JUSTITIA RECTA AMICITIA ET ODIO EVAOINATA ET NUDA, PONDEBATAQUE
^ LIBEBALITAS, BEONUM FiBMiTEB SEBVAKT, estant de Tan 1657, et ayant ^ un B pour marque , le cachet duquel icy est imprimé ; l'autre Clef ^ estant plus petite et de Fan 1578, et marquée seulement d'un b, et a
Ces avertissements furent inutiles- I^e Peuple Jjiégeois était tout à fait sans force politique*
Jl ne remua point ^.
^ le p^cl^et forpé comme icy : à charge de les renvoyer h Monsieur V. ^ Du Moulin, Grand Greffier de la Ville de Liège, pour estre reipises ^ à la Grande Greffe avec les susdites Protestations. Ce que j*ay ^ accepté , (lep^ai^dant l04it Coipparaiit de Cette un pu plusieurs instrn- ^ ments solemnelles, pour se servir où bon luy semblera.
if Fait à Utrecht, en présence de Monsieur Jean Van Soenen et Jean if Schutter, Bourgeois d*icy, tesmoins, à ce spécialement requis. Et if estoit signé : Henby Paul Giloton. Johan Van Soenen. J. Schutter. ^ Joan. And. Becker, notaire. ^
* Le Peuple Liégeois , privé de son Droit électoral , avait subitement perdu le sentiment de son importance. Cet affaissement ne pouvait longtemps durer, au dire d*un contemporain : a .... La Nation Lie- ^ geoise a tovijouts été estimée une Nation opiniâére ei farouche. On 10 peui bien la réduire pour un moment; mais, enfin, il faut Un^ours s* qu^elle en revienne à son inclination..., ^ [Mercure historique ei politique; La Haye, 1687; i II, p. 789. ]
Le Pays. — Accord du Prince et du Chapitre Oathôdral pour uBUPper La pp^yqir, — Lp Chapitre ^'piï^pftBe ^p X&^^f\\fi ppfldftiïli Ift Y^o»«cp 4u Siège. — Événements extéfieurs. — La Neutralité. — Le Duc^é de Bouillon. — Réaccession à TEmpire. — Démêlés avec la Prusse , au sujet d» l* Barennifi dp Jff^r^. — Pén^qlôs f^veç l^p P^yq-8§8 Autrichiens, au sujet du soixantième. — Les armées belligérantes de rOccident. — Désordre et misère.
Malgré sa puissance et son audace , Maximilien n'&Yait pu commettre son Goup-d'État sans un grand complice.
Ce CQiïiplice, c'était le Chapitre Cathédral.
Le 24 novembre 1684, avant de publier son fameux Règlement, le Prince avait donné aux Chanoines de la Cathédrale une déclaration, par laquelle il s engageait à m jamm édicter sans avoir obtenu leur consentement préalable i.
* Voioi oette incroyable déclaration du Prinœ :
^ Sa BéFénité Electorale, tout à fait persuadée des bonnes intentions ^ du Doyen et Ghapitue de son Eglise Oathédrale de Liège , et de leur ^ zèle pour la conservation de son authqrité principalle et des dr^iots tf et regi^ni: de TEglise , déclare que s^il fut trouvé cy après convenable ^ au bien publicque de changer, modérer ou interpréter quelques
Les Chanoines prirent au sérieux cet acte insensé. Ils se tinrent pour investis de la co-souveraineté en matière de police générale ^ .
Cela eut des conséquences.
A la mort de Maximilien, laquelle arriva le 3 juin 1688, le Chapitre, méprisant lusage antique, ne convoqua point les Etat8 pour Télection d un Mambour.
De son autorité privée, il s'arrogea tous les droits du pouvoir exécutif. Il octroya de nouvelles commissions aux officiers amovibles, exigea des autres la réitération de leur serment, publia des mandements, et frappa la monnaie en son nom 2.
^ points du dernier Règlement qu'elle a donné à la Bourgeoisie de if sadite Cité , ou lorsqu'il s'agira d'y commander les armes , on bien ^ d'y accorder Timposition de quelques moyens extraordinaires, à 1r ^ supplication du Magistrat, pour des nécessitez de la Ville : Sadite ^ Sérénité Electorale n'ordonnera rien , sur tout ce que dessus, sans jT prendre préalablement Tadvis desdits Doyen et Chapitre. — Maximiif lien-Henry. Donné en son Palais à Liège le 24 novembre 1684. *
* C'est la théorie du Condominium , comme on disait dans les salons des Seigneurs-Tréfonciers.
* Dum vacabat Sedes, Reipublicae et Ecdesiae administratûme fungebatur CapUulufn, nova dederat munerum diplomata iis qui amoverip(Àerantyjusjurandum ah aliis accélérât; cudi monetas aureas argenteatsquejîissit, promulgari edicta, cdasquejurilHis têsum est quae ad Frincipem pertinent. [ Historia Populi Leodiensis , p. 420. ]
I^es légendes des monnaies que fit frapper le Chapitre Cathédral étaient en latin , et portaient : Moneta nova Capituli Leodiensis Sbde Vacante. [Voir Reider, De Jt^ribus CapUtdarum Cathedralmm in Germania Sede Vacante praecipuè de eorum Jure Manetandi; Mayence, 1788, in.4o; p. 121.]
Cette usurpation persista. [Renesse , Histoire numismatique de la Principauté de Liège , p. 152, 158, 167, 170 ss.]
Ce fut à partir de cette époque , que les Princes et le Chapitre Cathédral se mirent, avec un aplomb tranquille, alternativement en possession de la tyrannie i.
Les événements militaires et diplomatiques qui se succédèrent dans FOccident, favorisèrent ces misérables usurpations.
La guerre, imminente depuis le commencement de Fan 1688, avait éclaté en 1689 2,
' Les Publicistes du siècle dernier ont exposé avec beaucoup de discernement toutes ces insolentes usurpations. Defrance écrivait en 1791 : ^ .... Lorsque ce tyran (Maximilien) mourut en 1688, le ^ Chapitre de S^-Lambert prit sa place. Il s^empara des fonctions
* temporelles de TÉvêque , tant celles qu^il exerçait légitimement que ^ celles qull avait usurpées; fonctions que ces Chanoines de S^ -Lambert ^ n^avaient jamais exercées, et qull est absurde de voir exercer par ^ ce Corps, soit comme Chapitre, soit comme État primaire ; fonctions ^ qu'ils usurpèrent sur TÉtat de la Noblesse, qui, à la Vacance du
* Siège Episcopal, doit régir le temporel du Pays par un de ses ^ Membres, qu'on élit, et qui porte le nom de MawUboxw du Pays. ^ \pTéci8 de la ConstUtUion du Pays de Liège , p. 4.]
* Pour rester en dehors de ce terrible conflit, on avait allégué la Xeutralité,
^ Cette conduite étoit louable, sans doute, et personne n'y pouvoit t: trouver à redire ; mais comme elle ne convenoit pas aux Puissances ^ voisines, et que le Pays de Liège n'étoit nullement en état de ^ s'opposer à leurs entreprises , il ne fut pas longtemps sans éprouver ^ que là, où la force manque, la prudence et la politique restent sans ^ vertu, fi [Dumont, Mémoires politiques y édition de 1699, t. IV, p. 119.]
^ U n'y a point d'apparence que les Ligeois puissent garder la Neu- » tralité. Il faudroit pour cela qu*ils eussent des troupes sur pied , ce ^ qu ils n'ont pas. Ils seront donc obligés infailliblement de se déclarer ^ pour l'Empire.... ^ [Mercure historique et politique de 1689, 1. 1, p. 339.] — Le Pays fournit aux Alliés une petite armée complète, composée d'infanterie , de cavalerie et d'artillerie ; en tout , quatre mille soldats. [Id., 1690, 1. 1 , p. 651. ]
Le Prîncfe , Louis d^Elderen, se laissa entraîner par l'Empire, le^ Provinces-Unies et TAngleterre.
Il se déclara Contre la Frfthce *:
Louis XIV lança des troupes sur le Paye. Elles s'avancèrent vers Liège. Après Tàtoir
' Des Annalistes ont traité à' outrecuidant le Prince de Liège ^ qui envoya une déclaration de guerre au superbe Louis XIV. Ce défi eut son utilité , car il montra aux Peuples dé TEùrope qiië Ton pouvait affronter la France , totijoùts si agressive. Oh le doilna ainsi ^trr exemple aux Suisses, en 1689 :
^ .... Les Cantons pourroient donner dans la circonstance présente ^ un plus grand branle aux affaires, que ne porte naturellement la fi force de leur Estât. Quand ils n'aur oient fait autre chose en se fi déclarant pour TËmpire, que ce qu'a fait le petit Etat de Liège j fi c^est à dire, donner delà terreur à la France, ç'auroit esté beaucoup fi dans le temps présent. Tout le monde sçait combien ce que les fi Liégeois ont eu le courage de faire, en changeant de parti, a jette fi de frayeur et causé de chagrins dans la Cour de France. Cette Cour fi est dans une si grande disposition à la crainte, que la moindre chose fi rétonne.
fi Sans doute, si vos Cantons avoient eu la vigueur du Prince de ^ Liège, la frayeur que cela auroit causé à la Cour de France auroit fi esté beaucoup plus grande, et les Alliez, d'autre part, y auroient ^ gagné quelques degrez d'assurance et de courage qui ailroient avancé fi leurs affaires.... On s'en étonne d'autant plus, que l'on compare :* vostre conduite à celle dti Ptince et de la Ville de Liège. Elle étoit fi obsédée et presque assiégée par les François, elle avoit tout à ^ craindre de cë terrible Voisin. Et cependant, elle a eu le cônragè fi de sacrifier taUt de justes Craintes et tant d'évidents périls à l'intérêt fi public, et à la bonne cause, qui est celle de l'Empereur et de TËmpirë. fi Les Protestans ont particulièrement fait une opposition f&cheuse de ^ fi cette conduite des Liégeois à celle des Cantons Evangeliques. Et fi ils ne peuvent digérer que les Cantons Protestans abandonnent fi l'intérêt de leur Religion, et de ceux qui la professent , alors qu'il fi n'y auroit aucun péril à les soutenir ; pendant que Y Etat de LiegB, fi tout Catholique qu'il est) se jette dans leur parti et dans leurs
fi intërêiis avec un péril évident d'estre désolé par la France 10
[ 8mte des Véritables Intérêts des Princes de r Europe, sur les Intérêts des Cantons Suisses; La Haye, 1689; p. 7.]
bombardé pendant quatre jours, elles s enfuirent avec précipitation. (1-7 juin 1691 ^.)
En 1697, le Traité de Ryswick mit un tel-me aux hostilités.
Ce Traité autorisa utie flagrante injustice au préjudice du Pays de Liège.
En 1676, Louis XIV, qui dérobait des territoires à droite et à gauche, s'était emparé du Duché de Bouillon. Il en avait fait présent aU Comte de la Tour d'Auvergne, avec la clause que la France eh garantirait à celui-ci, à toujours, la propriété et la souveraineté 2.
Le Gouvernement Liégeois avait protesté, le 18 février 1679, contre cet inqualifiable brigandage 3. Il protesta encore, le 31 octobre 1697, contre Farticle du Traité de Ryswick, qui déclarait
* Il y a des détails sur cet investissement de Liège par Farinée Française, dans le Mercwre historique et politique de 1691, t. I, p. 625 , etc.
Les Français parvinrent à s'installer à la Chartreuse. De là , pour terrifier la population, ils lancèrent sur la Ville une énorme quantité de bombes et de boulets rouges, en prenant pour points de mire les principaux édifices. L'Hôtel-de- Ville , Téglise S^^-Catherine , et presque toutes les maisons situées entre le Marché et la Meuse , brûlèrent et s'écroulèrent. [Historia Fqpuli Leodiensis, p. 428 ; Larrey , Histoire de France, t. V, p. 319, etc. |
^ gf .... Le Roy lui accorda d'autant plus cette protection , que par ^ ce moyen le ChéUeau de Bouillon demeuroit entre ses mains.... ^ L'intention de Sa Majesté étoit seulement de s'assurer d'un poste ^ dangereux pour ses frontières, s'il étoit occupé par ses ennemis. ^ [Mémoires du Marquis de Pomponne, 1. 1, p. 219, etc.]
3 ^ Nos Députés ne manquèrent pas de demander la restitution du fi Duché de Bouillon , dont la France s'étoit emparée.... ^ [fiouille. Histoire du Pays de Liège, t. IH, p. 504.]
que le Prince de Liège s'arrangerait à lamiable avec le soi-disant Duc de Bouillon.
Rien n y fit ^
En 1701 , la guerre recommença entre toutes les Puissances de TOccident.
Le Prince, Clément de Bavière, se compromit en contrevenant à la Neutralité.
Malgré tous les conseils, il se prononça pour la France 2.
' ^ Malgré toutes les iiibtauces qua fait de nouveau uotre Prince ^ pour obtenir la restitution du Château de Bouillon, les François y :* tiennent toujours garnison.... ^ [ Chroniques de Liège, ]
- Le Prince, eu sacrifiant la Neutralité à ses sympathies pour la France , trahissait les vrais intérêts politiques du Pays. Sa conduite n était approuvée que par les ignorants.
if La Nation Liégeoise est particulièrement attachée au négoce: ce î? qui la mettant eu commerce en tout temps avec les François , est fi peut-être la cause que les Marchands ont quasi tous Tinclination fi tournée vers la France , et qu'ils paroissent très peu affectionnez à fi la cause commune. Il y en a qui , selon leurs petites lumières et fi leur grande prévention, parloient assez mal de TËmpereur et de ses fi Alliances. S*ils en avoient valu la peine, on auroit pu les convaincre fi facilement de l'injustice de leur murmure....
fi Comme j'aime & réfléchir, et à rechercher les causes de ce qui me fi semble singulier , il me parut de pouvoir attribuer cette inclination fi rébelle des lâegeois en faveur des ennemis de TEmpire, au long fi règne du vieux Prince Maximilien de Bavière, qui s*étant laissé fi prévenir par les Emissaires de la France, et disposer à lui tout 0 permettre dans les Etats de Cologne et de Liège , a communiqué à fi ses Sujets cet éloignement de Taffection et de la fidélité envers fi TEmpire. Le seul exemple du Prince n'est pas cependant tout ce fi qui contribue à ce changement des volontez. On a coutume dy fi employer encore deux autres moyens, Tun public et lautre secret. fi les Prédicateurs et les Pensionnaires, qui travaillent à qui mieux fi mieux à cette conversion d'un Peuple qu on veut gagner.... fi [Remurques historiques et critiques faites dans un voyage de Hoîlandt en l'année 1704; Cologne, 1705; 1. 1, p. 191.]
Aussitôt, la Cité et le Territoire furent occupés par des troupes Françaises i.
En 1702, à l'approche de Marlborough, commandant de Tarmée Anglo-Hollandaise , le Prince dut fuir en France.
Le Pays, dont le Bourgmestre Louvrex diri- {îeait la diplomatie 2, fit un sympathique accueil aux Alliés, qui se présentaient en amis ^.
La Cité leur ouvrit toutes larges ses portes,
( 14 octobre.)
Les Français, après une courte résistance, furent expulsés de la Citadelle et du Fort de la Chartreuse. ( 23-29 octobre ^. )
Une Régence Impériale fut installée à Liège.
Elle veilla à l'intérêt public avec loyauté et
* La trahison du Priuce était notoire. Un Gazettier écrit : ^ Il a ^ plu à Son Altesse de mettre sa Principauté de Liège sous la protec- ^ tion militaire de la Couronne à laquelle il a souverainement attaché ^ sa Neutralité,.,. Mais je ne scaurois laisser passer le prétexte qu'on :f allègue pour mettre la France en possession de la Principauté. L'on ^ veut, dit-on, prévenir les voisins, etc. a [Nouvelles des Cours de VEurope; La Haye, 1701: décembre, p. 948. Voir aussi Lamberty, Mémaires pour servir à V Histoire du dix-huitième Siècle; La Haye, 1724;t. I,p. 677,etc.]
* Solus Consulafum gessit Dominus à Louvrex, qui à Civibus électifs fuerat. [ Historia Fopuli Leodiensis, p. 469. J
' Le maintien des [iois et des Institutions Nationales avait été formellement garanti, au nom des Alliés, par le Capitaine-Général Marlborough.
Le texte de cette Capitulation se trouve dans Bouille , Histoire du Pays de Liège ^ t. Ul, p. 514.
* Pour des renseignements sur ces opérations militaires, voir The Letters and Dispatches of Marlborough; Londres, 1845; t. I, p. 4(3, 53 , etc.
prudence. Elle ne cessa de fonctionner qu'après la conclusion du Traité de Bade. (1714 i.)
Pendant qu'on négociait ce Traita, le Gouvernement Liégeois protesta, de nouveau, contre Toccupation du Duché de Bouillon.
Ces plaintes, si justes, si vraies, furent vaines encore.
La France continua de détenir Bouillon 2.
En 1715, les Armées alliées évacuèrent, enfin, le Pays.
Le Prince put alors revenir. Il fit sa rentrée dans Liège le mercredi 16 janvier. Il fut vivement festoyé. On était heureux, après tant de calamités, de se retrouver en pleine vie nationale 3.
Depuis un demi-siècle, à la faveur de la Neutralité, le Pays se conduisait comme s il était indépendant et en dehors de Y Empire.
' La Régence Impériale fut présidée, avec une rare habileté, par le Comte de Zinzendorf. Leodium tnissus est à Caesare Cornes à Zinzendorf , ut Provinciam (idministraret. Privatum Consilium instîtîiitj etc. [Historia Poptdi Leodiensis, p. 469.]
* ss C'est ainsi que la Maison de la Tour d'Auvergne possède encore if à présent le Duché de Bouillon, sans y avoir le moindre droit; car n pour ce qui touche le Château , le Roi en est demeuré maître. ^ [Bouille, Histoire du Pays de Liège, t. UI, p. 433. Voir aussi les Délices du Pays de Liège, t. UI, p. 11 , etc.]
' Les fêtes qui eurent lieu à l'occasion de ce retour du Prince, sont décrites, en mauvais style de sermon, dans une Belation de VEnltrée triomphante de Son Altesse Serenissime dans sa Cité de Liège le 16 janvier 1715; Liège, in-4o de 24 pages.
Ce même jour , le Prince sollicita et obtint de la Cité un élon gratuit de trente mille écus.
La 4^rnière guerre ly avait réintégré sans eflforts.
L'aigle Impériale avait reparu aux portes de Liège ; elle avait orné tous les mandements publiés par la Régence.
En 1716, le Pays se reconnut expressément État de V Empire. Il s'obligea à contribuer aux subsides et aux contingents de son Cercle, le Cercle de Westphalie ^.
Il eflFectua sa Réaccession le 14 décembre. Il ne la fit, toutefois, que sous conditions. Il conserva intacts ses institutions, ses lois, ses usages, ses monnaies; il put faire des alliances et des conventions avec les Etats voisins, pourvu qu elles ne portassent nulle atteinte aux droits généraux de l'Empire.
' Les journaig^ dn temps parlent très pertinemment de cette question.
«s Une difficulté s'est élevée entre le Fays de Liège et le Cercle de ^ Westphalie, Depuis fort longtemps , la Principauté de Liège avoit sr été dèplarée indépendante de ce Cercle, et jouissoit des prérogatives ^ des autres Souveraine tez d'Allemagne , comme Membre particulier ^ de V Empire, Le Cercle obtint, au mois de novembre dernier, un fi Décret de VEmpereur qui ordonne que la Principauté de Liège sera ^ de nouveau incorporée au Cercle de Westphalie , pour en être Membre , fi et contribuer comme anciennement aux frais et dépenses de* ce fi Cercle.... fi [La Clef du Cabinet des Princes de VEurope; 1717, t. I,p. ô3.]
Cela alla si loin, que TËmpire songea à ordonner une exécution. fi Les Députez du Cercle de Westphalie ont pris la résolution d'obliger fi la PrineipatUé de Liège à rentrer dans ce Cercle, dont elle étoit fi autrefois un des Membres; et que le Bot de Prusse et TEvêque de fi Munster, à la réquisition de l'Empereur, dévoient faire marcher fi quelques troupes pour ce sujet, fi [Mercure historique et politique ; 1716, t. n, p. 540.]
En retour de cette subordination , la Diète Impériale lui promit, en toutes circonstances, aide et protection i.
On jouissait, depuis une dizaine d'années, de quelque repos, lorsque, en 1732, la Prusse suscita des difficultés.
En 1546, les Trois Etats avaient cédé une languette de territoire à Charles-Quint, pour y bâtir Marienbourg, en échange de ses droits seigneuriaux sur la Baromm de Herstal 2.
Ces droits utiles appartenaient, parait-il, au Comte de Nassau- Orange, qui les revendiqua.
En 1732, lors du partage de la succession de Guillaume 111, Roi d'Angleterre , le Roi de Prusse, qui lui était apparenté, hérita de ces prétentions sur llerstal. Il requit, sans délai, un serment de fidélité des Herstallois.
Le Prince et les Trois Etats avaient protesté. ( 21 novembre 1732 3. )
L'aftaire n eut pas de suites. Elle tomba dans un complet oubli,
' L'acte de Réaccession réglait en ces termes ces divers points: Quoad rem Manetariam, Leges, Ordinationes. Çonsueiudines et Usus PiUriae Leodiensis, nihil immutabitur, — Patria Leadiensis frudur etiam omnibus Privilegiis ipsi ah Imper atorilms concessis, — Conced'd insuper supradidus laudahilis Circulus praefaio Principatui omnimodam protectionem et auxilium,,,, [Dans Bouille^ Histoire du Pa^s de Liège, t. UI, p. 553; Historia Poptdi Leodiensis, p. 488.]
* Voir là-dessius, notamment, les Délices du Pays de JAhge^ t. IV» p. 48, etc.
^ Cette protestation a été réimprimée dans le Recueil des Ediis du Pays de Liège, t. IV, p. 202.
Il n'y a pas de mauvai.so question diplomatique pour un puissant Eoî.
En août 1740, Frédéric II réclama tout à coup la Baronnie de Herstal. Il publia, assisté de Voltaire, d'ingénieux manifestes pour la défense de sa cause i ; puis , pour la rendre meilleure encore, il poussa, le 14 septembre, deux mille soldais sur la Bonne Ville de Maeseyck, où ils vécurent à discrétion 2,
Le Gouvernement Liégeois était vivement menacé. Il ne pouvait songer à la résistance. Il commença des négociations 3.
* Le Roi de Prusse commença sa guerre de plume par une Kxposù tion des Raisons qui ont porté Sa Majesté le Roi de Prusse aux justes représailles contre le Prince-Évêque de Liège ; Wesel, 1740, in-i*^.
Ce pauvre manifeste de Frédéric H , ainsi que sa Réponse à VExpo* sition que VÉvêque de Liège a fait publier contre celle du Roi de Prusse touchant Vaffaire de Herstal ^ avaient été blanchis ^ sans grand soin , par Voltaire, qui en fait humblement Taveu en ces termes : s? Je fis un ^ Manifeste tant bon que mauvais, ne doutant pas qu'un Roi, avec qui n je Boupais, et qui m^appelait son ami, ne dût avoir toujours raison.... if [Mémoires àe Voltaire, dans ses Givres complètes, édition de 1830: t. XL, p. ÔÔ.]
Le Roi de Prusse publia six Expositions et Réponses , et le Gouvernement Liégeois riposta à chacune d'elles. — Les plus courts de ces factums ont été réimprimés dans Rousset, Recueil historique d'Actes et de Mémoires, t. XIV , p. 306 et suiv. ; dans la Clef du Cabinet des Princes de V Europe; 1740, t II, p. 315» etc.
* Pour les détails relatifs à Toccupation militaire dé Maeseyck, au nombre des officiers et des soldats, à leurs exactions journalières, etc.. voir Beschrijving van deStad Maeseyck; Maeseyck , 1841 ; p. 48-65.
* Pour négocier cette afiaire, on envoya à Berlin le Baron de Horion, Grand-Mayeur de Liège, et le Bourgmestre Du Château. ^ .... Ces ^ Députés confèrent depuis le 1^^ octobre avec les Ministres de la Cour, ^ pour convenir des conditions sous lesquelles se fera laccommode- ^ ment Us sont traités avec des marques distinguées, ot Ton assure
Il n'obtint la paix de son brutal adversaire que moyennant une forte somme. Il lui racheta ses prétentions au prix de trois cent mille florins d'Allemagne, à raison de seize bons grosches chaque florin. (20 octobre i.)
Dénôûment heureux, assurément 2.
Pendant que le Pays était ainsi rançonné à outrance par la Prusse, ses relations avec les
^ qu'ils ont depuis peu obtenu une déclaration favorable du Roi.... ^ [Clef du Cabinet des Princes de VSutcpe; 1740, i. H, p. 356.]
* Le Traité de vente et la Convention furent signéâ & Berlin le 20 octobre 1740. Ces deux documents ont été publiés dans les Mémoires de r Académie de Berlin; 1790, p. 568 ss.
sf Par cette Convention signée à Berlin par les Députés du Prince- ^ Évêque, et exécutée ensuite , V Affaire die Herstal, qui a fait beaucoup ^ de bruit, se trouve composée; et les Troupes Prussiennes, après on ^ séjour de six semaines sur le territoire de Liège, s'en sont retirées ^ le 24: octobre, s? [La Clef du Cabinet des Princes de V Europe; 1740, t. II, p. 428.]
* Un détail, simplement littéraire, doit trouver place ici.
\i Affaire de Herstal ne fut pas terminée par le payement du million de francs.
Non content d'avoir détroussé le Gouvernement Liégeois, Frédéric II daigna le vilipender de son style le plus royal. Il écrivit :
sfi Un misérable Évêque de Liège se faisoit honneur de donner des ^ moiHâfications au feu Roi. Quelques Sujets de la Seigneurie de ^ Herstall, appartenant à la Prusse, s'étoient révoltés; l*£vêqae leur n donna sa protection. Le feu Roi envoya le Colonel Kreytzen à Liège, ^ muni d'un créditif et de pleins pouvoirs, pour accommoder cette ^ affaire. Qui ne voulut pas le recevoir? Ce fut monsieur l'Ëvêqne: ^ il vit arriver trois jours de suite cet Envoyé dans la cour de sa ^ maison , et autant de fois il lui en interdit l'entrée.
^ Cet événement apprit au Roi qu'un Prince doit faire respecter sa ^ personne, surtout sa Nation, etc. ^ [ Frédéric II, Histoire de môh Temps, dans ses Œuvres complètes; Berlin , 1846 ; t. H, p. 53.]
Plus tard, Frédéric II fut honteux de ses procédés juvéniles. Il affectait d'oublier V Affaire de Herstal.
Pays-Bas Autrichiens devenaient, de jour en jour, plus difficiles.
En 1737, les Trois États furent invités à ne plus prélever le droit, dit soixantième, sur la valeur des marchandises de provenance Belge.
Ils n'obtempérèrent pas à cette demande ^.
Le Gouvernement des tajs-Bas s'oflfensa de ce refus. Usant de représailles, il frappa de taxes onéreuses tout ce qui venait du Pays de Liège, notamment la chaux, la houille, les pierres, les fers, les poteries, les étoflfes, les sayes, les draps, les cuirs, les armes, les quincailleries, les papiers, les vins, les genièvres, les sucres.
C'était interdire aux Belges tout trafic avec les Liégeois.
En 1741 , les États modifièrent leur tarif 2. Us ne purent contenter l'exigeant voisin 3.
* Vers 1731 , ce démêlé commença à devenir très sérieux , à la suite de mémoires aigres^doux publiés par le Gouverneur des Pays-Bas Autrichiens , et réfutés par le Gouvernement Liégeois.
"^ Les tarifs des divers droits de douane sont insérés , notamment , dans un volume intitulé : Conditions générales t outre les particulières., servant pour tot^ les Impôts y E^itreprlses et Bendages qui se font par les Seigneurs des Trois Etats du Pays de Liège et Comté de Looz, revues et approuvées à la Journée d'Etat de Van 1761 ; Liège , 1789 , in-8» de 244 pages.
s On écrivait en 1742 :
fi Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il y a eu des démêlez entre la Régence n des Païs-Bas et le Pais de Liège au sujet des droits d'entrée , de fi sortie et de transit. La jalousie du commerce des mêmes denrées y fi donne lieu.... fi
3?, Les Liégeois sont en état, dit-on, de débiter aux Habitans de la fi province de Namur et autres , les marchandises , denrées et manu-
Vers co temps, le Eoi de France reprit le des-
sein d'humilier la République des Provinces-Unies, le noble refuge des penseurs persécutés. En 1746, il lui déclara la guerre, et il marcha sur Maestricht, occupé par une forte garnison Hollandaise.
Notre malheureux Pays servit de champ-clos aux armées ennemies.
Le 11 octobre, 120,000 Français livrèrent bataille à 80,000 Anglais, Hollandais et Autrichiens dans les plaines de Rocour, près de Liège. Ces masses de soldais prirent ensuite , çà et là , leurs quartiers d'hiver ^
Au printemps, ces troupes se remirent en mouvement; puis, le 2 juillet, elles en vinrent aux mains à Laeffeld, près de Tongres.
Quarante mille hommes, au moins, périrent dans ces deux actions, où il n y eut ni vainqueurs ni vaincus 2.
On évalua à plus de huit millions de florins.
!f factures à meilleur marché que ne peuvent le faire ceux des mêmes sf provinces aux Habitans du Pais de Liège.... ^ [Rousset, Recu/il historique d'Actes et Mémoires y t. XIV, p. 356, 376, etc.]
* Ces soldatesques effrénées se permirent, à Tenvi , toutes les réquisitions, toutes les contributions, toutes les insultes, ainsi qu'on le voit dans un Tableau de la Dévastation du Pays de Liège; Liège, 1746, in-folio de 54 pages.
' U y a un ample récit de ces batailles dans Carront, Itinéraire (m le Guide Liégeois, p. 91; Heeren, Mémoires sur les Campagnes des Pays-Bas de 1746 et 1747, p. 200; Duc de Luynes, Mémoires, édit de 1861 , t. VU, p. 443; t. Vm, p. 402. etc.
les dommages que les belligérants avaient causés au Pays de Liège ^
L'agriculture, la manufacture, le commerce, étaient en souffrance.
Partout il y avait malaise et misère.
On était à bout de patience.
^ Plan impartial et raisonné de Pacification générale et perpéiuelU : édition de 1748, p. 151 , 180, etc.
La Cité. — Tristes effets de la déchéance de sa démocratie. — Les Bonnes Villes voient à leur tour leur régime populaire modifié. — Essais de centralisation de pouvoir. — Les traditions politiques.
— Influence de la littérature historique. — Les Trois Etats gouvernent selon les lois du Pays. — Création de routes, de chaussées.
— Situation morale , religieuse et économique de la Cité. — Multiplication des livres et des journaux. — Progrès des sciences. — Progrès de Tesprit philosophique. — Conséquences de ces mouvements divers.
La criminelle violence de Maximilien avait été tout autrement funeste que les attentats de ses prédécesseurs.
Elle eut une longue durée et de tristes suites ^
* Les écrivains du temps constatent combien le Coup d'État de Maximilien fut funeste à la liberté pendant nombre d^années. En ôtant toute action à la population, celle-ci devint indifférente à tout, et laissa faire.
On écrivait en 1686 : n Les Liégeois sont maintenant si fort soumis if aux ordres de Son Altesse Electorale, que pas un ne songe à branler. ^ — Le Pays succombait sous le poids des impôts , s? depuis que Son if Altesse Electorale s'en est rendue maîtresse absolue. S'il n'en est gt pas affranchi , la Ville de Liège , où le commerce est extrêmement ^ diminué depuis un certain temps, et oiï il diminue encore tous les ^ jours, va devenir à rien, ^ [Mercure historique et politique de 1686,
En 1689, un étranger notait ceci : if Maximilien a réduit la Ville if Libre de Liège dans un extrême desespoir. Car , sous prétexte de
En effet, à la mort du despote (1688), la Cité était restée dans Tindifférence. !5es nombreuses défaites, la déchéance de sa démocratie, Texécution ou lexil de ses chefs, la force militaire aux ordres du Prince, tout cela lui avait ôté rénergie qui hasarde une révolution ^
^ la tebellion de quelques particuliers, n*y exerce-t-on pael des tiranniefi * qui sont inouies jusques ici , même dans les Terres du Grand Sei- ^ gneur? Les innocens n'y sont-ils pas persécutés comme les coupables? ^ Enfin, n'y a-t-il pas tant d'impôts, que tout le monde ctie miseri- ^ corde?... ^ \ljfouvtaux Intérêts des Princes de VEtêtùpe, édit de 1690, p. 29. J
' Quelques personnes s'étaient attendues à un mouvement en 1688 : on le voit dans un petit écrit qu*ùn familier du Prince publia, en 1690, BOUS le titre de : Les Véritables Intérêts du Prince de Liège et dé tâut son Pais en général dans les Affaires présentes, avec des Béflexions Politiqt4es sur la Conduite qu^on a tenu et que Von tient encore aujourd'hui dans cet Etat; Maestricht, in-12o de 70 pages.
Dans ce livret, Fauteur indique au Prince comment il doit s'y prendre pour énerver le caractère des Liégeois, pour faire disparaître les souvenirs de la liberté perdue, pour justifier, en un mot, et légitinier la tyrannie du Prince et du blergé. Voici un de beb conseils infUmes :
^ .... n n'y a peut être pas sur la terre un Peuple qui soit plus ^ jaloux de ses Privilèges que le Peuple Liégeois. C'est le toucher ^ dans la prunelle de l'œil, que de luy en vouloir ravir le moindre. ^ Les guerres qu'il a de tems en tems soutenu contré ses Princes , en ^ sont des preuves incontestables. Mais aujourd'huy qu'il a dû céder ^ à la force, c'est de l'intérêt du Prince modenie de Liège de luy ^ remontrer, adroitement, qu'il est plus I^ibre que jamais; qu*il est à ^ couvert des révolutions, qui se causoient par le Gouvernement ^ Populaire; que ce n'est pas dans le Gouvernement Populaire que p consiste la Véritable Liberté d'un Peuple, mais bien dans la conduitte sf d'un Prince qui gouverne avec justice et avec douceur, et qui ne ^ bute à rien qu'au repos de son Peuple. A cela , si un Prince de ::; Liège ajoute les recompenses , et qu'il rende à son Peuple quelques ^ petits Privilèges qui sont encore les marques de sa prefnière Liberté, sf c'est une chose assurée qu'il s'acquieiri tous les cœurs, et qu'il verra ^ son règ^e heureux par Tunion de ses Sujets.... «#
Le projet de Maximilien , en imposant le Règlement de 7554, avait été de fonder une oligarchie petite, mais dévouée.
Il ne put être réalisé.
La population de la Cité, quoique divisée en Chambres et en Bans Métiers, n'avait pas été désunie. Il ne s'était pas créé des Classes. Sans doute , les Bourgeois des Bons Métiers étaient privés des droits politiques ; mais ils ne se considéraient pas moins comme les égaux des Bourgeois des Chambres ^.
Ce qui aidait , c'était l'extrême simplicité de vie des uns et des autres. Les guerres domestiques et l'oppression religieuse avaient fait disparaître tout bien-être. Généralement, le rentier et l'artisan vivaient dans une condition moyenne, qui n'était ni l'aisance ni la misère. Il n'y avait rien de pénible, toutefois, dans leur dénûment, qui était, croyaitron, sans remède 2.
' fi Le plus petit Bourgeois de Liège, tel qu*il puisse être , a des ^ Privilèges particuliers et étendus.... 11 ne peut non plus être saifii 0 pour debte ny pour crime, sans être jugé convaincu, on oon- ^ damné. ^ [Delisle, Apologie de la Nation Liégeoise; Liège, 1735; p. 72-74. ]
* On vécut dans cette médiocrité jusqu*aux derniers jours de la Nationalité Liégeoise. On écrivait en 1795 : ^ A Texception de cinq fi ou six familles, il n*y a point de riches dans le Pays de Liège : en fi général, ici, les fortunes ne s*élèvent point au-dessus de Taisance.... 0 [Hyac. Fabry, Réponse ^ etc., p. 15.] — On écrivait en 1804 : ^ Dans fi notre Pays, les cultivateurs et les marchands ne s'élevaient point fi au-dessus d^une aisance moyenne. Nous avions beaucoup de partifi culiers qui pouvaient se dire aisés, tandis que fort peu se seraient
En février 1685, Maximilieii avait aussi détruit, par un Règlement y le régime populaire de la Bonne Ville de Visé, puis, quatre mois après, celui de la Bonne Ville de Huy. Comme à Liège ^ il y avait maintenu les apparences de la liberté et des semblants d élection.
Ses successeurs reprirent son idée, et assurèrent partout leur prépondérance. Pour se rendre maîtres des scrutins, ils atténuèrent les libres et antiques constitutions de Dinant, de Saintron , de Hasselt , de Looz , de Ciney, de • Verviei-s, de ïongres, de Waremme, de Bilsen, de Maeseyck, de Brée, de Stockhem et de Cou vin 1.
Les Bonnes Villes, cependant, n'eurent pas autant que la Cité à souffrir de ces entreprises des
^ dits ridiez. * [Delloye, Trauverre en tournét es Pays de Liège ^ p. 59, etc.]
Dans les pages qui vont suivre, nous u*avous admis que les détails qui nous ont paru utiles et instructifs.
Les matériaux abondent sur tout ce qui a trait à la condition matérielle, intellectuelle et morale de nos pères vers le milieu du XVnie siècle.
* Tous les Règlements qui modifiaient le régime électoral des Bonnes Villes, étaient Ulégaujc. On Ta vu : d'après les Paix y d'après la Paix de FexJie notamment , les Franchises et les Usages des Bonnes Villes et des Communautés ne pouvaient être changés que par la volonté expresse de tous les habitants de ces Villes et Communautés. C était un principe de Droit public reconnu par tous nos publicistes. Inier quae Pacta et Copiventiones hoc ex pluribus existit . quod non possit Princeps absque totius CivUaiis (cet Oppidi) et illttis Vniversitatis consensti et interventione, novas Leges constUitere, nec antiquas vel abrogare cet refonnarc* [ Vindiciae Libertatis Inclgtae Civitatis LeodiensiSf p. 10.]
630 CHAPITRj: XXX
Princes. Leurs Franchises et leurs Libertés ne reçurent que des atteintes partielles ^.
Du reste, ni la Cité ni les Bonnes Villes ne se ravalèrent pas trop. Les mœurs, les traditions, corrigeaient les dérèglepaents et les molestations des Princes 2.
' La permanence des formes anciennes conserva la liberté. D en fut ainsi , notamment, à Liège.
On écrivait en 1770 : r^ La Ville de Liège , quoique soumise à son ^ Prince-Ëvéque, jouit pourtant de si grands Privilèges, qu'elle peut gt être regardée comme une Bépublique Libre, gouvernée par ses gt Bourgmestres, as [Coyer, Voilage de Hollande, etc., t H, p. 297.]
Toute faussée qu*ielle était, la rénovation magistrale garda son prestige populaire. On en fait la remarque en 1776 : ^ A Liège , le ^ renouvellement de la Magistrature se fait avec beaucoup d'appareil ^ et d'éclat : c'est pour le Peuple un jour de solemnité.... ^ [Robinet, JHetionnaire universel des Sciences, t XXXm, p. 338.]
On peut ajouter ce détail , de 1775 :
0 .... Le choix des Bourguemestres est annoncé au Peuple par les 0 Trompettes de la Ville , et il y répond par des acclamations. Une if multitude de Bourgeois, qui attendoit ce moment, court chercher if ses Maîtres, et les amène à rHutel de Ville, avec une joie tumultueuse. ^ Placés sur le perron, ils font serment entre les mains des députés du :f Prince , et en présence de la Bourgeoisie , d'administrer fidèlement ^ les deniers publics, de maintenir les Privilèges delà Cité, de n'avoir 0 rien donné directement ni indirectement pour avoir des suffrages.
gf Ce serment prononcé à haute voix, et devant tout un Peuple, a 0 l'effet le plus imposant. C'est une cérémonie auguste, grande, 0 majestueuse, et dont* on ne peut avoir l'idée que dans une Réputé blique. Quel moment plus attendrissant, que celui où cette foule de 0 Citoyens court embrasser les Maîtres qu'elle vient de se donner, et 0 qu'elle a tirés de son sein ! On s'étonne moins des révolutions des 0 Liégeois pour conserver la libre élection de leurs Magistrats , quand 0 ou voit l'impression qu'elle fait encore sur leur esprit. ^ [Léonard, Histoire politique de l^Etat de Liège, p. XXV J.]
* A Liège , la durée du tyi*annique Bègletnent de 1684 excitait la B|irprise de tous les bons Bourgeois. £n 1731 , Bouille exprimait la sienne par ces mots: 0 Qe Règlement a toujours été observé, et il Test
A Liège , il arriva ce qui arrive dans les temps de tyrannie.
N'ayant plus à se mMer activement des affaires publiques , les Bourgeois s'occupèrent de Y Histoire du Pays. On aima gravement le passé: en en parlant, on parlait de liberté, d'égalité, de légalité. Jamais on ne vit produire tant d'œuvres historiques importantes. En moins de vingt-cinq ans, on publia le Recueil des Edits de Louvrex, le Recueil héraldique de Loyens, les nationales Histoires de FouUon et de Bouille, la monumentale compilation intitulée Les Délices du Pays de Liège ^.
if encore à présent , je veux dire à la date que ce Livre a été imprimé.... gf [Histoire du Pays de Liège, t. UI, p. 478.]
Un mémoire publié en 1757, et adressé à Messieurs Us Composants des Seize Chambres de la Noble Cité de Liège , débutait ainsi : gf Le ^ Magistrat de cette Cité , qui a fait et fera constamment tout ce qui gf peut dépendre de lui pour soutenir sa Jurisdiction, ses Droits et sa ^ Possession, dont il a juré le maintien, et qui sont le triste reste d'une sf Jurisdiction autrefois si florissante,,,, sf
* A Tépoque de ces grandes publications , une Histoire n'était pas une vaine publication littéraire. C'était un nécessaire complément des garanties politiques, c*était un des éléments de la gloire et de Thonneur du Pays, c'était une œuvre d'utilité publique, qui représentait audehors la Patrie et la Nationalité.
Ce fut sous le patronage, tantôt du Magistrat de Liège, tantôt des États, que parurent les beaux livres in-folio de Loyens, de Bouille, de FouUon, de Louvrex, de Méan , l'ouvrage intitulé X€5 Dc7tcc5 du Paîs de Liège, etc. Les États ou le Magistrat en distribuaient annuellement des exemplaires h leurs membres , pour entretenir les souvenirs nationaux. La notule suivante donnera une idée de ces louables dépenses : ^ Séance du 30 octobre 1750, — Acquisition de ^ vingt deux exemplaires des Délices reliés en veau , à distribuer à fi Messieurs les Bourguemestres et Conseillers Regens, au prix de
Ce fut par ces études que se conserva et »e transmit la notion des franches et austères habitudes de jadis.
Ces ressouvenirs permirent aux jeunes générations d'entrevoir le vrai sens des innovations introduites depuis 1684. On comprit combien avait été légitime Thostilité des ancêtres contre le Prince, contre le Clergé, contre l'Oligarchie. On rappela ces luttes avec fierté. On eut quelque honte de se conformer au bon plaisir d'une coterie ignorante et besogneuse ^
Ce nouvel esprit se manifesta, surtout, à partir de 1740, dans les conflits qui mirent aux prises les différents tribunaux. h'Ojfficial prétendait garder les attributions dont il s'était récemment
p cent florins Brabaiit , important en tout 2200 florins eu ducats. ^ [Begistres de la Noble Cité de Liège , 1750; fol. 180. ]
Le Prince et sa coterie bigote furent hostiles à cette renaissance des études, qui régénérèrent un Peuple découragé par un long et honteux despotisme. L'éclat littéraire de cette époque est dû tout entier aux forces individuelles.
* Les doctrines de liberté s'étalaient dans tous les livres qu'on publiait sur THistoire du Pays. Le fastidieux et indifférent compilateur des Délices est amené à écrire : ^ Les émotions populaires, les révoltes, «c les troubles dont THistoire de Liège est remplie , font regarder les * Liégeois comme des esprits inquiets, turbulens, séditieux, comme ^ gens ennemis du bon ordre, de la tranquillité et de la paix.... Quoi :f de surprenant que ce Peuple Libre , éprouvant sans cesse une cruelle :f tiranie, ait fait les derniers efforts pour s'en afiranchir?... Quon if fouille dans les Histoires anciennes et modernes des RépubUques ^ et des Monarchies, on ne pourra disconvenir que, de tous les Peuples, 3? les Liégeois ne soient celui qui , aiant gémi le plus longtemps sous «r la tiranie, a pris les plus sages précautions pour en secouer le ^ joug, etc. a [Les Délices du Fags de Liège, 1. 1, p. 77.]
investi; les Echevins les lui contestaient, comme autant d'empiétements illicites sur leur propre juridiction. Dans ces disputes, où le Tribunal des Vingt-Deux intervint aussi, on se plaisait à alléguer les raisons qui, autrefois, avaient servi à fonder ou à modifier la compétence de ces vieilles judicatures ^
Le Prince et le Chapitre Catliédral avaient conscience de Tillégalité des prérogatives qu'ils s'arrogeaient. Ils n'exerçaient leur pouvoir qu'avec tempérament , en usant d'intrigue et
* Il suffira d'une seule citatiou , pour montrer comment on raisonnait.
En 1746, les Echevins de Liège avaient exhumé un ahasif mandement de Ferdinand de Bavière (1649), par lequel ce Prince leur attribuait, à V exclusion des Vifigt-Beux , la correction des huissiers prévaricateurs. Ce mandement fut vivement attaqué en 1750. ^ .... Comment, disait-on, le Tribunal des Yiugt'Dcnx, à Vaide d'un ^ seul règlement du Prince , pourroit dégénérer ainsi de sa première ^ institution? C'est ce qui est incompréhensible. Le Chancelier, ^ pour avoir vidimé une ordonnance contraire aux Loix du Pais , sera ss mandable aux Vingt-Deux; un colonel, un officier, pour avoir exécuté ^ des ordres surpris du Prince contre Vctroite disposition des Faix et ^ Concordats publics , subira le même sort; on appellera au Tribunal ^ des Vingt-Deux les personnes les plus distinguées, même les plus ^ respectables par leur rang : et des Juges, sans excepter des Echevins ^ de Village, pourront impunément mener les Surceans hors et ^ contre Loix, et les dépouiller, par des ordonnances extra-judicielles , ^ de leurs libertés, privilèges et possessions?... Quel étrange statut!... fi — Pour bien discerner et connoître si le Règlement de 1649 a totdes fi les qualités requises pour devoir être respecté comme une Loi, il fi convient d^examiner ce qui est requis pour faire une Loi respecfi table.... Aucun Kèglement, dans ce Païs, ne peut avoir force de Loi fi sans le concours unanime des Trois Etats, etc. fi [Défense de la Contre-Information très humble à Messeigneurs les Trois Etats du Pays de Liège et Comté de Looz, p. 58.] Le mandement illégal fut dénoncé à la Chambre Impériale de Wetzlar, et y fut annulé.
de ruse. Ils redoutaient Téclat d'une revendication 1.
Les Trois Etats, pendant la Régence Impériale, avaient ressaisi la direction des affaires,
En 1719, ils introduisirent des économies dans le service de la maison du Prince. Ils réduisirent le chiffre de ses troupes permanentes, ce redoutable abus conçu et ordonné par Maximilien ^; ils réclamèrent le droit, qui leur avait appartenu jusqu'à ce Prince, de voter les impôts et de contrôler les dépenses 3.
* Partout on continua donc à vivre sur les traditions de liberté, grâce à la connaissance des vieilles Paix, surtout de la Paix de FexhCn qui ne cessa jamais d'être la base du Droit public.
Sur ce dernier point, il n'y avait nul désaccord. Pax Fexhiana de anno 1316, fundamcntalis Patriae Leodiensis Consiitutio. dit. en 1768, un Jurisconsulte éminent, Cramer, Observationes Juris universi, t. VI, p. 434.
* Les Etats insistaient sur la diminution du nombre des officiers supérieurs, ss Nous prenons la liberté de réitérer à Votre Altesse que gf nous ne voyons aucune nécessité ni utilité de charger le Public de ^ gages et appointements qui ne sont utiles qu'à des particuliers. ^ Nous considérons la misère générale du Pays, qui n'a presque aucun ^ commerce, et qui est encore chargé de dettes contractées durant la ;? dernière guerre; nous considérons que l'on est en paix avec nos s# Voisins, et nos Voisins entre eux, etc. ^ — ^ Les Etats ne vouloient ifi garder que le nombi*e des troupes qui étoient nécessaires pour la if Citadelle, if dit Bouille, Histoire du Pays de Liège, t. ni, p. 559.
^ Dans une lettre imprimée , les Etats , après avoir énuméré leurs griefs , avaient supplié le Prince gg de réfléchir qu'en ce Pays il n'y a if pas d^ Impôt perpétuel. Ainsi, les Impôts ne s'accordent par vos ^ États qvLQpour un temps limité, tantôt plus court, tantôt plus long, ^ comme les Impôts sont tantôt plus onéreux , tantôt plus légers : le ^ tout, à proportion de la convenance et des besoins actuels; de :;: manlèro que ce terme étant écoulé , tous ces Impôts cesscroient absoif lument, si l'on n'a voit pas la précaution d'en prévenir la fin, comme
La même année, le Prince avait blâmé un Député qui avait critiqué ses propositions. Les Trois Etats se souvinrent d un vieil usage touchant l'inviolabilité personnelle de leurs membres. Le 28 mars , ils statuèrent qu aucun député ne pourrait être arrêté, même pour dettes, depuis le commencement jusqu à la fin de la journée i.
Dans l'intérêt du commerce et de l'agriculture, ils avaient décrété la création de nouvelles voies de communication, de même que l'élargissement et l'amélioration des anciennes ^.
En 1720, ils commencèrent la chaussée pavée de Liège à Saintron, qui activa les rapports avec le Brabant et la Flandre. Ils assurèrent les rela-
^ il se fait ordinairement , en les prorogeant , ou en en passant de ^ nouveaux avant leur cessation.... ^
' Le recès des États fut publié par ce mandement :
^ Joseph Clément, par la grâce de Dieu, etc.
^ A tous ceux qui ces présentes verront , salut.
^ Les Trois États de ce Païs ayants , par leur Recès du 28 mars ^ dernier, déclaré, que les Personnes convoquées à la Journée d*Etat ^ ne peuvent être arrêtées pour dettes civiles , ny en chemin faisant as pour se rendre à la Journée, ny tandis que la Journée est assemblée, gi ny en chemin faisant pour le retour ; et nous ayants , par leur dit ^ Recès, supplié d'agréer et confirmer leur déclaration là-dessus : ^ Nous, y condescendant favorablement, déclarons de l'agréer, approusî ver et confirmer. Ordonnant à tous et un chacun de s*y conformer. sf Donné à Liège le 3 avril 1719. — Rosen, V*. if [Dans le Recueil des Édits du Pays de Liège, t. II, p. 101.]
' Presque partout, il n'y avait que des sentiers tortueux et scabreux. Le charrois était sans grande importance; et en hiver, il était interrompu par les pluies ou les neiges. Tout se transportait, on peut le dire, à dos de cheval dans le Plat Pays. C'était le bon temps des Crahlis,
53(3 CHAPITKE XXX
tions avec la Hollande et TAUemagne, en construisant, en 1735, la chaussée de Liège à Hasselt par Tongres, et, en 1764, celle de Liège à Verriers. Afin de pourvoir à l'entretien de ces routes, ils établirent sur leur parcours des barrières y où les cavaliers et les charretiers eurent à payer une légère redevance. La Meuse, entretenue avec soin, redevint un puissant moyen de transports sur la France et sur les Provinces- Unies 1.
Vers 1750, les guerres prirent fin dans TOccident. On respira, et Ion put songer au lendemain. Des commerçants , de Liège et de Verviers entre autres, employèrent leurs efiforts à s ouvrir des débouchés. Ils réussirent. Il y eut alors, grâce
' Comme au moyen-uge , la HoUaude était le principal marché des Liégeois. Elle offrait à leurs produits des débouchés certains.
^ Assurément, le commerce avec les Provinces- Unies aide beaucoup :fi à faire subsister la Ville de Liège. «? (1740) — ^ On a commencé :f Tan 1740 à travailler par ordre des Etats de Liège, à une nouvelle ^ chaussée depuis Liège à Tongres, et de là à Hasselt, avec dessein ^ de la conduire par la Campine Ligeoise jusqu^à Boisleduc, afin de :f favoriser le commerce du Pays de Liège avec la Hollande, sans être s: obligé de traverser le Brabant. a [Histoire générale des Pays-Bas ^ édit. de 1743, t. m, p. 295.]
Ces Chaussées étaient admirables, au dire de tous les voyageurs. On ne trouvait point de meilleures routes dans les pays voisins. :f C est en allant à Saintron , que j'ai vu comment TÉtat de Liège entre - ^ tient les grands chemins. De distance en distance est une Barrière ; ^ à chaque Barrière est une maison qui appartient à TEtat, et où réside fi un receveur.... Je ne connais point d'État où les Chaussées soient fi mieux entretenues que dans le Pays de Liège. Tous les six ans, on fi affeime de nouveau chaque Barrière , et le plus offrant est préféré. fi L entretien du pavé est remis à celui qui demande le moins.... p I Lettres d'un Vof/ar/cur; 1786; 1. 11. p. 4.]
à leurs heureuses tentatives, commo uno renaissance dans le Pays i.
A Liège et dans la Banlieue, on se mit à élever des usines, des forges, des fonderies, des fenderies. On plaça dans les plus importantes houillères des machines à feu. Les manufactures d'armes, de clous, de quihcailleries , do draps ot de serges, les tanneries, les chapelleries, les savonneries , les papeteries , travaillèrent pour lexportation.
De 1760 à 1780, une certaine aisance commença à se faire sentir 2.
* On vit même la Bonne Ville de Visé chercher à se repeupler , h revivre , en invitant des artisans étrangers à venir s'y établir. Voici son appel , publié dans la Gazette de Liège de 1770 :
^ Le Magistrat de la Ville de Visé,connoissant combien la situation ^ dudit lieu est propre et favorable pour toutes Fabriques; connoisa sant, d'ailleurs, qu'elles sont Tâme et le soutien des endroits où elles ^ se trouvent : donne avis au Public que tous Fabriquants en drap ou ^ étoffé , et autres , qui voudront s'y établir , seront exempts de tous ^ impôts; de plus, seront avantagés d'un terrein convenable pour ^ bâtir, et, entretemps, logés aux fraix de la Ville pendant deux ans, if avec toute aide et assistance possible de la part dudit Magistrat... ^
Le Magistrat échoua dans ses efforts. Visé continua k vivoter silencieusement, comme la plupart des autres Bonnes Villes, dépeuplées et sans industrie, pauvres victimes de l'intolérance politique et religieuse.
* ^ .... Les fers du Pays sont seuls un objet de deux millions cinq ^ cens mille livres tournois par chaque année ; et les fers étrangers ^ qu*on y travaille en batteries, canons, fusils, pistolets, doux, etc., ^ en font un autre de plus de dix-huit millions de livres tournois.... ^f [Deschamps, Essai sur le Paîs de Liège; Londres, 1772; p. 4.]
On écrivait encore en 1772 : ^ Tout Liège n'est qu'un atelier , où ^ presque tout le Peuple est occupé d'ouvrages en fer et en acier. ^ Dans les derniers siècles , lorsque les guerriers combattaient sous ^ une armure complète, Jes Liégeois fournissaient TEurope d'une
Les nouveautés de tout genre étaient les bienvenues.
Ainsi il en fut de remploi des diligences sur les chaussées pavées, pour le transport des voyageurs et de leurs effets. On vit de ces voitures à six places partir régulièrement de Liège pour l'Allemagne trois fois la semaine; pour Bruxelles, tous les jours en été, et tous les deux jours en hiver; pour la Hollande , deux fois par semaine. A cause de la rapidité du service, on ne mettait, pour aller à Paris, que cinq jours en été, et six en hiver. Le prix du voyage était de septante-cinq florins, y compris la nourriture, ou soixantequatre florins sans la nourriture i.
is partie de ces armures : celles que damasquinaient les ciseleurs gf Italiens, étaient tirées brutes de Liège... tf [Grosley, Voyage m Hollande , p. 79. ]
:fi .... Le commerce est très étendu : il consiste principalement en ^ armes, doux, batteries de fer, houilles, houblons, marbre, chaux, if souffre, alun, bierre, etc. , qui sont des productions du Pays. On y ^ fait aussi un grand commerce de marchandises étrangères. ^ [Feller , Dictionnaire géographique; Liège, 1778; 1. 1, p. 517.]
' On trouve sur tout cela des renseignements dans les Almanachs du temps.
En 1785 : ^ Le jeudi de chaque semaine il part de Liage pour Paru if un Carrosse bien suspendu; il fait la route en cinq jours. Le if samedi il part un Goche, qui fait la route en neuf jours; il charge if les marchandises à raison de quatre livres du cent pesant pour g! Mezieres , avec exemption de toute commission et de tous droits de ^ transit; et de Mezieres à Paris , on charge à raison de cinq livres gt du cent. ^
En 1786 : j? Les mercredi et samedi , à 5 heures du matin , il part if de Liège pour Paris une Diligence, bien suspendue, qui fait la ^ route en cinq jours. La Diligence du samedi part à 5 heures du ^ soir depuis le 1 avril jusqu'au 30 septembre.... Chaque personne
Les Postes Impériales furent améliorées. Elles arrivèrent à Liège tous les jours , et en partirent aussi tous les jours, pour TAllemagne, les Pays- Bas et la France. L'arrivée et le départ n'avaient lieu que deux fois par semaine pour Tltalie, l'Espagne, le Portugal, les Provinces-Unies, l'Angleterre et le Nord de l'Europe. En hiver, la poste pour Theux, Spa et Verviers, partait de Liège ou y arrivait trois fois par semaine.
Ces progrès n'étonnaient guère.
Capitale du Pays, Liège en était aussi la première Ville pour son importance manufacturière , commerciale et scientifique. Quoiqu'elle ne comptât que quatre-vingt mille habitants, elle avait une activité de vie et de mouvement qui frappait les étrangers ^. Elle avait une Comédie, qui fut agrandie en 1767, vu l'affluence des ecclésiastiques et des laïcs. Elle avait une Bibliothèque publique, où les érudits, les lettrés et les artistes
^ paye, par place, à raison de 13 boub de Liège, ou 16 sons de France, ^ par lieue, ss
^ Le Bureau est chez M. Maus , en Souverain -Pont , au coin de la If petite Rue des Clercs , d'où la Diligence part et où elle arrive.... j*
* Les ressources statistiques de ce temps sont si imparfaites, qu'il est difficile de dire , d'une manière un peu certaine , le chiffre de la population de Liège; mais, assurément, on ne peut l'élever au-dessus de 80,000.
Les contemporains ont des chiffres inacceptables. Voici ceux de deux voyageurs. En 1769 : «« On y compte cent mille habitans. is [Coyer, Voyage de Hollande, t. Il, p. 296.] En 1772 : ^ Une épidémie, ^ que Ton eut appelée pe^^fe dans des siècles moins honnêtes, a, depuis if le mois de janvier, emporté douze mille âmes sur les deux cent mille fi que renferme Liège. ^ [Grosley. Voyage de Hollande y p. 77.]
pouvaient consulter les meilleurs et les plus récents ouvrages ^. En 1774, ses principales rues virent disparaître les rares lanternes où brûlait, pendant les soirs d'hiver, une maigre chandelle; elles furent éclairées par cinq cent trente-quatre réverbères à Thuile à deux moches 2. Tout cela, il est vrai, ne lui enlevait pas son aspect ancien et souffreteux. Elle n'avait en édifices publics, que le sombre Palais et le vulgaire Hôtel de Ville. Ses rivages, le long de la Meuse, étaient encombrés ou inaccessibles. Ses rues étaient étroites, sinueuses, mal pavées, et sillonnées dans toute leur longueur par une rigole où coulait une eau sale 3. Ses maisons, vieilles et
' La Bibliothèque publique était ouverte les mardi , jeudi et samedi. — Ce qui indique qu'elle rendait des services, c'est que, en trente-six ans, on publia cinq éditions du Catalogue. Le premier était intitulé : Catalogué Lihrorum Bibliothecae Civitatis Leodiensis ; Liège , 1731 , in-8«.
* Ija Cité n'avait eu des lanternes qu'en )710; elles avaient été remplacées , en 1774 , par des réverbères. — On trouve l'emplacement des 534 réverbères dans le manuscrit 956 de notre Bibliothèque publique.
Ce n'était pas une petite innovation que celle des réverbères , et même des lanternes, à cette époque. Nombre de grandes Villes, bien orthodoxes , repoussaient bravement un si dangereux progrès. On écrivait en 1789 : s? Un étranger ne peut comprendre, que dans une Ville If comme Cologne il n'y ait ni lanternes ni réverbères. Aussi , il n y ss nulle sûreté des rues pendant la nuit. Les vols et les guet-apens y îf sont assez frequens. «? [Robineau , Voyage sur le Rhin, t. II , p. 81. ]
' If Les rues de Liège sont, en général, étroites, mal pavées, et mal ^ éclairées par des lampes placées de chaque côté, qui ne rendent î? qu'une lumière fort terne. ^ [Deschamps, Essai sur le Pais de Liège, 1772; p. 56.]
Le pavage des rues était à la charge d'une antique commission
pauvres pour la plupart, avaient leurs fenêtres du rez de chaussée défendues par de fortes treilles de fer. A rentrée de la nuit , après la sonnerie de la Copareille de S*-Lambert, ses portes se refermaient pour se rouvrir le matin.
Cette Noble Cité, si débonnairement décrépite et modeste, était merveilleuse au point de vue religieux. Elle renfermait une immense cathédrale, sept vastes églises collégiales, trente-deux églises paroissiales, six opulentes abbayes et quarante-trois riches couvents, où fainéantaient environ huit mille personnes des deux sexes. Dans les rues, les chanoines pansards et les moines rubiconds foisonnaient i. Les mendiants valides
dite la Cour de la Fermeté, qui avait été réorganisée en 1287. Le Magistrat faisait tout ce qu'il pouvait pour entretenir au mieux
la propreté des rues et des places. Dans la Balance , ou budget ,
imprimée en 1756 , TÂrticle 6 est ainsi composé : if Nettoiement de la Ville, A l'Entrepreneur , pour un an, inclu le
fi premier octobre 1755 5950 FI.
gt Au même , pour charrois des neiges 850
^ Par grâce , et un cheval perdu 220
sf A l'Entrepreneur du Faubourg de S*«- Marguerite ,
^ pour charrois des neiges 200
fi Nettoyement, par entreprises et états, des Rivages,
fi Ruelles et Places diverses 999.17.1
Total. . . 8219.17.1
* Selon des voyageurs, Liège, au point de vue moral, laissait grandement à désirer, fi Je suis étonné et scandalisé de voir régner fi la débauche dans une Ville comme Liège , que gouverne et où réside fi un Evêque. Chaque prêtre a sa maîtresse, qu'il affiche ; et j'ai trouvé fi le principal magasin de librairie rempli de romans licentieux et de fi contes grivois, fi ( 1783) — C'était un affreux libertinage. Dans les dix premiers mois de l'année 1772, il y eut au-delà de soixante
ou non, jeunes et vieux, protégés par l'autorité ecclésiastique, pullulaient à tous les carrefours, à toutes les avenues des églises , du matin au soir K Le gros du Peuple Liégeois , bien que façonné de longue date par un Gouvernement oppressif et un Clergé fanatique, valait mieux quon n'aurait pu le croire. Malgré ses pratiques dévotieuses, il n'était pas crédule. Il ne tenait point les inventions pour œuvres de diablerie. Il avait le goût des sciences et des livres 2,
cinq enfants trouvés. [Dans Demeunicr, Econofnie politique; Paris et Liège, 1786; t. II, p. 283, etc.]
' Sur tout cela , il y a des renseignements dans Campe , BetsébeS' chreihungen im heumonat 1788 , t. VIII, p. 84; dans Este, A Journey through Germany in the year 179S , p. 125, etc., etc.
La population était, en effet, sans relâche, dépouillée, appauvrie par son innombrable Clergé séculier et régulier. — Comme au temps de la Réforme y chaque Couvent était soutenu par ses mendiants , à qui il distribuait tous les jours une écuelléc de soupe ou un pot de bierre. La hriherie était si nécessaire à ce triste régime , qu un Prince , Louis de Berghes, avait légué en 1743 plus de deux millions de florins aux paroisses de la Cité, avec la condition que les intérêts en seraient distribués, par les curés, à ses chers frères les Pauvres de la Cité de lAège.
Grétry écrivait en 1796 ces tristes lignes : ^ Je me rappelle les il préjugés qui régnoient à Liège dans le temps de ma jeunesse. gg Les Prêtres, les Moines étoient des idoles, qu'on révéroit par ^ respect pour la religion. On entendoit partout le Moine prêchant . ^ au Peuple misérable, la patience et la résignation; et , dans son avigt lissement, ce pauvre Peuple, dont je faisois partie, ne dédaignoit if pas de se nourrir du superflu des riches Monastères qui Tentouroient ^ de toutes parts.... J'étois abruti sous les préjugés de Tignorance. * [Delà VérUé, 1. 1, p. XXXVL]
* Sans doute , il y a quantité de faits qui attestent que Ton était énormément superstitieux ; mais dans quelle contrée ne rétait*on pas alors, et plus qu'à Liège?
Nombre d'antiques croyances subsistaient encore, vers 1830. dans
En somme, Topinion générale marchait. On accueillait avec zèle les innovations morales et philosophiques ^
Le Clergé s'était alarmé de cette sorte de réveil. Les Prêtres , les Moines et les Jésuites avaient uni leurs efforts pour maintenir les populations dans rignorance, dans la superstition.
Ce fut en vain.
La chaire et le confessionnal ne purent rien contre les lumières du siècle : ces lumières pénétraient de toutes parts dans le Pays 2.
maintes Gommanea que baignent la Vesdre, TOurte, rAmblève. Voir là-deasus un courageux livre que publia Rouveroy : Le Petit Bossu, ou les Voyages de mon Oncle; ouvrage dirigé contre Us croyances superstitieuses f les pr^ugés et les erreurs populaires; Liège, 1830, in- 18 de 270 pages. Il a pour épigraphe : La crédulité des s<4s est le patrimoine des fripons. — Rouveroy était né à Liège en 1771.
* Cela apparaît clairement dans le livre d*un Verviétois , le médecin Qodartt intitulé :Xa Physique de VAme humaine; Liège, Desoer, 1755 , in-8« de 372 pages.
Dans ce livre, Grodart laisse de côté tout le fatras théologique, et adopte la doctrine de la métempsycose. Voici un passage de sa conclusion :
^ .... On peut donc considérer THomme mourant comme un insecte ^ qui se mue , et dont la transformation est aidée par la lumière céleste ^ et par le feu dévorant Nous sommes chenilles dans cette vie , nous ^ serons papUhns dans Tautrel La résurrection développera des if germes renfermés dans chaque organe , d'où résultera une modifi- ^ cation accompagnée de nouveaux rapports, et ces deux transforma- ^ tions reunies donneront des phénomènes nouveaux. La feuille qui , ^ auparavant, faisoit seule impression sur les sens, cessera d'y agir; !f le parfum de la fleur et son éclat paroîtront sur la scène.... La mort * est dono la mue de VHomme».,. ^
Idée bien téméraire , en 1755 , sous le bigot et formaliste Théodore de Bavière.
* Cela frappait les gens clairvoyants, s? Les Prêtres regrettent
Une chose favorisa le vif désir de savoir ot dapprendre.
Vers 1740, les établissements typographiques de Liège s'étaient mis à éditer des livres en langue Française, Sous les rubriques de Berlin, de Francfort, de Genève, d'Amsterdam et de Londres, ils imprimaient ou réimprimaient librement toute espèce d'écrits, soit d'érudition, soit do littérature, soit de philosophie i.
tf Tempire qu'ils avoient usurpé sur les esprits à la faveur de Tigno- ^ rance.... La lumière, qui pénètre de toutes parts, a forcé dans ^ Liège les obstacles que la superstition lui opposoit, et la barrière ^ qu'ils ont prétendu mettre aux sciences a été brisée. La jeunesse if lit aujourd'hui , et annonce à la postérité une race d'Hommes qui ^ contribueront à augmenter ( si l'on peut se servir de ce terme) la If masse de lumière dont l'Europe est éclairée. ^ [Journal encyclopédique ; 1759, 1«' octobre, p. 15; 15 novembre, p. 148, etc.]
En lisant les ouvrages du temps, on est stupéfié de voir avec quelle hauteur les Prêtres se moquent de la raison laïque.
' On aura une idée de ce qu'était alors le commerce de librairie f quand on saura qu'il mettait en mouvement plusieurs millions de florins; qu'une seule maison avait une imprimerie montée de quinie presses , etc. — La librairie Liégeoise s'était élevée à un haut degré de prospérité , lorsque la liberté de la presse avait été entravée en Hollande vers 1760. ^ A Liège , où la liberté de la presse n'est pas ^ gênée, les Imprimeries ont, depuis peu d'années, emporté une ^ grande partie des fonds de la librairie Françoise de la Hollande.... ^ Autrefois, les libraires HoUandois faisoient un commerce actif avec «s: les étrangers; aujourd'hui, ils n'en font quun passif. Autrefois, ^ les étrangers débitoient des éditions de Hollande; aujourd'hui, les ^ impressions de liiege inondent la Hollande. Qu'on défende aujonrif d'hui l'impression d'un livre en Hollande, demain on en vend une de if Liège.... a [La Richesse de la Hoilande, édit. de 1778; t. II, p. 410.]
Un voyageur écrivait en juin 1779 : ^ Liège est bien peuplé et ires ^ commerçant.... Les Imprimeries y ont un grand succès par la ^ liberté dont y jouit la presse. Toutes sortes de livres se vendent ^ publiquement tant à Liège qu'à Spa.... Les Imprimeries de Liège
Des ouvrages périodiques furent même publiés. En 1756, on créa le Journal encyclopédique, recueil bis-mensuel d'articles de critique et de littérature ^ Il était rédigé par des gens d esprit, travaillant sous rinspiration de Voltaire, de d'Alembert, de Diderot. En décembre 1759, les clameurs de la cabale cagote firent expulser les estimables fondateurs du Journal encyclopédique 2. En 1772, des Liégeois remplacèrent cette utile publication par \ Esprit des Journaux y recueil mensuel moins militant, quoique plein de renseignements curieux sur les lettres et les sciences ^.
fi et de Maastricht font un grand tort à celles de Hollande , parce que fi dans ces deux Villes la liberté de la presse étant égale , et le prix de fi la main d^œuvre plus bas qu'en Hollande, les libraires peuvent donner fi toutes sortes de livres à meilleur marché.... fi [Pilati, Lettres sur la Hollande, édit de 1788; t. U, p. 301.]
' Voici le titre de cette intéressante publication : Journal encydo' pédique, par une Société de Gens de Lettres, dédié à Son Altesse Sérénissime et Eminentissime Jean Théodore, Duc de Bavière, Cardinal, Evêque et Prince de Liège; in-12o. La première livraison parut le premier janvier 1756. Il en paraissait une tous les quinze jours, de 168 pages.
' L^animosité du Clergé contre le Journal encyclopédique fut extrême. Cette grossière intolérance n'arrêta pas le progrès des idées. C'est ce que constate la rédaction du Journal en faisant ses adieux, fi Si la fi persécution que nous avons essuyée dans la Ville de Liège ne doit fi pas nous faire regretter ce séjour, au moins sommes-nous flattés d y fi avoir jette dans les esprits les germes des Sciences. Nous espérons fi qu'ils ne tarderont pas à s'y développer, et que Liège sortira, enfin, fi de l'ignorance où Ta tenue ti*op longtems la superstition, ce fléau des fi Sciences. Cette vue nous console par avance des maux que nos fi ennemis ont voulu nous faire souffrir.... fi [Journal encyclopédique; l^^ octobre 1759, p. 18.]
^ D'autres ouvrages périodiques sei*virent aussi très utilement à
En 1773, les Jémites furent chassés du Pays. Leurs biens furent confisqués et appliqués à la fondation d'Écoles gratuites pour les enfants pauvres ^.
Toutes les pensées s ingéniaient à réaliser des améliorations morales ou artistiques dans Tintérêt commun 2.
L'une des questions dont on se préoccupa le plus vivement, ce fut loxtirpation do la menaicité. Elle fut débattue dans maints écrits remarquables par Toriginalité des vues 3. il n y avait
vulgariser les connaissances nouvelles. La Gazette de Liège, qui ne relevait que des faits officiels et politiques, eut aussi son influence bienfaisante.
* Deux ans après que Ton eut expulsé les Jésuites, en 1775, une Loge de FrancS'Maçons , qui s'intitula La Parfaite Intelligence, s'établit à Liège, sous les auspices du Prince YTelbruck lui-même. Quelques mois plus tard, et successivement, le Gouvernement osa fonder une Académie de peinture , sculpture et gravureiUne École graiuite de Dessin powt les arts mécaniques, une Ecole grattUte de Vart de V Accoucheur, etc.
' Quoique vivant bien loin, à Paris, Grétry s'intéressait aux progrès industriels et économiques dont on se préoccupait à Liège. 11 écrit dans ses Mémoires sur la Musique : a .... Que les Etats de Li^e if aient la force d'être unis , non pas lorsqu'il est question de leurs sf droits honorifiques ou lucratifs , mais seulement lorsqu'il s'agît de p bien public ; qu'ils sachent, d'une voix unanime , protéger le coingf meroe, recompenser publiquement le Citoyen homme de génie oa ^ industrieux; qu'ils sachent établir des manufactures, soit pourU p tannerie, soit pour le fer, soit pour l'exploitation du charbon de ^ terre : et il ne faudra pas cinquante ans pour voir disparoître les if masures et les haillons des habitans d'Outremeuse. ^
' De tous ces mémoires , le meilleur est celui qui a pour titre : Essai sur le Projet de Vétahlissemeni d^un Hôpital général dans la VUle de Lii'ge , sur celui d^extirper la Mendicité ^ de la prévenir, et d^oçcu^
qu'une conclusion. On conseillait à la Cité, aux Bonnes Villes et aux Communautés, d'employer leurs mendiants valides à différents genres d'industrie. Quant à leurs mendiants âgés ou infirmes, on aurait eu à les héberger et à les nourrir dans des hospices. Les y coUoquer contre leur gré, on ne le voulait pas; car, quoique pauvres,
tUilement les Citoyens; 1773, iu-4<) de 36 pages. 11 y eut un Supplément de 22 pages.
Uauteur, dont on ignore le nom, pense que rindigence a pour cause rignorance et la mauvaise direction des volontés; éclairés par des préceptes et par des exemples, les hrïbeux exerceraient un métier, et feraient effort pour améliorer eux-mêmes leur condition; il est difficile de réaliser une égalité matérielle quelque peu désirable; toutefois, il est urgent de supprimer des monastères, pour faire rentrer leurs biens dans la circulation , pour employer leurs revenus à des choses utiles.
Cette dernière idée est longuement développée. L'auteur Taborde comme par hasard, à propos de la sécularisation de T Abbaye de S^-Jacques. B dit cela en termes très doux :
^ Comme on ne sauroit se dissimuler que nous n'ayons trop de if Fondations, relativement à l'étendue de notre Etat, on doit convenir ^ qu'on ne sauroit mieux faire que de ramener au premier principe de ^ leurs institutions , les revenus de celles qui sont les moins utiles à la ^ Société et à la Religion.
^ L'Abbé et les Moines du Monastère de S^- Jacques ont désiré d'être ^ sécularisés, et de former un Chapitre de Chanoines, sur le pied des 1» autres Collégiales du Pays....
^ Cette sécularisation ne sera-t-elle pas préjudiciable au bien public, ^ sans aucun avantage apparent pour la Religion?.... Le nombre des ^ Ecclésiastiques attachés à la majesté du culte est suffisant
^ Mais en examinant la chose sous d'autres vues, on verra qvHon ^ pourroit retirer des avantages infinis de V extinction de ces Moines, ^ si on les pensionnoit , et qu'on employât leurs revenus à augmenter ^ les fondations de nos Hôpitaux.... ^
Ces conseils se retrouvent dans Les Expressions Patriotiqtœs , ou Entretiens d^un Gentilhomme Saxon et d^un Notable Liégeois sur ràbolition de la Mendicité et rétablissement d*un Hôpital-général; Liège, 1773, p. 60, etc.
leurs pei*8onnes et leurs domiciles étaient inviolables. Pauvre Homme en sa Maison Roi est ^.
Cette triste situation de la classe inférieure, était le résultat de Taccumulation des biens et des richesses dans les mains du Clergé séculier et régulier. Les artisans lionnôtes, ceux-là qui ne mendiaient point, avaient une existence dure. Cependant, Targent commençait à être moins rare dans les maisons. Mais les vivres étaient cher. En novembre 1784, le boeuf se vendait de 6 à 7 patàrs la livre; le mouton, de 5 à 6; le veau, de 8 à 9. Le quarteron d œufs coûtait entre 12 et 15 patàrs. La grosse livre de beurre de Hervé était à 13 patàrs, et celle de Hasselt et de Saintron , à 1 1 patàrs et 2 aidans. Le prix du paiu blanc de quatre livres était fixé à 7 patàrs et 3 aidans; le moitillon, à 5 patàrs et 3 aidans; et le bis ou noir, à 3 patàrs et 2 aidans -.
* ^ Quoi, reiifermera-t-ou le vieillard, et, à côté de lui, le foible ^ enfant, uniquement parce que Tun et l'autre manquent de force pour ^ travailler? Separera-t-on la femme, le mari, les enfans, parce :f qu'une pauvreté involontaire les aura forcés pour le moment de st mendier un besoin indispensable? Imaginera- 1- on de semblables ^ moyens dans un Etat où tout concourt à assurer la liberté du ^ Citoyen , et où le premier , le plus ancien de ses Privilèges annonce ^ que Le Pauvre est Roi dans sa Maison , hors de laquelle le criminel fi même ne peut être tiré sans formalité? Sera-ce dans ce Pays, quon :f n en observera aucune pour y saisir le malheureux, Tindigent? Y if érigera-t-on en loi la plus grande des injustices, celle de priver le st Citoyen pauvre de l'exercice de tous ses droits naturels?.... ^ f Essai sur le Projet de r Etablissement d'un Hôpital général dans h Ville de Liège, p. 4.]
* Entre autres renseignements utiles?, on trouve le prix des deurées
Entre les légumes , le meilleur et le plus profitable, malgré le dire de bien des gens, c'était la pofnme de terre; aussi, commençait-on à s en nourrir de jour en jour avec plus de confiance. L'usage du café, du chocolat et du thé se vulgarisait également i.
En 1771, quelques amis des lettres et de renseignement laïc, eurent le dessein de fonder à Liège une Académie savante 2. A Taide de sousdans la Feuille du jour, journal quotidien, du format iu-8®, dont le premier numéro parut le 1**' novembre 1784.
^ On cultivait déjà la pomme de ferre dans les environs de Liège dès 1716. C'était un aliment vulgaire en 1765. Les Ardennes en produisaient de diverses sortes en 1780. [Desaga, Bourgmestre d'Olne , L^Afi d'améliorer la culture de la Pomme de Terre par le semis, et d'en doubler au moins le produit; Liège, 1785; p. 8.] — hdk patate ou camote avait été apportée du Pérou eu Hollande en 1586. [Paquot, Mémoires pour servir à VRistoire littéraire des Fays-Bas et de la Principauté de Liège, t. XVD, p. 427.] Elle se répandit de là dans notre Pays, où son nom, cronpîr^ qui nest autre chose tine grondpeer (poii'e de terre), atteste son origine Hollandaise. [Cambresier, Dictionnaire Walon-FranroiSy p. 34, etc.]
' En 1770, ou demandait vivement, dans l'intérêt des manufactures qui nourrissaient le Pays, une institution propre à en suivre et à en exciter le développement. ^ C*est le plus sûr et peut être le seul ^ moyen que le Pays puisse employer pour augmenter sa gloire , son sf crédit, ses richesses. Par sa situation unique, et par le travail iff assidu de ses Habitans , il peut établir un commerce immense avec ^ les Nations les plus puissantes de TEurope. Eu se livrant aux Arts if utiles ; son industrie attirera chez lui l'aiHuence et les richesses des ^ étrangers; toutes les branches de sou commerce, précaire jusqu'à ce ^ jour, se ressentiront bientôt d'une si heureuse révolution, et les Arts ::; mécaniques seront pour elle des canaux précieux qui répandront , ^ dans les différentes parties de TEtat , la vie et Taboudance.... Mais ^ ces Arts, utiles en eux-mêmes, ont cependant besoin d'encouragé - ^ ment : et de qui peut-on et doit-on lespérer, sinon de ces Citoyens ^ généreux qui n'attendent et ne cherchent que des occasions favorables IL 35
criptions particulières, une Société libre fut créée, avec le concours prévoyant des Etats. Elle eut pour but d'encourager le Public à se livrer aux sciences et aux arts i.
Cette Société était à Tinstar des Clubs Anglais. Elle eut bientôt des tendances très progressives. Tous ceux que l'instruction n'effrayait pas, s'y firent agréger. La foule se pressait aux réunions
:f pour faire éclater leur zèle patriotique?.... ^ [Projet d^ une AsëO' dation de Citoyens; Liège , 1771 ; p. 5 et 13. ]
* La Société d'Émulation eut, tout d'abord, la pensée d'être une Société Littéraire. Ambition bien louable.
On écrivait en 1759 : ^ Quoique plusieurs de nos Concitoyens col* ^ tivent les BeUes-Lettres avec succès, il faut pourtant avouer qu'elles ^ sont encore , pour ainsi dire, à naître pour la Nation. Nous avons 0 donné à FËurope de grands Artistes, nous avons de grands Joris- ^ consultes, et nous sommes encore presque barbares dans nos écrits. ^ Cependant le même fonds de génie qui produit les uns, devroit pro* ^ duire les autres. C^est au goût pour les Belles-Lettres, qui devient ^ de jour en jour plus vif parmi nous, et qui promené nos regarde sur ^ les diverses parties de la Littérature, qu'est réservée la gloire de ^ faire une conquête sur ce reste de barbarie. ^ [JourncU enqfdcpé' dique, 16 novembre 1759, p. 148.]
La littérature nationale était, en effet, loin d'être brillante, nul ne se livrant aux travaux d'érudition.
La Société d'Émulation , pleine de zèle , débuta bravement par mettre au concours cette question : Pourquoi le Pays de Liège, qui a produit un si grand nombre de Savans et d'Artistes célèbres en tous genres , n^a-tnl vu naître que rarement dans son sein des Hommes également distingués dans la Littérature Françoise ? Et quel sermt le moyen d'exciter et de perfectionner le goût dans une Langue qui doit être celle du Pays?
Ce concours amena plusieurs réponses. Nulle n'indiquait la vraie cause de l'insignifiance de la littérature nationale; à savoir, que Finstruction était trop superficielle.
Cette même cause explique pourquoi la Société d'Émulation ne pat se constituer en Société savante. Elle resta un Clttb.
du soir, où la politique, les sciences, les religions, étaient le texte des conversations. Pour déjouer les menées des dévots, le Prince, Charles de Weh hruck, fut élu Président. Il assista, le mercredi 2 juin 1779, à la première séance publique de la Société transformée. Ce fut une bonne action officielle. La nouvelle Société libre d'Emulation pour V encouragement des Lettres, des Sciences et des Arts y quoique protégée, ne faillit point à son utile mission.
Ces excitations littéraires, scientifiques et politiques refaisaient peu à peu les mœurs.
Une sorte de renouvellement social s'accomplissait.
Le Pays. — Les Jeux de Spa. — Privilèges ejccltutifs du Prince. — Ils sont annulés par les Vingt-Deux. — Irrésolution des Trois £tat£. — Violences du Prince; il dénonce la sentence des Vingt-Deux à la Chambre Impériale de Wetzlar.
Maximilien de Bavière avait violé toutes les lois publiques.
Ses successeurs Tavaient imité. Ils avaient, tour à tour, enfreint les vieilles Paix, même la Paix de Fexhe ^
' L'ordre public était fondé sur la Paix de Fexhe.
On écrivait en 1786 : sf C^est, chez nous, une première vérité que la gi Paix de Fexhe, en fixant le pouvoir de nos Kvêques-Princes, a assuré s? à la Nation ses Franchises, ses Anciens Usages, et le plus beau, le if plus noble des Privilèges d'un Peuple Libre, celui d'être gouverné st par ses Loix ; car elle décrète que la Puissance législative a toujourh a appartenu et appartient au Sens du Pays, Cette Paix , loi fonda- ^ mentale de TËtat, est la base sacrée de la Liberté nationale. ^ [ Colbih , lîéfutation , p. 5. ]
;? Le Lecteur doit savoir que la Paix de Fexhe a été Jurée par if l'Evêque-Prince moderne à sa réception; que tous les Chanoines du sr Chapitre Cathédral Vont jurée; les Ëchevins de Liège la jwrtni ^ lorsqu'ils sont re^'us Ëchevins ; les Juges qui composent le Tribunal fi des Vingt-Deux , qui chaque année se renouvellent, Za Jtiren^, etc. f II faut aussi savoir qu'aucune Paix, aucune Loi, jusqu^à ce jour, ne fi donnent à l'Evêque aucun autre pouvoir que celui qui lui est attribué
A partir de 1780, grâce aux idées nouvelles, de tels manquements au droit étaient peu à redouter. Le Gouvernement n'était plus assez fort pour se permettre un acte arbitraire. On en était au point, où le moindre abus d'autorité eût produit la catastrophe i.
Telle n'était pas la pensée de Constantin de Hoensbroech, Prince bigot, passionné, affolé de son importance subite 2.
De là, son audace à propos des Jeux de Spa.
Les Eaux minérales de Spa, au XVIII^ siècle, avaient une célébrité sans pareille.
Les plus grands personnages de l'Europe, attirés par le charme des sites, par la salubrité du
j? à la Paix de Fexhe. s? fDonceel, lîeeherches aur la Confftituiion du Pays de Liège, p. 119.]
* Ce qui s'est passé dans notre Pays à la fin du XVIIP siècle , n'est pas une contrefaçon de la révolution qui se faisait en France.
Le mouvement Liégeois a son originalité. C*est une revendication politique semblable aux revendications politiques des siècles passés. On veut obliger le Prince de respecter des lois positives, connues, qu'il viole insolemment.
Ceci est à remarquer. Comme toujours , notre révolution se fait sans excès, sans cruautés; comme toujours, la restauration du bon Prince est insensée, avec accompagnement d'emprisonnements, de bannissements, de confîscatioiis des biens, de pendaisons, de décapitations et autres forfaits.
* A force d'intrigues , le Comte Constantin de Hoensbroech d'Oost avilit réussi à succéder, le 23 août 1784, au Comte Charles de Welbruck . prélat assez instruit, et le plus honnête des Princes de Liège.
Hoensbroech était ignare et borné. 11 était hostile à toute amélioration. A son avènement , un savant sollicitant la place de conservateur de la bibliothèque du Palais, il lui répondit sèchement : a Je n'ai jamais ff lu, et n'ai pas Vintefition de lire, ^
climat, par l'hospitalité, la sécurité, avaient fait de cette Ville, pendant l'Eté, leur rendez-vous de plaisir i. La plupart y vivaient sans ostentation ni morgue, et, à Tenvi, ils y dissipaient leurs richesses dans les maisons de réunions, où le jeu était effréné 2.
* a Spa , depuis longtemps célèbre par ses eaux minérales , voyoit s? accourir à leur source salutaire une foule de personnes de tous les ^ Pays. La salubrité de ses Eaux, le champêtre, le pittoresque du ^ local, les charmes de la retraite, la pureté du climat, Tair vif et ^ sain des montagnes, la fraîcheur, la variété si intéressante des ^ paysages, la liberté dont on y jouissoit, et qui par les Loix du Pays ^ devoit être plus grande, plus sûre que dans aucun autre lieu : tout if concouroit à y appeller Vaffluence des étrangers. Dès le siècle ^ dernier, des Souverains Tavoient visité; au commencement de 0 celui-ci , c'est d'abord le Czar Pierre.... ^ [Bassenge, Xettres, etc., t. I,p.29.]
* Le séjour à Spa d'étrangers riches, indépendants, aida beaucoup x\ propager dans tout le Pays la philosophie du XVIU* siècle. Le talent y marchait de pair avec la puissance. En 1781 , le 23 juillet , le littérateur Rapnal était invité à la table du Prince Henri de Prusse et de TËmpereur Joseph II.
Les bigots rendirent le séjour de Spa impossible à Raynal. Pour se venger, il leur décocha quelques unes de ses longues phrases. En voici deux : ^ Comment est-il possible qu'un S^fnode, ce tribunal 0 monstrueux, subsiste chez des Peuples tels que les Liégeois, jouis- 0 sant d'une liberté plus illimitée que celle même des Anglais, et dont 0 les Loix , les Constitutions assurent la plus grande indépendance 0 parmi tous les individus , dont les propriétés , les privilèges sont à if Fabri de toute infraction de la part du corps qui gouverne conune ^ de celui qui est gouverné ? Je ne conçois pas comment cette Souve- 0 raineté résidante dans le Peuple en entier, peut s'accorder avec 0 l'érection d'un Consistoire ombrageux, qui peut au premier soupçon a molester un Citoyen, violer les prérogatives de la liberté publique et 0 insulter les mœurs particulières, par des sentences arbitraires, 0 qu'ont presque toujours dictées l'ignorance etle fanatisme.... Dites-le if moi, Busiris en soutanes!... ^ [Lettre de M. FAbbé Raj^nal, 1781 : p. 19.]
Pour accaparer ces étrangers opulents, dos spéculateurs, en 1760, avaient édifié une splendide Redoute. En fiinançant, ils obtinrent du Prince, le 1er octobre 1762, le privilège exclusif de donner publiquement des bals, des spectacles, et surtout, des jeux de hasard i.
Les Spadois protestèrent contre Toctroi de ce monopole, si contraire à la liberté commune.
Devant ce mécontentement, le Gouvernement tergiversa. Le 18 juin 1763, il déclara qu'il était loisible à chacun d'établir des maisons de jeux et de réunions 2.
C'était l'usage 3.
En 1769, d'autres spéculateurs ouvrirent un WauX'Hall. Leurs fêtes et leurs jeux firent une préjudiciable concurrence aux fêtes et aux jeux de la Redoute.
< On trouve dans les libelles du temps les neuf Mandements, relatifs aux Jeux de Spa, qui parurent de 1762 à 1786.
^ Voici le mandement du Chapitre Cathédral, Sede vacante, par lequel il corrige les illégalités du Mandement du feu Prince :
^ Nous Doyen et Chapitre de la Très illustre Cathédrale de Liège , ^ Sede Vacante. — Vu la Requête très humble d'Alexandre Haye et
< de quelques autres Bourgeois de Spa, en interprêtant Toctroi par # nous accordé , le 10 mai dernier, pour les assemblées publiques de Bal
< et de Jeu : Déclarons de n'avoir entendu et de n^entendre âter aux ^ Partictiiiers la liberté de tenir chez eux toutes Sociétés et Assemblées ^ de Bal et de Jeu. — Donné, dans notre lieu capitulaire accoutumé, ^ le 18 juin 1763. *f
' «r n est de notoriété publique qu'avant rétablissement de la Redoute ^ et du Vaux-Hall, il se donnoit des Assemblées, des Bals et des Jeux ig de hasard à Spa par qui et chez qui le trouvoit à propos. ^ [ Donceel. Becherches sur la Constitution du Pays de Liège ^ p. ij.]
Les propriétaires des deux établissements rivaux plaidèrent, ceux-ci pour faire respecter leur précieux Privilège, ceux-là pour maintenir leur juste droit.
Le Prince, en 1774, accorda les deux parties, en les constituant en une société , qu'il privilégia de nouveau. Il stipula qu'il aurait le tiers des profits réalisés pendant chaque saison i.
En 1784, un négociant de Liège, Noël Levoz, bâtit un vaste Cluh , où il attira la foule par ses spectacles, ses bals, ses concerts, ses jeux.
L'entreprise était licite.
Levoz n eut égard ni aux menaces ni aux vexations des prétendus privilégiés 2.
* s? Voilà un moiwpole bien caractérisé , voilà vouloir faire dt h «s Police pour acquérir de Targent. ^ [Donceel, ihid., p. iij.]
Le tantième annuel du Prince était de 80 à 100,000 florins. ^ Il n*est ^ (Tuèro possible de donner au juste un calcul du gain du tripot privia légié, pendant cette saison (1786); en voici toutefois un aperçu très ::; vraisemblable. Ce gain est porté à 300,000 florins de Liège , dont il ^ en faut défalquer 30 mille pour les gages des manœuvres tripotiers , jP croupiers, etc.; le reste est divisé en plusieurs croupes, dont celle i? de TEvéque de Liège est la plus forte , montant seule à 70 mille flo- ^ rins, qu*on est obligé de paier , ou d'assurer d*avance, à son Altesse, a sans mise de fond de sa part. Il faut convenir que c'est là le plus ^ beau i-our de bâton épiscopal qu'on puisse voir. Les autres 200 mille if florins sont distribués entre les propriétaires de la Redoute et du «s VaiiX-HaU y qui ont à ferme le privilège des Jeux de hasard.... # [Courrier du Bas-Ehin; Clèves, 1786; p. 672. J
* A partir du mois d'août 1785, on publia, de part et d'autrr . nombre de pamphlets.
Les Publicistes ofiiciels ont la tâche de prouver que rien n est plus légitime, en matière de police, que le pouvoir arbitraire du Prince. Jls démontrent avec aplomb, en alléguant la Raison d*£tat, que In
Le Prince, Hoensbroech, s'employa activement en faveur de ses compères de la Redoute et du Waux-Hall. Il exigea la stricte observation du fameux Privilège. Il fit le terrible. Il envoya deux canons et des troupes à Spa, avec ordre de fermer le Club Levoz.
Le propriétaire du local interdit s'opposa à cette exécution brutale, à cette violation de domicile. Il osa mieux. Aucune Paix ne déniant aux Citoyens le droit de donner des bals et des jeux, il dénonça, comme nul, le Mandement qui avait concédé le Privilège exclusif i. Il
violence est juste, et que Topprimé a tort. C'est ainsi qu'opère notamment le Chanoine de Waseige , en son Coup^œiî sur VHistoire et la Constitution du Pays de Liège, et sfir ses démêlés en 17 86; Liège, 1786 , in-8o.
Ce fut un homme studieux et intègre, Godefroid de Bonceely lavocat de Levoz , qui eut l'honneur de diriger la résistance scientifique contre les illégalités du Prince. Comme ses amis, les avocats Lesoinne^ CoUnn, etc., il connaît imparfaitement notre Histoire : malgré sa sérieuse attention, il parle peu exactement des événements et des époques de notre passé politique. — Au surplus , il est utile de le faire remarquer, c'est toujours au nom de la Paix de Fexhe, et des autres Paix qui l'ont confirmée , qu'ils réclament les libertés et les franchises du Pays.
' tf Suffit-il donc d'introduire une loi à la pointe de l'épée, pour la # rendre juste et légitime? Force fait-il droit? Quel abyme de réflexions ^ se présente ici!... — Par sa démarche hardie, le Prince se rend cou- ^ pable à l'égard de toute la Nation , vu qu'il a juré lui-même d'observer if et faire observer de tout son pouvoir, par lui-même et par tous ses ^ officiers j les Paix générales, les Franchises et les Libertés den ^ Liégeois. ^ [Defrance , Cri général du Peuple Liégeois; 1786 ; p. 6.]
Au début de l'afiPaire , en 1785 , Levoz publia une Note qui commence ainsi : ^ Né Citoyen de Liège, jouissant des droits de la Liberté et des ^ prérogatives que cette qualité donne , j'ai cru pouvoir entreprendre
poursuivit devant les tribunaux les oflBciers qui Tavaient exécuté, et il attaqua le Chancelier qui Tavait vidimé i.
Sur sa dénonciation, le Tribunal des Vingt- Deux se saisit d une plainte défoule. Il condamna à une forte amende les officiers de Spa, comme coupables d'avoir porté atteinte au droit de propriété, et d'avoir mis à exécution un Mandement illégal (5 décembre 1786 2.)
^ ce que d'autres Citoyens avoient entrepris à la face de la Nation » et je ^ ne me suis jamais imaginé qu'on pût me lempêcher plutôt qu'à eux... ^
* Le Chancelier , aux termes des Paix des Vingt-Deux , était responsable des Mandements qu'il vidimait.
On écrivait en juillet 1786 : a On sait que sans la vidimation du ^ Chancelier j les édits du Prince n'ont pas de valeur; que c'est la ^ vidimation qui manifeste la volonté du Prince et rend , quant à la ^ forme , les édits exécutables par ses Officiers. C'est le Chancdkr ^ qui dresse ou, tout au moins , donne la forme aux édits en y apposant ^ les sceaux et sa signature.... Puisque M. le Chancelier a le pouvoir tf de rayer, biffer et refuser de signer et de sceller les édits qui luisant if présentés, quand ils sont subversifs des Paix et de la Constitution, ^ et que la Loi lui en impose la nécessité et lui en fait un devoir, ^ comment ne seroit-ce pas un crime, comment ne seroit-ce pas un sf attentat d'avoir vidimé ledit du 16 juin 1785, édit qu'il savmi tt ^ devait savoir être illégal et nul comme émané du Prince seul sans le if consentement des États , édit qu'il sa voit directement contraventoire «? à la disposition formelle et littérale de la Paix de Fexhe ? Il a donc ^ mené sciemment et doleusement , hors et contre Loi, la Nation entière. ^ et en particulier, le Suppliant.... ^ [Colbin, Réfutation, p. 9.]
^ Le Prince moderne anéantit toutes ces Loix Fondamentales ; car â? la Paix de Fexhe dit que Chacun doit être mené et traité par Loi et ^ Jugement ;et il fait tout de suite passer ses Officiers à rexécution!... ^ [Donceel, Recherches sur la Constitution du Pays de Liège, p. 68.]
• Voici cette sentence :
# Nous les Vingt-Deux du Pays de Liège et Comté de Looz. — ss Ayant examiné cette Affaire sous ses différents points : Nous avons
Cette sentence excita l'attention .
Bientôt le procès se grandit. La question se généralisa. On s'intéressa , non plus aux Jeux de Spa , mais aux libertés nationales. On se demandait si le Prince, en matière de police, pouvait publier, de sa seule autorité , des mcmdements permanents; si le consentement des États, en tel cas, ne lui était pas nécessaire ; et s'il lui appartenait de modifier, sous un prétexte quelconque, les franchises et les droits de la Bourgeoisie i.
^ trouvé que suivant les Loix Fondamentales et Constitutionnelles du sf Pays, et, notamment, suivant la Paijc de Fexhe, un chacun des ^ Surcéants de ce Pays doit être mené et traité par Loi et par Jugement ^ des Echevins ou d^ Hommes ^ et que la Loi ou les Coutumes du Pays, ^ en aucun cas , ne peuvent être changées ou modérées que par le Sens 9 du Pays : il nous a consté que llntimé avoit contrevenu à cette Paix, fi en entrant, ainsi qu'il Ta avoué aux actes, dans la maison de llmpéfi trant , à main armée , contre son gré , malgré ses défenses et réclafi mations, puisque les édits que Tlntimé réclame, pour s'être autorisé ^ à ce faire, étoient et sont, ainsi qu'il Ta avoué également, non portés fi par le Sens du Pays : Nous avons cru devoir regarder la conduite fi de llntimé comme une foule , une menée hors et contre Loi, exercée fi contre l'Impétrant, en mépris de la Paix de Fexhe, que nous sommes fi chargés de maintenir : Pour ces causes , et autres plus amplement fi détaillées et résultantes des actes , avons condamné l'Intimé comme fi par notre Sentence du cinq décembre 1786 , aux cinq heures et demie fi de raprôs-midi. #
* fi .... L'Évêque-Prince actuel viole donc ouvertement la Paix de fi Fexhe, ce contrat solennel, qu'il a juré, quand il veut s'arroger, fi exclusivement des États, la puissance absolue dans le Gouvernement fi de la République, quand il fait des Édits. des Règlements, sa/ns fi prendre Vavis ni le consentement des Etats , quand il ordonne , de sa fi seule autorité, la saisie et la confiscation des effets des Surcéants , fi quand il emploie contre eux le militaire , en exécution de ses Edits fi illégaux, H ne faut pas se laisser éblouir par ce mot de Prince : il ne fi signifie pas quHl ait la Souveraine puissance , la puissance absolue et
Le Prince n'eut pas souci de lopinion publique ^ Il annonça, avec éclat, que ses mandements, sur des objets de police, avaient et devaient toujours avoir force de loi 2. H obtint des attestations,
s? illimitée , et qu'en lui seul réside toiit le commandement et le gou- # verneraent du Pays. La puissance de rÉvêqne-Prince est bornée et *î limitée par les Paix , etc. ^ ( i78i) )
* Le Prince, au lieu de rentrer dans la voie légale, sr offrit grasf cieusement au Peuple de la Cité de fournir de ses droits sur les Jeux ^ de Spa une somme annuelle de dix mille florins , qu'il entend d*être ^ employée au soulagement de la Ville. ^ Cette proposition inconsidérée fut rejetée. — Il annonça, ensuite, qu'il distribuait aux Hôpitaux sa part de gain des tripots privilégiés, s? L'Évêque-Prince ^ d'aujourdliui dit que de la part qu'il retire des profits des Jeux ^ de Spa, il en fait des charités : ne semble- t-il pas que les Ëvéques ^ de Liège croient pouvoir faire le mal dès qu'ils font des charités, ^ ou qu'ils disent qu'ils en font?... tf [Donceel, Recherches sur la Constitution du Pays de Liège, p. iij.]
* Autant qu'on le pouvait, on faisait obstacle au bon plaisir du Prince.
Des diverses oppositions locales qui se produisirent alors « la plai« énergique fut celle des Verviétois. Dans les derniers jonrs de l'année 1784, ils ajournèrent le Prince devant la Chambre Impérîale de Wetzlar , à l'effet d'être réintégrés dans le droit délire annuellement leurs Bourgmestres et leurs Conseillers. £n 1787 , ils obtinrent un arrêt favorable : défense était faite au Prince d'intervenir dans les élections magistrales de la Bonne Ville de Verviers : De non coniraveniendo Moribus et Legibus fondamentalibus Urbis Verviensis audoritate Caesareânonsolum stabilihuSy sed et Antiquissimo Usu et Observantiâ homologatis..,. decernimus , etc.
Le Prince refusa, bien entendu, d'obéir à cet arrêt suprême.
it La cause que votre Prince soutenait à Wetzlar contre les Bourif geois de Verviers , touchant ses prétentions de nommer les Bourgue- ^ mestres de cette Ville , a été décidée en faveur des Bourgeois dans ^ le mois d'octobre dernier. Il paraît qu'il veut appeller de cette senfi tence à la Diète de l'Empire.... Non seulement les Peuples étrangers, a mais les Tribunaux mêmes, auxquels votre Cour porte ses appels ^ multipliés, sont scandalisés de cette manie obstinée d'appeler à tort
conformes à sa volonté, du Tribunal des Eclïevins de Liège, puis du Conseil Ordinaire, de TOfficialité, et même de la Noble Salle de Curenge i.
11 fut encouragé par ces obéissances.
11 en appela des Vingt-Deux aux Réviseurs des Vingt-Deux.
En même temps, il s'adressait aux Etats, et se plaignait des Vingt-Deux, qui avaient déclaré inobligatoire un Mandement rendu dans les formes 2. u voulut plus. Elargissant, à son tour, le débat, il soutint qu'il avait, en matière d'administration générale et de police, un pou-
^ et à travers. L'expérience vous démontre que votre coufiaiice daus ^ la sagesse de vos Loix , Paix et Franchises , ne vous garantit pas ^ des forfaits politiques qui prévalent parmi vous de plus en plus.... ^ L Discours atuc Liégeois dans les fers; 1787, in-S*^; p. 17. J
' Les obséquieux records, actes de honteuse platitude, de ces tribunaux, furent imprimés et répandus. :f Appréciez les recot*ds et les ^ attestations de ces Tribunaux, puis jugez s'il est utile que le Peuple if Liégeois ait des Juges supérieurs à ces Tribunaux, et s'il n*est pas gf besoin que dans le Pays il y ait des Juges pour les punir, lorsqu'ils si vont hors et œntre Loi.... *» [Donceel, Hecherches sur la Constitution du Pays de Liège, p. 213.]
* Le Prince fit lexposé de ses prétentions, dans les Propositions qifil présenta à la Joui*née du 19 mars 1787. En voici les premières lignes : ^ Je vous ai principalement convoqués et fait assembler, pour gf vous faire connoîti*e mes sentimeus , et pour que vous ayez à me 3? déclarer les vôtres sur les motifs d'une sentence prononcée par le j? Tribunal des Vingt-Deux le 5 décembre 1786.... Les Vingt-Deux , gf en condamnant TOfficier de Spa pour avoir voulu exécuter des Édits if non portes par le Sens du Pays, se sont arrogé le pouvoir de juger, ^ non suivant la Loi , mais de la Loi même : ils ont condamné cet Officier fi pour ne leur avoir pas lui-même donné le premier l'exemple d'un ^ pareil attentat, en se permettant de juger si les Lolx dont on lui fi conlloit lexécution étoient des Loix, ou n'en étoieut pas, etc. fi
Ô62 CHAPITBE XXXI
voir illimité: il avait, seul, le droit de faire tous les règlements utiles au bon ordre ^
L'Etat Tiers, où la majorité, depuis le Règlement de 1684, était trop souvent servile, admit cette prétention, à la suite dune légère discussion. (27 mars 2.) L'Etat Noble protesta, et il
* Les défeuseurs de la cause nationale réfutaient sans grande peine les allégations du Prince.
^ .... C'est le Législateur seul qui peut accorder dea privilèges excfU' ^ sifs. Le privilège exclusif dont il s'agit n'est donc pas une affaire sf de police, mais bien une affaire de législation, que le Prince, suivant ;? le propre système de son Conseil , ne pou voit régler sans l'avis et le :f consentement des Etats : ainsi , sous quelle face que Ton considère la ^ chose, il est évident que Son Altesse n'a pu porter seule l'édit du tf 16 juin 1785. Si on accordoit au Prince le pouvoir d'édicter en ^ matière de police générale sans l'avis ni le consentement des Etats. ^ ce seroit tout donner, ce seroit abandonner toutes choses à sa s? volonté.... ^ [Colbin, Supplique, p. 14.]
^ J'entends dire par les Juristes : Le Prince est Souverain en Matière ^ de Police, Oui; mais la, police elle-même ^ n'est pas souveraine : elle # doit être conforme à la Loi, et tout ce qui y est difforme ne peut ^ plus être appelle jpoZtce. Ce qui est si certain, qu'en admettant le ^ contraire , il s'ensuivroit qu'il y auroit un monstre dans l'Etat qui ^ l'engloutiroit ; et le Souverain Policien , sous le prétexte spécieux de ^ police, seroit le destructeur des Lois , et le plus absolu des despotes. ^ [Defrance , Cri général du Peuple Liégeois, p. 39.]
^ .... Comme nous l'avons déjà observé plusieurs fois, les limites qui ^ séparent les matières de Législation de celles de la Police n ayant a jamais été connues ni posées , et ne l'étant pas même encore aujour* ^ d'hui, l'Évêque-Prince, sous ce prétexte spécieux de Police, envahira ^ aisément toute notre -législation , et détruira ainsi la pierre fonda- ^ mentale de notre Liberté.... Par la nature même de la contestation 0 actuelle, ou par ses conséquences infaillibles, ne s'agit-il pas ici ^ précisément, ou de demeurer emprès de notre Liberté, ou de la 0 pei-dre? ^ [Lesoinne, Béinonstration de V Observance de la Paix de Fcxhe jusqu'à nos jours, p. 28.]
* Voici le recès de l'État Tiers :
;:: Mcssoigneurs spécialement assemblés ensuite de la Lettre couvoca«
félicita les Vingt-Deux d'avoir invalidé un mandement contraire aux lois du Pays. (29 mars i.) Chaque jour il y avait eu cohue devant l'Hôtel des Etats, pour connaître leurs résolutions 2. Le recès patriotique de la Noblesse fut applaudi. On hua la décision de l'État Tiers. 11 y eut tumulte. Le Gouvernement fit rechercher les perturbateurs. La Franchise refusa de procéder à une enquête, les huées du Peuple n'étant point des délits ^.
^ toire de Son Altesse en date da 24 février dernier : Ayant pris lecture ^ du premier point de la Proposition qu'elle a daigné leur faire parvenir, ^ déclarent qu'il est conforme à notre Constitution, et à la possession a? de nos Princes , qui a été constante depuis plusieurs siècles , (Védicter js en matière de Police; et qu'en conséquence Messeigneurs désapa prouvent la déclaratoire des VingUDeux y en date du ô décembre 1786 ; ^ déclarant que le Tribunal des Vingt-Deux n a pas le pouvoir de ^ juger des Loix et £dits de Police, mais seulement de juger selon ces ^ Loix et Édits. ^ ( 27 mars 1787. )
' UÉtat Noble formula longuement son recès. £n voici le passage essentiel :
^ .... Mesdits Seigneurs, conformément à l'assertion de Son Altesse, ^ sont d'avis que les Vingt-Deux ne peuvent pas iuger de la Loi , mais ^ qu'ils doivent juger suivant la Loi; mais ils ont l'honneur de lui ^ observer que, pour juger suivant la Loi y ils doivent nécessairement ^ connoître si la Loi existe : pour exister et être Loi, elle doit avoir ^ été portée par le Prince du consentement unanime de ses Trois Etats , ^ conformément à la Constitution , aux Paix et Privilèges. L'Etat de ^ la Noblesse ne pouvant reconnoître pour Loi ce qui pourroit être fait ^ sans son consentement , les Vingt-Deux ne peuvent donc reconnoître 0 pour Loi une chose à laquelle leurs Commettants n'ont ni concouru «s ni consenti.... ^ (29 mars 1787.)
* Jusqu'à l'année 1770, les Etats siégèrent dans des locaux différents. En cette année , ils eurent chacun leur salle d'assemblée particulière dans VHôtel des États, qui avait été bâti, en 1765, rue Hors-ChâteaUé
Ce vaste édifice, qui porte aujourd'hui le n^ ô, a encore un certain aspect monumental.
' Le jugement de La Franchise est mentionné, avec plus ou moins
Le Prince tint à avoir raison de la sentence des Vingt-Deux. Il en sollicita la cassation à la Chambre Impériale de Wetzlar. En vain on lui dit que, d'après les Paix, les décrets des Vingt -Deux ne pouvaient être déférés à la censure d'autres Juges : il persista dans son recours ^
La Chambre Impériale eut à décider ceci: le Prince est-il législateur, ou le simple exécuteur des lois faites par les Etats 2 ?
de détails , dau8 les mémoires du temps, tf .... Les MaUrea et Cornfi missaires ne sont pas d avis d^accorder licence an Mayeur de pro- 0 mouvoir enquête. Le Conseil Privé voit avec peine que les victimes fi que Ton vouloit immoler à la vengeance du Prince , y seront sousfi traites. 11 demande les motifs de ce jugement : ils lui sont donnés. fi La Loi du Pays dit : On ne pourra promouvoir enquête secrète, qfte fi pour délit méritant peine corporelle ou ejciL Or, aucune Loi n'en* fi seigne que les huées du Peuple sont des délits.... fi [ Griefs de la Nation Liégeoise contre VEvêque Hœnsbroech et le Chapitre de k Cathédrale y qui ont voulu introduire le régime despotique dans le Gouvernement du Pays, p. 18.]
' Cet appel d'une sentence des Vingt-Deux au Tribunal Impérial de Wetzlar, était une trahison flagrante. £n effet , d après les Diplômes Impériaux , ^ la Sacrée Chambre Impériale ne peut counoitre fi des causes agitées par devant le Tribunal des Vingt-Deux, et, fi beaucoup moins, renverser et mettre à néant ses sentences, et cela fi pendant que la cause est portée , par Tappel même de TOfiicier du fi Prince, à la connoissance et décision des Seigneurs Réviseurs , on fi elle est pendante indécise.... Après avoir violé la Constitution du fi Pays, en s'adressant à la Chambre Impériale de Wetzlar pour anéantir fi une sentence des Vingt-Deux , on ne respecte pas même cet Auguste fi Archidicastère, on viole aussi ses ordonnances.... fi (1787).
* Aucune Paix ne déléguait au Prince une part du Pouvoir législatif. 11 était toutefois d'usage de lui laisser l'initiative des projets de lois, concurremment avec chacun des États.
fi 11 résulte de Texamen de nos Loix Fondamentales, que TËvêque fi n'a d'autre Pouvoii* dans l'Administration de ce Pays, que le Pwtvmr
La société politique elle-même se trouvait ainsi directement en cause.
Le Magistrat et les Bourgeois des Bonnes Villes de Waremme, de Huy, de Chàtelet, de Fosses, de Tongres, de Looz, de Visé, désavouèrent le vote obséquieux émis par leurs Députés à la journée du 27 mars i.
^ dit exécutif y que la Nation lui a décerué ou confié, pour faire exécuter g: les Loix consenties ou émanées des Représentans de la Nation assemss blés en Comices ; c'est une charge , un fardeau ou une commission ^ spéciale, mais dont il est amplement payé et recompensé par la jf jouissance du plus gros bénéfice de T Allemagne, nommé la Mense sf Episcapale, Tous les autres pouvoirs qu'il s'est arrogé, sont des sf empiétements contraires à notre Liberté et à nos Ijoix Fondamen- *f taies.... gi [Précis de la Constitution du Pays de Liège, p. 4.]
* Les protestations de ces Bonnes Villes furent imprimées et publiées. L'extrait suivant donne une idée du ton qui y règne :
^ En Conseil extraordinaire tenu au Magistrat de Wareimne-le-
^ Château, le premier avril 1787 Messieurs les Bourgmestres et
^ Conseillers composans le Magistrat , et Messieurs les Composans les ^ dix Classes des Métiers et la Généralité de cette Ville , étant informés ^ que Messeigneurs de l'Etat Tiers, en réponse au premier deapropo- ^ nenda de Son Altesse Celsissime, auroient passé , dans leur assemblée if du 27 mars 1787 , un llecès par lequel ils auroient reconnu légal if et conforme à la Constitution le pouvoir que Sou Altesse réclame a d'édicter seule , et sans le consentement des Etats, . en matière de ^ police, et en conséquence, auroient improuvé les motifs que les ^ Seigneurs Vingt-Deux ont donnés de la sentence qu'ils ont portée le ^ 5 décembre dernier... : Déclarent lesdits Messieurs tenir ledit Recès ^ pour nul et Ulégal,.., Ils protestent très expressément et très j? solemnellement contre ce prétendu Recès, et déclarent de le désa- ^ vouer, comme par cette ils le désavouent, et le regardent comme non ^ avenu , pour nul et de nulle valeur , improuvant à cet égard , comme ^ par cette ils improuvent , le géré de leur Représentant à TAssemblée j» dernière.... ^ [Protestation en Conseil extraordinaire tenu au Magistrat de la Ville de Warème, le 1 avril 1787, à V Hôtel de Ville: 1787,in-4o;p. 5.]
A Liège , les Commissaires , gardiens des droits publics, s'assemblèrent d'urgence. Ils adhérèrent au recès de TÉtat Noble i.
Une inquiète attente s ensuivit.
Cette fois encore, comme toujours, une grave question s'agitait. Le Prince avait-il raison? Le Pays avait-il tort?
' ^ Nous les Maîtres et Commissaires, établis et députés à pei-pé- ^ tuité pour écouter les plaintes de nos Concitoyens, et aviser à ^ ordonner ce qui convient pour leur plus grand profit et utilité, et ^ maintenir les Faix , Usages et Privilèges... : nous protestons solem- ^ nellement contre tout ce que Ton a fait on que Ton pourroit Ikire ^ contre lesdits Paix, Usages , Privilèges, Libertés , Droits , Franchises, ^ et contre les Loix établies par le Sens du Pays; et en rendant ici un ^ hommage public au zèle patriotique des Seigneurs de l*Etat Noble, ^ qui ont recessé en conformité de laPat^r de Fexhc.j nous déclarons ^ de désapprouver hautement, et de tenir pour nul et insubsistaut, le ^ recès fait contraventoirement à nos dites Paix et Privilèges par les ^ Seigneurs de l'État Tiers.... ^ (25 avril 1787. )
Les Patriotes et les Aristocrates. — Revendication des libertés. — Discrédit et détresse du Grouveruement. — Convocation des Etats. — Le 18 août 1789. — Abolition du Règlement de 1684, — Rébellion du Prince.
La question troublante était simple. Elle devait se résoudre soit dans le sens de l'arbitraire ou dans le sens de la légalité.
Dans les Bonnes Villes, surtout dans la Cité, il se forma deux partis.
L un fut le parti des Patriotes : il revendiquait la Souveraineté en faveur du Pays, représenté par les Trois États.
L'autre ftit le parti des Aristocratee : il proclamait que le Prince résumait en lui tous les pouvoirs, législatif, exécutif, judiciaire i.
* Le défenseur ostensible du Gouvernement était un jeune avocat retors, écrivain habile, Jean Piret^ Il publia, le 27 avril 1787, sou plaidoyer politique, intitulé: De la Souveraineté des Frinces-Evêques de Liège et du Pouvait des États; in-4<> de 84 pages, qui eut un deuxième tirage augmenté.
Ce libelle est rédigé avec un rare cynisme de langage. On prône la liberté, mais on déteste les causes qui la produisent. Les argumeniB ne sont que des supercheries , des équivoques*
Les souteneurs du Prince se prévalaient du Règlement de 1684. Maximilien, disaient-ils, avait déclaré, en ces termes, qu'il avait seul le pouvoir de réglementer : ^ Le Droit d'édicter ^ étant des Régaux, et nous appartenant exclusive- > ment y il ne sera permis à qui que ce soit de Tetitre- ^ prendre , à peine dêtre traité comme usurpateur . :?
Comme développement de cette thèse , ils ajoutaient : ^ On veut que les Etats soient Souverains; ;^ mais que sont les Etats ? Les Représentants de ;? la Nation. Or, la Nation n est pas Souveraine; ^ et les Représentants ne peuvent pas être plus ;i que leurs Commettants i j?.
Les défenseurs de la raison , du droit et de la tradition historique, répondaient : ^ Cest un ;^ principe sacré, reconnu dans tous les temps, ::^ que la Nation Liégeoise est un Peuple Libre y qui i;^ se gouverne par ses Lois; que la puissance du ;? Prince est tellement limitée et bornée par les ^ Paix et les Concordats faits entre lui et la Nation, ^ qu'il ne peut faire des Lois, les interpréter, les ^ modérer, les changer, sans le consentement
' Thèse méprisable, assurément.
If Quoi j s*écriait-on , ce n est pas daus le Corps entier de la Nation :f que réside la Souveraineté? Quoi, la Nation entière n'est pas au if dessus du Prince, qu'elle a choisi et commis pour veiUer à Texécation fi de ses Loix, au maintien de ses Droits, à la défense de ses Propriétés fi et de sa Liberté?.... On pense bien que la Nation nest pas faite fi pour le Pnnce , mais le Prince pour la Nation , et qu'il se doit tout fi entier à son service, fi [Jehiu, Les Franchises et les Paix gêné' raies de la Nation Liégeoise vengées, p. 193.]
i^' unanime des Etats ; en un mot, que la Puissance 5? législative, aux termes de la Vmx de Fexhe, ^ réside dans le Sens du Pays,... Tout Mando- ^ ment qui change ou modifie une Loi ancienne, ^ et qui n'émane pas du Sens du Pays, est inconsif titutionnel, inobligatoire, nul.... ^
Le Peuple Liégeois, affirmaient -ils, n'avait jamais rien aliéné de sa Souveraineté. Les Princes, tour à tour, l'avaient violenté, décimé, foulé : il n'abdiquait pas. La Paix de Fexhe devait être rejurée par les Princes.
^ La Paix de Fexhe est une Loi Fondamentale i^ de rÉtat qui se renouvelle sans cesse, et sur ^ laquelle la prescription na aucune prise ^ ^
Parmi les Bourgeois qui mirent leur talent au service de la cause nationale, on distingua le jeune Nicolas Bassenge 2. Dans un langage fier et viril, il parla aux Liégeois des misères et des grandeurs passées. En leur faisant faire une connaissance plus intime avec leurs origines politiques , avec les lois , les coutumes , la liberté , l'honneur de la Nation, il réussit à démontrer qu'aux Trois Etats, seuls, appartenait le Pouvoir
* Donceel, Réfutation pour le Sieur Paul Redouté, Impétrant: 1786, in-4^ de 102 pages; p. 9.]
* Les Lettres de Bassenge, formant cinq volumeB in-8o, d'un total de 2850 pages, parurent de janvier 1787 à juin 1789.
Ce volumineux ouvrage, livre de polémique militante, est très imparfait. Bassenge n'est ni profond publiciste ni sagace historien. C'est un vengeur. Il a de nobles et véhémentes pages , telles qu'il les fallait pour lutter contre vin système despotique.
législatif, et que le Prince, comme le moiDdre particulier, avait à obéir à cette autorité supérieure , le Sens du Pays.
^ Voulez-vous être Libres comme vos Pères? ^ disait-il. s? Que le Prince ne nomme plus la ^ moitié de la Magistrature : choisissez vous- ^ mêmes vos Représentants. Ne laissez plus ^ subsister ce Règlement de 1684, cet édit extraii: vagant , destructeur de toutes nos Loix.... ^ Depuis sa publication, toutes les impositioos ^ assises dans le Pays ont été illégales, ont été fi de vraies concussions, et toutes nos Lois posfi térieures, des attentats, des délits» et leur ^ exécution un brigandage...* Avons-nous un ::: MaUvôy OU sommes-uous un Peuple Libre? Nous ^ sommes Libres, car chez nous la Souveraineté 5? réside dans la Nation entière, laquelle exerce ^ ce pouvoir par des Représentants choisis et aui^ torisés par elle. La Loi est, ches les Liégeois, ^ le résultat de la VoUmté nationale : aucun autre ^ pouvoir ne peut leur commander. Le premier If Commis de la Nation, le Prince, son Chef et :? non son Maître , n est que Forgane de la Volonté ;? nationale.... ^ ^.
* Alors que les tomes II et IIl des Lettres de Bassenge étaient en pleine distribution, le Gouvernement fit saisir, san» M nijuffement, les exemplaires qui se trouvaient enoore au brochage.
Bassenge s^écrie avec raison : ^ Quel motif peut justifier eette 0 enfreinte violente de mes Droits de Citoyen ? Seroit-ce oeloi de la ^ censure ? Mais ni le Mémoire de M. Piret, ni aucun des autres éerita if qu*il a publiés, n'y ont été soumit; mais il aeroit absurde qvi\ù
C'était une revendication complète.
Les écrits de Bassenge et de ses amis furent lus avec avidité. On se remit à étudier les Paix et les Règlements antiques. On les compara avec les mandements récemment promulgués, et, chaque jour, on découvrit un abus nouveau, une usurpation nouvelle.
Cet examen rétrospectif rendit plus vif encore le désir d'obtenir le redressement des griefs. On demanda, notamment, la participation du Clergé aux impôts ^, une Représentation sincèrement
«r écrit quelconque produit dans une cause publique, quun écrit ^ surtout qui répond à un autre, qu'un écrit avoué, signé, y fut ^ soumis.
^ Saisit-on le prétexte de punir FAuteur coupable? Mais avant ^ tout il faut le convaincre; mais pour le convaincre, un seul ezemof plaire suffit; je me suis nommé : qu'on méjuge.... ^ [Remontrance très humble présentée à Messeigneura les Trois États le 30 décembre 1787, par N. Bassenge, Citoyen de Liège ^ p. 3.]
^ D ne BuQsait pas au Clergé d'avoir accaparé les deux tiers du territoire : il se dérobait encore à toutes les charges publiques, et n*inter- Tenait que pour une faible part dans les impôts votés par les États.
Les membres de TËtat Noble, de leur côté, jouissaient de quelques franchises ; ainsi , ils n'étaient point soumis aux tailles.
Ces exemptions, qui contrastaient si vivement avec la pauvreté générale , excitaient d^inoessantes récriminations. Dès 1781 , les bons esprits allaient s'enquérant ^ de moyens plus équitables de répartir < l'impôt , qui , quoique supportable , pose peut-être avec trop de force ^ sur la partie du Peuple qui n'a que son travail et son industrie ^ pour propriété, tandis qu'il atteint à peine les Ordres de l'État qui sr possèdent la richesse et la puissance. ^ On ajoutait : 0 Taxer trop ^ fortement la consommation^ c'est vraiment survendre au Peuple les ^ alimens; c'est, en quelque sorte, lui défendre d'en acheter, c'est if attaquer le principe de ses forces, et attenter à son existence. ^ [Mémùires lus à la Séance publique de la Société d^Émulaiion le 26 février 1782 , p. 8. ]
constitutionnelle, et, avant tout, l'abolition du Règlement de 1684.
Le mécontentement croissait. Il devenait menaçant.
Le Prince et sa coterie se raidissaient contre ce retour à Tordre et à la liberté. Ils se préparaient à réprimer toute mutinerie.
Tout à coup, ils apprirent le mouvement politique qui venait de se produire en France. (14 juillet 1789.)
Le bruit s en répandit rapidement.
Le Prince s eflfraya. Il se fit débonnaire. Il se déclara prêt à céder aux vœux des patriotes. Le lundi 17 août, il indiqua pour le 31 une Journée des Etats. Il leur soumettait un système d'impôts, dans lequel le Clergé contribuait, d'une manière directe, aux chargjes publiques i.
Cette réforme ne sufiisait plus.
Depuis le 6 août,. il y avait dans les Bonnes Villes, dans les Communautés, des rassemble-
' Le Prince avait convoqué les États par ce mandement : «î Constantin-François, par la grâce de Dieu, etc.
sf Chers et Féaux!
^ Ayant, pour le bien général de nos Fidèles Sujets, et pour le ^ soulagement particulier de la partie la plus indigente du Peuple* :f j ugé à propos de faire assembler nos Trois États , nous vous convois quonspourle 31 du courant, à Teffet de délibérer à cet égard , de ^- même que sur les autres objets qui pourront vous être proposés: if Vous avertissant que, soit que vous comparoissiez , ou non, Ton se procédera néanmoins à une résolution. — Donné en notre Conseilff privé, et par nos ordres exprès, le 17 août 1789. Cokstantikp François, — Paron de Sîuse de Benrs , F*. *
ments où Ton discutait les plus graves questions. On était unanime à réclamer les libertés des Aïeux. On ne parlait que de refonder la Constitution selon l'esprit de la Paix de Fexhe.
Les démarches et les concessions du Prince devaient hâter la catastrophe i.
Le môme jour (17 août), dans la soirée, avait paru à Liège un recès du Magistrat, qui interdisait le port de la cocarde rouge et jaune 2.
C'était une provocation.
Le lendemain, mardi 18, dans la matinée, il y eut une agitation inusitée dans les principales
* L'effet de la Lettre du Prince , par laquelle il convoquait les Etats , avait été à Tinstant annulé par une énergique Note aux Bourgeois, de Bassenge, qui fut répandue et lue, vers midi, dans tous les coins de la Cité. ^ ... L'abus des exemptions pécuniaires et tant ^ d'autres, y disait-on, doivent indispensablement être corrigés, et ^ Ton n'y parviendra jamais sans une régénération , dont le délai n'est if plus possible. C'est à la source qu'il faut remonter. Il ne s'agit g! dans ce moment ni d^impôt, ni d'exemptions : voudroit-on encore ^ donner le change aux Citoyens? On aura bientôt remédié à ces ^ maux accessoires , quand on aura réglé le point fondamental. C'est ^ de la Constitution Nationale qu'il s'agit , c'est à rendre à la Nation ^ une Représentation juste et légale qu'il faut porter tous ses soins. ^ n est temps que notre fantôme de Tiers-Ëtat fasse place à cette r^ Représentation Nationale; il est temps que le Bègîement inconstitu- «s tionnel et oppressif de 1684 soit anéanti, que le Prince ne nomme 3? plus, en vertu de ce Bègîement, tout dégoûtant du sang de nos ^ braves Ancêtres, la moitié de nos Magistrats, qui ne sont alors que ^ des créatures entièrement dévouées; il est temps, enfin, que nous ^ ne volions plus siéger au Tribunal des Vingt-Deux des membres ^ qui tirent leur pouvoir de ces mandataires de l'Evêque, ce qui détruit s? le but de l'institution.... ^
^ Depuis un temps immémorial , la Cité avait adopté pour couleurs le ro^tge et le jaune.
rues 1. Une foule de Bourgeois, animés dune même pensée, affluaient sur le Marché. Ils envahirent soudain THôtel de Ville, en expulsèrent les Conseillers, reprirent les clefs magistrales, destituèrent les deux Bourgmestres en fonctions, et en acclamèrent deux autres, Fabry et ChestrfU. On acclama également les trente-six Conseillers, pour compléter le Magistrat 2,
Ce changement se fit vite, sans lutte, joyeusement, tandis que les femmes, aux fenêtres, y applaudissaient en agitant leurs mouchoirs 3.
Dans l'après-midi, une députation se rendit à Seraing, au château d'été du Prince. Celui-ci, vers sept heures du soir, revint dans la Cité. Il y fut reçu avec la plus vive allégresse *.
* Dans cette matinée de mardi 18, le Prince avait fait afficher partout une proclamation approbative ainsi conçue :
tf Ne désirant que le bien-être de la Nation Liégeoise, quenoQS ^ chérissons, et dont le bonheur est intimement lié à nos jouissances, if nous déclarons consentir, autant qu'il est en notre pouvoir, à tout ^ ce qui peut j contribuer, et nous nous empresserons toi]gours d*in- ^ tei*po8er nos bons offices pour l'accomplissement de ses vœux.
if Fait à notre Château de Seraing, le 18 août 1789.
s? Constantin Fbançois. ^
* Ceux-là qui furent élus étaient notoirement connus pour leur dévouement à l'intérêt public. C'étaient: De Donceèl^ avocat; Df Leaoinne, avocat; Bassenge^ aisé; le Chevalier De Donceel; Henkart, procureur; Cralhy taxateur; De Bellefroid d^Odoumont; Noël Letos, marchand , etc.
* Tout cela se fit sans grande agitation , nul ne mettant en question le Droit du Peuple de déposer le Magistrat en fonctions. On le tenait pour intrus , ayant été nommé sous l'influence de l'illégal Règlemefit de 1684.
* if .... Le canon ronfla toute cette journée, et le son de toutes les
11 se fit conduire à l'Hôtel de Ville, où il ratifia, par sa signature ^, Télection magistrale, et, par là, Tannulation du Règlement de 1684 ^. Il donna aux nouveaux Bourgmestres des témoignages non équivoques de sa confiance. Il les invita à sa table avec des Plénipotentiaires des cours étrangères, et il porta des santés patriotiques. Il
^ clocheB résonna également en signe d'allégresse publique. L'après- ^ midi, on députa des Seigneurs de la nouvelle Régence pour en ^ informer Son Altesse , qui étoit à son Château de Seraing , d'où elle ^ partit pour se rendre dans sa Capitale. Depuis Seraing jusqu'à # Lieg«, une foule immense de Citoyens remplissoit toutes les avenues , ^ en faisant retentir les airs de cris de joie. A une demi-lieue de la s? Ville , on détela les chevaui^ de la voiture de notre Prince , qui fut ^ traînée par ses propres Sujets jusqu'à l'Hôtel de Ville.... a? — ^ Sa p voiture fut traînée par les Citoyme, 0 dit aussi le Jtmrnal Pa$riO' tique, 1. 1, p. xvij.
En effet, à l'arrivée du Prince, sur Avroi, des Bourgeois, ses affidés probablement, dételèrent les chevaux et traînèrent à bras le carrosse. Il accepta, tout fier, ce genre d'ovation, au lieu de le repousser vivement.
* Cette ratification se fit dans cette forme :
sf En Conseil de la Cité de Liège tenu specialenient à r Hôtel de Ville 0 le 18 août 1789, à neuf heures du soir.
^ Son Altesse ayant eu lecture de tous les recès de ce jonrdliui ^ if a daigné déclarer de les avoir pour agréables.
# CoNsîANtm François. ^
* if Le trop fameux Hèglement de 1684 étoit devenu un sujet de ^ troubles parmi nous. Établi et soutenu par la force, la Nation ^ demandoit qu'il fût aboli; et il l'a été hier mardi , jour mémorable. ^ [Gazette de Liège de 1789; n» 100.]
^ Ainsi fîit cassé le Règlement de 1684 , pAr lequel le Prince avoit ^ obtenu la nomination, par moitié, aux places de Magistrature dans ^ toute l'étendue du Pays. ** [Feuille Nationale Liégeoise, 1. 1, p. 15.]
Un recès du nouveau Magistrat, du 20 août, commence ainsi : ^ Attendu que par la réintégration des Citoyens dans les Droits et ^ Prérogatives dont ils jouissoient avant le Eigïemenî de 1684,.,. ^
substitua aux cocardes noires et blanches des gens de sa maison, celles que les Bourgeois étalaient en signe du rétablissement des institutions libres.
Toutes les Bonnes Villes s'empressèrent de suivre l'exemple de la Capitale. Chacune déposa son Magistrat , et en élut un autre conformément aux vieux statuts.
L'accord du Prince avec le Peuple avait pacifié le Pays.
Partout il y eut des fêtes pour célébrer cet important événement, que l'on qualifia d'heureuse Révolution. ^
Ce n'était pas une Révolution ^
On n'avait pas promulgué une Constitution nouvelle : c'était l'ancienne que l'on avait restaurée, en rendant au Peuple son droit électoral, et à l'Etat Tiers ses prérogatives 2.
* ^ La Ville, réellement, offre le spectacle d'une Fête au lien de fi celui d'une Révolution , .... ^ écrivait-on quelques jours après le 18 août. [Journal Patriotique , 1. 1, p. xix.]
a J'ignore qui , le premier, a donné le nom de RévcHutUm à ce qui fi s'est passé à Liège ; mais , à coup sûr , il n'a pas rendu service à la fi cause. Si l'on eût donné à cet événement le nom qu'il méritoit. fi Accord du Prince et de ses Sujets sur le rétablissement de V Ancienne fi Constitution,.,, l'on auroit évité les suites qu'elle a eues, fi [De Dohm, De la Révolution de Liège en 1789, p. 53.]
^ fi l\ est faux que les Liégeois aient changé leur Constitution : ils fi l'ont rétablie dans son véritable état, dans l'état légal que leur fi garantit l'Empire, fi [ Bassenge , Adresse à S, M. VEmpereur au nom des Liégeois, p. 31.]
Ce n'était la, en effet, qu'une simple mesure réparatrice, désirée par tous , acceptée par tous.
Rien de plus i.
Dans la nuit du 26, quatre jours avant louverture de la Journée, le Prince, au mépris de sa parole, quitta furtivement le Château de Seraing, et se retira à Trêves.
Cette fuite honteuse, ce fut la véritable Révolution 2.
Le Prince faisait rébellion au Pays.
* ss (juel est rhomme honnête, riiomme juste, impartial, qui désap- ^ prouvera la conduite des Liégeois pour avoir le redressement des sf griefs et des abus nombreux dont le Peuple était la victime , depuis 0 un siècle, et qui étaient poussés à lextrême sous le règne de ^ Hoensbroech ? Quel autre moyen , que celui employé de la Révolu- ^ tion du 18 ctoût 1789, Révolution faite sans avoir répandu une ^ goutte de sang , sans avoir fait aucun tort, ni public , ni particulier ? ^ Elle fut une Fête générale , plutôt qu'une Révolution; elle fut une sg Reprise de droit et de possession, plutôt qu'une Révolution.,,, n [Defi-ance, Précis de la Constitution du Pays de Liège, p. 31.]
' ^ Ce départ clandestin du Prince, à la veille de rassemblée des :f États , ne pouvoit qu'apporter des obstacles à Taccomplissement des fi vœux de la Nation, et amener au milieu de nous une division fi funeste.,.. ^ [Journal Patriotique, 1. 1, p. XXHJ. j
Situation du Pays. — Assemblée des États. — Ils décrètent que la Constitution sera rétablie selon Tesprit des yieilles Pair. — La Cité et les Bonnes Villes renouvellent leur Confédération. — La Chambre Impériale de Wetzlar traite les Liégeois à'Inaurgents, et les met au ban de FËmpire. — Les États adressent au Prince les Points fimâamentaux de la Constitution nouvelle. — Médiation du Roi de Prosse.
— Proposition des Belges pour former une R^ublique Fédératke,
— Vaines tentatives de conciliation avec le Prince.
La tranquillité publique n'avait pas été compromise par la fuite du Prince i.
' Les événements qui suivent, établis ici chi'onologiquement pour la première fois, étaient tout traditionnels à Liège pendant notre enfance. C'étaient des souvenirs du foyer. Nos parents et leurs vieux amis, Liégeois de mœurs et d'habitudes aussi bien que de naissance, parlaient de visu et de auditu de Chestret, de Fabry, de Donceel, de Levoz, de Bassenge, de Délie Créyer, etc. Mon père avait été voir li rossai Prince (Hoensbroech) gisant dans sa chapelle ardente. Un jour, on nous montra le sec Piret, qui se mourait dans Tisolement Le gendre de Fyon nous a contraint, bien des fois, à Técouter raconter maints épisodes de Tépoque révolutionnaire. Il accentuait et se cra* vattait à la manière des Incroyables de 1794, etc.
Ces ressouvenances nous ont été utiles. Nous avons mieux saisi le sens des témoignages contemporains. Nous avons pu conserver à chaque incident sa véritable valeur.
Les scribes béats du Prince ont calomnié et parodié la Révolatioo dès sou début. Leurs libelles sont des sources peu sûres.
Pour dissimuler ses projets, Hoensbroech avait adressé une lettre au Conseil de la Cité.
Il s éloignait du Pays, écrivait-il, pour des motifs de santé. C'était à tort qu'on supposait qull allait demander assistance à l'Empereur, et se plaindre à la Diète ou au Tribunal suprême de Wetzlar, Il exhortait les États à délibérer avec calme, s'ils trouvaient à propos d'amender la Constitution i.
Cette lettre fut lue publiquement , et affichée.
Les Patriotes et les Aristocrates la prirent au sérieux 2.
' Voici les passages essentiels de la lettre que le Prince écrivit dans la nuit du 26 au 27 août 1789 , et qull adressait au Conseil de la Cité :
^ Je crains que TAssemblée des Etats ne soit tumultueuse et de ^ nature à nuire à ma santé , que je ne désire conserver que pour le a bien de la Nation ; ce qui m'a fait prendre la résolution de m'éloigner ^ pour quelque temps de la Capitale.
^ J'assure la Nation , que je chéris , que ce n*est nullement dans le ^ dessein de solliciter aucun secours, ni dans l'intention de porter ^ aucune plainte à Sa Majesté Impériale, ni à la Diôte, ni aux Suprêmes ^ Tribunaux de TËmpire ; de plus , de n'avoir donné commission à qui ^ que ce soit de porter aucune plainte, et je désavoue, & la face de ^ rUnivers , toutes celles qui , dans les circonstances prétontes , pour* «sr roient, peut-être, être portées en tmm nom, n'en ayant donné ^ commission à qui que ce soit, ni manifesté le désir.
^ J'exhorte la Nation de délibérer avec* calme et modération sur les ^ changemens utiles et nécessaires dont on jugera la Constitution ^ susceptible....
^ Constantin François ^ Evêqtie et Frmce de Liège.
^ P. S. Je demande que cette Lettre soit imprimée et rendue ^ publique. ^
* Des Députations des Bonnes Villes et des Communautés vinrent rendre hommage à la nouvelle Magistrature^ et renouveler leur fédé-
580 CHAPITEE XXXIII
On n en était pas moins dans Tinquiétude ^ Dans nombre de localités, des sociétés populaires s étaient formées. Elles s'occupaient de tout ce qui était relatif au bien-être social. Entre toutes se distinguait la Société Liégeoise des Amis de la Liberté: elle visait à l'amélioration des institutions et des mœurs d'après les idées et les besoins nouveaux 2. Le Congrès Fyanchimmïtois tendait au même but, le progrès, en le conciliant avec les droits reconquis le 18 août ^.
ration avec la Cité. «? Les journées du jeudi 20 et suivantes nous oui ^ offert le spectacle le plus flatteur et le plus intéressant. Presqua gf toutes les heures du jour, les acclamations du Peuple, jointes à la :f musique militaire ^ nous annoncent les Députés des autres Tilles du if Pays , qui s'empressent de féliciter la Capitale. Visé, Huy , Tongrts 0 ont donné Texemple , eu renouvelant TAncienne Union ; et cet exemple ^ est suivi par tous les Bourgs et Communautés.... ^ [Fré(À$ de V Heureuse Bévolution opérée à Liège ^ p. 13; Mémoires véridiques sur la Révolution de Liège , p. 24 , 133 , etc. ]
* st Tout ce qui s etoit passé le 18 août avoit eu le consentement de is rp^véque-Prince , et tout ce qui s etoit fait après, Tavoit aussL... Ce if mouvement s etoit opéré avec la plus grande tranquillité; pas une g! seule goutte de sang n'avoit été versée. On voyoit sur toutes les» n plij^sionomies le contentement et la joie , excepté sur celles des vivans s» d abus. On esperoit un meilleur gouvernement pour Tavenir. Les
^ Etats étoient convoqués à cette lin pour le 31 du mois... ^ [l^evoz, Vrécis historique de la Bévolution arrivée à Liège le 18 août 1789, d des Causes qui y ont concouru; Liège, 1791 , in-S^ de 157 pages; p. 53.]
* Cette société politique avait été fondée en 1785, sous le nom de Société Patriotique, par Donceel, Chestret, Fabry, Lesoinne, etc. pour répandre les connaissances constitutionnelles et sei-vir la cause de la revendication. En 1790, elle slntitula Société des Amis de la Liberté, et prit pour devise : Tous les hotnmes sont égaux en droits. Son règlement (où ses principes et son but sont exposés), ses tuottoits et ses adresses i ont été imprimés en divers formats.
' Les pi'OcèS'VerhuKX de ce club ont paru en livraisons in-4<* soub le
Il y avait accord sur ce point: le retour au passé 1.
Les Etats s'assemblèrent le lundi 31 août, ainsi que le portait la lettre de convocation du 17 2. La première question fut de savoir si Ion modifierait l'exercice de la Souveraineté. On la résolut négativement. La Constitution serait recréée selon lesprit des vieilles PaiXy et notamment de la Paix de Fexhe ^.
titre de Journal des séances du Congrès du Marquisat de Franchifnont; ils ont été réimprimés daus le Code du Droit public de Franchimont; Verviers, 1795, in-8'^; 1. 1 et II. — Les or^iteurs Franchimontois, Fyon, Dethier, et€., qui péroraient dans nne prairie, tantôt à Polleur et tantôt à Theux, n'ont pas une grande originalité : ils imitent les sentiments et le parler en vogue à Paris. Leurs résolutions et leurs adresses n ont ainsi qu'un faible intérêt.
' C'était l'opinion de tous les Patriotes. Nul ne trouvait 'opportun , utile , de répudier la vieille liberté constitutionnelle.
:f Jamais, en effet, les auteurs de la Révolution qui s'achève aussi :f heureusement, aussi paisiblement qu'elle a commencé, jamais les it Liégeois les plus enthousiastes de la Liberté, nont eu Vidée de sf changer leur Constitution. Ils la trouvent trop belle, trop" sagement ^ combinée , pour songer à la détruire : et le plus cher , le plus ardent *f de leurs vœux, c'est au contraire de l'affermir, de la consolider , de g: la faire revivre sur le même pied où elle étoit avant 1684. Ce qu'ils ^ veulent anéantir , ce qu'ils voudroient pouvoir effacer de leurs ^ Annales , ce sont les changements inconstitutionnels introduits pour ^ lors , ce sont les usurpations successives du Pouvoir exécutif, ses if efforts pour outrepasser les bornes prescrites, ce sont les atteintes a infinies portées à leur Liberté, à leur vraie Constitution.... a [Journal général deVEurojje; septembre 1789; t. V , p. 42.]
* i^ L'Assemblée des Trois Etats s'est ouverte aujourd'hui 31 août; fi et au lieu du tumulte que l'on sembloit craindre , la plus parfaite fi harmouie y a régné, fi [ Précis de V Heureuse liécolution opérée à Liège, p. 35.]
* L'Etat Primaire et l'Etat Noble disaient dans leurs recès du
582 CHAPITRE XXXllI
Le lendemaiD, l^r septembre, les Députés de rÉtat Tiers renouvelèrent la Confédération qui unissait la Cité et les Bonnes Villes ^.
Ainsi se réagrégèrent Liège, Huy, Hasselt, Dinant, Tongres, Ciney, Looz, Fosses, Bilsen, Tlîuin, Brée, Chàtelet, Peer, Cou vin, Hamont, Visé, Beringhen, Waremme, Stockhem, Verviers, Maeseyck, Saintron, Herck 2.
Le 2 septembre, l'Etat Noble, déférant au vœu de rÉtat Tiers, renonça à toutes ses exemptions
31 août : ^ Messeigneurs, toujours animés du zèle ardent dont ils oDt ^ donné des preuves , dans toutes les occasions , pour le maintien de # 1« Constitution , estiment que non seulement il est de leur decwr de if mamtenir toujours cette sage Constitution , mais qu'il est encore ^ important, pour le bonheur de la Nation, d abolir radioalemeni les if abus qui peuvent 8*y être introduits , et de lui rendre sa première ^ pureté. ^ L'État Tiers recessa le lendemain , l^^ septembre : ^ Messeigneurs adoptant avec empressement Tidée de raffermir par ^ nnePaix solennelle, qui rappelle toutes les précédentes, laCou^titu- ^ tioa du Pays, et de corriger, par cette Faix, tous les vices qui 0 peuvent s'être glissés dans T Administration.... 0 [^Gazette de lÀège du mercredi 2 septembre; Journal Patriotique. IntrodiActionj 1 1, p. xlig, etc.]
' Voici un extrait de ce traité :
0 Au nom de nos Villes , en vertu des Pouvoirs dont nous sommes ^ revêtus par Elles, et ayant respectivement tous ensemble vérifié ces 0 Pouvoirs : Avons unanimement arrêté et statué, comme, par cette, ^ arrêtons et statuons, de renouveler et ratifier, comme nousrenoa- » vêlons et ratifions, dans la forme la plus solennelle et la plus :g indissoluble, toutes Anciennes Alliances et Confédérations faites ^ par la Cité et les Villes du Pays de Liège et Comté de Loos entre ^ elles.... tf [FeuUle NaUonale Liégeoise, 1. 1, p. 82, etc.]
' Dans ce traité, les Villes Wallonnes et Tixhonnes sont classées comme dans notre texte. — Ce traité fut imprimé, in -4^% à mille exemplaires.
pécuniaires, à condition que le Clergé renoncerait également aux siennes. L'État Primaire accéda de bonne grâce à l'invitation ^.
Les États délibéraient dans le calme, lorsque la Chambre Impériale de Wetzlar leur notifia un Décret rendu sur les plaintes pressantes de Hoensbroech. Elle condamnait le mouvement patriotique du 18 août. Elle enjoignait aux Directeurs du Cercle du Bas-Rhin et de Westphalie d'entrer à main armée dans le Pays, de rendre au Prince son autorité, de réinstaller les Magistrats déposés, et de châtier les Insurgents qui s'opposeraient au rétablissement de l'ordre 2.
Cette sommaire justice indiquait, avant tout, que la Chambre Impériale avait peur des conta-
* Le reeès de l'Etat primaire , tout semblable à celui de l'Etat Noble ,
est tel :
ifi En V Assemblée de Messeigneurs de VÉtat Primaire du, Pays de ^ Liège et Comté de Looz , tenue le 4 s^tembre 1789,
gg Messeigneurs n'ayant rien de plus à coeur que de concourir au if soulagement du Peuple, déclarent, avec plaisir, de renoncer à toutes ^ exemptions pécuniaires dont ils ont joui jusqu'à présent, moyennant if que toutes autres personnes exemptes fassent la même renonciation, s* [FemUe Nationale Liégeoise, 1. 1, p. .87.]
« Le décret de Wetzlar débute ainsi : Mandatum pœnale auxdicdo* riumet proteetorium, de indilate Principi Leodiensi armatâ manu auxilium adversus Seditiosos Subditos praestando, et eam ipsius sacratampersonam, quam Consiliarios , et reliquos ipsi addictos contra insultus Tumultuantium protegendo, statum publicum Civitatis et Provinciae Leodimsis ad eam formam quae ante motam Seditionem fuit ineantinentl reducendo y... in Rebellionis authores inquirendo, eosdemque custodiae publicae tradendo, etc. L'exécution devait se faire aux frais des Liégeois : Eaque omnia sumptihus lièbeUium peragendo. [Dans V Exposé fidèle de V Insurrection Liégeoise , p. 278.]
584 CHAPITRE XXXIU
jîioiis. Par toute rAUemagne, la démocratie f>agnait en force dans la Société, dans les livres, dans les sentiments des Peuples. Partout, on enviait les bienfaisantes réformes qui s'accomplissaient paisiblement en France i.
Les Trois États, qui ne songeaient qu'à raffermir la liberté constitutionnelle, entendirent avec sérénité la lecture de l'outrageant Décret -. Pour toute réponse, un membre de l'Etat Tiers proposa de confirmer ce qui avait été fait depuis le 18 août: cette motion fut accueillie. On résolut ensuite d'envoyer une députation à
' L'Insurrection Liégeoise avait causé une grande sensation daub l'Empire. Toute la Westphalie était comme entraînée dans le inouvenient d'amélioration et de progrès de la France.
Aussi, tous les Princes virent-ils avec alarme une révolution sortie des troubles populaires, a La Jlevoltition de Liège pouvoit avoir de> ^ suites infiniment dangereuses pour la tranquillité de toute TAUe- ^ niague, si Ton ne s'occupoit pas à la réprimer de bonne heure.... ^ [Euposc fidèle de V Insurrection Liégeoise, p. 73.]
* Cette sentence mettait la Chambre Impériale en contradiction flagrante avec elle-même. Si, en 1789, cette Chambre traitait de révolte condamnable, le retour aux vieux usages populaires, pourquoi, eu 1684, u'avait-elle pas également réprimé et puni la rébeUion • de Maximilien de Bavière? Est-ce qu'aux yeux de cette Chambre, disait-on avec raison , la paix publique n'est troublée que lorsque \^ Peuples usent de leurs libertés , et ne l'est-elle pas au même degré lorsque les Princes se livrent à l'oppression, au brigandage?... Alu fortasse pacem jjuhlicam dicunt violatamY At ne per momentut» qnidcyn ista pax turhata fuit, Nulla riolentia patrata, nuUum latrocinium commissum; nerno q^ieriiur, nemini causa querenâu Violentia, caede, viqu^ mjusta , Jjegibus sanctissimis postfiabitis.Jv'i J'opuli evidens et sacrum^ ?Jngistratus creandi. interversum anno 1()S4 fuit. Ibi aderat Pacis publicae violatio.... [Be liebus Leodiensiuw not'ibiifimis simplex et diluvida Expositio: 1789. in -4^*: p. 26, etc.]
Wetzlar, pour éclairer la Chambre sur la ])rétendue Insurrectian ^
En même temps, on s adressa au Prince, et on le supplia de hâter son retour. 11 refusa, en alléguant encore sa mauvaise santé ; on ne devait point , au reste, s alarmer de son absence : il approuvait tout ce qu'on pouvait faire pour améliorer la situation politique et matérielle du Pays, (17 septembre 2.)
Cette déclaration était explicite.
Elle ramena la sécurité.
A quelques jours de là , les États soumirent à l'approbation du Prince les Points fondamentaux
* Les recès des Trois États étaient uniformes. Celui de TKtat Noble était ainsi :
:f En V Assemblée de Messeigneurs de VEtat de la NohJesse du Paps a de Liège et Cotnté de Looz, tenue le 4 septembre 17S9.
*? Messeigneurs , ayant entendu les Seigneurs de l'Etat Tiers en sr Corps, qui s'est rendu à leur Salle d'Assemblée, pour demander que * les Trois Etats fassent une Députa tion à Wetzlar, jjotir annovicer que a la Nation est unanime sur la Bérolution qui vient de s'opéi'er. et ss supplier la Chambre de retirer le Décret qu'elle vient d'émaner, ^ contraire à la Déclaration de Son Altesse en date du 26 août derif nier : mesdits Seigneurs ont déclaré de déférer à cette demande , sr requérant et députant le Seigneur Comte de Berlaymont de La ^ Chapelle, Gentilhomme de cet Etat , pour se rendre à Wetzlar. sf [Feuille Nationale Liégeoise, 1. 1, p. 81.]
' Le Prince disait longuement tout cela dans sa missive. En voici les lignes importantes : ^ Ma présence n'est nullement nécessaire dans ^ ce moment; ma santé exige absolument une tranquillité que je ne gs puis me permettre à Liège ni dans ses environs.... Travaillez assi- ^ dûment à perfectionner la Constitution , pendant que je ne cesserai , «s démon côté, d'implorer le Tout Puissant pour qu'il vous éclaire, if et veuille nous accorder l'esprit de concorde et de paix. ^ [ Gazette de Liège y du lundi 21 septembre,]
do la Constitution nouvelle. Elle était fondée sur les anciennes Paix. Elle ne demandait rien aux idées modernes , pour ne pas effaroucher la Diète Impériale.
Le Pouvoir législatif continuerait à résider dan» le Sens du Pays; — le Prince sanctionnerait les lois par le fait de son mandement exécutoire; — toute aliénation du Territoire, toutes conventions avec les Pays étrangers , seraient validées par les Etats ; — les Bonnes Villes et les Communautés auraient le droit de choisir leurs Magistrats et leurs lieprésontants , et de faire des règlement^ locaux non contraires aux lois générales; — les impôts indirects, et toutes les exemptions pécuniaires, seraient abolis; — les privilèges exdmfs seraient prohibés à jamais i.
* Voici les premières lignes de cette résolution :
if En V Assemblée de Messeigneurs des Trois Etats du Pays de Liège if et Comté de Loojs, tenue le 12 octobre 1789,
fi Messeigneurs ayant, d'après la Pair de Fexhe et ceUe des Vingifi Deux, lesquelles ils reconnoissent dans toute leur pureté, conféré et fi délibéré sur les Points fondamentaux de la Constitution de ce Pays. fi ont arrêté :
fi Que le Pouvoir de porter des Loix générales quelconques, soit en fi matière de Justice , soit en matière de Police, réside dans le Sens du fi Pays, qui est formé par le consentement uniforme des Trois Etats; fi et que ces Loix doivent être sanctionnées par Son Altesse, en y fi donnant son Mandement exécutoire.
fi Que les Villes et Communautés jouiront toujours du Droit de faire, fi pour leur bien-être particulier et leur économie particulière , telles fi Loix , Ordonnances ou Règlemens qui ne seront pas contraires aux fi Loix générales des Trois États, faites et à faire.
fi Que le consentement uniforme des Trois États est, aussi, absolufi ment nécessaire pour la validité de tout Acte d^aliénation ei d*échange.
Toutes ces règles étaient nationales, antiques.
Le Prince, oubliant ses promesses, n'accepta pas les Points fondamentaux. Il ne voulait aucune Constitution basée sur le principe de la Souveraineté nationale ^ Avant tout, il tenait à ce que le Décret de Wetzlar fût exécuté à la lettre. (15 octobre 2.)
Ceci était terrible.
Le Décret statuait que les forces du Cercle de Westphalie, et des autres Cercles s'il en était besoin, rétabliraient, sans nul délai, le régime politique antérieur à l'Insurrection.
if de quelque partie ou portion du Territoire et d'aveu de ses Limites.... ««' [Dans le Journal Patriotique , 1. 1, p. 80; Feuille Nationale Liégeoise j 1. 1, p. 366.]
* A rétranger, les gens peu instruits de nos lois politiques, supposaient que le Prince était omnipotent.
^ La Chambre Impériale de Wetzlar est en erreur, si elle entend ^ que le Souverain soit TÉvêque-Prince. Le Souverain au Pays de ^ Liège est la Nation. Les Habitans de ce Pays ne sont les Sujets de ^ personne, mais seulement à leurs Loix. L'Évêque-Prince leur passe gs serment de fidélité et d'observer les Pactes publics, et nommément * la Paix de Fexhe. ^ [Levoz, Précis historique de la Révolution de Liège, ]p. 25.]
' C'est ce qu'écrivait le Prince : ^ £u égard au Mandement Impéif rial, dont je ne puis m'écarter , je ne vois pas qu'il puisse s'agir de if donner aucune sanction à ce qui se fera à Liège , si longtemps qu'on if n'y aura pas rétabli l'ordre , la Constitution , la paix et la sûreté ^ publique et particulière , et avant que mes Trois Etats ne soient ^ légalement composés et assemblés.... gf [M^oires véridiques sur fi Révolution de Liège ^ p. 19L ]
En disant que les États n'étaient pas légalement assemblés , le Prince oubliait sciemment que c'était lui-même qui les avait ajournés* Toutes les contre-vérités de sa lettre sont bien mises en évidence dans le Journal Patriotique y 1. 1, p. 104.
Cotait, en style diplomatique, dire que le Pays serait saccagé, s'il ne se souniettait pas au bon plaisir du Prince i.
Le Directoire du Cercle de Westphalie, cliarçé de V exécution, était formé du Roi de Prusse, en qualité de Dite de Glèves; du Duc de Bavière, Electeur Palatin, comme Duc de Juliers; du Prince - Archevêque de Cologne, comme Prime- Evêque' de Munster.
Au moment suprême , le Roi de Prusse s oflFrit pour médiateur entre le Prince et ses Sujets. 11 croyait que les Sujets n étaient pas plus accusables que le Prince 2.
' a Quoi ! c'est un Tribunal spécialement établi pour le soutien des ^ opprimés, pour la défense du faible contre le fort, pour le maintien s^ de la paix et de la concorde entre les membres de FËmpire Germaif nique , c'est ce Tribunal qui ordonne la ruine de tout un Pays, la ss destruction , le massacre d'un Peuple entier ; c'est lui qui soulève if contre ce Peuple généreux tous les Princes de TËmpire ; c'est lui qui ^ attise les feux de la discorde , qui arme les uns contre les autres les :? Membres de ce vaste Corps.... n \ Journal général de V Europe: 1790, t. m, p. 368.]
^ Les libellistes du Prince s'entre-questionnent, pour savoir ce qai porta le Koi de Prusse à soutenir les Liégeois dans la revendication de leurs droits. La raison en est simple : le Roi étant désintéressé dans le diftérend, il fut juste. ^ La Prusse protégeait la Canstitutm sf de Liège contre les attaques de VEvêque-Prlnce , ^ dit tout naturellement Sybel, Histoire de VFjurope pendant la B évolution Française, 1. 1 , p. 169.
£n ce temps, au reste, la Prusse pactisait partout avec l'opinion dominante. Elle faisait de la politique rationnelle , quoi que en dise un rude publiciste. ss Je ne lui reprocherai pas de se montrer despot** n eu Hollande, royaliste en Suéde, démocrate à Liège, théocrateen s: Brabant, aristocrate en Pologne. Il suffit de connoître les élémens jf de la Politique, pour ne pas ignorer que la morale y est étran-
Les Etats acceptèrent cette loyale intervention. Ils consentirent à ce que les troupes exécutrices vinssent occuper amiablement le territoire : entretemps, on traiterait avec le Prince pour le rétablissement de la Constitution telle qu elle était avant 1684 K
Ainsi fut-il fait.
Le samedi 28 novembre 1789, six mille soldats des contingents Prussiens et Palatins passèrent la frontière. Ils se mirent, sans obstacle, en possession de la Cité et des Bonnes Villes. Les Munstériens, qui s'étaient opposés à cet arrange-
ai gère. La loi suprême du salut public est son unique boussole.... ^ [Cloots, VOrateur du genre humain, édit. de 1791 , p. 18.]
* Les Trois Etats annoncèrent ainsi au Pays cet arrangement , tout à fait inattendu :
ss En V Assemblée de Messeigneurs les Trois États du Pays de Liège ^ et Comté de Looz, tenue le 27 novembre 1789.
sf Messeigneurs, apprenant que nonobstant les représentations sf réitérées qu'ils ont faites pour arrêter la marche des Troupes du ss Cercle , les Sérénissimes et Très Sérénissimes Princes-Directeurs ont if trouvé bon de les faire entrer dans le Pays, se croient obligés «? d'annoncer aux Citoyens que ces Troupes ne viennent que pour ^ maintenir le calme , pendant qtt^on discutera les Droits de la Nation , ^ à qui on rendra justice : tel est le but de leurs Excellences les ^ Ministres du Haut-Directoire. Messeigneurs recommandent aux gi Citoyens la tranquillité publique : la modération , la sagesse que le ^ Peuple a montrées jusqu'aujourd'hui, assurent que, dans ces ciras constances, il les conservera, en accueillant de son mieux les Troupes : ^ c'est le seul moyen de contribuer au bien-être et au salut de la ^ Patrie. La cause du Peuple, que Messeigneurs , selon leu^- premier 5S devoir y n^ abandonneront jamais, est trop juste, pour douter un ^ moment que le résultat des opérations de Leurs Excellences ne sf soit de rendre au Pays ses Droits. ^ j Dans le Journal Patriotique , t. II, p. 192.]
ment, restèrent en arrière, et prirent Icui's quartiers dans le Duché de Limbourg i.
Les Prussiens avaient été accueillis partout avec les cris de Vive le Roi de Prusse! Vive la Liberté! Vive la Patrie! On avait festiné leurs chefs, on leur avait donné des sérénades et des aubades. On les considérait comme des protecteurs de Tordre public 2.
Lors de l'arrivée des troupes justicières, on avait interdit le port des cocardes; on avait défendu aux Bourgeois de sortir armés, de faire les services militaires ; on avait recommandé d'avoir du respect pour la religion et ses ministres ^.
' ^ .... Les troupes Prussiennes sont casernées à la Citadelle, parce ^ qu'elle est regardée comme le rempart de Liège; mais le service iff intérieur de la Ville, ainsi que celui des portes, est fait par les ^ troupes nationales. ^ — ^ Un bataillon du Régiment de Homberg sf est paisiblement logé au Faubourg S*«-Walburge. Jamais la Ville a ne fut plus tranquille. ^ [Feuille Nationale Liégeoise j t. II, p. 290.]
Ce contingent était placé sous les ordres de sf Ernest Baron de* 0 Schlieffen, Lieutenant-Général des Armées de Sa Majesté Prussienne, ^ Gouverneur de la Ville et Citadelle de Wezel,... Coounandant tf actuellement les Troupes Prussiennes et Palatines dans le Paya de ^ Liège, «f
* Les Paladins , comme on les appelait , étant arrivés , en quelque sorte, en punisseurs, ne cessèrent pas un instant d^être vus de mauvais œil. Ils étaient cbansonnés et ridiculisés. Us furent très mal à Taise dans les faubourgs de la Cité, dans les Villages d'Ans, de Montegnée , etc., où on les houspilla maintes fois. — gf Les Palatins avoient # quitté la Ville, et étoient cantonnés dans quelques Villages des en?i* ^ rons, parce qu'à Liège ils ne se sont pas toujours mis dans le cas «e d'être vus de bon oeil. ^ [Journal général de V Europe; 1790, t D. p. 359. Voir aussi JotM^fial des Révolutions de VEurope en 1789 ei 1790; Neuwied, 1790; t. VIII, p. 139, etc.]
' On était sans pitié pour les Moines de toutes les couleurs. Les
A Liège, on n'obéit pas longtemps à ces prescriptions. Les femmes et les enfants recommencèrent bientôt à s enrubanner; puis jeunes et vieux reprirent les cocardes. Les Bourgeois ressaisirent les armes, et firent des promenades militaires précédés de bruyantes musiques. Les orateurs reparurent dans les églises, et montèrent en chaire pour parler des affaires du Pays i.
On n'était plus anxieux sur Fa venir. La tournure heureuse des négociations avait accru toutes les espérances 2.
nécessiteux ne voulurent plu» même recevoir les secours que les curés avaient mission de leur distribuer.
fi n faut chercher la cause de quelques mouvemens populaires qui fi ont eu lieu dans le courant de la semaine dernière , dans les prétenfi tions de certaines Paroisses , qui exigent le remboursement des capifi taux laissés aux pauvres par le feu Prince Georges -Louis.... * [ Gazette de Liège , du lundi 12 octobre. ] — fi he Petit Peuple en fi général, depuis un certain temps, se comporte assez légèrement, fi pour ne rien dire de plus, contre les Ecclésiastiques à charge fi d'ames.... fi [Lettre de Liège du 9 octobre, dans V Esprit des GaseUes, t. XX, p. 315, etc.]
* Le 3 décembre, le Magistrat avait accédé à ce que le Peuple reprît ses libres allures. Dans son recès , on lit : fi Messieurs recommandent fi plus que jamais la tranquillité générale. Que les Compagnies Bourfi geoises, que la Garde Patriotique continuent à la Patrie leur service , fi et maintiennent cette tranquillité contre les entreprises perfides de fi ceux qui ont tant d'intérêt de la troubler. Tout Citoyen peut rester fi décoré de la Cocarde Patriùtiqtêe , ivLQqv!k ce que le Magistrat indique fi le moment où il sera convenable de la quitter, fi [ Gazette de Liège du vendredi 4 décembre; Mémoires véridiques sur la Révolution de Zi^e, p. 280, 284, etc.]
« On écrivait le 20 décembre 1789 :
fi La Révolution de la Principauté de Liège est très voisine de son fi dénouement, et tout promet que ce dénouement sera heureux, par
En ce moment, les Belges, insurgés eontiv rAiitriclie, vinrent solliciter les Liégeois de se liguer pour s entre aider, ou plutôt de se constituer en République fédérative pour défendre en commun leur indépendance respective ^
La pensée seule d'une telle alliance épouvanta tous les Patriotes.
Depuis un temps immémorial , les Liégeois avaient pour leurs voisins un profond mépris. Aujourd'hui encore, alors qu'ils souffraient tant pour arriver à la sécularisation du Pouvoir, à l'effacement du Clergé, à l'établissement d'une large égalité, les Belges combattaient pour conserver des institutions aristocratiques, et renforcer le fanatisme religieux 2.
^ conséquent favorable à la cause de la Liberté.... if [Journal général de V Europe; 1790, 1. 1, p. 14.]
* En Belgique, pour ne pas effaroucher les pieuses populations, on répandait le bruit que Talliance était sollicitée par les Liégeois. Od lisait donc dans les journaux : s^ Extrait d^une Lettre de Liège du s: 15 décembre. — L'on débite que M. le Bourgmestre de Chestret ^ part pour Bruxelles. Le but de son voyage est, dit-on , de proposer if aux Brabançons une Confédération avec les Liégeois pour former ^ ensemble une Béjnîblique, ^ [ Dans V Esprit des Galettes , t, XX , p. 487.]
* a Dans les Pays-Bas, les Prêtres, qui conservent sur le Peuple If la même influence qu'ils avoient dans toute TËurope au moyen-âge. sf veulent établir une espèce de Théocratie , et occuper les premières s? places du Gouvernement.... «? [Correspondance politique; Paris, 1790, p. 93. ] — :f Les Belges combattent pour le maintien de 1» ^ Religion de leurs pères. C'est pour cette Religion Sainte qu'ils if ont pris en horreur le Gouvernement Autrichien, qui cherche à sf lavilir.... j? [Espfit des Gazettes, t. XXI, p. 128.]
En France , Von se faisait de justes idées sur le caractère des deux
Certes, il valait mieux succomber, que s'unir aux Belges pour triompher i.
Vers le milieu de décembre, les Députés de la Diète de Westplialie tinrent une conférence à Aldengoor, village du Comté de Horne 2. L'Am-
RévolutioDs, Braban{'onne et Liègeoiae. C'est ce que Ton voit par cet extrait de la Gazette de France du 3 juin 1790 : «*• Tandis que nos ^ yeux sont fixés sur l'Allemagne, les détournerons -nous un instant ^ sur la lisière, les fixerons-nous sur les Provinces Belgiques, sur ces 5f belles contrées dévouées aux fureurs de l'anarchie et du fanatisme? ^ Non ; ces Peuples insensés n'inspirent aucun intérêt. Gardons-nous ^ d'ailleurs de leur causer la moindre distraction : dans ces jours de ^ solennité, ils ont des reposoirs à construire, des Vierges à orner de a fleurs, des Moines à aôubler de riches chapes , et cent mille cierges à fi brûler aux pieds de leurs images ; que nous importe quel sera le pâtre fi de ce grossier troupeau?... Il n'en est pas de même des braves ^ Liégeois : ceux-ci réunissent les vœux de tous les gens de bien , de fi tous les ennemis de l'oppression.... ^^
* Une alliance entre les Belges et les Liégeois était, avec raison , teuuo pour irréalisable, fi II suffit de connoître la différence des fi principes qui meuvent les deux Peuples dans leur Révolution , pour fi voir qu'il doit y avoir entre eux un mur de séparation impénétrable, fi [Journal général de l'Europe; 1790, t. IV, p. 239.]
Quelques années plus tard , en 1797 , on croyait encore devoir protester contre la confusion des Belges et des Liégeois, fi On nous fi confond, de partout, nous Liégeois, avec les Belges, tandis que fi nous nous battions pour la philosophie et pour tous les vrais fi élémens de la République , quand eux , Brabançons et Flamands , fi étoient rebelles à la raison , se faisoient battre pour le fanatisme , fi et pour les préjugés absolument contraires aux principes républifi cains. fi [Delloye, Histoire de VAn VI y t. II, p. 145; Soirées Liégeoises, 22 mars 1798, p. 433, etc.]
Ajoutons que les journaux de Belgique avaient soin , fi pour rendre fi le Peuple Liégeois odieux aux Brabançons, de le peindre sans piété, fi bans Religion, sans révérence par les objets sacrés.... ai [Nouvelle Correspondance littéraire et politifjue ; Liège, 1790; t. II, p. 252.]
' Par un nouveau Décret, du 4 décembre 1789, la Chambre Impériale de Wetzlar, ratifiant sa sentence précédente, en pressait Vexéca-
bassadeur Prussien essaya de les rendre équitables. Il estimait que les Liégeois avaient le droit de régler leurs affaires domestiques, pourvu que la paix de l'Empire ne fut en rien compromise par leurs réformes. Il obtint qu on demanderait au Tribunal de Wetzlar la révocation de son Décret, et le prompt retour du Prince.
Lune et Tautre de ces requêtes furent net rejetées.
Le Prince refusa de rentrer dans sa Capitale, tant que Ion n aurait pas remis les choses en rétat où elles étaient avant le 18 août.
La Cour Impériale de Wetzlar déclara maintenir sa sentence. Elle commanda TExécution , et dans un bref délai.
Sur lavis de son Ambassadeur, le Roi de Prusse se prêta à une tentative décisive. Il écrivit luimême au Prince. Il rengagea à modérer ses
tiondatis toute sa forme et teneur. [Dans le Journal Patriotique ^ t. H, p. 259, etc.]
Dans une supplique adressée au Roi de Prusse par le Bourgmestre Fabry au nom de TÉtat Tiers, le nouveau Mandat de Wetzlar est ainsi apprécié :
if Un second Décret de la Chambre Impériale, plus inconcevable ^ encore que le premier, vient renouveler nos allarmes. Noos ne ^ pouvons plus l'attribuer à Terreur : nous voyons que Tintrigue, U :f calomnie, la mauvaise foi, des conseils pervers ont calculé notre *s destruction; et quel est le prétexte de cette atrocité? une prétendue * BébeUion qui nWista jamais de notre part. Car, Sire, j'ai eu a rhonueur de le dire à Votre Majesté, il ne peut y avoir de BtMîes ss dans noti'e Pays , que ceux qui en violent les Loix et la ConstitutioD is fondamentale. ** [Dans les Mémoires véridiques sur la BévoltUm de Liège, p. 302.]
prétentions, et à ne plus s opposer aux réformes réclamées ^
Cette fois, le Prince s'abstint de subterfuges. Il se fit superbe. Il renia ses promesses, et il osa dire que sa volonté avait été violentée. Jamais son idée n'avait été de reconnaître la Souveraineté du Peuple Liégeois 2.
* Le Roi de Prusse écrivait au Prince , le 9 mars 1790, ces mots explicites :
^ J'ai exposé à Votre Altesse , dans une lettre du 31 décembre de ^ Tannée passée, que si Votre Altesse ne vooloit pas accepter mes ^ propositions , et si elle insistoit sur Vexécutiùn plénière du Décret de if la Chambre Impériale , j'étois prêt de rappeller mes troupes de la 5r Principauté de Liège, et d'abandonner cette Ck)mmission, que je fi croyais ne pouvoir pas exécuter avec justice et honneur...,
0 J'espère que Votre Altesse voudra renoncer à cette idée dangefi reuse de rentrer dans sou Pays j>ar la force des armes, et d'obtenir fi une exécution plénière et littéreUe des Décrets de la Chambre Impéfi riale, et qu'elle tâchera plutôt de parvenir au but heureux d'une fi réconciliation sincère avec ses Sujets , par la médiation combinée du fi Directoire du Cercle, et par la voye de la modération et de la eompofi sition. fi [Dans la FeuUle Naiionale lAégeoisej t. HI, p. 363, etc.]
* Le 27 mars 1790 , le Prince écrivait au Roi de Prusse une longue lettre pour expliquer et défendre son refus systématique. Il y dit :
fi Ce n'est ni pour moi, ni pour mon Pays seulement, mais pour fi tout l'Empire, menaôé de la contagion qui affligeoit et qui afflige fi encore le Pays de Liège , que la Chambre Impériale a décerné la fi recherche et la poursuite de ceux qui ont les premiers introduit fi cette peste , la Révolution, dans l'enceinte de l'Empire d'Allemagne....
fi Votre Majesté m'a-t-elle compris? Oui, Sire, je vous ai demandé ^ et je ne puis que vous demander encore de vouloir coopérer à fi remettre dans mon Pays toutes choses, à commencer par moi, dans fi l'état où elles étoient avant la Révolution du 18 août dernier, fi
Le verbiage du Prince en faveur de sa Souveraineté y fut réfuté par un recès de l'Etat Tiers, du 2 avril. On y lit cette phrase ; fi .... Dans le doute, la justice et la raison dévoient faire présu» ^ mer que la Souveraineté réside dans la Nation, car toute Nation ^ est Souveraine de droit. Mais les Liégeois ont cet avamiage sur
5U6 CUAPITRE XXXllI
L'hiver s'était ainsi passé en pourparlers.
Le Roi de Prusse voulut se retirer d'une fâcheuse position. Les lettres qu'il avait échangées avec le Prince, il les fit parvenir à la Cour de Wetzlar, en la prévenant qu'il resterait désormais neutre dans ce triste conflit i.
Le 16 avril 1790, le territoire fut évacué par les troupes Prussiennes et Palatines 2,
p beaucoup d'autres Peuples, que chez eux la Nation est Souveram ^ de droit et de fait Et voilà ce que Texameiiy la discussion auroieDt Si dû prouver clairement au Haut Directoire.... ^ [Feuille Nationak Liégeoise, t. m, p. 424.]
* Cette négociation a été bien appréciée par les Publicistes. Voici deux citations là-dessus :
ss Sa Majesté le Roi de Prusse a cru pouvoir ramener à des voies ^ justes de médiation rEvéque-Prince de Liège ; elle a fait tout ce que a sa bienveillance pour les Etats d'Empire, son amour patriotique, la ^ justice ; son honneur permettoient pour Ty ramener; maisilu'apu fi réussir. ^ [Levoz. Précis historique de la Révolution de L'ihjCs p. 56.]
fi Les Liégeois avoient le droit de réclamer la restitution de leurs fi Anciens Privilèges, dont on les avoit peu à peu dépouillés. lU fi pouvoient même demander aux Etats du Pays une auti*e CousUtufi tion, mieux calculée pour leur prospérité. Les Tribunaux de fi TEmpire n'auroient peut-être pas été inaccessibles à leurs demandeN fi Les intrigues des Tréfonciers , l'ambition de TEvêque-Prince, protégé fi par quelques Cours, avoient pu seuls provoquer contre eux d'injustes fi décisions.... fi [Ségur, Tableau historique et politique de VEuro^. edit.de 180L,t. II, p. 151.]
^ fi Les Troupes Prussiennes et Palatines se sont mises en raarcbe, fi vendredi .16, pour sortir du Pays de Liège. Les Prussiens, an fi moment de leur départ , ont remis la Citadelle à la Bourgeoisie. Le fi bon ordre n'a pas été troublé un instant. Notre bon Peuple. j^/Ww fi d^ énergie pour maintenir sa Constitution, et conserver saLiberir. fi ne confond pas cette Liberté avec la licence : il forcera scsj ennemis fi même à lui rendre cette justice, fi [Gazette de Liège du lundi 19 avril 1790.]
L espoir d'une conciliation s'en alla.
Le Prince en fut tout aise. Il n'avait, pour soumettre le Pays à son autorité, qua requérir l'exécution du Décret de Wetzlar.
Il pouvait impunément jeter le défi à l'honneur et à la dignité de la Nation Liégeoise ^
* ^ Nous apprenons que le Prince de Liège se refuse aux propositions ^ d^accotnmodetnent faites par le Roi de Prusse ; eu conséquence , les gs Troupes de ce Monarque dévoient évacuer Liège le 16. Tous les if Habitants prennent les armes; on s'attend à de tristes scènes. :f [Esprit des Gazettes, t. XXI, p. 332. J
Le Pays. — Situation pénible. — Offrandes patriotiques. — La déchéance du Prince est proclamée. — Le Conseil Privé est destitué de son autorité légale. — L'Armée d'Exécution envahit le Pays. — Elle est repoussée. — Progrès de la Révolution. — Les Commis nautés ont leurs Représentants à TÉtat Tiers. — Règlement électoral de la Cité : abolition des TrentC'Deux Bons Métiers et des Seize Cliathbres. — Rénovation Magistrale. — Fahry et Donceel élus Bourgmestres. — Prestation publique du Serment. — L'Armée Exécutrice recommence la guerre. — Efforts des Patriotes.
Bientôt on apprit que les Troupes Exécutrice allaient se mettre en marche.
La surexcitation fut au comble.
La petite Nation Liégeoise était comme impatiente de montrer ce qu elle possédait de force et de vie.
Dès avant le départ des Prussiens, au surplus, on savait qu'il faudrait combattre pour défendre les libertés reconquises le 18 août.
On s y était préparé. On avait créé plusieurs régiments. On avait armé la jeunesse des Bonnes Villes et des Communautés. On avait fait
des approvisionnements de munitions de toute espèce 1.
Il fallut subvenir à ces dépenses. Le Chapitre Cathedra!, les Abbayes et les Couvents furent priés de prêter aUx Etats deux cent mille écus, à rintérèt de cinq pour cent. Comme toujours, ils se refusèrent à fournir tout subside. Ils ne cédèrent qu'après qu'on les eût menacés de saisir leur riche argenterie pour l'envoyer à là monnaie. (23 février 2.)
' Dès le 12 avril 1790, les Trois États avaient décrété la formation do deux régiments , de mille hommes chacun , et d'un escadron de cent et cinquante chasseurs. [FeuUle Nationale Liégeoise y t. III, p. 495. ]
tJn généreux patiîotisme éclata dans toutes les classes de la Société pour seconder les États. Les paroissiens de S^-Catherine à Liège fournirent trente-quatre soldats, qu^ils s'engagèrent à soudoyer durant toute la guerre. La Bonne Ville de Waremme offrit deux cavaliers armés ; des Communautés , Amai , Inbour , etc. , passèrent douze patars par jour à leurs Volontaires, etc. Un riche Bourgeois, A. J. Délie Créyer, obtint des États (18 avril) d'entt'êtenir à ses frais, pendant un mois, quatre cents soldats. Il en avait fait la demande en ces termes brefs et simples :
^ Messeigneurs.
ss Le Soussigné considérant les frais immenses occasionnés par le if séjour des Troupes dans le Pays de Liège , et voulant seconder les gf efforts que font les États pour assurer notre Constitution et notre st Liberté , il offre de Solder , pendant l'espace d^un mois , 400 soldats ^ des deux mille qui doivent être enrôlés en vertu des recès passés if par les Trois Corps.
if II se trouvera trop heureux, et en sera amplement payé, si, en a acceptant son offre, il a pu contribuer au salut de la Patrie.
s* Delle Creyer. i?
* if .... Messeigneurs de PÉtat Tiers sont d'avis que, vu la nécessité sf urgente, il faudroit convertir en monnoie Fargenterie des Eglises if {k l'exception de tous Vases sacrés) et la faire servir au soulagement ^ public : la Religion approuver oit sans doute que ces objets de luxe
Quant aux Citoyens, ils n'attendirent pas que Ton fît appel à leur patriotisme. Dans les Bonnes Villes et les Communautés, il se forma des comités pour recevoir les souscriptions volontaires. Tous les dons, jusqu'aux moindres, étaient les bien-venus.
A Liège, les Bourgeois d'Outremeuse eurent riionneur de Tinitiative : ils se rendirent empressés à l'Hôtel de Ville , et firent l'offrande des boucles d'argent de leurs souliers, qu'ils se nouèrent avec des rubans verts. (Mardi 9 mars.)
Ils eurent une foule d'imitateurs dans les autres Vinàves ^. Des Bourgeois de tous les rangs, de tous les âges , firent hommage de pièces d'ai-genterie, assiettes, cuillères, chandeliers, tabatières 2. Les femmes même vinrent présenter les plus
^ cousiicréB à son culte , soyeut employés à une destination aussi pure ; sf car , tsous un appareil moins éblouissant , elle n'en recevra pas moins sf d'hommages, et des hymnes de reconnoissance la dédommageront :t amplement d'un éclat qu'elle dédaigne. ^ [Journal Patriaiique, t III, p. 293, etc.]
Cette mesure était approuvée généralement.
Sf On peut sans scandale , sans manquer à la Religion , sans nuire à js la ferveur des vrais fidèles, accroître le numéraire de toutes les ^ richesses superflues qui parent les Eglises.... Les richesses des ^ Eglises n'étant la propriété de personne en particulier , elles sont la ^ propriété de tous, la propriété de la Société.... ^ [Journal général de VEurope; 1790; 1. 1, p. 472; t. Il, p. 64, etc.]
* if Le généreux exemple donné par le Quartier d'Outremeuse s'est Sf bientôt communiqué aux autres Quartiers de la Ville.... ss [Gojsette de Liège y du vendredi 12 mars 1790.]
^ Le 10 mars, on nomma une Commission pour recevoir les dons, et inscrire les noms des donateurs. Des Listes des Personnes qui ont
chers objets de leur toilette, des épingles, des pendants d'oreilles, des bagues montées en diamants ^.
L'élan se continua pendant bien des jours 2,
fait des Dons patriotiques furent imprimées, puis réimprimées dnns le Jiecueil des Itecès, Ordonnances et BègUmens municipaux de la Noble Cité de Liège, publiés depuis la Révolution du iS aont 1789; in-folio; p. 111 '2^2. Les offrandes de bénitiers d argent indiquent parfaitement Tesprit de la population. [ J6ÎJ., p. 184, 187, etc. J
' ^ Les Dames ont fait le sacrifice de leurs boucles d*oreilles , de ^ leurs bagues montées en diamans; d'autres ont présenté des pièces
* de vaisselle, des chandeliers, assiettes, tabatières, etc. ^ [Feuille Nationale Liégeoise ^ t. III, p. 353.]
Voici les noms de quelques unes de ces donatrices : «r Simonon (M"*^) une paire de boucles d*oreilles à diamans en pots ^ de fleurs, et 2 paires de boucles. — Ghisels (M™^ de) une couple ^ chandeliers d'argent. — Ohisels (M"®) fille, une paire anneaux d'or. 0 — Legrand (M^*® Jeanne) une paire anneaux dor. — Pironet (M"*) 0 deux cuillers à soupe d'argent. — Renkin (M. A.), garde d'enfans, ^ 1 paire de boucles. — Decarmes (M"*') un affiquet d'argent, et<î.
Ces dons, plus modestes les uns que les autres , ne témoignent guère en faveur de la richesse ou de l'opulence des Liégeois. On la vu ci-dessus, la plupart des Bonnes Familles ne joiiissaient que d'une honnête aisance.
* Comme jadis encore , les enfants s'enfiévrèrent, et leur turbulence fut grande. La preuve, c'est ce recès :
^ En V Assemblée des Seigneurs Bourgmestres et Conseil j Maîtres 0 et Commissaires de la Noble Cité de Liège, tenue le 18 mai 1790,
* après-midi.
^ Messieurs, voulant obvier aux malheurs qui peuvent résulter des ^ querelles des Ënfans, qui, animés d'un zèle, à la vérité, patriotique ^ à l'exemple de tous les Citoyens , mais absolument déplacé , se prois mènent armés de fusils, de piques et de petits canons parmi les Rues sf et les Places publiques de la Cité, et ne connoissant les dangers des ^ armes à feu, se font un amusement, un jeu de tirer et de se battre 0 les uns contre les autres : Invitent et requièrent très instamment 0 leurs parens d'y veiller et de les en empêcher, pour qu'ils s'épargnent sr les regrets que la conduite inconsidérée de ces jeunes gens pourroit
Les Etats se trouvaient dans des circonstances critiques. Ils étaient abandonnés ht eux-mômes, et sous le coup d une invasion.
Alors qu'ils pouvaient si peu, Us tinrent une conduite énergique, fière, et digne de celle des Ancêtres.
Le samedi 17 avril, le lendemain du départ des Prussiens, ils proclamèrent la déchéance de Constantin de Hoensbroech comme Prince de Liège ^. Ils suspendirent le Conseil Privé de ses fonctions 2, Ils décrétèrent la saisie des revenus
^ leur occasionner, déclarent (|u*ils seront responsables des délits de gt leurs enfants mineurs y domiciliés chez eux, et des dommages qui :f pourroient en résulter. Ordonnant que le présent Recès soit imprimé gf et affiché , pour la connoissance d'un chacun. ^
* La Principauté s'était insensiblement transforqiée en Bépuhîique. Si Ton parlait encore du retour possible de Hoensbroech , c'était pour autant qu'il rentrât comme Évêquç : on ne voulait plus le recevoir comme Prince , à moins d'y être forcé par les armes. Le Pays était très décidé à rester sécularisé.
^ .... Aussi les Liégeois ne gardent pluQ de ménagemens. Leur sfi Prince veut la guerre : ils la feront avec acharnement; il demande if leur vie : ils la défendront avec intrépidité. ^ [JoMrnal général de V Europe; 1790, t. II, p. 409, 436, etc.]
* Le recès de l'État Tiers est du 24 avril. En voici le passage essentiel :
^ Messeigneurs , considérant que la sortie de rÉvêque-Prince hors ^ du Pays , et son refus constant d'y rentrer , laissent la Nation sans if chef; attendu que les fonctions qui , en cette qualité, lui étoient j? attribuées, sont maintenant abandounées aux Membres de son if Conseil Privé, à qui il peut être dangereux , pour le salut de la Patrie , ^ de les confier plus longtemps , puisqu'ils sont , par leur emploi , dans ^ la dépendance de §on Altesse , et qu'ainsi ils ne suivent que ses if ordres et les impressions qu elle veut leur donner; eu égard , surtout, a que ces ordres ne peuvent désormais avoir d'autre but que la ruine a de la Nation.... : ensuitci de ces considérations, ont arrêté unanime-
de la Mense Épiscopale, pour faire face aux frais, s élevant à plus d'un million de florins, qu'avait occasionnés le séjour des trpqpes médiatrices ^.
Les armoiries du ci-dpyant Pripce furent partout maculées pu brisées. Elles dispei^rurent des entêtes des g^izettes et des affiches 2 .
Ce n'étajpnt là qi|e les pptits côtés de la délivrance.
Le mardi 20 avril, l'Armée Exécutrice, composée des contingents Palatins, Munstériens, Mayençois et Trévirois ^, avait passé la Meuse. Elle s'était emparée des Bonnes Villes de Stockhem et de Maeseyck. De là, elle s'était avancée, sans
^ ment de suspendre , de ce moment , Tactivité du Conseil Privé.... ^ [Dans le Journal Patriotique, t. IV, p. 75; Feuille Nationale Liégeoise, Coup d^ Essai, t. IV, p. ip.]
' Le recès de FËtat Tiers, du âl avril, débute ainsi : If Messeigneurs , considérant que , dans Tétat actuel des choses , il sf seroit de la dernière absurdité de laisser passer les revenus de la gg Mense Episcopale h celui qui se déclare hautement Tennemi de la gf Nation, et qui semble n*user de ces revenus que pour chercher à en it hâter la ruine , ont arrêté de nommer un Comité qui les adminisn trera au nom de la Nation , en versant provisoirement et jusqu^à autre ^ disposition, dans la Caisse publique les revenus de la dite Mense, if à concurrence de la dépense qui a été occasionnée par le séjour des gf Troupes du Cercle , que Son Altesse a appelées elle-même dans le if Pays, etc. n [Journal Patriotique, t. IV, p. 73.]
' Les armoiries princières disparurent de Tentête de Tofficielle Gazette de Liège le jour même de la retraite des Prussiens, le vendredi 16 avril 1790.
' Le Coi*p8 d'Exécution , d'un effectif d'environ 5,600 hommes, se composait alors de six bataillons d'infanterie, de quatre escadrons de cavalerie, et de quatre batteries d'artillerie. Au reste, il était tantôt plus fort, tantôt plus faible, selon l'arrivée ou le départ 4es contingents des Princes de l'Empire,
rencontrer de résistance, jusqu'à Bilsen. Elle n osa pas s'aventurer plus avant.
L'alarme était donnée.
Le tocsin sonna dans la Campine, dans la Hesbaye, dans le Franchimont, dans le Condroz.
De toutes parts on courait aux armes.
Dans la Cité, jeunes et vieux se firent Volon' taires ^.
* Dans la dernière quinzaine d'avril 1790, un Bourgeois écrivit, aa nom du Grénéral Donceel , deux pauvres strophes qui eurent un grand succès, grâce à la vieille mélodie Liégeoise à laquelle elles furent adaptées. Elles étaient entonnées comme chant de réjouusanoe et comme hymne des combats. Les voici, d*après Tédition originale :