, ex vulneribus oppeterent mortetn. [Histaria Populi Leodiensis, p. 221. ]

* Dixcreque dietn Patres nostri Sancto Grignouso festum, annuumque celebravêre deinceps. lUistoria Populi Leodiensis, p. 234. ]

' Dans les libelles que les Chiroux publièrent à cette occasion , on se plaît à relever les moindres incidents , et à les incriminer comme si c'étaient de gros méfaits. Dans la Cité , à les en croire , ce n'étaient plus que menaces et attentats, gf .... Ij ou n'entend partout que des gf voix e£froyables et clameurs insolentes : Ai*x Traistres ! Aux n Chyroux! Tuons, fnassacrons ceste maudite engeance de Prestres if et Chanoines l.». s?

Qu'il y ait eu de telles vociférations dans les rues, c'est possible, car de semblables huées, on la vu, étaient assez ordinaires à Liège. Quant à des actes sanguinaires, odieux, on n'en reproche point, chose singulière , aux Grignoux.

Les nouveaux Bourgmestres essayèrent de calmer les colères du Peuple. Ils prirent de sages mesures pour pacifier les partis. Ils accordèrent des sauvegardes à ceux des Chiroux qui en demandèrent, et firent défense de les molester. Ils organisèrent des patrouilles, qui circulèrent jour et nuit dans les rues pour y avoir une sécurité complète i.

Ces bonnes dispositions ne rassurèrent point les Chiroux. Se souvenant des excès qu'ils avaient naguère commis contre leurs adversaires, ils s'attendaient à des représailles. Ils s'inquiétèrent. Ils s évadèrent de la Cité, les uns à la suite des autres, au nombre de plus de mille 2.

' Consules..,. animutn intendêrc pacandae CivUati, Promulgatum est y ne quis vi quidquam pair ar et, Concessae sunt tutelac et imwunitates fis ex advcrsariis, quipetiêre; agi vigilias ubiquc jtissum e$f , ne quis armatus incederetj nisi jtissus à ConstUibus. [Historia Populi LeodiensiSf p. 221.]

Parce quHls étaient protégés par le Prince y les Chiroux se permettaient de menacer et d'insulter les Orignoux en tout et partout ^ Les ^ Ohyroux ont esté tolérez par les Grignotix victorieux avec toute ^ sorte de douceur. Cependant dez lors, et tousjours, ils se sont ^ comportez très insolemment, jusques à se rendre insupportables, ^ marchans armez par trouppes de jour et de nuict dans les Fanxef bourgs, et dans les fonds privez des Bourgeois, les molestant et ^ provoquant au combat.... ^ \ Pamphlets dix tem]^».]

* Grignousensium victoriâ territi Chirousenses , CivOcUe aufugere numéro plus miUe, quos.inter erant Civitatis Magnâtes, qui tom suhitam rerum mutationem miràbantur,praecipuè ConsulareSj Scabini^ Commissariif Consiliariiy Canonici, Ministri omnes suae CeUUudiniSj etc., qui certd credebant perpetrandam esse à Grignousensibus, quos tantoperè vexaverant, caedem vastationcmque generaUcm^ [ Uisforia Populi Leodicnsis, p. 221.]

Ceux d'entre eux qui avaient pris part aux combats des 25, 26 et 27 juillet, furent, après enquêtes, déférés à la justice criminelle; mais les Echevins, ces contempteurs des lois, ces instruments des punitions du Prince, refusèrent obstinément de sévir, puis de siéger ^

Le Conseil de la Cité s'érigea en cour martiale. Il prononça le bannissement de tous ceux qui avaient voulu anéantir les libertés et les privilèges de la République. Dans ces traîtres, il y avait d'anciens Bourgmestres, des Echevins, des Chanoines, des Commissaires et d'autres personnes attachées à la fortune du Prince 2.

' Cette conduite des Echevins ne surprit personne : on était habitué à leur lâche servilité. ^ Messieurs les Echevins qui, sans aucun a delays, ni être en nombre suffisant, estoient prêts à toute heure sf pour couper le col aux Grtgfumx, etc. s? [Chroniques de Liège,]

n est à remarquer que les enquêtes avaient d'abord été faites de concert avec les Echevins. Un pamphlet du temps le dit formellement : ^ A raison de ces tumultes et conilicts, une enqueste générale et If criminelle fut dressée par Loy et par Franchise (comme c'est la f! coustume) pardevant les Seigneurs Eschevins de Liège, Juges ^ députes par TEvesque, et le Magistrat civil ou Jurez : car nui fi Bourgeois ne peut estre saisi ny jugé, on le sait, s'il n'est condamné fi par les Maistres et Jurez conjunctement avec iesdits Eschevins, fi suivant les Paix Faites, Privilèges et Coustumes immémoriales du fi Pays. Les preuves estant faites , et l'enqueste furnie , plusieurs de fi la Faction Chyroutiste ont esté et sont jugez par les Eschevins et fi Magistrats, ou personnes capables ordonnées à cet effet, crimifi nels, apprehensibles , et se sont retirez de la Cité avec quantité fi d'autres, etc. fi

* On avait employé la vieille formule usitée pour les bannissements. fi ... Lesquels Jugez de ver ont sortir hors la Cité , Franchise et Banlieu fi ens le soleil couchant, à peine, en cas qu'ils soyent rencontrez fi (attendu les menaces journalières) de pouvoir estre tuez sans

Les Gri^noux rétablirent divers usages populaires que les Chiroux avaient abolis.

De nouveau, on célébra, le 16 avril, la Fête funèbre en Thonneur de La Ruelle. Les cloches de toutes les églises sonnaient un glas douloureux du matin au soir i.

Les Grignoux mirent à profit les deux ans de répit que leur donna l'expulsion des Chiroux.

Ils s eftbrcèrent de réveiller dans le Pays le goût des lettres, des arts et du commerce. Ils tra V ai lièrent à y introduire la tolérance religieuse. L'instruction primaire et secondaire appartenait au Clergé; elle était purement théologique: ils avaient le ferme dessein de fonder des écoles où renseignement aurait été sérieux. Ils songeaient môme à établir dans la Cité une grande institution d éducation et de science. Dans cette académie ou université, de doctes professeurs

fi recherche ; authorisant tous Bourgeois à cest efiect , et ce jusqu'à fi autre ordonnance ; ordonnant , en outre , que les maisons des susdits fi soyent désarmées , et les armes portées par inventaire sur la Maison fi de Ville.... fi

Nombre de Chiroux osèrent rentrer dans la Cité quelque temps après : le Conseil , dès qu'il en eut connaissance , fi ordonna sérieusefi ment qu'ils ayent à sortir ens les quatre heures après midi , à peine fi d estre saisis par un chascun , et en cas de résistance , d'estre taillez fi en pièces.... fi

' Decimâ sextd per totam Clvitatem jussu Consulum anniversaria dks ConsuUs Ruellae de novo celehrari cœpit, cum interrupta fuisset à Chirousensibus pcr sex unnos, Eam oh rem pulsatue suni ferè pcr totum diem omnium Ecclesiariim pritmirii et secundarii Cleri, Abbatïarmn, Claustrorum, Conventiium, Paroeciarum àliarumquc campanae. [Historia Fopuli Leodiensis, p. 236, 238, 260.]

auraient inspiré à la jeunesse Liégeoise l'amour des fortes études et des choses utiles ^

' L'inepte enseignement des Jésuites convenait à la politique de nos Princes : il pervertissait les esprits et les mœurs y il inculquait aux élèves Tobéissance passive. Contre ce fléau il n'y avait qu'un remède , et les Grignoux, rappelons-le à leur gloire, le trouvèrent : c'était de fonder une institution où Ton eût donné une instruction solide, propre à élever l'intelligence , et à faire aimer la liberté de la pensée. Malheureusement , on ne put réaliser cet admirable projet. La raison s'en trouve dans cette requête :

sf A Messieurs les Bourgueniaistres et Gens du Conseil de la Cité, ^ Remonstre à Yoz Seigneuries , Berloz vostre Bourgeois , au nom de ^ la Jeunesse et des Escolliers de bonne volonté de la Cité de Liège , fi que c'est une extrême obligation que laditte Jeunesse et leurs parents fi (principalement les moins opulents) ont à Vos Seigneuries, pour les fi tesmoignaiges qu'elles ont fait paroistre de vouloir faire en sorte fi que, sans sortir de ceste Cité, Us puissent estre instruicts et enseignés fi es Sciences Supérieures qui ne s^ enseignent pas au Pays de Liège, 0 Mais comme on ne voit pas les effects d'une resolution si équitable , fi utile et nécessaire , et que mesme au lieu de contribuer aux moyens ^ à ce convenables , il y auroit des Jésuites qui s'opposerient à un si fi considérable dessein : il supplie partant très humblement Yoz Seifi neuries de vouloir réitérer leurs Edits précédents , et faire interiner fi iceux par les Trentedeux Bons Mestiers, et entretant de vouloir fi prendre les asseurances et déclarations convenables et authenticques, fi tant du Père Provincial que de tous autres de laditte Compagnie fi ( des Jésuites ) et de chascun de ceux qui se retreuvent présentement fi à leur Collège de Liège; et, à faute de ce, user de Vostre Authorité fi Magistrale, et leur faire veoir par les effets que lexecution de Voz fi Ordonnances ne dépend que de Vostre Authorité, et qu'il ne leur fi apartient pas de s'abuser de la déférence volontaire qui leur a esté fi faite jusques au présent, et mal recognue, ou plustost mesprisee de ^ leur parte , non sans disreputation des Edits Magistrals , manifestes fi à tout le monde par les imprimés publiés en suitte de Voz bonnes fi intentions. Quoy faisant, etc. fi (1649).

Quinze ans plus tard ( 1665), on reprit, mais toujours en vain, cette idée de créer une Université. Cependant , on en reconnaissait parfaitement l'utilité, fi .... La Ville de Liège est une pépinière de gens fi d'esprit, excellens par tout, et en toutes sortes do sciences. Il nous fi y manque seulement une Académie , quand même elle seroit sans

On avait reconquis la liberté. Il fallait la maintenit- en dissipant Tignorance.

Dans les. idées des Grignoux, il n y avait de salut que par le relèvement intellectuel et moral du Peuple.

^ faculté de proiuotiou aux degrez.... Si la chose étoit poursuivie de

sf bonne façon , on pourroit réussir : ce qui caiiseroit plusieurs advan-

it tages considérables à cette Cité. 1<> Les enfans demeureroient dans

s» la discipline de père et mère.... 2^ Beaucoup d'honnêtes Bourgeois,

s* qui n'ont pas la commodité d'envoyer leurs enfans dehors, les entre-

^ tiendroient chez eux à l'étude , et feroient des scavans hommes de

gi ceux-là mêmes qui, faute de moyens, demeurent dans la bassesse et

^ dans rignorance.... 3® Cette Ville étant placée dans un lieu fort

5S agréable, entre l'Allemagne, la France, le Brabant et la Hollande.

^ y attireroit la jeunesse de tous costez.... s? [De Grati, .Discours (k Droit moral et politique; Liège , 1676 , t. U. p. 71. ]

Le Prince s entremet en faveur des Chiroux. — Ses nouveaux pièges. — Les Grignoux lui refusent l'entrée de la Cité. — Le Prince établit le Siège épiscopâl à Huy. — Des troupes Bavaroises viennent bloquer la Cité. — Courageuse résistance des Grignoux. — Us sont trahis. — Paix de S^-Gilles, — Elle dénature les Franchises et les Libertés de la Cité.

Neutralité politique, tolérance religieuse: telles étaient les pensées qu'avait à cette heure la Cité.

C'était à la fois de Taudace et de la folie, aux yeux du Prince et de ses fidèles.

Poiir ramener le bon Peuple à Tordre et à la raison, le Prince usa de sa vieille ruse. Il se fit doux et gracieux. Il engagea les Grignoux à se réconcilier avec les Chiroux.

Comme on se défiait de ses avances et de ses promesseis, il ne put arriver à aucun accommodement.

Tout n était pas fini i.

' Une remarque est à faire ici. Nos Pamphlétaires , on Ta vu, parlent des libertés des Ancêtres, et des volontés tyranniques des

Vers la mi-juillet 1648, le Prince quitta Bonn, pour revenir dans la Cité.

Son dessein était de peser encore , comme en 1640, sur les élections magistrales, qui se faisaient le 25 de ce mois.

Lorsqu'il fut à Visé , il notifia son arrivée aux Bourgmestres do Liège. Ceux-ci communiquèrent cet avis au Conseil et aux Bons Métiers : on résolut, à l'unanimité, de ne point ouvrir les portes à Ferdinand, avant qu'il n eût juré le maintien de la Paix de Tongres. Il devait aussi éloigner de sa personne les Chiroux qui avaient été condamnés pour meurtres et autres méfaits ^

Ferdinand rejeta ces conditions avec une rudesse hautaine.

Il ne voulut pas sortir de Visé, estimant que les élections lui seraient favorables.

11 fut trompé dans ses espérances.

Princes-Evêques, avec une supériorité rare. Evidemment, ils ne font qu'analyser les idées de leur temps.

Ce qui en ressort net , c'est qu'il y avait partout progrès des connaissances.

Les Historiens qui florissaient alors (Fisen, Mélart, Foullon) ont dû singulièrement se faire effort pour être intolérants , ignorants et serviles dans leurs livres.

C'est à ce prix, il est vrai, qu'ils pouvaient être officiels et orthodoxes.

» A Civitate responsum est, gratum fore CivUati ejus adventum, si nwdb observandum sit foedus anni 1640, quod erai ejus manu cmsiffnatum, sique à se amovcat Chirousenses Civitatis inimkos, \a bruit courait que le Prince ne voulait rentrer dans la Cité , que pour restituer par la force aux Chiroux leur omnipotence. Namque fama erat vl restUuendos esse à Sua Celsitudine Chirousenses.,., [Uistoria Populi Leodiensis , p. 243. J

Les Bourgmestres Rolam et DeBex furent remplacés par Pierre Wilmart et Wathieu Hennet. Les Jurés et tous les autres officiers de la Cité qui furent élus, étaient également des Grignoux avoués S

Ferdinand se déclara prêt alors à accepter les propositions, que peu de jours auparavant il avait refusées; mais, cette fois encore, personne ne se laissa prendre à ses belles paroles.

Il décida, avec orgueil, que sa présence intimiderait l'opposition, et la réduirait.

Le lundi 10 août, il s'avança vers Liège, suivi d une escorte considérable de Chiroux ^, qui se réjouissaient de la prochaine extermination des Grignoux ^.

L'alarme se répandit dans la Cité.- On ferma la porte S^^-Léonard, et on braqua le canon sur le rempart ^.

• Intereà Consules creati sunt Petrus Wilmaert et Waltherus Hennet. [Historia Popuîi Leodiensis, p. 244.]

* On fit un grief à Ferdinand de cette escorte. On lui rappela qu'aucun Prince , d'après les anciens usages , ne pouvait entrer dans la Cité avec une suite de plus de soixante cavaliers. Nec vetusto mari congruehat, ex quo non débeat ingredi Civitatem majori agmine stipatay quàm quinquaginta aut sexaginta virorum, [ Historia PopuJi Leodiensis, p. 245.]

' Chirousenses nihil aliudy quà/m ignem àc caedem in Civitateni spircibant. [IHd,, p. 244.] — «* C'est une chose toute notoire, par sf les preuves faites du depuis , que la resolution avoit été prise à Visé ^ d'assassiner et massacrer par une lâche perfidie les Vieux et Noua veaux Bourguemaitres au Palais Episcopal, en pleine chaleur d'un «s festin où ils dévoient être invitez.... sf [Chroniques de Liège,]

♦ Les Bourgmestres se mirent ainsi sur la défensive, en suite de

Ferdinand fut prévenu par son avant-garde, de cette disposition des esprits. Il questionna, il s'inquiéta. Il retourna, désappointé, sur ses pas 1.

Rentré dans Visé, il appela près de lui les États. Les Chiroux de TÉtat Tiers et de TÉtat Noble se rendirent seuls à sa convocation. Il ouvrit cette prétendue Journée ps^r un discours. Il gémit, à sa manière, des maux qui affligeaient le Pays , et il ne manqua pas d'accuser le parti populaire d en être la cause. ( 18 août ^. )

ce recès, qui indique une résolu tion bien iQÛrie :

gf En Conseil de la Cité de Liège, tenu en la Sale haute, le 9 juillet s? 1048 f à six heures du matin.

sf Le Conseil, délibérant ultérieurement sur la venue de Son Altesse, if ayant recognu l^ntention du peuple : çl^clare n^entendre que Saditte if Altesse entre en la Cité sans avoir donné parition aux Reces preceis dents, auti*ement Ton proteste des inconvénients et desordres qui if pouroient estre causez par le Peuple, a

^ Le Prince avait voulu s^avancer vers la Cité. Cependant le jour mêmei à six heures du matin, le Chancelier Tavaii; prévenu que s'il se présentait accompagné de Chiroux, on ne le laisserait pas entrer.-

Voici la lettre du Chancelier :

^ Monseigneur. A cest instant me sont venus trouver les Seigneurs ^ Bourguemaistres , sur le bruit que Yostre Altesse devroit entrer ce ^ matin en ceste Cité, et m'ont prié de Tadvertir de ne se présenter, a qu'autrement ils donneront le canon sur Elle et sa Suitte, estant ^ desja chargé à balles , et feront sortir trois à quattre mille hommes if pour Fempecher en chemin. Je la viens supplier très humblement ^ de ne vouloir passer outre à son dessein , ny exposer sa Personne à ^ un évident péril et sa Suite, et ne mettre ceste Ville en une dernière ^ combustion. Avec oe je demeure. Prince Serenissime, etc. — Liège, s* à 6 heures du matin , le ^^ d^aoust 1648. ^

* Le Prince prononça divers discours à Visé. Dans l'un , il débute ainsi :

a Messieurs. La Proposition fÎEiitte dernieresient en oeste Aawm-

Son allocution, pleine de l)£|.ine et de menaces, fut accueillie par l'assistance aux cris do: Mort aux Qrigîwux ^ !

Il se rendit ensuite à Huy, qui était la véritable forteresse des Chirouif ^. Il y établit sa résidence officielle. Il y installa les diverses judicatures ecclésiastiques , et y évoqua tous les membres de TÉglise Cathédrale 3.

Il y qjourna les Jitats.

Il ordonna aux milices des Bonnes Villes et des Communautés de se réunir. Plus de quarante mille hommes, armés et équipés, et ayant des vivres pour trois jours, obéirent à son mapdement.

^ blee, et les peipes qu'avons rendues durant nostre séjour en ceste :f Ville, vous auront donné ^ cognoistre le but de nos intentions, qui se n'est autre que vostre bien propre, considéré et recerché dans le ^ restablissement de la Police et Justice, dans la conservation des a places, l'acquit des charges publipques, et l'observation des Loix ^ oui ont fait v^vre vos Ancestres en repos et fleurir cest Estât. Le ^ changement y survenu, et, puis, les desordres cognus, ne sont ^ imputables à Nous. Et neantmoinS| voulants y pourveoir par la sf voye de douceur.... Nous Nous sommes dope aproché de nostre Cité, ip à effect d'y entrer. Vous scavez comme y avons esté receus..., ;?

' Enin^perà Vi^eti clamobant: Vivant ^av^ri! Moriantur verà perfidi Qrignousenses ! [Historiq Pqpuli LeodiensiSj p. 244.]

* Chirousenses,... sua^êre Principi, ut JJuum cammearet, quod erat alterum Chirau^e^sium prqpugnqculum. [ Jbid. , p. 250. ]

^ Dix GHanoines-Tréfonciers , au nombre desquels se trouvait le Gr^nd -Doyen , restèrent dans la Cité , et dénièrent au Prince le droit de transférer ailleurs le Siège Episcopal.

af Les Doyen et Chanoines de S^-Lambert qui étoient à Liège, firent if publier une Protestation contre les violences et attentats commis :f par les ordres du Prince au préjudice de la Neuir alité, contre les ^ Paix faites et son propre Serment ^ [Bouille, Histoire du Pays ^«£%e,t. ni.p. 286.]

Lorsque Ton eut appris à ces braves gens qu'on allait les mener contre la Cité, ils se débandèrent et se dispersèrent en s entre-criant : Vive la Cité! Vivent les Bons Métiers ! Vive la Neutralité ^ !

En ces conjonctures si graves, la Cité se conduisit avec dignité ^.

Elle publia un manifeste. Elle y faisait le triste historique des événements. Elle démontrait que le Prince , par son ambition , par son mépris des lois et des usages, par sa rébellion continue, était Tauteur des troubles qui désolaient le Pays ^.

* Verùm , simul ut audiêre juri^urandi formtUam quod exigdatur à Sua CelsUudine, cujusque rei causa convocati essent, clamavêre omnes : Vivat Leodiensis Civitas ! Vivat Neutralitas ! Vivant Tri- (jintaduae Artes ! [Historia Populi Leodiensis, p. 253. ]

^ On a peu de renseignements sur les démarches faîtes par la Cité, près des négociateurs de Munster, pour se faire reconnaître B^Uique, c est-à-dire Ville Libre Impériale.

£n ce moment, elle s^efforçait de concilier la liberté avec la subordination au Prince, comme au moyen -âge. sf La Cité n*a jamais enjambé if sur le respect qui est deyu au Serenissime Prince, aidant queks s: Statuts, Paix faites, Privilèges, Franchises et Neutralité leperif mettent.,.. ^ [Pamphlets du temps.]

Cela ne faisait pas l'affaire du Prince. Comme ses confrères ois et trans-Rhenans, il ne songeait qu^à se placer au^essus des lois.

' Le mémoire justificatif de la Cité est intitulé : Le Gouvernement de Messieurs les Bourguemaistres , Jurez et Conseil de la Ncbk CUéj Franchise et Banlieu de Liège, tant devant et après la feste de S. Laurens de Van 1648 qu^au présent, justifié par les dépositions de quantité de Tesmoins irréprochables, pour détromper le Bon Peuple, que les ennemis du Public veulent porter sous des belles apparences à des souslevemens et à des mortelles particditez; Liège, 1649, in4^

Ce mémoire débute ainsi :

sf Advertissem,ent au Très Fidel Peuple de Liège. — H importe infi- ^ niment au repos de la Très Illustre Republique de Lieoe, et à s? rhonneur de Ceux qui l'ont gouvernée depuis ce grand débris de

Cependant, la Cité songeait à bien défendre sa liberté.

Elle envoya des députations à Paris et à La Haye, pour solliciter l'assistance qu'on lui avait promise tant de fois i.

^ Tan 1646 avec tant d'addresse , de conduite et de prudence, de faire ^ scavoir à tout le monde que leurs intentions ont esté pures ; les ^ mouvemens du Conseil, sincers et légitimes pour le maintien de ^ FEstat; et qu'ils n'ont jamais eu autre dessein que celuy de sa cou: ^ servation contre les violences où il se ponrroit porter lui-mesme & ^ Faveugle, pour se deschirer de s^es propres mains.... Le Magistrat ^ doit garantir d'oppression les Riches et les Pauvres : les Riches , en ^ leur conservant leurs biens; et les Pauvres, en les garantissant de s? violence et d'outrage.... ^

On y fait , à larges traits , la triste histoire des quarante dernières années. '# Les Cinquante Huict Articles; — Les allogemens des if Colonels Erwitz et Blanckart; — Ce grand Bourguemaistre Beeckman, 0! enlevé par poison ; — Les quatre Armées , scavoir , celle du Duc de ^ Lorraine, du Prince François, du Comte Picolomini et de Jean de ^ Weert, qui l'an 1636 se jetterent tous à la fois, de complot, dans le ^ Pays, comme dans une Terre de conqueste, pillant, ravageant, ^ bruslant, violant, massacrant avec tant de cruauté, de barbarie et ^ d'impiété, que le seul récit en jette la frayeur dans les esprits, et ^ faudra des siècles entiers pour reparer seulement une partie des ^ ruines et désolations qu'ils ont causées; — L'attaque de la Maison ^ de Ville; — Le parricide de M. le Bourguemaistre de LaBuelle, ^ qui fut tué à coup de poignard dans un banquet; — La rupture du ^ Traité d'une reconciliation accordée de la part de l'Evesque avec sf les Trente Deux Bons Mestiers; — La Paix fourrée de Tongres; — ^ La conjuration de Tan 1646,.... vous mettent devant les yeux, non ^ l'utilité, mais les dommages du passé; et les menaces, vantises et s* insolences des Chyroux, prouvées par les dépositions icy joinctes, ^ vous font voir la nécessité du présent.... tf

* Les Grignoux Jamar , Bujardin et Perot furent envoyés à Paris, et Bex et Cornelis à La Haye. Partout, ils furent accueillis très bien, et ils obtinrent des promesses formelles d'assistance. Voir Bouille, Histoire du Pays de Liège, t. III, p. 284; Historia Populi Leodiensis, p. 251.

Jjft ï'rance i ot les Provinoea-Unies ^ refusèrent tout secours, tout appui.

Ces deux Puissances s entendaient maiiptonant avec Ferdinand , devenu , par la Paix de Munster, le chef de lune des Maisons Prinoières les plus considérables de TAllemagne ^.

* La politique de Richelieu avait; été , en affaiblissaut TEspagne et rAutriqhe, de grandir Iç^ France. Kn défendant la Neutr<ilUéeih Liberté du P^ys de Liège, il avait incommodé singulièrement ces deiu Puissances , et protégé les Provinces-Unies.

L'aventurier Sicilien, Jules Maz^rin, qui succéda à Bichjeljeu comme Ministre d'État, esprit étroit et vaniteux, ne se préoccupait que de cancaus et de succès de cour. Ce fut par impéritie qu'il laissa écraser les Liégeois.

Un contempqrain blâme la France de ne s'être pas préoccupée a pins ^ ^erieuEeiaent de Y Affaire de Liège, Le Cardinal Mazarin a abans0 donné les interests de l'Ëstat en cette rencontre, soit qu'il aitreçeu gi de Targeut pour le faire, comme disent quelques uuSi soit qu'il les ss« ait négligez, selop sa coustume, soit qu'il en faille accuser tout h la ;:; fois sou avarice et son imprudence.... ;« [Apologie pour Messieurs les Frino^t envoifeepar Madame de Longueville; Paris, 1660, in-4«, p. 26.]

* Un historien Hollandais, Basnage, s'efforce de justifier sa Patrie de son honteux manque de parole. «« .... Les Liégeois se tournèrent ^ du côté de la Hollande , et le Prince d'Orange opina qu^on devoit if envoler incessamment quelques cornettes de cavalerie à Herstal, ^ qui est à la vue de Liège , afin qu'ils pussent se rendre maîtres d'une d: porte, et seconder les efforts des Bourgeois; mais ces derniers gf aimèrent mieux que les Estats congédiassent quelques soldats i s» Maestricht, pour les faire défiler chez eux. Cet avis, qui étoit le ^ plus lent, et le moins sûr, prévalut; c'est pourquoi la Ville fut prise ^ avant que le secours put y arriver ; et TËvêque , après avoir &it ^ sauter quelques têtes, commença à bâtir une Citadelle pour tenir en ^ brideunPeuplequia toujours été jaloux de sa Liberté. ^ [Annales des Provinces-Unies, édit. de 1726; 1. 1, p. 168.]

> he Duo de Bavière était de connivence avec l'Electeur de Cologne, Prince-Évêque de Liège. Trahissant l'Empereur, il avait contracté une alliance secrète avec la France ; ce qui lui permit de faire obtenir

Ce subit abandon fut tenu, par tous les Peuples voisins, pour un crime politique i.

Le Prince jugea les circonstances très propices pour reconquérir par les armes son autorité suzeraine.

Il fit mettre la Cité, puis le Pays, au ban de TEmpire, sous prétexte qu'ils ne contribuaient pas aux charges du Cercle de Westphalie. Il leva plusieurs régiments d'infanterie et de cavalerie. Il en donna le commandement au pire de ses oflSciers, à son neveu Maximilien, étudiant en théologie. ( 7 juillet 1649. )

L'approche du péril amena de honteuses défaillances.

Plusieurs Bonnes Villes, notamnient Huy, Waremme, Tongres, Saintron, égarées par Tintrigue, nianquèrent aux traités d'alliance, Elles

à la Bavière la sécurité d'un État Neutre. [Voir Combes , Histoire de la Diphmaiie Européenne , 1. 1, p. 230. ]

Ce fut dans ces négociations qu'on sacrifia ^ V Affaire de Liège, si if imporiank et si glorieuse.... Ce pendant le Cardinal Mazarin prefe- ^ rant son interest particulier au service du Roy, à Phonneur de la p Nation , à FintoFest du lloyaume , non seulement receut avec caresse ^ le Député du Pue de Bavière ; mais se laissant corrompre à ce Prince ^ qui Tavoit desja trompé, il (py écrivit qu^il ne se mist point en peine, ifi et que la VUle de Liège ne seroU point secourue.... ^ [Apologie de LonguevUlOy p. 28.]

Politique souterraine, de petits esprits.

* C'est le mot d'un publiciste du temps. ^ A dire le vray , si l'on ^ met parmy les crimes de leze-Majesté celuy d'avoir mal conduit et ^ trahy les afifiaireB, on demeurera d'accord.... que l'Affaire du Liège j» est un crime du Cardinal Maaarin. gt [Apohgie de Longtêeviîle , p. 30. ]

ne s'émurent ni des adresses ni des supplications de la Cité 1.

Les Villages de la Banlieue, troublés par des Chiroux, renièrent aussi sa cause, qui était leur propre cause 2.

Dans la Cité môme, les Bourgeois se montrèrent moins dévoués aux libertés publiques ^.

Ils furent éperdus à la rénovation magistrale du 25 juillet. Ils élurent Bourgmestres Gérard Del Bouille et Jacques Hennet^ tous deux Grignoux, mais celui-ci sincère, celui-là suspect ^.

' La Cité écrivait, le 21 août 1648, aux Bonnes Villes : sf Messieurs. Noz Ayeuls et les Vostres ont tousjours avoué et bien ^ reconnu, que la conservation du Tiers Estât de ce Pays consistoit ^ en la bonne Union de cette Cité avec les Bonnes Villes. A quelle if fin, sont esté ci-devant faits divers Traitez d'Alliances et Confrater- ^ nitez.... Ce nous a esté pourtant un cuisant regret, d'avoir veu

# depuis peu de temps que les Bonnes Villes, séparant leurs sentimens

# de ceux de la Chef- Ville, se sont, par des suggestions sinistres, ^ portées à des resolutions particulières, etc. sf

* Intereà terrébantur Bannaîis leucae Incolae scUicitàbanktrgue mandatis Suae CelsUudinis , quibus significabat veniam omnibus concedere se,... Quapropter detrectabant jam CivUatis imperium et fnandata. [ Historia Populi Leodiensis , p. 265. ]

> Des Bourgeois cherchaient à s'évader, pour aller rejoindre les quartiers du Prince, espérant obtenir des grâces par cet acte de lâcheté. Les Bourgmestres furent obligés ^ de faire défense à tous ^ et un chacun d'asporter bardes hors de la Cité sur peine de confis* gt cation; défendant même à tous Bourgeois de ne se point retirer de la ^ Cité, à peine, outre la saisie de leurs biens, d'estre déclarez ennemis s» du Repos Public et de la Patrie, if [ Chroniques de Liège.}

* Electique sunt Consvdes Ger ardus Bouille, Praelocutor, et Jacdbu$ Hennet, Mercator, qui renuntiati sunt circa horam nonam tnatutinam^ acdamantibus Chirousensibus Grignousensibusque quod eorum aiieri altéra pars plus fideret. [Historia Populi Leodiensis, p. 266.]

Les quatre mille soldats Bavarois de Ferdinand furent renforcés de huit mille Impériaux commandés par le général Spaar. Ils ne furent guère arrêtés dans leur marche, si ce nest à Fléron, à Beyne, à Chônée. Il leur fallut livrer un vif combat pour entrer à Jupille, qui fut pillé et brûlé.

Le lendemain matin (jeudi 12 août), guidés par les Chiroux , ils surprirent, dans les prés de Droixhe, une troupe de volontaires Liégeois. Ils les dispersèrent, après en avoir tué le chef, le Bourgmestre Jacques llennet, et quatre cent trente des plus braves i.

Le môme jour, Wathieu Hennet fut élu Bourgmestre, en remplacement de son héroïque frère 2.

* Ce fut une grande perte pour la Cité , car c'étaient les plus courageux d'entre les G rignoux. Qui absumpti sunt in hac strage.erant foriissimi Grignousensium. \Historia Popuîi Leodicnsis, p. 269.]

* Suffectus est in locimi Consulis ejus frcUer, Wathaeus Uennei, qui jam Constd fuerat anno praecedenti. [Ihid, , p. 269. ]

£n ce moment suprême , on implora encore Tassistance de la France. fi Entretemps, le Magistrat avoit résolu d envoyer une Députation au fi Roi de France, pour solliciter les secours qu*on avoit promis à fi Toccasion. Le Seigneur Perot fut chargé de la commission.... Perot ^ ne put obtenir aucun secours, fi [Bouille, Histoire du Pays de Z%e,t. m, p. 288.]

On fut indigné à Paris de cet abandon des Liégeois, fi .... Nous fi aurions dû employer nos derniers efforts à les délivrer , car nous ne fi pouvions les abandonner sans honte. A ces considérations de Thonfi neur, se joignoient celles de Futilité. Le Député que la Ville de fi Liège avoit envoyé implorer nostre ayde, offroit de nous laisser fi tout le Pais pour y prendre nos quartiers dliyver.... De plus , comme fi les forces qui assiegeoient cette Ville n'estoieut pas considérables , fi ils ne demandoient qu'un petit secours, seulement pour allonger leur

Liège, cerné étroitement, repoussa plusieurs attaques. Les Bavarois y lancèrent des bombes, qui enflammèrent , çà et là , des groupes dp maisons. Ils occupèrent la Chartreuse, puis successivement, les faubourgs de Ste-Marguerite , de St-Laurènt et d'Avroi ^

Dans cette extrémité , les Bourgmestres fii-ent des tentatives de réconciliation.

Maxinlilien s'fen moqua. Il se sentait sûr de vaincre. Il voulait un abaissement sans conditions; de plus, il exigeait six tôtes, qu'il se réservait de choisir à son heure.

Les Bourgeois sentendirent pour faire une sortie en masse. S'ils se ruaient ainsi sur Fennemi, ils étaient certains de le culbuter. (Mardi 24 août 2. )

s» defence jusques à la fin de la campagne , si nous ne voulions pas y it envoyer nostre armée. £t cela, afin que ne hasardant point leur ^ Bourgeoisie f ils ne donnassent aucun tumulte ny aucun sujet de is remuer à ce qui restoit d'entre eux de la Faction de Bavière. ^ [Apologie de LonguevUle, p. 28.] La Bourgeoisie se hasarda avec sa valeur accoutumée.

* ^ Le 23 dudit mois, les AUemans jetterent de rechef quelques ^ bombes en divers endroits de la Ville , accompagnez de force cannoss nades, mais sans aucun effet; à quoy fut repondu do même, et la ^ milice se rendit maître du Couvent des Religieuses des Anges près ^ de S*'®-Veronne.... «? — «? Le canon de la Ville donnoit contre les is batteries des AUemans de quatre ou cinq endroits depuis le matin ^ jusqu^au soir.... ^ [Chroniques de Liège.}

* La principale liortie devait avoir lieu par la porte S^-Laorent * J'ay plusieurs fois depuis ouy asseurer du parti des AUemans, que si it cette sortie préméditée auroit été faite , que les AUemans avoient if oi*dre de quitter le siège, tant ils avoicnt crainte des Liégeois; maie ^ ayans reconnus leur lâcheté et désunion, n'en firent plus aucun cas,

Il se trouva un traître pour déjouer cette fière résolution : ce fut le Bourgmestre Del Bouille i. Il s'était fait le chef d'une conjuration aristocratique et cléricale, qui s'opposait sourdement à une résistance plus longue 2.

Dans un moment de fausse alerte, Bouille et quelques Grignoux apparurent le chapeau orné non plus de rubans vert, mais rouge et azur, les couleurs mi-partie de la Cité et du Prince. Ils se mirent à crier : La Paix! La Paix! D'autres Grignoux, vendus ou effrayés, se joignirent à eux. Leurs attroupements furent dissipés; niais

^ se sentans assez forts et capables de forcer la Cité. ^ [ Chroniques de Liège.'\

Les Grignoux n'étaient pas des lâches , comme le dit avec amertume le Chroniqueur : s'Us ne pouvaient risquer utilement leur vie, c'est que des traîtres contrecarraient leurs projets, ou les révélaient à Tennemi.

' Ce Del Bouille, que rUistorien Bouille réclame timidement pour son grand-père [Histoire du Pays de Liège, t. UI, p. 240], avait été un excellent Grignoux. 11 avait été banni par les Chiroux en 1641 , et, réfugié en Hollande, avec Rolans, Bex, etc., il avait courageusemeht coopéré au retour des Grignoux. £n 1649 , au moment suprême , pour un peu d argent , il trahit misérablement la cause publique. Famaqii>e erat deditum esse Suae CelsUudini.., [Historia Pqpuli Leodienms, p. 271.]

' Âhu que des manifestations déloyales ne vinssent point aggraver la situation de la Ville , les Bourgmestres avaient publié un recès qui défendait sévèrement de proposer une soumission quelconque. Le voici :

^ Le Conseil, se remémorant des choses passées, défend bien ^ sérieusement de ne faire aucuns attroupemens à effect de crier Faix! If Paix I h peine que Ceux qui seront trouvez ce faisant, pourront estre if taillez en pièces , voire le fait bien avéré , autorisant tous Bourgeois ^ à cet effet; et soit publié au son du tambour, et outre ce, imprimé ^ et affiché. ^

ils se reformèrent vers le soir. Au milieu d'un violent tumulte, les défenseurs de la Cité furent dispersés ou jetés en prison. Les vainqueurs coururent au monastère de S*-Gilles, et, sans délai, signèrent un accommodement désastreux, la Paix de S^-Gilles. Ils y firent insérer, à très grande peine, quelques garanties pour le maintien de la Neutralité et des Antiques Privilèges ^

Pendant que ceux-ci se soumettaient lâchement, les portes étaient livrées aux Bavarois. (Dimanche 29 août. )

Deux jours après, le mardi 31, Maximilien pénétra dans Liège.

Il en prit possession militairement.

Il y- accomplit, à son bon plaisir, toutes ses fantaisies.

Il se fit apporter les Clefs de la Cité , et déclara que désormais le Prince, seul, les garderait 2. Il annula les décrets et les statuts du Gouvernement Grignoux. Sur ses ordres, on enleva les grosses chaînes de fer qui barraient les rues ^. On mit en

* Voici cette clause , à ce moment si importante :

if Touchant la NetUralité, l'intention de Son Alteze Serenissime sf ayant toujours esté de l'observer inviolablement , elle sera reliif gieusement observée , et les Anciens Privilèges de la Cité sauves. ^ [ Dans le Eecueil des Édits du Fays de Liège j t. 1 , p. 79.]

* Jussit Princeps afferri sibi Civitatis portarum Claves, quae cô usque faerant in Consuîum potestate. [Historia PoptUi Leodiensis, p. 276. ]

' ss Le même jour, par nuit, furent par le Colonel Scroetz et le «: mayeur Fleron , accompagnez d'une suite de soldats, ostees les chaînes

pièces la statue du Bourgmestre Beeckuiau i. On rechercha et on déchira les portraits de Beeckman et de La Ruelle.

On chanta un Te Deum à la Cathédrale , pour célébrer le dénoùment heureux de la guerre.

Dans la matinée du jeudi 16 septembre, au milieu du Marché, encombré de soldats Bavarois, un échafaud fut dressé. On y fit monter le Bourgmestre Wathieii Hennet, qui s'était opposé. Tannée précédente, à Feutrée du Prince dans la Cité. 11 était en chemise, chaussé, drapé de son manteau gris; ses mains, croisées et liées, tenaient un

^ qui cstoieut au coin des rues de la Cité et portées au Palais , aiiii de fi donner partout libre passage à la Cavallerie. * [ Chroniques de Liège.]

' ^ Ledit jour 2 de septembre fut traîné en bas avec une corde au fi col la Statue de bronze du Sieur feu Bourguemaistre Beckman, fi qui estoit au bout du Marché, et la mirent toutte en pièces, et fi lesdittes pièces furent touttes remportées dans la maison de son fi fils Ferdinand, jadit Grand Greffier de la Cité, fi [Chroniques de Liège.]

Ce fils de Beeckinan avait honteusement trafiqué de Fhonneur paternel, et s était fait Chiroux. Il combattit avec les Ghiroux en 1646, et les Grignoux le bannirent comme meurtrier. Il vendit la statue de son père à une fonderie. Il en fut tout content , comme le montre ce recès du Conseil réactionnaire, qui, très content lui-même, ratifia ainsi Facte odieux des soldats Bavarois :

fi En Conseil de la Cité de Liège, tenu en la Sale hatUte le 3^ de fi septembre 1649.

fi Sur le mémorial de Monsieur le Baron de Spaar, le Conseil déclare fi estre content que la Statue de métal qui est au Marché soit otee , et fi mise es mains des enfans de feu Monsieur le Bourguemaistre fi Beeckman , pour en disposer ainsy qu'ils trouveront convenir. Et fi là mesme, le Sieur Grand-Greffier Beeckmau at déclaré, tant eu son fi nom que de ses Frères et Sœurs et aultres pareus, d^en estre coU" fi lents, fi [Registres de la Noble Cité de Liège, 1649, fol. 31.] 11. 29

crucifix et un cierge allumé. Pour qu'on ne put entendre ses paroles hérétiques, les trompettes et les tambours firent tapage jusqu'à parfaite décollation « Sa tête fut s^ustée sur une perche à la porte S^-Léonard« B autres décapitations suivirent ^.

Dans laprèi^midi , la Cité vit arriver le Prince lui-même, Ferdinand, précédé dune escorte de deux mille cavaliers et de mille fantassins. Il sse donnait les honneurs d'une entrée triomphale. 11 savoura sa vengeance à la porte S^-Léonard, en contemplant la tête de Hennet 2.

Le dimanche 19, ce vieillard hébété signa un Règlement décrétant ceci ^ :

* ^ LelOdito, H^au^/e/^til/enne^, jaditBourgaemaistre, futsaplidé ^ snr an eschaffaut devant Nouvis, conduit par deux Pères Domini- ^ cains , estant couvert de son gris manteau , portant dans les bras un :fi blanc flambeau ardent et un crucifix lié dans ses mains, etc. ^ [Chroniques de l^iège.l

* Fost haec Legiam ingressus est Princepsperportafn Leonofdinam , undt satiare oculos potuit prospedans ConstUis caput [Historia Populi Leodiensis, p. 278.]

' On a une idée de la bassesse des Chiroux triompkants, en lisant les remerciements qu'ils votèretit au Prince pour son inique Btgleme^, Voici leur recès :

if En Conseil de la Cité de Liège, tenu en la Sale hauUe le 20 ^ jhre x(]4g^ g présents les S" Commissairs, y ayants estejf appeUu les cf /S^ Vieux BourgueniaistreSf par ordre de Son Altesse Serenissime.

^ Les Seigneurs Bourguemaistres, Jurez et Conseil, ayant eu lecture :f de la Déclaration de Sou Altesse Sereuissime , uostre Ëvesque et is Prince, du ID*' du courant, remercient bien humblement Son Altesse ^ Sereuissime du sioiug et de la solicitude que Sa Bonté tesmoigue it avoii* poui* le bien et tranquillité publicque , la suppliant de vodoii «( ordonner sur les articles y contenus, auxquelles ils se soubmetteiit«

La Cité, désormais, sera gouvernée par deux Bourgmestres et par un Conseil de trente Jurés. Ces officiers seront renouvelés, tous les ans, par les Bourgmestres et les Jurés sortants. Les candidats devront être au nombre de quarante-quatre, désignés moitié par le Prince, et moitié par les Commissaires. Le choix sera fait de telle sorte, qu'il y ait toujours un Bourgmestre et quinze Jurés pris parmi les vingt-deux personnes nommées par le Prince i ;

La justice criminelle, civile et commerciale, que les Bourgmestres et les Jurés avaient toujours possédée , sera attribuée aux Échevins 2 ;

Les Bons Métiers seront dépossédés de la Souveraineté. Ils ne pourront plus s assembler ni statuer. Leur consentement ne sera plus requis

^ contintier eu ses bonnes intentions, et disposer les choses et les a affaires au point où sa Clémence et Prévoyance jugera à propos, ^ pour le repos de son Eglise et Pais, la reunion des volontés du ^ Peuple , maintien des Anchiens Privilèges , et restablissement de la ^ justice et du commerce. # [Registres de la NMe OUé de lÂège, 1649, fol. 37«.]

* ^ Voire que le choix se mi -partira , en sorte qull y ait un Booris guemaistre et quinze Jurez esleuz du nombre des dénommez par ^ nous, ou de nostre part^ et un Bourguemaistre et quinze Jurez ^ esleus des denomez par les Commissaires. «^ [Dans le BecusU des Édiis du Pays de Liège, 1. 1 , p. 83. ]

^ ss lie Siège des Maisires et Jwrez, pour avoir etoedé les termes if de sa Jurisdiction , et comme n^apportant que desordre, confusion if et retardement à la Justice , sera aboly ..«. Les Parliers des devant ^ Maistres et Jurez seront admis à estre Clercs sermentez des Esche - ^ vins de nostre Haulte Justice ^ pardevant lesquels se pourront ^ poursuivre les causes qui paravant révocation des tribunaux estoient ^ ventillantes pardevant les Maistres et Jurez.. ^ [Ihid,, p. 83<]

456 CHAPITKE XXV

pour établir des taxes ou des contributions. £11 tout et partout, ils seront représentés par les Bourgmestres et le Conseil ^ ;

Le Peuple n'ayant plus TAutorité Suprême, le^s Bourgmestres n'auront plus à le remercier à leur sortie de charge 2. En outre, les comptes do la Cité ne seront plus rendus en public, maiï^ devant un comité de douze personnes , dont six seront déléguées par le Prince, trois par le Conseil, et les trois autres par les Commissaires 3.

Nouveautés despotiques, inouïes.

En somme, on enlevait à la Cité le droit d élire ses officiers; on lui ôtait la direction de ses affaires , en môme temps qu on supprimait le Souverain Pouvoir des Bons Métiers ; on anéaii-

^ ^ Désormais ue se fera iiy en procession 2)ublicque ny autrement. tf pour quelle cause que ce soit, aucune assemblée des Mestiers de ^ uostre Cité, mais seront iceux, eu tout et partout, représentez par ££ les Bourguemaistres et Conseil; voire que lorsqu'il sera question de ^ luire deniers publics , sera requis le consent du Conseil de la Cité ^ vieux et nouveau, et du Siège des Commissaires assemblez en ou ^ corps.... Et la connoissance des deniers publics duz à la Gté, ^ comme aussi touchant le fait des Mestiers, appartiendra anxditë ^ Bourguemaistres et Conseil , voire sous revision à obtenir de nous 5; ou de nostre Conseil Privé, etc. ^ [ JWe?., p. 83.]

* a he remerciement des Bourguemaistres, au jour de la saincte sf Marie Magdala i ne ^ comme aussi la procession aux Ëscoliers, pour ^ causes des factions et débauches qui se commettent ces jours-là , ne sf se feront plus, s* [Ibid., p. 84. J

^ ^ Les comptes des. deniers de la Cité se rendront chaque année . 5? piirdevant douze personnes , scavoir ; six à députer de nostre part , fi trois de la part du Conseil de nostre Cité , et trois de la part des gi Commissaires, y preseus ou appeliez les deux Bourguemaistres de sf lun précèdent. ^ [Jfcirf. , p. 84. ]

tissait, en quelque sorte, son Indépendance, par rinfluence que Ton donnait au Prince en toutes choses 1.

Tel fut le Règlement du 19 septembre 1640.

Sous peine de mort, il fallut y obéir.

C'était un crime, en effet, que dy contrevenir en quoi que ce fût , soit de fait , soit par paroles , soit par écrit. Cen fut un également, que d'exprimer publiquement le regret des libertés et des franchises perdues. C'en fut un surtout, que de réclamer la protection des lois: on était châtié comme séditieux, comme révolutionnaire 2.

Le Prince était le maître.

' Ce triomphe de la tyrannie frappa les contemporains. L^un d'eux écrit : ^ .... La lâberté des Liégeois fut entièrement supprimée, leurs sf Privilèges annulez, leurs Biens exposez au pillage, leurs Patriotes ^ punis du dernier supplice.... ^ [Apoloffie de Longuevilîe, p. 28.]

* ^ Si deffendons à tous et un chacun, de quelle condition ou qualité ^ qu'il soit, de contrevenir à la Présente, de faict, d*escrits,ou de «s parolles, et surtout, de mettre en avant le Kestablissement de ce qui g: se treuve, par les Articles susdits, changé ou aboli, à peine d*estro if chAHÏiezcomme séditieux et perturbcUeîir du repos ptihlic.... ^ [Dans le BecueU des Édits du Pays de Li^ge^ t. I, p. 82. ]

Despotisme du Priace. — Assassinat judiciaire de Bartd Rolant, — Maximilien de Bavière se fait élire Coadjuteur, puis Prince-Évêque.

— n crée une sorte d^armée permanente à ses ordres. — D élève une Citadelle dans la Cité, pour mieux Tasservir. — Les Trois États sont forcés d'approuver tous ses projets. — Ses déprédations financières,

— Protestation de l'État Noble. — Assassinat judiciaire de Pierre De Bex, — A quelles conditions Verviers devient une Bonne Ville.

— Le Pays est foulé par les armées étrangères. — La Citadelle est démolie. — Révolution.

Le Prince était bien le maître.

Il allait le faire voir, en gouvernant à rencontre de tous les droits publics et privés.

Avant de se mettre à Fœuvre, il lui plut de donner un exemple de sa force.

Le vieux Bourgmestre Bartel Rolcms, l'ami de La Ruelle, avait été jeté en prison. Les Échevins reçurent Tordre de faire son procès. Es l'accusèrent de crimes politiques et religieux. Il répondit par quelques mots dignes. Mis à la torture, il ne s'inclina point, alors qu'un aveu aurait pu le sauver i.

* ^ .... M. le Bourguemaistre Rolans est Tobject de la rage de ces ^ cœurs envenimés ; il le faut perdre , parce qu'il a maintenu les Pri-

Le samedi 25 septembre 1649, Rolans fut amené sur le Marché, au milieu du bruit des trompettes et des tambours des soldats Bavarois i. Il ne put dire que ces mots sur Téchafaud : ^ Vivant, j'ai voulu la liberté; mourant, je la ^ veux encore ; après ma mort , mes ennemis la ^ voudront à leur tour 2. ^ Le bourreau le décolla d un coup d'épée, puis alla fixer la tête sur une perche à la porte S*-Léonard. La face resta vermeille pendant plusieurs jours. Elle

9 vileg^s ; il le faut mettre à mort , parce qu'il a contribué à rendre In < Liberté au Peuple: il le faut déshonorer, pour avoir soustenu Thon- ^ nenr de sa Patrie; il est assé coupable, parce qu'il est bon Patriote... <? "Bamphlds du temps. ]

«s .... A la question ny autrement, ledit Seigneur Bourghemaistrr ^ n a voulu confesser autre chose que ce qu'estoit porté par ses con- ^ fessions amiables, scavoir : D'avoir ^ par ordre des Seigneurs Boura ghetnaistres en estât, porté les armes défensives contre ceux qui ^ siégeaient Liège, et la menacoietU d^une ruine entière. ^ [Abrégé des Injustices et Oppressions exercées par les Eschevins de Liège, contre le Seigneur Bourghemaistre Rolans en Van 1649; p. 7.] Ce mémoire a été publié par Ténergique veuve de Rolans , la Demoiselle Françoise Boussart , Relicte de feu le Seigneur Bourghemaistre Bolans,

* ^ Il y avoit sur le Marché des soldats à pied et à cheval, qui fain soient de si grands tintamarts avec leurs trompettes et tambours, If qu'on ne pouvoit entendre parler le patient. ^ \Chroniques de Liège,]

19 Mais comme il vouloit haranguer au Peuple pour y faire entendre ^ des paroUes qui justifioyent entièrement son innocence, et ne mons- ^ troient que trop l'injustice de ses Juges, ils Tempescherent par les ^ fanfares des tambours, timballes et trompettes, qui ne cessèrent îf point un moment de donner jusques à ce qu'il eut rendu l'esprit, ts [Abrégé des If^ustices et Oppressions exercées par les Eschevins de Liège cofitre le Seigneur Bourghemaistre Rolans ^ p. 7.]

* Fafiia fuit dixisse constantissimum ViruAn, dli/m viderit tubicines ac tympanotribas : Deceptus sum vivns, decipior moriens; sed post obifum meum decipienfur, [Historia Popfdi Leodiensis, p. 283.]

rougissait de honte, s'entre- disaient les Grignoux, de rabaissement de la Noble Cité i.

Le 29 septembre , le Prince assembla les Trois Etats. Il les contraignit a voter les impôts extraordinaires qu'ils avaient rejetés dans les Journées précédentes 2.

Il frappa les marchands d'une contribution forcée , sous prétexte qu'il avait à payer la soldatesque, pour la licencier 3. Quand il eut l'argent,

* Le bruit public courut, pendant plusieurs jours, que le visage de Rolans gardait un léger reflet de vie , un reste de couleur rosée. On se plut aussi à dire , que le sang qui dégouttait de la tête du vénérable supplicié avait rougi Teau du fossé pendant huit jours. Faina fuit... aquam fossae illius portae..,. visam fuisse omnind f^ubram per oda (lies. [Historia Populi Leodiensis, p. 283. ] Des Grignoux emplireut des bouteilles de cette eau.

* Dans la lettre convocatoire , le Prince exige que les Députés des Bonnes Villes soient munis d'un mandat général et absolu. Voici cette lettre :

^ Ferdinand y par la grâce de Dieu , etc. Chers et Féaux. Les if affaires publicques estant à présent de teUe importance qu'ils ^ r<^quierent l'assemblée des Ëstats de nostre Pays de Liège et Comté ^ de fiOoz , nous vous faisons cette par advis de notre Chapitre Cathe- ^ drale, affîn que vous comparoissiez en notre Cité de Liège le 29^ de if ce mois, pour le jour suivant entendre la proposition qui vous sent it faite de notre part, et aviser promptement avec les autres à ce que a là dessus sera trouvé convenable et nécessaire au bien de toutl'Ëstat: a vous advertissant que si comparoissez ou point , l'on ne laissera de if tenir pour vaillable ce qui sera résolu pour les autres en votre fi absence ; et que si aucun Commis comparoist pour son principale on fi principaux, qu'il soit muny de Commission absolue et avec pouvoir fi du conclure, autrement leurs principaux seront tenus pour non fi coinparoissant. A tant , Chers et Féaux , Dieu soit en votre garde. fi •- De notre Cité de Liège, 20' de septembre 1649. Fkrdiîîand. fi Gr oisbeeck vidit. fi [Registres de la Noble Cité de Liège, 1649. fol. 41. ]

•' fi Le 7 de septembre 1649, tous les marchands de la Ville forent

au lieu de congédier ses soldats, il les fit, par une exaction exorbitante, loger et manger chez les Bourgeois i.

11 intima ensuite Tordre aux Chanoines-Tréfonciers de lui donner pour Coadjuteur son neveu, Maximilien ^. Quelques uns se refusèrent à

^ convoquez au Palais en la présence de Messieurs...., où j^etois présent , if et onys nous remontrer , au nom de Son Altesse , qu'il etoit nécessaire îs de trouver promptement la somme de quatre vingt mille patacons , ^ par avance que nous poudrions faire...., afin que par ce moyen Ton if put tirer les soldats hors du Banlieu.... Ou nonobstant plusieurs s5 répliques , il fallut enfin venir à la composition. *? [ Chroniques de Liège,]

Les pièces relatives à cette exaction se trouvent dans les Registres de la Noble Cité de Liège, 1649, fol. 33, 34, 35, 53 ss.

' if Apres tout quoy , Son Altesse non contente , fit remonstrer aux if Bourguemaistres et Conseil de la Ville qu'il etoit nécessaire de loger if les soldats dans la Ville sur le Bourgeois, à quoy aucuns furent d'opi- ^ nùm de plutôt mourir que d^ avoir les soldats en sa maison; mais ils ^ ny gagnèrent rien, et Son Altesse monstra qu'elle ne se soucioit ^ point d'eux, et que ses remonstrances étoient des commandements.... a Tous les soldats Allemans furent billetez et logez dans la Cité es if maisons Bourgeoises, cavalerie et infanterie , sans aucun égard s'il ^ y a voit place ou non pour loger les chevaux ; dont plusieurs furent ^ constraints de quitter leur boutique ou cuisine pour en faire une ^ estable, et ce au grand etonnement de toute la Bourgeoisie.... ^ [ Chroniques de Liège. ]

La Cité démontra, dans diverses protestations, que c'était un attentat à la liberté et à la propriété , de loger les soldats chez les Bourgeois. ^ Ce neantmoins, de la part de Son Altesse et ses Ministres, l'on n auroit contrevenu et enfraint les Droits, Privilèges, Franchises, if Libertez et Bonnes Usances pretouchees, car les Franchises des if Maisons scituees dans la Cité , Faubourgs et Banlieu ont esté violées, if les Bourgeois chargez d'allogements de gens de guerre, mesme ^ constraints à leur payer solde et livrer service.... ^ [Registres de la NMe Cité de Liège, 1649, fol. 56, 90 ss.]

* Les Grignoux eurent le tort de ne pas prendre, à ce moment, une position franche et nette. Au lieu de récriminer contre la rébellion de

élever à cette prélature un clerc Illettré, inepte, licencieux. La majorité n eut ni Cette honnêteté ni cette fermeté, et obéit. (19 octobre i.)

Ferdinand avait la certitude que Maximilien nerait son successeur. Il l'investit dés pouvoirs les plus étendus, et partit pour TAUemagne.

Délivrée de la présence du despote, la Cité tout entière murmura contre l'oppression militaire, qui s'aggravait de jour en jour 2.

Ferdinand de Bavière , ils auraient dû le mettre en accusation et proclamer sa déchéance, conformément à la Paix de Pexhe et à la tradition légfale. Ils perdirent leur cause en recourant à un moyen terme, en opposant au Coadjuteur Maximilien de Bavière un autre Coaéduieur, le Prince de Conti.

0 Les Liégeois avoient fait offrir au Prince de Conti la Coadjutorerie

* de Liège, pourvu qu'il leur aidât à faire la guerre à leur Evê^;

* et il avoit écouté leur proposition avec quelque désir d'y penfier.... ^ La proposition de Liège ne fut pas agréée; les difficultés se trou- ^ vèrent trop grandes pour lexécution.... ^ [ Mémoires de Mad. de MotteviUe, édition de 1824; t UI, p. 319, etc. ]

' Les membres de l'opposition , qui voyaient que VÉvêehé devenait comme une sorte de Seigneurie héréditaire, %en plaignirent au Pape: mais celui-ci confirma l'élection , pour bien mériter de la Maison de Bavière : Ad benè merendum de fiavarorum Familin. [flwfortVi Populi Leodiensis, p. 285.]

* Une protestation, du 24 décembre 1H49, commence ainsi :

^ Le Conseil. Ayant appris et ressenty les effects de plusieurs

* innovations très préjudiciables aux Droicts, Privilèges, Paix Faites, fi Franchises f Libertés: et Possession immemorielle de ceste Cité et s* Bourgeoisie dHcelle, que Ton tasche d'introduire et praticquer jourfi nellement par voye de fait, et d'armes mesme, au préjudice delà fi litispendence pendante indécise pardevant la Chambre Imperialle de fi Spire entre Son Altesse Serenissime et son Chapitre d'une parte, et fi la dite Cité d'autre : protesta de la vulliié desdites innovations, et fi de tou/tes forces^ violences et attentats, et d'avoir recours, en temps fi ot lieu , à toutes voyes, remèdes et bénéfices légitimes qu'il conviendrs.

Des Chiroux furent les premiers à gémir du rude servage des Bourgeois. Ils s'en voulaient amèrement d'avoir aidé à diminuer la Démocratie, pour se donner un Seigneur infâme. Dans le Conseil, ils s unirent aux Grignoux, pour redemander, au nom des lois, les franchises et les libertés des Aïeux ^

^ et de n'entendre dissimuler, moins tolérer, de son consentement, ny s de la Bourgeoisie, telles nouveautez et pr^ttdices.... ^

Le !•' mars 1660, il y eut une nouvelle protestation : ^ Le Conseil a ^ réitéré le contenu de ses Protestations précédentes , au regard de ^ toutes les violences et forces qui se commettent au préjudice des Droits, ^ Franchises, Libertez et Privilèges contpetants à ceste Bourgeoisie.,.. ^

Une protestation, du 31 mars, énuméra toutes les nouveautés pr^udûnables. ^ .... Davantage, les Trente Deux Bons Mestiers, qui, de ^ tout temps, composoient le Corps de la Cité, se treuvent en efiPect ^ abolys, puisqu'on leur at osté FAuthorité qui leur competoit d'An- 0 cieneté, tant par Paix Faites, Concordats que Bonnes Usances, ^ jusques à là, mesmement, que la congrégation d'iceux leur est ifi interdite. — L'on a de mesme tasché d'ester aux Mestiers leurs Biens *f et Revenus. — La Jurisdiction des Maîtres et Jurez, l'un des trois :fi Juges ordinaires de cette Cité, et celle des Maîtres et Trente Deux, ^ leurs Supérieurs, se treuve, contre tout Droit, cassée, annuUee et ^ abbrogee. — Les Compagnies Bourgeoises servantes d'Ancienneté If pour la garde de la Cité et Magistrat, mesme les Quatres Serimentees ^ et des Dix^ Hommes, se trouvent reduittes à néant. — Breff, l'on at ^ interverty toutte ordre de Police, Son Altesse ediotant seule, à 0 l'exclusion du Magistrat, establissant des nouvelles Loix et Consti- ^ tutions comme bon luy semble , augmentant les droits des Ëschevins ^ à la eharge du Commun et Bourgeoisie.... tf [Jiegistres de la Noble Cité de Liège, 1650, fol. 71 , 84, ss.]

* Les Liégeois n'avaient pas oublié que la Cité était une République : en dehors du contrat féodal , elle était tout-à-fait indépendante du Prince.

Oela est parfaitement touché par un Publiciste contemporain : ^ Le Pals de Liège , plein de Villes , abondant en Peuples , fertile en ^ toute chose, scitué entre l'Allemagne et les Païs-Bas, recognoist son s: Evesque pour Prince. Toutesfois , la domination du Souverain est

Maximilien n'était pas homme à se préoccuper de protestations ou de prières. Il tenait, d'ailleurs, ses brigandages pour très licites. Il ne surmenait et ne dépouillait les populations qu'avec le consentement des Trois États, où prédominaient ses créatures.

En quoi que ce fut, son vouloir primait le vœu de tous.

Le lundi 21 mars 1650, il convoqua les États. Il leur démontra l'urgence de bâtir dans la Cité, à S^e-Walburge , une Citadelle y et d'y entretenir une garnison permanente de trois mille soldats. Il leur déclara que c'était pour affermir l'autorité de son oncle. Il les requit de lui passer, sans délai, les fonds nécessaires. Il répandit ses troupes par toute la Ville, et son projet fut voté sous le coup de la terreur i.

if fort limitée.... Les Privilèges des Bourgeois, et rauthorité des ^ Magistrats que le Peuple eslit, donnent à la Ville de Liège les ^ avantages des Ttepiibliques. Il y a dans son obéissance plus de ^ devoir que de servitude.... s? [Apologie de Longftetnlle ; Paris, 1650, in-40; p. 26. ]

' if Cette année, le Prince Coadjuteur, par ordre de Son Alteze et ^ de son Conseil, contre Taveu des Trois Ëtats du Pays, desquels on ^ se soucioit bien peu , pour se maintenir au futur dans cette souveif raineté qu'ils étaient parvenus à obtenir, et empêcher les Liégeois ^ ne plus se cabrer ny pouvoir lever la tête contre les volontés du ^ Prince et du Chapitre, fit faire le dessein d'une Forteresse, pour sf leur servir de cabason , sur le haut de Fierreîise...» ^

^ Pendant cette violence et extorsion , on avoit mis tous les soldats ^ en armes par toute la Ville ; ce qui mit les Marchands et autres Bourgf geois en grande appréhension de pillage , dont quelques uns en if moururent de peur. «? [ Chroniques de Liège. "J

Seuls, quelques membres de TEtat Noble avaient protesté; puis, aussitôt, ils avaient quitté Tassemblée. Le Chapitre Cathédral et l'Etat Tiers n avaient osé faire d'objection ^.

Sans plus attendre, Maximilien s empara brutalement des maisons et des jardins situés dans le rayon de sa Citadelle -. Il les fit démolir et bouleverser par ses Bavarois. 11 somma les habitants de la Banlieue de venir travailler tous les jours 3; il daigna les renvoyer le samedi 25 juin pour vaquer à la moisson ^. Il obligea alore les Bourgeois de piocher la terre et de traîner la brouette; puis, à force de violences, une vaste caserne se trouvant achevée le 8 juillet, il les requit de fournir des couchettes et des meubles:

' if L'État Tiers u'osa s'y opposer, ^ dit Bouille, HisUyire du Pays de Liège, t. III, p. 302.

* Quarum plerisque Possessorihus nulla facta est deirimenti cornpenscUio. [Histaria Populi Leodiensis, p. 290.]

^ Un mandement du 7 mai permit aux corvéables d'envoyer des remplaçants. ^ Auxquelles corwees chascun aura à comparoistre , par ^ Iny ou personnes suffisantes, avec provisions, hayau, trivelles et ^ picquets, pour travailler depuis les six heures du matin jusques à ^ douze ^ et depuis une heure jusques à six du soir.... n [ Chrofiiques de Liège.]

* ^ Gomme la sayson du moisson estoit proche, Ton remercia les ^ Paysans du travail des corwees alentour du fort et baracques ; mais if les Bourgeoys de la Ville y furent commandez , chasque paroisse à ^ son tour , et ce jusques à autre ordre. ^ [ Chroniques de Liège. ]

Tous travaillaient sous les regards des soldats, qui bàtonnaient ou assommaient les négligents et les récalcitrants. ^ Les Surceans desdits ^ Faubourgs furent mal traitez par les AUamaus, et forcez de travailler ^ à coups de bâton.... ^ [ Ibid. ]

ce qu'ils firent sans trop regimber, heureux de ne plus héberger et nourrir ses soldats i.

Le mardi 16 août, il réunit encore les États. 11 en obtint la continuation des impôts existante, et rallocation de nouveaux subsides. Il trouvait utile de soudoyer plus largement la troupe permanente.

Comme à la dernière Journée, le Chapitre Cathédral applaudit aux propositions du Prince. L'Etat Tiers ne fit nulle opposition sérieuse. Dans FEtat Noble, huit membres désapprouvèrent la construction de la Citadelle, qui anéantissait, de fait^ la NeiUralité ; ils blâmèrent aussi les impositions infinies qui accablaient le Pays 2.

Maximilien s'irrita de cette protestation ^. Il

' La Cité protesta , avec énergie , contre tous ces forfaits. ^ .... Qui if plus est, contre tous Droits y mesme de la Paix générale de MunsUr, if Ton at basty une Forteresse ou Citadelle dans Fenceinte des murailles if de la Cité, sur la montagne de Pierreuse, munye d^nne forte garni- ^ son. — Et à cet effect, Ton s'est saisy, par roye de fait, de la Porte ^ de S^ Walburgiie, Murailles, Thours, Courtgardes, Rampars et ^ Aisements adjacents appartenants à la Cité, sans y comprendre if d'autres Portes, Boulleverts et Rampars-, comme aussj de plusieurs ^ Maisons, Jardins et Héritages appartenants aux particuliers. — ^ Ayants les Bourgeois, pour la construction de ladite Farknsft. fi esté constraints aux courwées ettravails, mesme à contribuer greases fi sommes pour édifier des baracques et autres places servantes à la , fi garnison.... fi [Begistres de la Noble Cité de Liège, 1650, fol 90.]

^ Rien n'était plus légitime que cette opposition de TËtatl^oble. D'après les Paix, les contributions devaient être temporaires, les besoins u étant point durables ; et le Prince , en conservant une troup permanente à son commandement, était rebelle h l'ordre public établi depuis des siècles.

^ Les membres de TEtat Noble avaient consigné les motifs de leur

enjoignit aux signataires Tordre de sortir de la Cité. Ils devaient être arquebuses, s'ils osaient y reparaître sans avoir été rappelés i.

Le 18 septembre 1650, il courut tout à coup à Bonn.

Terdinand venait de mourir.

A cette nouvelle, on cint l'oppression à sa fin.

On s'attendait à la délivrance.

L'espoir fut vain. Le décès de Ferdinand

opposition dans une Protestation, qu'ils iii-ent imprimer et publier. £u voici les passages essentiels : «? .... Ce n'est pas de notre adveu et if conaentement f que dans la ViHe de Liège , reconnue avec tout le ^ Pays pour Neutre par les Roy s, Princes et Potentats voisins, ou a if entrepris de bâtir une Citadelle sans une légitime convocation et ^ consentement des Etats, et directement contre les Privilèges et Paix a Faites.... ît^ajant antre chose à appréhender, pour le future, que ^ cette nouveauté de CitadeUe et de Garnison ne vienne à exposer à ^ des calamités et deplorations universelles ce Pays: ... Nousprotes- 1^ tons cantre tous ceux qui oni consenti à la Citadelle, et à Veniretc* fi nance de la Garnison dHceïle aux frais des Etais du Pays.,, ^

Les dissidents signèrent, en outre, cet acte :

^ Nous soubsignés , promettons et nous obligeons , en foy de Gentils ^ Hommes, aussi Corps et Biens réciproquement les uns envers les s autres, de nofts guarantir, indemniser et secourir les uns avec les ^' autres, chacun selon son pouvoir, cas arrivant que les uns ou les •c autres , ou Tun en particulier , soyent ou soit recherché au regarde ^ de la ProteéMim faite ce jourd'huy ( 20 août 1650), dans VÉtat des ^ Nobles, j^our le maintien de notre Neutralité, Liberté et Paix, *

* ^ Le Prince-Coadjuteur en fut si vivement picqué, qu*à Theure fi même il fit interdire Fentrée de la Ville à ces Seigneurs , et ordonna fi de faire feu sur eux en cas de violence, t" [ Bouille , Histoire du PafS de Liège, t. UI^ p. 304.]

Cet ordre du Prince était un. attentat manifeste à la liberté des délibérations, ainsi que le déclaraient, avec raison, les membres deToppositien, qui ^ protestoient , d abondant, de toute nullité contre tout ce qui fi se fera, puisqu'il n'y a aucune liberté de pouvoir dire son sentiment fi dans nostre Estât,,,*. ^

n'eut pas les suites du décès de ses prédécesseurs.

A la surprise générale, Maximilien revint subitement à Liège , et s'y fit reconnaître comme le successeur de son oncle. Cela lui fut aisé. Il avait acheté les votes de la plupart des membres du Chapitre Cathédral ^ .

Encore une fois, on avait un Prince-Evéque qui se moquait des traditions, des mœurs et des lois nationales. ( 12 octobre 1650. )

Maximilien prit possession de la Principauté sans observer aucune des cérémonies d'usage -. Il ne fit de Joyeuse-Entrée ni à Liège, ni dans les Bonnes Villes, afin de n'avoir pas à jurer le maintien de leurs Franchises particulières. 11 se borna à prêter, dans la Cathédrale, le vague serment de ne porter aucune atteinte aux Privilèges du Pays 3.

I Les Cliauoines-Tréfouciers qui s*opposèreut à la promotion de Maximilieu, fureut privés de leurs prébendes pendant un an: Ôs en appelèreut à Rome, a Maximilien fut receu Ëvesque tant par force ^ que par amour, ayant les armes en mains ; et y eut encore Messieurs..., ^ Chanoines, qui protestèrent contre son élection; mais en vain. ^ [ Chroniques de Liège, ]

* Aux termes de la Faix de Fexhe, et suivant Tusage traditionnel, tout avènement épiscopal devait être accompagné de certaines cérémonies. Pour obtenir le serment de Féauté de ses Sujets, les Bourgeois et les Feudataires, TËlu était tenu, on Ta vu, de prêter plusieiu^ serments solennels.

' tf .... Où il fit le 6'cr/«c«^ accoutumé; cela fait, il fut conduit par fi tous les Chanoines de S^-Lambert dans son Palais, sans faille aucune jsf Joyeuse-Entrée ny rejouissance publique comme ses Predecesseui^: s? ci par ainsy^ il na été obligé de faire aucun Serment aux Magia-

Il inaugura son règne en obtenant des Etats le vote crimpôts sur les grains, sur les rentes, sur les revenus i. 11 en employa le produit à pensionner ses affidés, à soudoyer ses troupes étrangères, à parachever la Citadelle.

Dans son grossier despotisme , il extorquait de l'argent pour payer ses troupes ; puis , à Faide des troupes, il forçait les Etats à lui procurer de l'argent ^.

Bientôt les Grignoux et les Cliiroux, que des malheurs communs avaient déjà rapprochés, se réconcilièrent. Ils conspirèrent ensemble 3. Ils

trots, de maintenir les Bourgeois dans leurs Droits et Prioiieges.... ^ [ Ckronifjues de Liège. ]

Ahstinuitque ah ingressu solemni in Civitatem quem summâ rcligione cduerant ejus Praedecessores ; necproindè emisit solemne jusjurandum, ut mos eratf fore ut Cives in eorum Jurihus ac Privilegiis tueretur, [Uistoria PopuU Leodiensis, p. 301. ]

' ^ Dans le temps de la cérémonie funèbre du Serenissime Ëvêque et ^ Prince Ferdinand de Bavière , on afficha , de la part du Prince Maxi- ^ milieu, un édit qui enjoignoit à tous les Bourgeois de payer Timpôt fg passé par les Etats sur les grains, pois, navettes et toutes autres ^ graines, qu'on a coutume de porter au moulin et au pressoir.... ^ [ Bouille , Histoire du Pays de Liège , t. III , p. 306. ]

^ 11 fut convoqué une Journée des Trois Etats du Pays , où fut accordé ^ le 20^ denier sur toutes les rentes et revenus annuels.... ^ \^ChrO' niques de Liège. ]

* ^ Et certes on peut dire à propos que la Pauvre Cité , eu furnissant ^ de son sang Taliment à ce feu insatiable de ses impérieux Publicains , fi acheté et nourrit volontairement de jour en jour son propre esclafi vage , et comme dit Tacite in Agricolam , cap. 31 , lorsqu'il parle de fi la Bretagne soub la domination des Romains : Britannia servitutem fi su<im quotidie émit, quotidie pascit. fi [Le Liégeois plaintif , in-4o ; p. 10. ]

' Les Bourgeois ne cessaient pas de revendiquer leurs Droits et Privilèges. On le voit par les Protestations de la Cité , contre les inno- IL 30

470 CHAPITKE XXVI

sattaclièi*ent quelques Bavarois, et réussiretit à exciter Une révolte dans la garnison, qui se mutina, sous prétexte d'arriérés de solde. Les douze promoteurs de cette aftUire furent saisis K Le Bourreau les promena, chargés de chaînes, dans la Gité> puis les étrangla. Le lendemain matin, leurs cadavres se trouvaient accrochés aux treilles des maisons du Marché 2, avec un écriteau portant : Ainsi seront traités tous ceux çwt

valions que l'on tâchait iVintroduire et pratiquei' jaurncllefuent par vaife de fait et di'arnêes. Eu roici des extraits :

31 mars 1650. ^ Le Conseil réitère ses protestations contre toutes ^ uouveautea et prejudiciabilitez tant au regard de la soldatesque, ^ logement, qu'autrement, au préjudice des Anciens Droits, Franchises ^ et Libertess eompetants à cette Cité, Franchise et Banlieu, et Dour- ^ geoisie d'ieelle , des Privilèges Impériaux , Paix Faites , Concordats^ ^ Regidients et Ordonnances politicques , et de la Litte indécise peugf dante à la Chambre Impériale de Spire entre son Altesse Ëvesque st et Prince de Liège et son Chapitre Cathédrale d'une part, et la ^ Cité d auti'e.... s»

24 juillet 16Ô1. ^ Le Conseil, pour la conservation des Droits, ^ Privilèges, Franchises et Libertez de la Cité, proteste contre toutes if les Nouveautez qui se font et se pourront cy après faire , et qu'elles ^ ne pourront faire aucun préjudice à la Cité, ccoiformement aux autres if Protestations. ^

24 juillet 1653. ^ Le Conseil) pour la conservation des Droiots, if Privilèges , Franchises et Libertez de la Cité : proteste contre tontes :f les Nouveautés cy-devant contraventoirement entreprinses et attenif tées, et que Ton pourroit par cy-apres continuer ou attenter de if nouveau , et de demeurer en entier pour tous remèdes en temps et if lieux convenables. Réitérant de plus les Protestations faites sur le if même sujet pendant quelques Administrations précédentes. ^ [EC' ffhstres de la Noble Cité de Liège, fol. 89» , 223, 406» ss.)

» Le Prince raccourut de Bonn. [ Chroniques de Liège. ]

"^ Poséerâ die visi sunt nonnulli qui ad fenestrarum caPiCcUon suspensi n^ete fuerant [Historia FopuU Leodiensis, p. 303. ]

désobéiront à Son Altesse y à ses Ministres et à ses Officiers. (27 novembre 1650 i.)

Maximîlien avait voulu ces exécutions sommaires.

Parfois, il daignait donner à ses vengeances les apparences de la justice.

Un des plus énergiques Grignoux, le Bourgmestre Pierre De Bex , s'était réfugié à Herstal , dans la partie dépendant des Provinces-Unies.

Maximilien ne respecta point le droit des gens : sur ses ordres, on alla nuitamnient empoigner De Bex. Il le fit juger par les Echevins 2.

Sur la sellette ou sur le chevalet. De Bex se glorifia de s'être dévoué, de fait et de paroles, à la Patrie et à Tordre légal. Crime irrémissible. Il 'fut condamné à mort. En mépris du Prince, il refusa d'implorer grâce '^. Sur l'échafaud.

* gf Ce qui fut aussi publié au son du tambour, afin de donner encore ^ plus de crainte à la Bourgeoisie. ^ [ Chroniques de Liège. ]

* De Bex fut arrêté dans la nuit du 2 au 3 février 1651. Dans Taprès-midi , le Mayeur et les Echevins lui lirent subir un impertinent examen, 11 fut chargé des mesmes crimes qui avaient ametié l'assassinat juridique de Wathieu Hennet et de Bartel Rolans; c'est-à-dire, il fat déclaré coupable de trahison. Les formes devant paraître respectées, on lui donna pour défenseur officieux Tavocat Ghinotte, qui put avoir accès auprès du prisonnier, mais en présence du geôlier.

Le dossier de ce procès politique existe encore.

> Bex vit le piège qu'on lui tendait. Delnander grâce, c'aurait été amnistier le Prince de ses forfaits, et les légitimer, en quelque Borte. Fortiter occumhere maîuit , quàm precariam à Principe ohtinere vitam. [Historia Populi Leodiensis, p. 310.]

l$ex préféra la mort , en bon Patriote , en honnête Citoyen.

Le gendre de Bex , lopulent et bruyant Grignoux Jamar de FrelouXf

472 CHAPIÏKE XXVI

dressé sur le Marché, il prononça quelques mote; mais il ne put être entendu, sa voix étant étouffée par le vacarme des tambours et des trompettes de la troupe Bavaroise massée à ses pieds. Il fut décapité d'un seul coup d'épée. (Merci-edi 22 février 1651 ^ )

Aux termes des plus vieilles Paix, notamment de la Paix de Fexhe, Maximilien était tenu de gouverner en respectant les droits publics et privés, et pas autrement -.

A rimitation des Rois et des Princes voisins, il n'admettait nul obstacle à son bon plaisir.

élu Bourgmestre en 164G , s était coudait bieu autrement. \\ se faulila auprès de Maximilien, ^ se jetta aux pieds du jeune Prince, et obtint î? sa grâce, s? [Bouille, Histoire du Pays de Liège, t. m, p. 292.] Jamar récita dévotement son credo, et vécut de longs jours.

' s? Le 22» febvrier 1651 fut décapité le susdit Vieux Bourguemaistre ^ BeXf vers les trois heures après midy, sur un echafaut devant :f Nouvice, comme les autres avec un flambeau blanc ardant entre ses fi bras; ses parents qui sont en grand crédit dans Liège aiant suppliez ;; Son Altesse pour avoir son pardon, qu'ils eussent facilement obtenu: ^ mais ce Vieux Patriot ne se voulut humilier pour le demander, ^ disant qu*il n'y a voit pas de pardon à demander quand on n'avoit sf point oiiencé; et pour intimider davantage le Peuple, ils avoient fi pendant cette exécution posez sur le Marché une Compagnie de fi Cavalerie et environ 400 fantassins, qui menoient si grand brait fi avec les tambours et trompettes, qu'on ne pouvoit entendre les fi plaintes de ce Vénérable Patient, fi [Chroniques de Liège,]

* ^ Le 23 juin 1651, fut rigoureusement défendu par le Conseil fi privé de Son Altesse de s'attrouper , promener et deviser ensemble fi en d'autres lieux que sur le Marché et la Batte, et de se parler fi plus de deux ou trois personnes, sous peine d'être châtiez en rigueur fi de Justice, cela étant préjudiciable au repos et à la tranquîliiti; ^ publique. :$ [Chroniques de Liège.] Le gouvernement n'était plus ([u'un despotisme militaire.

II le montra nettement lorsque Verviers, qui venait de se ceindre de murs, eut dessein d'être mis au rang des Bonnes Villes. Les conditions qu'il imposa à ce manufacturier Bourj;, étaient d'étranges nouveautés. ( l^r décembre 1651. )

Il ne laissait aux Verviétois que la gestion, plus ou moins libre , de quelques intérêts de localité. Il se réservait tout ce qui touchait à Tordre politique ^.

Il convoquait leurs Députés aux Journées des Etats 2 j et si ces Députés le contrecarraient, il lui était loisible de ne plus les ajourner •^; — il faisait présider les élections magistrales par ses Commissaires, lesquels recevraient le serment des Officiers élus 4; — il autorisait l'établissement

* On laissa intacts, en effet, tous les vieux us et coutumes. ^ Qu au

# fait de la Justice , tant criminelle que ci ville , spirituelle et layo , et ^ tout ce qui peut toucher à l'administration d'icelle . et exécution des s» sentences, par pannemcnt des meubles, saisinnement des personnes, ^ emprisonnement des débiteurs et criminels, le lieu des prisons et ^ tout ce qui en dépend, rien n'est et ne sera, par cette Erection en

# Ville , changé , altéré ou innové , ains le tout s'y exercera comme du ^ passé. ^ [ Registres de la Bonne Ville de Verviers. ]

' ^ Arrivant que jugeons à propos de mander quelques Députez do s? ladite Ville es Journées ou Assemblées d'Estat, iceux y comparoisse- ^ ront; et n'y estant pas appelles par nos lettres expresses, ils ne s y ^ présenteront. ^ [Ihid.]

* «« S'il arrivast (ce que ne croyons) que ladite Ville ou ses Députez ^ eussent traictez , sceu ou esté présents à quelque complot ou monopole ^ contre notre service, ou de l'Etat, avec aucunes de nos autres Villes, ^ ou contrevenu aux présentes Conditions , ladite Ville perdera tous ^ Privilèges au mesme temps que nous l'aurons déclaré, if [Ibid. ]

* ^ Touchant l'Election du Magistrat, elle ne s'y pourra faire sans ^ rassistance des Députe;; de notre parte , et l'on y observera la forme

474 CHAPITRE XXYI

do toute taxe ou taille i ; — il pouvait avoir une garnison, et garder les Clefs des portes 2; — enfin il avait, à toujours, le droit de résoudre les difficultés ou conflits de toute sorte 3.

Le Prince réprimait, sans détour, la Démocratie de Verviers. Peu lui importaient les usages et les franchises séculaires des Bonnes Villes.

Les Etats, les Bonnes Villes ^, les Bourgeois

^ que jugerons plus convenable pour le bien et repos particuliers des ^ Bourgeois et Habitans, (i^pres qu^aurons fait examiner celle que Ton ^ y observe au présent; nous réservant, et à nosç Successeurs à tous n jours, la puissance de la changer ou modérer, f \J}Àd.^

* sf Et ne s'y pourra faire aucune levée de deniers , pour sa particus? liere nécessité, sans ^otre perraissio^ et (^e notre Chi^pi^re; ^t ^Çven ront les Bourguemestres et Conseil, toutes et q\iantes fois ils seront ** seraoncez , nous rendre compte et à notre Chapitre, ou, en notre ^ absence, à notre Conseil, de Tapplication de leurs revenus et moyens î* publicques , qui devront estre reçus par une personne de probité, ^ capacité et suffisance connue. ^ \^lhidJ\

* 2^ Si pourrons -nous, et noz Successeurs, y placer autant de garde ^ et gents d^armes du Quartier ou d'ailleurs, et pour autant de temps ^ qu'il sera trouvé convenable, pour Tasseurance d'icelle notre Ville et ^ du Quartier; et en ce cas, celui qui commandera de par nous on de if noz Successeurs , aura la garde des Clefz et la distribution du mot ^ de guet, if [J5«f.]

' it Arrivant quelque doute touchant le promis, oa en toute antre ^ rencontre, au fait de la Justice, Armes et Polices, nous nous en ^ reservons Texplication, interprétation et modération, avec deffense ^ à tous Juges ordinaires et autres de n'en prendre connoissance. Si ^ deverons nos Bourgueniiestres et Co^seil, d'an en ^n, prester le ^ serement d'observer toi^t ce que dessus entre les mai^s de i\os Députez ^ h,\dk rénovation du Magistrat. ^ \Ihid, ]

* Les Bonnes Villes s'opposèrent avec énergie à ce qu'on leur ôtât le Droii de Chasse et de Pêche. Dans la séance du 10 mars 1653, le Conseil de la Cité adhéra à leur protestation en ces termes :

^ Lecture faite de la déclaration et protestation de Messieurs les

lui représentaient qu'il méconnaissait ses serments, qu'il violait leurs droits. Il ripostait par un surcroît d'illégalités et de violences.

Une protestation de quelques membres de TEtat Noble faillit avoir de graves conséquences. Ils se plaignaient du gouvernement arbitraire de Maximilien; ils relevaient certains de ses actes qui étaient contraires aux libertés publiques, ou subversifs de la Neutralité ^

Ils ftirent forcés de s'enfuir, tant leur démarche parut téméraire. Ils intéressèrent à leur cause le Duc de Lorraine, qui mit à leur disposition ses franches compagnies. Rentrés dans le Pays avec ces auxiliaires, ils commencèrent une guerre civile dite du Bien publie. Les Bonnes Villes de

i! Bourguemaistres de ceste Cité, Bourguemaistres et Députez des ^ Poni^ea Villes du Pays fie Lijsge et Cpmté fie Lopz en date du ^ de ^ ce mois , touchant les deplaintes que les Bonnes Villes ont fait de sf Tempêchement qu'on leur pretendoit apporter en leur Possession et ss Anciens Droicts de Chasser et Poisser es lieux et districts esquels if leurs dits Droicts et Possession s'extendent: ledit Conseil at demeuré ss empres d*icelle déclaration et protestation, a [Registres de In Noble aUé de Liège, 1653 , fol. 355. ]

* La protestation de ces Gentils Hommes était pleine d^énergie : ^ .... Quoiqu'ils n'aient jamais eu autre pensée que celle de demeurer a dans les respects et obéissance dueàSaditte Altesse, neantmoins ils ^ se trouvent obligés^ en vertu de leur serment preste tant à Son at Altesse qu'à TEstat, de luy représenter, comme ils font avec submiss* sion , que Vérection de la Citadelle à Liège est directement contraire if au bien et repos de V Estât,.,. Ils supplient Son Altesse de défendre ^ les exécutions militaires sur le Peuple.... Qu'inviolablement soyent ^ maintenus les Droits, Franchises, Privilèges et Neutralité de l'£tat, ^ conformément à Vobligation du serment de Sadite Altesse ^ et selon nf les Accords et Paix Faites.,., ^

Waremme , de Looz et de Tongres tombèrent en leur pouvoir.

Maximilien ne fut point intimidé. Il défendit à ses Vassaux, sous peine de mort, de le desservir en quoi que ce fut. Il renforça ses troupes Allemandes. Il leur fit piller les localités qui avaient offert quelque assistance aux insurgés.

Les Lorrains s'étaient ligués avec les Espagnols, et les hostilités allaient devenir plus sérieuses.

Le 17 mars 1654, la paix était tout à coup conclue entre Maximilien et le Gouvernement des Pays-Bas Espagnols.

Elle n'apportait nul allégement en rien. Elle affermissait l'autorité du Prince, en stipulant le maintien de la Neutralité, nonobstant Tarmement de la Citadelle de S^^^-^alburge i.

Maximilien avait réduit les Trois États à supporter ses déprédations financières 2. Us ap-

' Voici quelques passages de ce Traité de Paix :

If Que la bonne correspondance entre Sa Majesté Catholique et Son ^ Altesse Evêque et Prince de Liège , leurs Successeurs et Sujets de ^ part et d'autre , sera maintenue inviolablement , et le Pais de Liège a conservé en sa Ne%dr alité,... Même Son Altesse Impériale ordonnera n nu nom de Sa Majesté à tous ses Gouverneurs, Officiers et Magistrats. is qu'ils aient à assister les Sujets de Son Altesse Evêque et Prince de n Liège , contre tous ceux qui les inquiéteront, et tous et quelconques a perturbateurs de la tranquillité publique , contre la loi de ce Traité. ^ [Dans le Becueil des Edits du Paya de Liège ^ 1. 1, p. 162.]

* Les États ne cachaient point leur mécontentement d'être ainsi malmenés; preuve : c'est que Maximilien doit leur jurer, ^ que trois ifi mois après la publication de la Paix entre la France et l'Espagne, il n mettroit bas les impôts et gabelles extraordinaires dans le Pays. <

En 1658, il jura, de nouveau, ^ qu'il mettroit bas les impOts et

prouvaient silencieusement les expédients qu il inventait pour extorquer l'argent des riches et des pauvres. Il se servait du produit des impôts, non pour améliorer la situation morale et matérielle du Pays, mais pour satisfaire des vices odieux, le faste, le jeu, la lubricité ^

^ charges extraordinaires trois mois après la Paix des Pyrénées ; Ton ^ ne voit pas néanmoins que cette promesse ait eu son effet , puisque ^ Ton continua de les payer non seulement Tannée de la Paix, mais ^ encore les suivantes, s? [Bouille, Histoire du Pays de Liège , 1. 111, p. 350,352.]

' Voici quelques citations qui donneront une idée des exactions du Prince :

^ L'an mesme ( 1650) , on mit Timpost de la 60^ sur toutes marchan- ^ dises entrantes et sortantes.

sf Au mesme temps , on passa encore douze pattars sur la tonne de ^ bierre, et dix florins sur Taime de vin , et sur autres boissons à ^ Tadvenant.

^ Au mesme temps, fut collectée la capitation de chaque personne; If item, sur une cheminée, forge, fourneau, four et autre tocage, un ^ florin; sur chaque veriere, 3 pattars; item, le 20*^ denier sur toutes ^ rentes et biens; item, par après le 10^ denier; item, dans la Banlieu ^ on at payé sur le bonnier de terre , prairies et vingnobles, 12 florins: «; item, on a encore paie sur le porte-soye, or et argent....

^ Le 29 de novembre 1651 , les Ministres du Prince inventèrent If encore une autre surcharge à payer par tout le Pays, qui est le a papier timbré pour acte et document , à Tadvenant de la portance et ^ valleur des actes , qu'ils rendent au Palais , rapportant des sommes it incroyables.

^ £n ce temps, pour tirer encore nouvel argent, on constraignit ^ tous les Ofiiciers de Son Altesse de venir relever leurs offices et ^ rafraischir leurs commissions parmy certaine somme , ou ceux qui if ne le faisoient pas , ou n'avoient le moyen , estoient cassez et d'autres ^ establis à leur place ; ce qui rapporta encore grande somme par tout ^ le Pays.... ^

On frappait de contributions non seulement les hommes, mais les femmes et les enfants. ^ .... Chasque femme payera la moittie de la ^ taxe de son mary , et les vefves suivant Testât de leurs feux marits ;

478 CHAPITRE XKVI

En 1658, on résolut encore de «^afippanchir de cette dégradante sujétion.

L'insurrection devait éclater dans la Cité. Elle avait été complotée par des Grignoux l. Un affidé en dénonça sept, ^s furent arrêtés en une nuit, et condamnés par les Échevins à être décapités 2. L'un d'eux , sur Téchafaud, put dire à la foule qui se pressait sur le Marché: ^ Bourgeois, :;: ooHs ne sommes pas des traîtres ; qpqs vonlipps :^ renverser la Citadelle, et vous rendre vos Privi- ^ lèges. ^ On n'entendit pas plus : la voix était couverte par les sonneries des trompettes et des tambours 3.

s» et les enfans de Taage de qqinze ans, la moittie de leur raere.... ^ [ Chroniques de Liège, ]

On imposa jusqu'aux animaux domestiques , nempè très florcni ei bove, iriginta asses ex vacca, decem ex poreo, ex vitulo quatuor, ex ore totidem, ex capro duo, ex agno tofidem^,,. [ Hisforin Popuîi Leodîensis, p. 284. ]

' Anno 1658 $ub augustum menscm , tionnuUi q\ti Grignou^enses appellabantur,.., [Jlistoria f^opuU Lcodiensis, p. ^3(}. ]

* On phercha à foire acoroire que les conspirateurs n'étaient que des piHardis et des meurtriers, if Cette Ville de Liège fut menacée d estre if réduite en cendres par des exécrables boutefeux, exposée an pillage. a et les habitans d'astre égorgez comme des moutons par d^ brigands ^ et monstres de la nature. Dessein abominable.... tf [Pari val , Histoire de ce Siècle de Fer, t II, p. 606. ]

G-eat le bruit que les affidés du Prince firent courir, ut in rulgus spargébatur. [Hisioria Populi Leodiensia, p. 340. ]

' Quamquam enim intereà persondbant huccinnc et tympana Germanorum, ne exaudiretur loquentis* sermo, attamen, quod firwo stomacho poîleret y tantâ voce hcutus est, ut distincte fuerit audiius. [Hishria Populi Leodiensis, p. 340.] — ^ Il parla hardiment sur is Techaffaut, disant de n'avoir offensé ny envie d'offenser personne. If mais seulement de restablir les Vieux Privilèges et mettre la Cita-

Un événement inattendu restitua ses Ub^îrtos » la Patrie.

En 1672, la France avait déclaré la guerre aux Provinces-Unies.

A rencontre de 1^ Neutralité, et malgré les réclamations des États, le Prince avait permis aux Français de traverser le territoire, et dy prendre des qui^rtiers i.

Ces alliés agirent comme en pays ennemi. Ils s'emparèrent des Bonnes Villes de Thuin, de Visé , de Saintron , de Tongres , de Waremrae , de

if délie bas; dont pour empêcher son discours ultérieur, e\ qu'i) pp fpst ^ entendu du Peuple, on fit sonner les trompettes et tambours par les ^ Compagnies des soldats extants rangez au Marché. Audivi et vidi, ^ [ Chroniques de Liège. ]

On vit encore d'^utrçs Bourgeois obscurs montrer autant de cov^içage. ^ L'an susdit (1660), le 12 maye, avant midy, at esté conduit sur ^ reschalFau devant Kouvice Samuel Huppe, qui estoit de la pretouchée ^ trahison, grand Hughenot; lequel ne voulut s'agenouiller ny se ^ confesser. Ce que voyant, le bourreau lui donna le coup estant assis ^ sur un siège, dont l'espee fut rompue en deux pièces; et ledîct ^ bourreau print une des pièces , avec laquelle il luy siat le reste de la ^ teste , jusquea à ce que la morte s'ensuit gf [Jhid. ]

* Le Prince disputait aux Etats, on Ta vu, le soin de veiller seul à la Neutralité : ce n'était pas pour l'avantage du Pays. Ainsi, le 11 juillet 1671 , il régla avec Louis XIY des stipulations pour la Neutralité, et surtout pour le passage , les vivres et les magasins de Tarmée Française. £n retour , le R(» lui promit , outre une gratification de vingt mille écus, un subside mensuel de dix mille écus, et une assistance efficace en cas d'attaque. [Dans Mignet, Négociations relatives à la Succession d^ Espagne, t. III, p. 292.]

A propos de la trangression de la Neutralité par TËmpereur et le Roi de France, leurs Résidents à Liège publièrent plusieurs notes jastificatives. Les plus importantes ont été réimprimées dans le volume intitulé : Pièces curimses concernantes la Neutralité, du Pays de Liège; Amsterdam, 1674, in-12, etc.

Bilsen, de Maeseyck, de Maestrîcht; ils les rançonnèrent durement ^

Ils s'étaient avancés vers la Cité. Le 27 mars 1675, ils surprirent la Citadelle. Un an après, ils la firent sauter, en opérant leur retraite. (Mardi 31 mars 1676.)

Ce fait eut des suites heureuses 2.

Pendant trois jours, ce ne fut que réjouissances et feux de joie dans la Cité ^. Chaque matin, riches et pauvres , femmes et enfants , s'en allaient à la Citadelle, au son des instruments , achever la ruine de ce que la sape et les flammes n'avaient pu détruire ^.

* On trouve un récit imparfait de ces effroyables brigandages dans Bouille, Histoire du Pays de Liège y t m, p. 365, 366 ss.

' ^ Le Peuple se voyant dechevestré de la Otadelle, laquelle at esté ^ la source de la ruine du Pays , crut estre permis de reprendre son ^ ancienne possession dans Texerce de ses Droits et Privilèges , laquelle ^ luy avoit esté empêchée par force majeure le course de 27 ans.... # [ Chroniques de Liège,]

> Accensis ignibus, triptédia , piiblicae laetitiae signa, apparuêrein Cii^itate. [Historia Popidi Leodiensis, p. 374.]

^ Le soir estant venu, les Bourgeois ont allumé feux partout, en ^ signe de joye d^estre délivré d*un tel esclavage que Ton avoit souffert ^ passé 26 ans.... st [Chroniques de Liège.]

^ Les Liégeois, qui voyoient avec plaisir la démolition d'un ouvrage ^ qu*on n avoit élevé que pour les tenir en bride , fermèrent leurs bon- ^ tiques, allumèrent des feux de joye par toutes les rues, et firent de ^ très grandes rejouissances.... ^ [Basnage, Annales des Provinces* Unies, t. n,^. 662.]

* Les ecclésiastiques même mirent la main à l'œuvre. ^ Tons ^ Chanoines, Religieux, Clercs des Jesuittes et du Séminaire, et tons ^ autres personnes, ont' esté travailler tous les jours à Taplanissement. ^ conduits par violons , trompettes et tambours.... ^ — ^ Notes qne

Une révolution commençait i.

A quelques jours de là, les Règlements de 1603 et de 1631 étaient remis en honneur 2.

Les Bons Métiers se ressaisirent ainsi de la Souveraineté 3. Ils restituèrent aux Bourgmestres les aefs de la Cité K

^ l*ou a trouvé sur la Citadelle une grosse pierre avec un homme ^ coupé (châtré) dessus, aiant les mains liées par derrière, un gihet ^ d'un costé, des verges et une roue de l'autre , avec cette inscription : ^ Bourgeois, te voilà liez pour mille ans. Belle pensée pour Gens ss d'Ëglise ! ^ [ Chroniques de Liège, ]

' Au grand étonnement du Prince et de ses créatures effarées, la révolution fut modérée et clémente. On ne se porta à aucun excès, ni contre les personnes, ni contre les propriétés. :f Quoique plusieurs SI tachoyent d'induire le Menu Peuple à des eschapades contre ceux ^ dont il avoit esté mal traitté trop longtemps, il n'y at eu aucun coup ^ de main, ny goutte de sang espanché; ce qui est rare dans le ^ changement et révolution de cette nature. ^ [Chroniqt*€S de Liège.}

* Le 26 mai, le Bon Métier des Fèbvres, et, après lui, tous les Bons Métiers, fit la déclaration suivante :

sf Lecture nous ayant été faite des Reglemens, Confirmation et ^ Addition en daetes respectives des ans 1603 et 1631 : Déclarons nos ^ intentions avoir toujour été et être de les observer, et que nous ^ n^avons jamais consenty à la Reforme prétendue de 1649, veu qu'elle ^ a été faite par surprise , contre les Anciens Privilèges, Franchises, ^ Libertés et Paix Publiques, et signament celles de Tongre de ^ Tan 1640 et de S^-GUles de Tan 1649 , et que Texecution et pratique ^ de la Reforme susditte ont été introduites par la force majeure , et ^ continuées contre nos volontés et consentement : De quoy protestons ^ solemnellement.... ^

3 ^ En suitte de la démolition de la Citadelle, les Bourgeois secouereut ^ le joug leurs imposez de Fan 1650, et reprindent leurs Privilèges.... af [ Chroniques de Liège. ]

* Claves CimkUis, quae hadenùs pênes Summum Decanum fuerant , ad Consules deUUae stmL... Posthaec petiêre Cives, etc. [Uistoria Populi LeodiensiSy^. 374.]

482 CHAPITRE XXVl

En attendant la prochaine rénovation magistrale , chaque Bon Métier délégua deui personnas pour former ùh Ootnité de sûreté, qui prit la direction des affaires conjointement aVec les Bourgftiestres et les Conseillers en fonctiorts ^

Le Peuple Liégeois allait , de nouveau , se gouverner lui-môme.

' Cet événement est ainsi exposé par un contemporain étranger : sf .... La démolition do la Citadelle fut reçue avec joie par tout le ^ Peuple de Liège. Cette Citadelle , bâtie depuis peu d'années, éioit ^ pour les Liégeois un joug qui àffermissoit trop sur eux Fautorité ^ du Prince. Sitôt qu'ils en furent délivrés, ils reprirent toute celle s* quils avoient auparavant. Les Bourgmestres et les Trente-Deux if Ëons Métiers laissèrent peu de pouvoir au Conseil du Prince... ^ [3£émoires du Marquis de Pomponne, 1. 1, p. 216.]

La Cité. — Elle rétablit la Démocratie. — Intrigues et manoeuvres du Prince. — Trahisons. — Coup d*£tat de Maximilien. -7- Blocus et prise de la Cité. — Assassinats judiciaires des Bourgmestres Benardi et Mticors. — Règlement du 28 novembre 1684 — Omnipotence politique du Prince.

La Cité, confiante et tranquille, avait repris ses habitudes républicaines.

£lle jugea urgent d'obtenir la protection de son Seigneur Suzerain, FEmpereur. Elle le supplia de maintenir le retour aux vieux usages, qui avaient été suspendus par la force depuis 1649 ^

KEmpefeur avait en petite estime Thonneur et rintérôt des Peuples. Il ordonna aux Liégeois d^obéir en tout à leur Prince 2.

' jtf Le Peuple crut qu'il ne devait oublier son salut de la Liberté en if cette occasion , et qùll estoit de son debToir d'envoyer des Députez ^ vers Sa Majesté Impériale, pour la supplier de ne pas désapprouver ^ qu'il reprint Texerciee de son ancienne possession dans la création ^ des Bourguemaîtres et Magistratz, et des autres Droits et Privileiges # lu j appartenants.... ^ [Chroniques de Liège.]

* L'Empereur ordonnait, notamment, que Ton n'apportât aucun changement au système électoral de 1649 : Ne ad didam Eledionem (luidquam attentetur innoveturque. Le rescrit de TEmpereur, du 25 juin 1676, a pour adresse : HonorabilUms nostris et Sacri tmperii Fidclihus Diledis Magistratui Cicitatis Leodiensis,

Cette inique sentence ne découragea guère. On était résolu à garder intact l'héritage de liberté et de franchises transmis par les aïeux i.

' Les vœux de la Cité sont nettement exprimés dans les pamphlets du temps. Quelques lignes en donneront une idée : *

1^ Il est certain que la prétendue Reforme de 1649 , introduite par a force et violence, est entièrement contraire aux Anciens Droits, ss Règlements et Privilèges:

a Car c'est chose toute notoire que le droit et pouvoir d'élire et ^ renouveller, d'an en an, le Magistrat de la Cité, Franchise et Banlieu ^ de Liège , appartient et a de tout temps appartenu au Peuple et aux #s Trente Deux Bons Métiers ou Collèges esquels il est distribué.

^ Que ledit Peuple ne peut ny ne doit être chargé d'aucun Impôt ou ^ Contribution, sans le gré et consentement de la pluralité d'iceux ^ Métiers.

^ Que les comptes des deniers publiques se doivent rendre chaque ^ année aux Députés des mêmes Métiers , en présence du Magistrat.

^ Que ces Droits et Privilèges ne peuvent être modérés ny changés, if sinon avec l'adveu des Bourguemaitres, Jurés, Conseil et Généralité if des Trente Deux Bons Métiers.

gi .... Et cependant on a introduit par force d'armes et menaces, saus ^ l'adveu d'aucun des Bons Métiers, la susdite prétendue Reforment ^ l'an 1649, si contraire à tous les Droits et Privilèges du Peuple, ^ — Veu que par icelle non seulement l'Election Magistrale luy étoit ^ ostée, les Assemblées publiques de ses Collèges interdites, et son fi Tribunal de Justice renversé et aboly , — Mais il étoit aussi rendu fi sujet à porter toutes les charges qu'on vouloit luy imposer à discrefi tion , et au bon plaisir de la petite assemblée d'un Conseil éleu contre fi l'Ancienne et Légitime Forme, — Sans même qu'on luy rendit jamais fi aucun compte , ny de la portaffce , ny de lemploy de ses deniers fi publiques....

fi .... Bien entendu que le Peuple, en maintenant ses Droits etPrivifi leges, ne touche en rien aux Droits et Regaux de Son Altesse Serefi nissime... fi {^Dialogue entre la Ville de Liège et un sien Âwyy p. 5, 6.]

On le voit par cette dernière phrase : les bonnes gens supposaient qu'on pouvait soumettre aux lois la volonté personnelle du Prince. Cette loyale candeur , qui avait perdu tant de fois la Cité , Fallait perdre encore.

Le samedi 25 juillet 1676, eut lieu la rénovation magistrale. Elle se fit avec dignité et calme. Plus de trente mille Bourgeois se rendirent dans les Chambres des Bons Métiers , pour élire leurs nombreux oflâciers i.

Ces Trente -Deux nommèrent Bourgmestres Charles (TAns et Nicolas de Plenevaux 2,

' Eu cette même aimée 1676, Tancien Bourgmestre De Grati publia son Discours de Droit moral et politique. Il y décrit avec soin, 1. 1, p. 126 , TËlection magistrale. Quelques ligues sont à citer :

^ Tous les ans le jour de Saint Jacques , vingt-cinquième de Juillet , fi on fait le choix des SS'''^ Bourguemaistres dans la Cité de Liège : ^ lequel étant publié par leur Souverain-Ureffîer au balustre de la fi Maison de Ville, le Peuple y étant convoqué au son de trompette, fi est toujours suivi de Tacclamation générale du même Peuple par fi un Yiva,

fi Puis on va chercher les Ësleuz, qui étant arrivez sur laditte fi Maison de Ville Fun après l'autre , précédez des Tambours et des fi Trompettes de la Cité, et de dix Secrétaires (qui sont leur suitte fi journalière) tous couverts de manteaux rouges, et accompagnez et fi suivis des Prélats et Tresfonciers, avec une grande foulle de parents fi et amis, sont placez auprès des SS^ Bourguemaisti*es sortants fi d'Ëstat à une table eslevée de pied et demi plus haut que les sièges fi des Conseilliers , sur des coussins de velour rouge, et dessous un fi dais, qui est leur séance ordinaire.

fi Où ils font une harangue de remerciment aux SS^^ leurs Ëiecteurs, fi qui répondent de rechef par un Yiva : puis ils prestent le Serment fi entre les mains de leur dit Souv^rain-GrefHer.

fi Âpres lequel les SS^'^ Bourguemaistres sortaus d^Etat, donnent à fi chacun des nouveaux Ësleuz une Clef d'argent , égale et semblable fi partout, en marque de Jurisdiction , Dignité, Honneur, Pouvoir, ^ et Prerogatif égale.

fi Cela fait , ils prennent un disner solemnel sur laditte Maison de fi Ville , après lequel ils sont reconduits chez eux avec la même cerefi monie qu'ils ont été amenez , parmi les acclamations générales du fi Peuple, qui borde les rues de feux de joye par tous les endroits où fi ils passent, fi

* A l'expiration de leur année magisti'ale , ces Bourgmesti'es remer- U. 31

L'ordre renaissait, malgré le Prince, avec la liberté , avec la démocratie.

En vue d'assurer la Neutralité , la Cité avait député, en son propre nom, au Congrès de Nimègue.

Maximilien s en était courroucé. Il s opposa à ce que le Congrès admît, comme Envoyé officiel, r Ambassadeur Liégeois : lui seul, à lentendre, représentait le Pays.

L'assemblée eut égard à cette assertion mensongère. Il n'y eut que les Provinces-Unies qui accueillirent l'Ambassadeur, et qui déclarèrent tenir pour Neutre et Amie la Cité de Liège i.

cièreiit le Peuple, couforménieiit au traditionuel usa^e. ^ Le 2^ ^ Juliette 1677, les Seigneurs Boui'guemaietreB d'Ans et Plenevaux ^ ont esté faire le remerciement dans le Vieux Marché comme d'an- ^ ciennetéf eu pi-eseuce du Peuple, et faire une belle harangue. ^ [ Chroniques de Liège.]

* Voici le début de la Note présentée par la Cité au Congrès assemblé à Nimègue :

a Les Députés du Magisti^t et des Trente Deux Métiers ou Collèges ^ de la Cité de Liège, se croyent obligés de remontrer à VosExeelsf lences très respectueusement.... :

a Que Liège est une Franche et Libre Cité de F Empire, deelarée, s: reconnue et advouée Neutre depuis plusieurs siècles par tontes les ifi Couronnes et t'uissances qtii renrironnént;

if Qu'elle est ll& Capiluiè du Pays de son nom ;

if Qù elle est et a de tout temps été distribuée eu Trente Deux sf Métiers ou Collèges, auxquels appartient délire et renotiveller dan if en an le Magistrat,,,.

if. Que le susdit Magistrat a Jur^ietion ordinaire , le Régime de la fi rolicCj et Commandement des armeê dans la Ville et son Banlieu.... ^ [ t)aiis la Depuiatiofi faite pur la Cité de Liège verê VÀssemblée des Seigneurs Ambassadeurs traitans de la Paix en la Ville de Nimegne; Liège,1679,in'4sp.l9*]

C'était là, en de telles circonstances, un grave . revers. Il déconcerta les Patriotes. Aux premières ouvertures, ils acceptèrent de traiter.

Un accommodement, qu on croyait raisonnable, fut offert à Maximilien, qui, alors, résidait constamment à Bonn. On était prêt à lui jurer fidélité, à condition qu^il reconnaîtrait le gouvernement libre de la Cité i.

Le Prince répondit par des subtilités et des outrages.

On le calomniait, osait-il dire, en Taccusant d'avoir manqué à ses Serments, d avoir enfreint les Paix, et mis à néant les Privilèges. En 1649, n'avait-il pas laissé la Cité en possession de diverses Franchises, alors qu'il eût pu la traiter comme une Ville conquise, où il n'avait rien à ménager, rien à respecter, pas même la vie des Habitants? A cette heure suprême, ajoutait-il, tous les Statuts, tous les Règlements se trouvaient annihilés de fait, et il avait bien été le maître.

• Le 7 juillet 1680, tous les Bous Métiers avaient recessé uniformément qu'il fallait maintenir la liberté reconquise , s# Vu VimpossibilUé s* quHl y a de $e conformer à la Reforme de 1649 , à moins que de fi souffrw Textréme et dernière subversion des Droits et Privilèges de fi la Cité.,., fi

Ces recès sont transcrits dans les Registres de la Noble Cité de Liège, 1680, fol. 131 ss.

Dans toutes les négociations , soit avec le Conseil Aultque , soit avec le Conseil privé et les agents du Prince, la Cité reste fidèle au droit et à la tradition. Son indignation est sincère , quand elle redit comment elle a été astucieusement dépossédée de sa liberté. [Ibid*,î(À, 125 ^ 127, etc.]

488 CHAPlTIiE XXVII

certes, de dicter telles ordonnances qui! lui avait plu ^

Ce langage était significatif.

Tout espoir de conciliation avait disparu.

Cette fois encore , la Cité était contrainte de se défendre par les armes 2.

Elle prit les Bonnes Villes pour juges de la légitimité de sa résistance. Elle les suppliait do ne point faillir aux Antiques Alliances; la cause qu'elle défendait était la leur; elles lui devaient assistance contre Maximilien, qui voulait la destruction des libertés publiques 3.

' Dans les Couféreuce» , les agents du Prince tenaient un langage hautain. Ils se permettaient même des paroles aussi outrageantes que celles-ci : ^ .... Que Son Altesse n'a jamais eu conuoissance de cea a sortes de protestations clandestines de la Cité, autrement qu'elle y tf uuroit mis bon ordre.... Qu'il touclioit à Son Altesse d^intei'preter :f le sens de la Paw' de S^-Gilles de 1649, veu qu'elle a esté accordée ï5 \)AV pure grâce, après que la Bourgeoisie, par la conduite qu'eUe s: avoit tenue , estoit pour lors decheue de tous ses Privilèges.... Que if lorsque ladite Paix se traitoit , Sadite Altesse estoit desja maistre sf delà Cité, ayant desja en sa puissance la porte d'Amercœur: de ^ sorte qu'elle la pouvoit traiter dans la rigueur de la guerre, et gi comme une place conquise sans capitulation, et par le droit àe& a armes.... :?

^ Dans le courant du mois de janvier 1681 , les Etats furent ajooi'nés à Saintron. Ou jugea inutile d'y convoquer les Boui'gmestres delà Cité. Quihus non invitati fuerunt CicUatis Cansules. [Historia Voi)uli Leodiensis, p. 397.]

^ Une des lettres que la Cité adressa aux Bonnes Villes , datée du 25 mai 1681 , commence ainsi :

s: Messieurs. Nous ne vous remettrons pas en mémoire les Vieilles ^ Alliances de cette Ville Capitale avec les autres Bonnes Villes du ff Pays de Liège et de la Comté de Looz , ni les obligations particulières ^ uù vous êtes de procurer votre commune conseiTatiou et le maintien

Cet énergique appel ne fut pas ouï.

Les Bonnes Villes étaient appauvries et tremblantes. Elles avaient presque toutes été forcées, rançonnées et démantelées dans la p;uerre do la France contre les Provinces-Unies ^

La Cité restait seule.

Les troupes Bavaroises avaient envahi le Pays. Un détachement nombreux pénétra dans la Bonne Ville de Verviers, qu'il surtaxa sans merci; un autre s'empara de Visé, qu'il frappa de réquisitions.

Les Liégeois arrêtèrent, ça et là, les Bavarois. Ils marchèrent sur Visé, et le reprirent sans grande peine.

Pendant que Maximilien ordonnait le ravage de la Banlieue , il usait du stratagème redoutable des Princes, la négociation et la diplomatie.

«f de vos Droits, Privilèges et Libertés, puisque, indubitablenieut, ^ vous ne les ignorez pas. Nous vous dirons seulement , que la violence 5* dont la dite Capitale a été accablée par la suppression de ses ^ Anciennes Loix, et l'introduction des Nouvelles, a été d'une consés? quence si pernicieuse, que quelques Ministres de cet Etat ont cru «f qu'ils en pouvoient disposer à leur fantaisie avec autant de liberté que ^ de leurs propres héritages, et qu'après avoir usurpé une domination ^ absolue pendant le repos, pour établir la félicité particulière de leurs jsr maisons, ils n'ont pas craint, durant la guerre, d'abandonner sans * défense toute la Jurisdiction de vos Villes, Châteaux, Bourgs et ^ Terres, aux Puissances qu'ils ont jugé être à leur bienséance pour î? Tayancement de leur fortune , etc. is

' Pendant cette guerre, les Français avaient exigé des contributions et des réquisitions excessives. De leur côté, les troupes des Provinces- Unies avaient rançonné et surtaxé toutes les localités qu'elles avaient occupées, «s On prôtendoit que le Prince d'Orange a voit touché près s? de trois millions de florins, s^ [D*Avaux, Néffocintions^ édition de 1754; t, IV, p. 20.]

490 CHAPITEE XXVII

Le 22 novembre (1683), il faisait connaître ses conditions. Il réclamait le payement imml'- (liât d'une somme de cent mille écus ^ ; il demandait à partager avec les Bourgmestres la garde de la Cité 2, et à intervenir dans le choix des Capitaines des Compagnies Bourgeoises 3; il exigeait le droit de nommer, parmi les nonante-six élus des Bons Métiers, les Trente-Deux, électeurs des Bourgmestres 4.

* Dans \è projet, il est dit, bien entendu, que c'est la Citéqni désire faire ce don important : a Pour témoigner à Son Altesse Serenissime , a par des effets d'une soumise reconnoissance , le zèle et rafFection sf respectueuse de la Bourgeoisie pour tout ce qui regarde son service, ^ ladite Bourgeoisie promet de faire fournir à Sadite Altesse une somme if de cent mille éais, à Elle, à ses ordres, ou à ses cessionnaires.... ^ [Dans le Becueïl des Edits du Pays de Liège, 1. 1, p. 88.]

* 5? Le Commandement des Armes s'exercera par le Grand Mayeur ^ et les Bourguemaîtres , suivant les Anciens Reglemens , parmi renou- #» vellant le Serment de Fidélité à Son Altesse Serenissime Electorale. ^ à son Eglise et au Magistrat. ^ [Ibid,^

^ ^ Les Bourgeois, par les Paroisses et Yinables, éliront et presenta teront au Grand Mayeur et aux Bourguemaîtres les Capitaines des ^ Compagnies qui viendront à vaquer, lesquels ^ afin de maintenir a Tordre et le respect , devront être Personnes notables qui , dans les if exploits et charges, pourront donner des preuves de leur suffisance et if fidélité. ^ [Tbid,^

* if .... L'Election Magistrale se fera comme du passê^ à la réserve if qu'après que les Compagnons auront sur chaque des Trente Deux if Métiers tirés par le sort les trois bonnes boettes , et les auront donné, ^ comme d'ancienneté, à ceux qu'ils trouveront convenir : pour lors , an ^ lieu qu'un Commissaire de la Cité en prennoit un par le sort, le fi Député de la part de Son Altesse Serenissime en choisira un hors des a trois sur le même lieu pour être Trente Deux, y présent un des a Commissaires de la Ville , lequel mènera de suite ledit Trente Deux a h la Maison de Ville pour vaquer à l'élection des Bourguemaîtres. et ^ les deux autres seront Jurez et du Conseil de Ville. ^ [Ibid.]

Ces propositions suspecte» causèrent des troubles. Acceptées par les Bourgmestres, Nicolas de Remoiichamps et Jean de Oa^n, et par quelques membres du Conseil, elles étaient refusées par les Bons Métiers, comme destructives de la République i.

Cette désunion fut aggravée par Taudace des émissaires du Prince 2.

Après une collision sanglante , les partisans de la liberté prédominèrent. Ils déclarèrent Nicolas de Remouchamps indigne de loffice de Bourgmestre, et le remplacèrent par Henri de Maeors, (12 avril 1684 8.)

* Malgré Topposition des Bons Métiers, le Bourgmestre de Remouchamps s'dooordA avec les Conseillers du Prince , et ils publièrent le projet au Péron du Marché le 26 février 1664. Remouchamps. nvetiglémedt 86rvile , agissait à Tinsu de son collègue , le Bourgmestre de Gaën , qui était malade et alité. [ Chroniques de Liège, ]

* sf Le bruit étoit que les Ministres de la Cour , qui croyaient que s* ce Traité étoit trop désavantageux au Prince y fomentoient en secret s» ces nouvelles dissentions, aiin qtie le Peuple ^ ayant rompu ce Traité tf lé premier^ le Prince fut déchargé de Fobligation de Tobserver. gf [Bouille , Histoire du Pays de Liège » t. III , p. 459. ]

^ £ntretempS| les Ministres du Prince et Messieurs de la Cathédralle ^ ne cessoient de mettre dessoub mains de la division entre les Bour- ^ geois, aigrissant les und contre les autres, pour tacher de mettre la ir Bourgeoisie dans son tort, et revenir à leur but de remettre une « Citadelle, ayant trouvé cette méthode de tiranniser les Bourgeois « trop douce poUt labandontier de leur grez; en quoy ils réussirent.... 0 [ Chroniques de Liège. ]

' Uavôcat Màèorb desbëhdait d'une ancidiiiie Famille de Grands, les Malcoir, [Hemrieourtj Miroir des Nobles de Heshaye, p* 85.] Otte famille s^est éteinte de nos jdUrs, en la personne du Baron Hyac. de Macors. — En 1684, le nom de Macot*s se prononçait Mncours ou Mdeaurf, — De Gaën se prononçait De Qûne,

A la rénovation magistrale du mardi 25 juillet, les Francs Bourgeois eurent le dessus encore. Ils élurent Bourgmestres François Renardi et Pmd Giloton ^.

A l'approche de ces élections, les troupes Bavaroises avaient recommencé leurs brigandages.

L'effarement était partout.

On comprenait que la résistance serait difficile, s'il fallait prolonger les efforts.

Pour se sauver, il y avait une ressource, une ressource désespérée.

On y eut recours 2.

Les Bourgmestres et le Conseil implorèrent la médiation du Roi de France ^.

* ^ Le jour de S^-Jacques, on élut pour Bourguemaitres le Seigneur < François Benardi, Docteur es Droits, qui avoit encore eu la mênH» ss charge en 1679, et le Seigneur Henri Paul Giloton j Jurisconsulte, s? [ Bouille , Histoire du Pays de Liège, t. ni, p. 466. ]

!f Paulus Giloton étoit Prelocuteur, et Capitaine d'Avroy. Ses ^ père et mère sont ensevelis à S*^-Veronne. «? [Loyens, Recueil héraldique des Bourguemestres de la Noble Citr de Liège ^ p. 479. ]

* Le Gouvernement des Provinces- Unies avait voulu empêcher Maximilien ^ d'envoyer des troupes à Liège, pour se rendre maître sf de cette Ville*. ^ Tel ne fut pas l'avis des Ambassadeurs réunis à La Haye. ^ Ils ne firent aucune attention à une grande Lettre du a Prince d'Orange , par laquelle il leur avoit remontré la conséquence if qu'il y avoit de ne pas souffrir que M. l'Electeur de Cologne réduisit ^ la Ville de Liège par la force des armes ; il les avoit exhortés à s? s*entremettre, pour terminer cette affaire à l'amiable, s» [D'Avaux. Xégociations f t IV, p. 26.]

La Cité fut encouragée par les sympathies que lui accordaient les Provinces-Unies. Elle s'adressa directement au Roi de France, quelle savait pourtant lui être contraire. Louis XIV, en effet, n'avait nulle idée du droit ni de la justice.

^ La lettre de la Cité finissait ainsi : ^ .... Nous venons donc, avec

Louis XIV répondit ip- qu'on n'avait qu a se ::: soumettre , et à rendre au Prince ce qu'on lui ^ devait. ^ (17 août 1684 1.)

En ce moment-là, Maximilien demandait assistance à ce même Roi: il en obtenait un important corps de troupes 2.

On ne se laissa pas abattre 3.

^ toute vénération, supplier très humblement Votre Majesté, que par # Sa Grandeur elle veuille bien accorder au Peuple de Liège ses ^ faveurs royales, qu'elle ne refuse à personne; nous confians que ^ pour peu qu^Ëlle voudra s'entremettre auprès de notre Serenissime ^ Evêque et Prince , £Ue obtiendra que nous soyons écoutés dans ^os ^ plaintes, et calmera les desseins contraires à la bénégnité naturelle ss de ce Prince. C'est la très humble prière que font , etc. ^

* La lettre de Louis XIV, du 17 août, fut lue dans le Conseil de la Cité, par le Résident de France, le 23 août.

A propos de cette lettre, Sismondi observe, que s? Avec tous les ^ Peuples également, Louis XIV manifestait la même arrogance; ^ partout il faisait consister sa gloire à répandre la terreur de son sf nom. *f [Histaire des Français , t. XXV, p. 472.]

Ajoutons que le grand renom de ce Roi, esprit inculte, inepte et vaniteux , se trouve tout entier dans la longueur de son règne. On se heurte à lui durant un demi siècle.

* On écrivait en 1689 , que si la France avait assisté Maximilien ^ pour réduire Liège , c'est sous un prétexte bien spécieux; c'est-à-dire , g: de lui faire rendre à son Prince l'obéissance qu'cm prétend lui être a due. if [Nouveaux Intérêts des Princes de V Europe, édition de 1690; p. 121, 173, etc.]

' Depuis le 24 août jusqu*au 22 novembre , il y a dans l'Histoire Liégeoise de sinistres lacunes. Pendant longtemps , on a craint de redire ce qui s'était passé entre ces deux dates.

s? Nous n'avons pu rien découvrir de ce qui s'est passé depuis la fin ^ du mois d'août jusqu'à la fin de septembre, sinon que les troubles ^ s'augmentoient à mesure que les esprits s'échauffoient les uns les s? autres, ^ dit Bouille, Histoire du Pays de Liège, t. III, p. 475.

C'est très volontairement que Bouille ne sait rien , car il pouvait aisément se renseigner auprès des défenseurs même de la Cité.

La fièfe Cité afiVonta Tarmée assaillante, forte de quatorze mille hommes^ non compris les contingents fournis par TEmpereur et par le Roi (le France i,

Elle fut étroitement investie.

Elle fut prise le samedi 26 août K

Le 3 septembre , elle fut soumise à une Commission militaire 3.

* Lé Prince ^ obtint de PEmt)ereur et nïesnie du Roi de France un 5« cotps â*ai*nlée pour venir siéger Liège... , s? dit line Ûhronique de IJège» Sur tout cela , les Annalistes Français du temps ont des détails , mais niais où fautifs.

sf La Ville de Liège, n'étant plus dominée par une citadelle, avait îtf recommencé à exercer ses droits anciens de Ville Libre. Maximilien s» demanda Taide des Français pour la faire rentrer sous le joug, et gf il envoya au supplice lés Citoyens qui s*étfiient signiilés par leur n courage à défendre les droits de leur Patrie, p [Bismondi , Histoire des Français i t. XXV, p. 472.]

* On ignore si Liège fut surpris , ou enlevé de vive force.

Cet événement, qui clôt une lutte séculaire, est rapporté en quatre lignes sèches et indifférentes par un contemporain : n Le 26^ d'aoust ï* i684, rÈVesqtie de Strasbourg par les ordres de Maximilien, Prince sg de Liège , et avec 10 ou 12 mille hommes de gtiefre tant Allemands if qu^autres^ ont venu entrer dans la Ville dédit Liège sans aucun ^ einpeschement, nonobstant toutes les menaces des Bourgeois rebelles 5? à Son Altesse de Liège. ^ l Chroniques de Liège.]

' Quelques jours auparavant, le Prince, méditant déjà son attentat, avait fait saisir les archives de la Cité. Voici son ordre :

^ Son Altesse Serenissime ordonne à son Grand Mayeur de se rendre •if à FAbbaye de S^- Jacques , et d'eii faire transporter incessamment les tf coffres y reposant, qui renferment les Archives et Chartes de In Cité: ^ comme aussi de se rendre à la Grande -Greffe de ladite Cité, et den ■^ transporter pareillement tous les Registres et Papiers de ladite ^ Greffe , pour être le tout remis au Conseil Privé de Sadite Altesse. ifi Donné audit Conseil le 28 aoust 1684. ^

C'est alors que disparurent les plus anciens Registres de ht Noble Cité de Liège. Perte irréparable.

ie76--1684 496

Le lundi 9 octobre, dans la matinée, sur le Marché, on coupa la tête à nombre de prétendus malfaiteurs, notamment aux Bourgmestres Renardi et de Macors, qui avaient stoïquement refusé de s'enfuir i.

Peli d'instants après, Maximilien entrait triomphalement par la porte S^Léonard.

Le 23 novembre, le Prince trouva bon de faire accroire que les vaincus étaient des coupables : il publia une amnistie 2.

* Le Prince avait commandé aux Ëchevins de faire décapiter les Bourgmestres Renardi et 3facors, et d'autres Bourgeois, avant son arrivée dans la Cité. Ces honnêtes Juges eurent regret, sans doute, de ne pas avoir prévu ce désir. Princeps Civitatem ingredi noluU, nisi priùs insttucta Us esset adversùs eos qui cotnprehensi fuerant. Igitur capite damnati sunt Consul Renardi Consularisque Macors, atqueplexi die divo Bionysio sacra ^ aî tique nonnulli eodem supplicio affecti sunt, [ Historia Populi Leodiensis , p. 413. ]

^ Cette amnistie, on le comprend, n^était qu'une ruse, pour en imposer, pour proclamer qu'on avait droit de vie et de mort sur toute la population, et qu'il n'y avait plus d'autre loi que la volonté du vainqueur. Cela est très bien dit dans ce passage :

gt .... Ayant mieux aymé d'écouter les mouvemens de nostre clémence «f que de satisfaire aux obligations de nostre justice , contre la deso- ^ beissance obstinée de la Bourgeoisie de nostre Cité de Liège , et , ^ sur ses pressantes supplications, establir un nouveau Règlement, if qui sera publié de nostre part : Nous voulons ensuite faire ressentir, ^ à tous, les effets de nostre amour et bonté paternelle par une Amnistie ^ générale et particulière , que nous accordons, de grâce, par les pre- ^ sentes, pour tous les crimes d'£stat commis depuis les dernières ^ révolutions, afin dHn^rer à la Bourgeoisie des sentimens de it reconnoissance réciproque à tant de bienfaits, qui doivent douner ^ lieu à un rétablissement solide et parfait du calme et de la tranquilgf lité dans nostre Cité.... *t

On exceptait du bénéfice de cette bienfaisante amnistie, généralement tous ceux qui sont jugez , et qui n'y sont pas nommez. On en excluait .

Le 28, il signa le fameux mandement dit Règlement de 1684 ^ , où il faussait , à sa fantaisie , toutes les lois et toutes les traditions de liberté et d'égalité 2.

nommément y trente-quatre , et entre autres : le Bourgmestre Oiloton , avocat; Fr. de Looz, prélocuteur; A. Chastelain; A. Loly; G. Grégoire; J. Bols; Houet; C. Morsy; J. Louar; N. Halloy; H. Wibrin; J. Charle; J. Borlé, notaire; J. Chefneux; £. Mathéi; N. Malpas, peintre; J. Chevron; L. Jamar; H. Hodeige; A. Moséus, procureur; C. Lantin, député; N. Loxhay; Poncelet; N. Moyse, lieutenant; Herck, prêtre; Henrard, prêtre, etc. [^Imprimés in-4o du temps.]

* Deinde promulgavit novum Praescriptum in electione Magistratûs ohservandum, etc. [Historia Populi Leodiensis, p. 413.]

* C'était par Tinsolente négation de toutes les garanties publiques, que le Prince prétendait affermir Tordre , sauvegarder la sécurité , et grandir le bien-être du généreux Peuple Liégeois. Quelques mots de rimpératif préambule sont à citer, comme exemple de menterie politique :

2? Quand mesme Texperience de plusieurs siècles ne donneroit assez # à connoistre que les Libériez, Privilèges et Franchises dont nostre if Ville de Liège a jouy jusqu'à présent, n'ont servy qu'à fournir plus ^ de moyens aux esprits séditieux d'attirer à soy , sous le nom spécieux If de la Conservation desdits Privilèges et Franchises, la plus vile ^ Populace de la Ville et tout« sorte de gens sans adveu et des a malfaiteurs....

if C'est pourquoy, désirant d'aporter le remède nécessaire à tous les a abus et desordres passez , pour estàblir la paix et le repos solide it dans nostre Cité de Liège, et par ce moyen, y faire refleurir la ^ Justice, la Police et le Commerce^ pour le rendre d^ autant plus con- ^ siderable en toutes ses parties..,.

^ Estant notoire et public , que la trop grande multitude de perg! sonnes qui ont intervenu aux Elections du Magistrat de la Ville, et itf à la direction de la Police dépendante d'iceluy , joint à l'ambition ^ des pretendans, a esté Torigine des confusions et des maux dont ^ cette Ville a esté accablée et réduite à un estât déplorable : Eê quojf fi que nous pourrions , par le mesme principe que dessus , retenir à fi nous la création annuelle du Magistrat de nostre Cité, nous avons fi neantmoins bien voulu en accorder, revocàblement , à la Généralité fi de la Bourgeoisie quelque participation, etc. fi

Ce Règlement arrêtait ceci ^ :

1. La garde de la Cité n'appartient qu au Prince. C'est dans ses mains que les Clefs en sont remises chaque soir 2.

2. Les libres Cmnpaynies des Dix Hommes, des Vieux et des Jeunes Arquebusiers , des Vieux et des Jeunes Arbalétriers, sont supprimées 3.

3. A titre d'armée permanente, un Régiment, dit du Prince, est créé. Il est soudoyé par les Trois Etats. Les officiers en sont choisis par le Prince.

4. La Citadelle de S^^^-Walburge est reconstruite. Un fortin est élevé sur le Pont des Arches, pour dominer et contenir les Vinàves que ^sépare la Meuse ^.

* Ce Règlement eut, en laiiuée 1684, plusieurs éditions in-plauo et iu-4o. Il est inséré, notamment, dans le Beciml des Edits du Pays de Liège, 1. 1, p. 91.

* fi Les portes de la Ville , de mesme que les autres postes nécessaires , fi qui seront par nous désignez, seront gardez par la milice, et les fi Clefz devront estre rapportées tous les soirs au Palais , où Y ordre fi leur sera aussi donné de nostre part, etc. fi [Ihid,^

^ fi Nous jugeons convenable de casser les Capitaines et quatre fi Compagnies des Dix Hommes, celles des Vietw et Jeunes Arquebufi siers, et celles des Viet^ et Jeunes Arbalestriers , et de reunir à la fi Cité et à son profit leurs biens , revenus , maisons et jardins avec fi leurs charges, fi [Ibid.]

^ fi Combien il importe au bien et au bonheur publique, de pourvoir fi incessamment à la seureté des Uabitans par les moyens les plus fi propres au restablissement du bon Ordre, de la Justice et de la fi Foliée : Nous avons trouvé nécessaire de faire mettre en estât une fi Citadelle et quelques £ndroits de cette Ville , pour y placer de la fi Milice , autant qu'il en faudra , pour maintenir les bons en repos et fi empesclier les desreglemens des autres. — Cette Milice , commandée

5. Les Députés à l'Etat ïiere ne peuvent plus, avant de voter, consulter le Peuple sur les propositions du Prince.

6. La Cité se conformera aux vote«, quels qu'ils soient» de ses Députés i.

7. La Souveraineté de la Cité n est plus dans Tuniversalité des Bourgeois, répartis dans les TrenJte-Deax Bons Métiers. Les Bom Métiers cessent d'être des collèges politiques; ils n'existent plus que comme simples corporations d'ails et métiers.

8. La Souveraineté de la Cité est attribuée à une minorité de Bourgeois, classés en seize Chambres 2. Chaque Chambre est composée de trente-six Bour-

^ par telles personnes que nous trouverons bon de commettre, en nous ^ prestant et à nostre Eglise le serment de fidélité avec les Officiers ^ au Lieu Capitulair, dans la forme cy -devant observée, sera soldayée as par les Estais de nostre Pays de Liège et Comté de ioe)r,pour # rinterest qu'iU ont k la conservation de la Capitale, m [/&Û2. ]

* ^ £t, en tous cas, ne pourra la Cité, sous quel prétexte que ce it puisse estre , arrester dans les Journées les résolutions prises par la gf pluralité du Tiers Estât, mais devra s^y conformer indispensable- ^ ment. 0 [Ibkl,]

ÂinBl, les Députés à TÉtat Tiers allaient agir, non plus en Déié^ués^ mais en Représentants. Violente atteinte à la Souveraineté du Peuple.

Depuis longtemps déjà, du reste, ie Prince voulait que les Bonnei Villes n'envoyassent plus à TÉtat Tiers dee Délégués munis d\iii mandat défini et révocable, mais des Représentants indépendants et in^ponsables.

En un mot, le Prince aimait mieux avoir affaire avec des Représentants qu'avec des Délégués.

£t il avait raifion , comme ou le verra.

* # Lesdites Seùse Chambres représenteront, en tout et partout, la ^ GemertUité de la Bourgeoisie.,., p llbid,]

geois, Nés, Nationnés, Catholiques. Ils «ont choisis par le Prince ^ Vingt sont désignés parmi les nobles, les patrickîis et les rentierB, et doivent être âgée de vingt-cinq ans; dix sont pris parmi les marchande notables, et six parmi les artisans: ils doivent être âgés de trente-un ans, mariés ou veufs ^. Ces Composants exercent seuls , et à vie , les prérogatives appartenant aux Chambres. Il est défendu aux Chambres de se réunir, sans Tassentiment du Prince ^.

* if Arrirant la mort d'an on piusieurs des treute-siit inscrits dans If lesdites Chambres, ou qu'il vînst à estre pourveu d'une charge ^ incompatible, les restans des trente-six auront le droit de nous en ^ présenter ou k nostre Conseil , un de meeme qualité et profession , sr qui ne puisse nous estre désagréable, gf [ Ibid. ]

Les places des Électeui's-Composants devinrent bientôt vénales. Dès ltS90, on n'attendait déjà plus la mort dW Composant pour s'agréger à une Chambre. A i's^proehe des élections, les places s'achetaient publiquement : celles de praticiens et de lettrés se payaient environ deux mille florins, et celles de marchands oU d*lirtisans, quinze à dix-huit cents.

* * Chaque Chambre sera composée de trente-six personnes, scavoir : ^ vingt iVo6^ Patriciens, Gens des plus anciennes Familles et qui ^ ont esté dans les charges honorables, eux ou leui's Ancestres, 0 Graduez f maries ou non, agee de vingt cinq ans pour le moins , ^ Lettrez et autres Bourgeois vivans en leurs biens et revenus , dix ^ Marchands notables; et six Artisans, tous mariez ou vefves, etc. ^ [ Ihid. ]

' Ainsi, les Chambres ne pouvaient s'assembler que pour les élections magistrales et le vote de nouvelles taxes. Dans ce dernier cas, le Règlement voulait bien accorder que ^ les Seize Chambres pussent, de 4f nostre permission , ou de celle de nostre Conseil en nostre absence , ^ s^assembler le matin, le mesme jour et à la mesme heure , sans aucune ^ entrecommunicaUon ni proposition d^aucune autre affaire, k peine ^ arbitraire A poursuivre par nostre officier ; et ce pour délibérer sur # les qualités é^ conditions de tels imposts à résoudre par la pluralité

9. La Cite est administrée par deux Bourgmestres et vingt Coiiseillers, nommés annuellement par le Prince et les Chambres de la manière suivante. Le Prince désigne dix-neuf Composants: des trois premiers, le sort en appelle un à Toffice de Bourgmestre y et, des seize autres, dix aux offices de Conseillers. Le second Bourgmestre et les dix autres Conseillers sont pris dans le reste des Composants des seize Chambres comme suit : chacune désigne au sort trois Composants. Ces quarante-huit Composants sont ensuite répartis en trois classes. La première classe choisit dans ses membres, à la pluralité des voix, trois personnes: leurs noms sont mis dans une urne, et celle dont le nom est tiré le premier est Bourgm£stre. La deuxième classe suit le même mode pour créer les dix Conseillers. La troisième classe est simplement spectatrice des opérations électorales.

10. En aucun cas, les Composants-^rfi^an^ ne peuvent jamais faire partie d'aucune de ces trois classes: ils ne sont ni électeurs ni éligibles à aucun office i.

^ des suffrages dans chaque Chambre , et de suitte par la pluralité des ^ Seize Chambres , au recueil à en faire par les Bourguemaistres et :f Conseil à la maison de Ville ; lesquels , en cas de parité entre les gf Chambres susdites, auront la décisive : ordonnant expressément gi qu*icelles assemblées comme dessus ne pourront se séparer ny remettre gf la délibération à un autre jour, sous quel prétexte que ce puisse ^ estre. et [Ibid.]

* L'article XX du Rhylemcni avait dit d'abord eu termcb exprés :

11. Les Bourgmestres, les Conseillers et les Composants-Électeurs sont rétribués ^

^ Et u auront lesdits six Artisaus que voix active, mais uou point ^ passive dans lesdites Chambres pour TËIection Magistrale. ^ Avoir voix active, c'était avoir le droit d'élire, être électeur; avoir voix passive, c'était avoir la capacité d'être élu, être éligible.

Cette disposition, comme on le voit, énonçait clairement que les Artisans netaient point éligibles aux offices de la Cité; mais comme elle leur accordait la voix active , on avait cru qu'ils avaient les mêmes prérogatives que les autres Composants, quant au droit d'être élu. Maximillen s'empressa de leur enlever jusqu'à ce semblant de droit, par Y Interprétation du Bèglenient au regard des Six Artisans nommez par les Seize Chambres : n Sou Altesse Serenissime venant d'estrc 3f informée de quelque difficulté qui se présente sur les Chambres à ^ raison du nombre de trengt six boettes , entre lesquelles les Artisans fi sembleroient d'estre compris : Sa dite Altesse déclare qn ayant fi exclus expressément lesdis Artisans de toutes voix passives, /> la ^ reserve seulle de la charge de Gouverneur de leur art ou mesticr , fi ils ne peuvent et ne doivent estre admis a tirer boettes ; et au cas fi qu'il auroit esté observé au contraire dans quelques Chambres, et fi que l'assemblée en soit dissoue. Sa dite Altesse déclare encore que fi cet abus ne produira aucune nullité en la présente élection uy du fi préjudice à son Règlement — Donné au Conseil de Sa dite Altesse ^ le 6 décembre 1684. fi

Tirer aux boettes, c'était prendre part au ballottage des Composants, parmi lesquels le Bourgmestre et les dix Conseillers de la part du Peuple étaient tirés au sort.

En un mot, du Ithglement combiné avec V Interprétât ion, il résulte qu'il n'y avait qu'une seule fonction dont les Artisans ne fussent pas exclus : c'était celle de Gouverneur de leur Art ou Métier.

Vers 1710, les places des Composants-Artisans Aj^ni été acquises par des Bourgeois notables, ils furent admis à tirer à boîte,

' fi Et pour commencer par les Bourguemaistres , voulant pourvoir fi à l'honoraire de leur administration : nous déclarons qu'ils auront fi chacun cinq cens escus à l'entrée et autant à la sortie d'estat.... fi Quant aux Electeurs et Conseillers, ils auront pour honoraire chacun fi cinquante florins à l'entrée et autant à l'issue de l'année , outre la fi jouissance ce pendant icelle de l'exemption de toutes gabelles et fi autres impositions ordinaires de la Cité au regard de leurs familles, fi et pas pour leur commerce, fi [ Ibid. ]

12. Les Bourgmestres ne prêtent plus serment de fidélité au Peuple, mais au Prince i.

13. Le Conseil ne peut plus, ni s'assembler extraordinairement 2, ni conférer Ik Bourgeoisie, ni bannir un Bourgeois déshonoré, ni accorder des sauvegardes, sans le consentement du Prince ^. Il ne peut s'occuper que des afiaires administratives exclusivement locales. Toutes ses décisions, du reste, doivent être approuvées pat le Prince K

14. Le Prince s'attribue le droit de faire tous les règlements de police ^. Il se réserve

* ^ Les Bonrguemaistres esleus seront publiez au mesme temps k as raccoutumée , et arrivez à la Maison de Ville , presteront , es mains ^ de nosdits Députez , le serment de fidélité pour eux et pour toute la ^ Bourgeoisie , à Nous et à TËglise, dans la forme leur prescrite, pour, ^ ce fait , letlr estre données de nostre autorité , en présence de nosdits ^ Députez y les Clefz magistralles , par les Bourguemaistres sortis «s d'estat. «s [J6td.]

* ^ Survenant quelques affaires difficiles, qui requiereront une ^ grande délibération , les Bourguemaistres devront nous les repre- ^ senter ou à nosire Conseil Privé, pour obtenir la permission de gfi convoquer lesdits vingt du Conseil.... gs [Ibid.']

^ ^Ce que partant leur est sérieusement interdit , à peine de cassation ^ et de notre indignation ; et bien plus , les interdisons de prendre en ^ sa protection aucun criminel. ^ [ Ibid, ]

* a» Ces vingt Hommes, lesquels composeront le Conseil de Ville avec it les deux Bourguemaistres , s'assembleront à leur semonce pour les ^ affaires de police qui touchent à la Magistrature, et auront la ^ connoissance des deniers publics deus à la Cité, conmie aussi ce qui ^ regardera le fait des Mestiers et des Arts, voir sous revision à ^ obtenir de nous, ou de notre Conseil Privé. ^ llhid.'}

^ if he Droit d'Edicter estant des Regaux nous appartenaus et à a TËglise , exclusivement à tous , il ne sera permis à qui que ce soit de if Tentreprendre , à peine d'estre traitez comme usurpateur. Nous

la tiominatioti de là moitié des vingt-deux Commissaires.

15. Il se constitue juge des taxes à établir ^ Il examine, chaque année, les projets d'amélioration dressés par le Conseil. Il apure la comptabilité, et fixe les ttaitemerits des officiers et employés.

16. Les poursuites criminelles ne se font plus avec rassistahce des Bourgmestres et des Conseillers. L'intervention de la Ff^itnchise n est plus requise que dans quelques cas exceptionnels 2.

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